CHAPITRE DEUXIÈME
Des affections inflammatoire et bilieuse avec lésions materielles appréciables.
La distinction que j’ai établie entre les faits dont je dois m’occuper dans cet article et ceux dont j’ai parlé précédemment, est plus facile à faire en théorie qu’au lit du malade. L’état inflammatoire et l’état bilieux s’accompagnent , en effet , souvent de fluxions vers tel ou tel organe , ou même d’inflammations assez peu déterminées, pour que le doute ou rafGrmation soient à peu près également permis sur l’existence d’une lésion matérielle. Cette difficulté ne doit pas nous arrêter, parce qu’après tout, elle ne se rapporte pas à la solution des questions que je dois traiter dans leur point de vue le plus général ; aussi n’en ai-je pas tenu compte , et dès-lors j’ai pu faire une distinction que je regarde comme utile pour développer avec ordre les rapports qui existent entre deux états morbides trèsdistincts. De cette manière , j’ai procédé du simple au composé; j’ai traité séparément plusieurs points de doctrine , évitant ainsi une confusion toujours fâcheuse.
ARTICLE Ier.
Détermination des rapports qui peuvent exister entre les affections inflammatoire et bilieuse avec lésions matérielles appréciables.
Les lésions d’organes qui compliquent les états inflammatoire et bilieux , sont nombreuses et de diverses espèces ; les rapports que l’on constate entre elles et ces affections sont de nature différente , et ces conditions soulèvent des questions de médecine théorique et pratique importantes et multipliées. Il m’est impossible , dans un travail aussi court, d’aborder et d’approfondir toutes ces questions ; aussi devrai-je me borner aux principales.
Une des lésions matérielles les plus simples parmi celles qui peuvent accompagner les états inflammatoire et bilieux , est la congestion sanguine. Il est remarquable de voir que ces deux affections , si différentes par leurs causes, leurs symptômes, le traitement qu’elles réclament , déterminent cependant des mouvements fluxionnaires sanguins analogues. On ne saurait en effet les distinguer que par la pathogénie et les symptômes propres des états morbides qui les causent.
Cette remarque justifie le rapprochement que nous avons essayé d’établir entre l’état bilieux et
I étal inflammatoire ; rapprochement qu’avait déjà fait Galien lorsqu’il a dit que l’affection inflammatoire tenait presque nécessairement à l’affection bilieuse (1); rapprochement établi par l’union fréquente de ces étals morbides, et confirmé par cette idée qu’il faut peut-être chercher leur première manifestation dans une altération du sang.
Mais je n’insiste pas davantage sur ces fluxions, qui, en tant qu’inflammatoires ou bilieuses, donnent lieu aux mêmes considérations à peu près que les phlegmasies, dont je dois m’occuper plus longuement.
Avant d’entrer, à cet égard, dans les détails, il me paraît indispensable de faire quelques remarques sur les phlegmasies franchement inflammatoires.
II me sera plus facile ensuite d’étudier les inflammations auxquelles on adonné le nom de bilieuses, et de les comparer aux premières
Dans toute phlegmasie (2) assez aiguë pour être
(t) Voyez, dans l’ouvrage de Grimaud sur les fièvres, dont cette phrase est en partie extraite , le développement de celte opinion , T. II , p. oôO.
(2) Les inflammations locales ne sont pas toutes do même nature : les unes sont adliésives, les autres ulcéreuses, les autres suppuratives. Ici, nous trouvons les tissus rouges, tuméfiés, ramollis; là , celte tuméfaction , cette rougeur, ce ramollissement sont à peu près nuis,
accompagnée de fièvre, il existe dans le sang une modification nécessaire, indispensable, c'est-à-dire la création au sein de ce liquide d’une nouvelle quantité de fibrine , qui explique les propriétés physiques du sang dans les phlegmasies (1). Aussi, dans toute inflammation avec fièvre , on trouve réunies ces quatre conditions :
Etat inflammatoire ,
Phlegmasie d’un organe ,
et des fausses membranes s’étendent avec une rapidité et une abondance extrêmes, etc... Ces formes de l’inflammation ne sauraient être toutes rattachées à l’état inflammatoire. Dans les cas même où l’on peut admettre son existence, on doit le plus souvent reconnaître conjointement celle d’un autre élément morbide dont la nature nous échappe , mais qui a pour effet de donner à l’inflammation sa physionomie particulière. Je trouve la preuve de cette opinion , non -seulement dans la forme de l’état local , mais quelquefois dans son siège , souvent dans sa cause: épidémie, infection, contagion, etc. Le fait est, d’ailleurs , directement prouvé dans certaines circonstances, et personne ne doute de la spécificité des inflammations syphilitiques, scrofuleuses, morveuses, etc. Or, c’est dans l’article suivant qu’il sera question de ces faits qui seront rapprochés des inflammations rubéoleuses , scarlatineuses , etc .
Je ne veux parler ici que des phlegmasies appelées franches, que tout le inonde admet, que tout le monde connaît , et dont je n’ai pas besoinde donner les caractères.
(1) Andral , Hématologie, p. 78.
Mouvement fébrile ,
Augmentation de fibrine dans le sang.
Dans lequel de ces éléments doit-on placer le point de départ des phénomènes morbides? L’état inflammatoire , la fièvre sont-ils la cause de la phlegmasie locale , ou sont-ils seulement consécutifs ? Et quel rôle joue dans cette circonstance l’augmentation de la fibrine ?
Qu’on me permette de citer, à cette occasion , les paroles d’un homme dont l’opinion a une grande valeur dans un pareil sujet (1).
« L’élévation du chiffre de la fibrine apparaît dans le sang dès que l’état phlegmasique commence. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de faire pratiquer deux saignées à un même individu, la première la veille du jour où une phlegmasie débutait chez lui, et la seconde très -peu d’heures après l’invasion, très- nettement marquée, de cette phlegmasie: eh bien! dans le premier sang tiré , je trouvais la fibrine en quantité normale ; dans la seconde, elle était en excès. Jusqu’à présent j’ai vainement cherché à m’assurer si , avant que l’altération qui marque la phlegmasie , apparût dans le solide , le sang ne se modifiait pas d’abord dans sa composition : je n’ai pas pu le constater, et mes analyses ne m’ont encore montré autre chose que la naissance simultanée de ces deux faits. Il ne me semble pas cependant qu’on en ait fini avec une question aussi grave, et dont la solution définitive doit décider si , dans ce grand phénomène de l’inflammation , le commencement de la maladie existe dans le solide ou dans le sang, ou bien si l’altération de l’un n’est pas
(4) Andral , loc . cil., p. 97.
tellement solidaire de celle de l’autre que. toutes deux doivent naître nécessairement dans le meme moment. Remarquez d’ailleurs combien varient à leur début les maladies qu’on appelle des inflammations» »
Ici M. Andral établit avec tous les pathologistes que, dans le début des phlegmasies , les symptômes généraux tantôt précèdent , tantôt suivent ou bien encore accompagnent exactement le développement de l’altération organique. Puis il continue :
« Il y a à se demander si, avec des conditions si diverses de début, le point de départ de l’inflammation reste toujours le même. Ce qui se passe dans la brûlure prouve bien clairement que c’est consécutivement à l’altération du solide que le sang vient , dans cette circonstance, à se modifier dans sa composition; et par voie d’induction, on pourrait penser qu’il doit en être de même dans toute autre inflammation : les analyses du sang faites jusqu’à présent tendraient encore à confirmer cette manière de voir, puisqu’elles n’ont jamais montré la fibrine en excès dans le sang, avant la manifestation des accidents phlegmasiques dans le solide. D’un autre côté, il y a véritablement des cas où les altérations constatables dans celui-ci sont si peu considérables, si mobiles et parfois si fugitives, que l’on comprend à peine qu’elles puissent être la cause du changement profond et persistant que le sang vient alors à éprouver. IN’en est-il pas ainsi dans beaucoup de rhumatismes articulaires, et n’est-il pas remarquable que cette maladie soit une de celles où l’augmentation de la fibrine est la plus considérable? Il y a encore dans tout cela des inconnues à dégager; il y a à découvrir le rapport mystérieux, et dont la nécessité est prouvée par sa constance, qui unit, dans les maladies qu’on a appelées des phlegmasies, l’altération des solides à l’altération du
sang. Mais toujours peut-on, de cette simultanéité d’altérations, tirer la conséquence que ce que l’on appelle une inflammation est une maladie qui ne réside pas seulement dans le solide où l’examen anatomique révèle son existence; que ce n’est pas seulement par de prétendues irradiations sympathiques qu’elle exerce quelque influence sur le reste de l’organisme, et que l’altération qui survient alors dans le sang peut dans tout cela jouer un grand rôle. Une inflammation n’est donc pas une maladie purement locale. Est-ce de cet excès de fibrine contenu dans le sang que dépendrait la fièvre qui accompagne toute phlegmasie aiguë tant soit peu intense (1)? Remarquez, en effet, qu’il y a encore une corrélation presque constante à saisir entre ces deux faits, et que, si la fièvre naît en même temps que la fibrine augmente , d’une autre part on voit la fièvre cesser en même temps que la fibrine revient à sa quantité normale, et cependant la lésion locale peut encore persister alors avec une assez grande intensité. »
Or, ce rapport mystérieux , dont la nécessité est prouvée par sa constance, et qui unit Altération des solides à l’altération du sang, est justement cette modification du système vivant inconnue dans son essence , et que l’on a nommée affection inflammatoire.
Ainsi , si l’on veut accepter les idées mises en avant par l’auteur de Y Hématologie , on peut admettre que, daus les phlegmasies , le mouvement
(1) « Mais, en tout cas, nous ne pourrions expliquer ainsi que la fièvre symptomatique des phlegmasies aiguës; car, dans les pyrexies, la fièvre existe longue et intense, sans qu'il y ait dans le sang excès de fibrine. •
fébrile est lié à l’augmentatioo de la fibrine , que ces deux faits existent simultanément là où une phlegmasie locale se développe et que tous ces phénomènes traduisent Tétât inflammatoire.
D’autre part, doit -on admettre que cet état
puisse , dans certaines circonstances , se développer à la suite de la phlegmasie locale , au lieu d’en être le point de départ ? Il est certain que Ton voit des faits dans lesquels l’apparition des symptômes généraux suit le développement des symptômes locaux; et dès-lors il n’est pas naturel de penser que l’état inflammatoire a précédé la phlegmasie locale. La prédisposition sans doute existait, mais non pas l’affection. Rien, en effet , n’autorise à admettre la présence d’une affection qui ne se manifeste par aucun symptôme. Elle est tout aussi inséparable de ses symptômes fonctionnels , que la cause de la vie Test des organes dans l’agrégat vivant.
Je crois donc raisonnable de penser que , chez un individu prédisposé, une cause occasionnelle excite le développement en premier lieu , tantôt de l’affection , tantôt de la phlegmasie , et plus souvent des deux simultanément. — Nous devons avouer cependant que ces considérations , utiles peut-être sous le rapport de la pathogénie , n’ont que peu
de valeur dès qu’il s’agit du pronostic et de la thérapeutique.
Mais allons plus loin. Est-il possible de penser qu'il existe des faits de phlegmasie locale intenses avec fièvre et augmentation de la fibrine , sans qu’il y ait conjointement un état inflammatoire?
Il m’est difticile d’admettre une pareille supposition. Ces trois faits (phlegmasie locale, augmentation de fibrine, fièvre), qui existent toujours quand une afTection inflammatoire se localise, me paraissent être ses caractères pathognomoniques ; et dès-lors leur présence suffit pour me révéler celle de l’état inflammatoire , même lorsque ses autres symptômes ne sont pas apparents (1).
Ce n’est pas que nous ne concevions l’existence de la phlegmasie locale isolée. On voit tous les jours des causes externes, telles qu’un grain de pous-
(1) Je suis d’autant plus porté à penser ainsi , que les symptômes qu’on a l’habitude de rapporter à l’état inflammatoire, sont à peu près les mêmes que ceux qui appartiennent à la pléthore; en sorte qu’il faut peut-être croire que, lorsqu’ils existent, ils indiquent la complication de cet état morbide avec l’état inflammatoire , et que les seuls caractères probants de cette dernière affection sont ceux que j’indique. Mais , d’après ce que j’ai dit dans le premier chapitre (note de la page 12), je n’insiste pas sur cette idée, à laquelle l’observation n’a pas encore donné une sanction suffisante.
sière tombé sur la conjonctive , telles qu'un ongle rentré dans les chairs, déterminer une phlegmasie qui poursuit ses périodes , sans que la généralité du système vivant soit affectée , sans qu’il existe une véritable affection inflammatoire. Il en est de même pour certaines phlegmasies internes, assez peu intenses pour ne point entraîner de réaction. Dans ces cas , tout est local , l’affection n’existe pas; et elle ne se développera que si la cause agit avec intensité et persévérance , et si l’individu atteint est suffisamment prédisposé. Or, il me semble probable que cette prédisposition est inhérente à l’agrégat vivant , bien qu’elle puisse exister à un degré plus ou moins prononcé.
Ces considérations qui sembleraient s’éloigner de mon sujet , m’y ramènent cependant immédiatement, en rappelant à notre attention les phlegmasies bilieuses. On lit, en effet, dans beaucoup d'ouvrages , et notamment dans ceux de Stoll , qu’il existe des pneumonies et des pleurésies bilieuses dans lesquelles il n’y a pas d’inflammation.
Que veulent dire ces mots , si ce n’est qu’on rencontre des phlegmasies avec fièvre, dans lesquelles il n’y a pas d’état inflammatoire, et qui sont sous la dépendance exclusive d’un état bilieux ? Mais , dans la plupart des observations citées par
Sloîl , lorsqu'une saignée a élé pratiquée, la couenne iuflammatoire est venue démontrer l’augmentation de la fibrine dans le sang. Nous serions alors contraints d’admettre que, dans les faits de cette espèce , ou doit reconnaître qu’il existe seulement un état bilieux, une phlegmasie locale, un mouvement fébrile et une augmentation dans la fibrine du sang.
Les faits de cette nature rentreraient donc dans la catégorie de ceux dont je parlais tout à l’heure, et desquels je disais que les trois derniers éléments de la maladie suffisent pour prouver l’existence d’un état inflammatoire. Il me semble plus rationnel d’admettre que cet autre élément se joint à ceux dont je viens de parler, et qu’il existe là une affection complexe , dans laquelle l’élément bilieux domine et dissimule les symptômes de l’élément inflammatoire. Ce dernier sera, si l’on veut, secondaire, consécutif, accessoire; mais il existera. Ce ne sont là toutefois que des raisonnements , que des inductions plus ou moins plausibles. Voyons ce que disent les faits.
Si j’examine ce qui se passe dans le Nord de la France , je constate que l’on y rencontre (et j’en ai vu moi-même un assez bon nombre) des phlegmasies bilieuses; mais toujourson trouve conjointement une
affection inflammatoire dont les caractères paraissent assez évidente pour ne pouvoir pas être niés. Il paraîtrait que dans les pays méridionaux il n’en est plus de même, et que l’on y observe des cas de pneumonies bilieuses, par exemple, survenant chez des individus qui ne présentent aucune prédisposition inflammatoire apparente. Leur tempérament est bilieux , l’affection se développe pendant l’été , la phiegmasie locale est évidente , la fièvre ne présente aucun des caractères de la fièvre inflammatoire, les symptômes ont tous le caractère bilieux, les émissions sanguines sont funestes, l’administration des évacuants est suivie d’un prompt succès. — Ces cas paraissent authentiques et leur existence semble bien prouvée. L’état inflammatoire est-il donc nul ici, ou bien seulementdissimulé parl’extrêmeprédominance de l’état bilieux? Si l’analyse du sang démontrait (ce qui me semble très-probable ) l’augmentation de la fibrine , je n’hésiterais guère à admettre la dernière opinion. — Singulier état inflammatoire, me dira-t-on, singulière phiegmasie que celle qui s’aggrave par les émissions sanguines et se guérit par le vomitif ! — Et cependant on voit les pneumonies les plus franchement inflammatoires guérir sans émission sanguine aucune et par l’emploi seul des vomitifs : il n’est donc point étonnant que cette
médication réussisse , lorsque l’affection inflammatoire est dissimulée, latente; ni que les émissions sanguines soient nuisibles , lorsqu’un état bilieux qui domine, les contre-indique formellement.
Si cette opinion est véritable, on ne doit reconnaître de phlegmasies purement bilieuses que celles qui, survenues sous l’influence d’un état bilieux, restent assez locales pour ne pas entraîner la modification du sang et le mouvement fébrile qui sont caractéristiques de l’état inflammatoire. Parmi elles , on doit ranger, sans doute, certaines fièvres bilieuses avec inflammation légère de l’estomac , de l’intestin, ou du foie, etc. Les autres, au contraire , seraient rangées parmi les affections biliosoinflammatoires dont je parlerai bientôt.
Il reste toutefois prouvé que le rapport persiste entre l’affection bilieuse et l’affection inflammatoire, tel que nous l’avons déjà établi, c’est-à-dire que ces deux états morbides se manifestent tous deux par des phlegmasies aussi bien que par des fluxions.
Ce rapport n’est pas cependant complet , et des différences sensibles séparent les phlegmasies inflammatoires des phlegmasies bilieuses.
Ainsi , les premières siègent indifféremment dans tous les organes, bien qu’elles envahissent de préférence peut-être les organes thoraciques. Ce fait
est concevable, si l’on réfléchit à la nature des symptômes généraux, et si Y on se rappelle que l’altération constante du sang ne saurait être exclusivement rapportée à la lésion du solide.
Il n’en est plus de même des phlegmasies purement bilieuses , qui attaquent de préférence les organes abdominaux.
Insisterai-je sur la comparaison des symptômes de ces deux espèces de phlegmasies ? Ce serait, je pense , tout-à-fait inutile. La réunion des symptômes de la phlegmasie locale à ceux de l’état inflammatoire ou à ceux de l’état bilieux , constitue leur caractère essentiel. Il y a donc là plutôt une différence qu’un rapport.
Ce que j’ai dit dans le chapitre précédent sur la marche, le type, les crises de ces maladies affectionnelles, s’applique assez à celles dont je m’occupe maintenant pour que je ne croie pas devoir y revenir.
Il n’en est plus tout-à-fait de même de la durée et du pronostic ; car ici la phlegmasie locale joue un rôle important, et le pronostic dépend en grande partie du siège, de l’étendue et de l’intensité de l’in^ Ûammation, aussibien que de l’importance de l’organe atteint. Si toutefois l’on se rappelle la manière dont j’ai conçu les phlegmasies bilieuses pures, on coin-
prendra qu’étant assez peu intenses pour ne point déterminer de réaction inflammatoire , elles doivent être peu graves en général et se terminer habituellement par la guérison. C’est en effet ce qui a lieu, et toutes les années on compte à l’hôpital Saint-Eloi, aussi bien que dans la pratique civile de Montpellier, de nombreux succès dans le traitement de ces maladies.
, Les rapports de causalité déjà détaillés dans le chapitre précédent entre les états inflammatoire et bilieux, restent ici les mêmes. Toutefois la phlegmasie locale introduit ici un élément nouveau , et reconnaît souvent une cause spéciale , telle qu’une prédisposition d’organe, ou (comme disait Barthez à propos des maladies goutteuses) une infirmité relative des organes que doit occuper cette maladie , ou bien une autre cause accidentelle.
Il est cependant un point d’étiologie sur lequel je crois devoir insister.
J’ai dit tout à l’heure que , dans quelques circonstances , la phlegmasie locale pouvait être regardée comme ayant précédé l’affection inflammatoire , et ayant joué à son égard le rôle de cause occasionnelle. En est-il de même pour l’état bilieux , et voit-on les phlegmasies des organes déterminer le développement de cette affection ? L’af-
firmative a été, on le sait, soutenue long-temps d'une manière exclusive par quelques personnes, et c'était toujours la phlegraasie de l'estomac qui , par sympathie ou par continuité de tissu, donnait naissance aux phénomènes bilieux. 11 me semble, en effet, impossible de nier que parfois les symptômes de l’inflammation gastro-intestinale précèdent les symptômes de l’état bilieux, et en sont, à proprement parler, la cause occasionnelle. Dans les cas de ce genre, les émissions sanguines locales font en effet promptement disparaître les symptômes pblegmasiques et bilieux. Les faits me semblent donc prouver que si la phlegmasie gastro-intestinale peut être la conséquence d’un état bilieux , le contraire est vrai aussi dans d?autres circonstances. Ainsi se trouvent expliquées mais non justifiées les deux opinions opposées et exclusives d'après lesquelles l’état bilieux serait toujours cause ou toujours effet de la phlegmasie gastrique. II faut avouer du reste qu’il est quelquefois difficile dans la pratique d'établir positivement l'antériorité de tels ou tels symptômes, et qu’on est alors obligé de s'en rapporter exclusivement à la considération des causes qui , étant souvent composées , ne sauraient
alors éclairer la question.
Cette difficulté cependant, lorsqu'elle existe, ne
me semble pas avoir une très-grande importance pratique : c’est qu’en effet, s’il y a doute , la prédominance des symptômes bilieux ou des symptômes inflammatoires locaux doit fournir l’indication thérapeutique.
Lelraitementdevra être dirigé, en général, d’après la nature inflammatoire ou bilieuse de la maladie. La phlegmasie locale sera aussi une source d’indicatiou. On agira contre elle spécialement par les moyeus anti - phlogisliques locaux, avec énergie, si l’affection est inflammatoire ; on devra être plus réservé, au contraire, si l’affection est bilieuse.
Beaucoup d’auteurs rattachent aux affections inflammatoire et bilieuse plusieurs actes morbides , autres que les congestions et les phlegmasies dont je viens de parler : ainsi , on parle d'hémoptysies , d’apoplexies bilieuses ; Stoll va même jusqu’à regarder la phthisie pulmonaire comme un des effets de l’affection bilieuse. On comprend à peine , à cet égard, l’étrange préoccupation du célèbre praticien de Vienne, et l’on conçoit encore moins la théorie singulière par laquelle il a voulu expliquer le développement de la phthisie pulmonaire à la suite de la toux gastrique. ^
D’une autre part, il me semble qu’il sera néces-
saire de soumettre au contrôle d’une observation sévère les faits nouveaux qui rappelleront ceux d’hémorrhagies bilieuse ou inflammatoire que Ton' a cités (1).
Beaucoup d’hémoptysies* par exemple , dites bilieuses ou inflammatoires * doivent sans doute être rattachées à la phthisie pulmonaire commençante (2); et les faits d’hémorrhagies cérébrales survenues sous l’influence des mêmes causes, ne me paraissent pas non plus parfaitement prouvés.
(1) Il est bien entendu que je ne parle pas ici des hémorrhagies critiques dont j’ai dit quelques mots dans le chapitre précédent. Je cherche s’il y a des hémorrhagies qui soient la manifestation directe de l’affection inflammatoire et de l’affection bilieuse.
(2) Si l’on suit attentivement la description des hémoptysies bilieuses dont Stoll a parlé, on voit qu’il a donné quelquefois le nom d hémoptysie aux crachats de la pleuropneumonie; ou bien qu’il a regardé comme bilieuses des hémoptysies qu’on devait sans doute rattacher à une phthisie pulmonaire commençante ou confirmée. Dans le premier cas , il s’agit donc d’une phlegmasie bilieuse; et dans le second, d’une phthisie pulmonaire, compliquée accidentellement d’un état bilieux , qu’on ne saurait regarder comme en étant la cause.
Je cite les paroles de Stoll ( Médecine-pratique , tom. II, pag. 178; trad. de Mahon) : « J’observai cette année et l’année précédente , pendant l’été et au commencement » de l’automne, un très-grand nombre d’hémoptysies, * accompagnées d’une respiration quelquefois laborieuse,
De prime-abord , on comprendrait facilement la production de ces accidents. Puisque les états bilieux et inflammatoire déterminent des congestions sanguines, il paraît naturel de penser que ces fluxions peuvent se terminer par hémorrhagie aussi bien que par phlegmasie. Cependant le fait me paraît douteux, ou tout au moins doit-on croire que ce dernier acte morbide est , dans celle circonstance , beaucoup plus fréquent que le premier.
Je rappellerai , à cet égard , ce que j’ai déjà dit plus haut sur la séparation complète qu’on établira peut-être un jour entre l’état inflammatoire et la pléthore. Déjà Hoffmann (1) avait refusé à celte
»d’ardeur de poitrine, d’une douleur pongitive au côté
• et de fièvre. » ]N’est-i! pas possible que ce soient là des pneumonies ? Tout le monde sait en eiïet qu’il y a des inflammations du poumon dans lesquelles les crachats sont d’un rouge assez vif. Je continue : « Quelques personnes «n’eurent d’autre incommodité que le crachement de «sang. Il y en eut qui avaient souvent, d'abord et «dans les clés précédents, rejeté du sang par la toux ,
• et qui depuis long -temps expectoraient, pendant la
• nuit et au commencement du jour, beaucoup de matières
• gluantes et semblables en quelque sorte à du pus. • Comment ne pas voir dans ces faits des cas de phthisie pulmonaire avec hémoptysie? Telles sont cependant les hémoptysies que Stoll appelle bilieuses .
(I) Acuti non minus ac pcriculosi morbi sunt inflammationes, quœ ferme omnes uni ver si corporis partes occupant ,
dernière la faculté de produire des phlegmasies, et M. Àndral a depuis confirmé celle opinion (1). La pléthore est au contraire une cause fréquente d’hémorrhagies. D’un autre côté , dans la fluxion qui se termine par inflammation , il y a autre chose que dans celle qui se termine par hémorrhagie ; car les effusions sanguines sont exceptionnelles dans les organes enflammés (2).
Ainsi, d’une part, quelques personnes prétendent que la pléthore ne dispose pas aux inflammations;
pro causa aulem neutiquàm plethoram agnoscunl : . .. et
quamvis venæ sectio in omnibus inflammationibus maximè vero in pîelhoriis , per quam necessaria sit ,....nihiloseciùs sanguis , quatenùsin se et quanlitale spectalur, non est hujus
tnali vera causa . ( Dissertalio de plelhorà insufficienle mor-
borum causa; in opéra omnia . Sup. Il, p . 528, Genev. 1760.J
(1) « Au point de vue de la composition du sang, les individus pléthoriques ne seraient pas plus disposés que d’autres à contracter des inflammations; et je ne crains pas d’affirmer que, si l’on interroge à cet égard les faits cliniques , ils conduiront à la même conclusion ; ce n’est qu’une fausse analogie de symptômes qui a fait dire que la pléthore disposait aux phlegmasies. » (Andral , loc. cit pag. 45.)
(2) « Quelle que soit la disposition d’un organe aux hé-
morrhagies actives , dès qu’il est atteint d’inflammation , l'effusion est impossible ; aussi l’on peut poser en principe que l’hémorrhagie et l'inflammation d’une même partie s’excluent réciproquement. » (Lordat, Traité des hémorrhagies , pag. 156.) •
d’autre part, une phlegmasie locale est un obstacle aux hémorrhagies : il est dès-lors possible de concevoir que la fluxion sanguine hémorrhagique est d’une autre nature que la fluxion sanguine inflammatoire, et dépend d’un autre état morbide.
Ces considérations sont , il est vrai, en partie la conséquence d’hypothèses ; mais si l’on en rapproche ce fait, que les hémorrhagies réellement inflammatoires sont très-rares, on conviendra que j’ai quelque raison d’appeler la critique sur les observations de cette nature, aussi bien que je l’ai fait pour celles d’hémorrhagie bilieuse.
Je crois donc plus convenable de ne pas insister sur ces maladies , non plus que sur quelques autres qui ne se montrent que rarement. Je n’ai d’ailleurs qu’un intérêt secondaire à les étudier ici , puisque je dois seulement les faire servir à établir des rapports entre les deux affections qui m’occupent. Or, ces faits ne nous présenteraient pas des considérations d’une autre nature que celles qui nous ont été fournies par l’étude des phlegmasies.