ARTICLE II
Influence que les affections inflammatoire et bilieuse , avec lésions matérielles appréciables , exercent les unes sur les autres.
Si les fluxions et les phlegmasies inflammatoires
sont habituelles daus le Nord , si les fluxions et les phlegmasies bilieuses sont communes dans le Midi; dans un climat tempéré comme le nôtre, elles revêtent souvent le caractère bilioâo-inflammatoire. Seulement l’élément inflammatoire domine là , et ici domine l'élément bilieux. — La réunion de ces deux étals morbides se rencontre donc souvent , et les occasions de l'étudier ne nous manquent pas.
Tous les organes, presque sans distinction, peuvent être le siège de ces fluxions et de ces phlegmasies mixtes; seulement celles qui se font sur les organes thoraciques sont plus fréquentes là où domine l'élément inflammatoire; là, au contraire, où l’élément bilieux a plus de force , on constate plus fréquemment les fluxions et les phlegmasies abdominales.
Les symptômes par lesquels se manifestent ces affections mixtes , sont de trois ordres : ceux de l’état inflammatoire , ceux de l’état bilieux , ceux de la lésion organique , et habituellement on peut les constater avec facilité. Cependant il n’en est pas toujours ainsi , et la plupart des auteurs qui se sont occupés de ce point de pathologie , ont fait remarquer que les symptômes qui appartiennent à l'état bilieux peuvent être atténués , effacés même par ceux de l’état inflammatoire ; et réciproquement.
Il n’est pas de praticien qui n'ait eu occasion de constater des faits de cette espèce. Stoll , qui a insisté tout particulièrement sur ces considérations ,
s’est efforcé , dans plusieurs endroits de son ouvrage ,
de donner les moyens d’établir le diagnostic ; mais
il eu a proclamé toute la difficulté , et a fini par conclure qu’on était souvent réduit à employer un traitement d’essai pour s’assurer du choix définitif
d’une méthode thérapeutique.
J’ai voulu insister sur ce point pour faire comprendre la difficulté du diagnostic complet dans un certain nombre de circonstances. Mais s’il m’était permis de donner ici le résultat de mon expérience personnelle , je dirais que l’on n’a pas à craindre une erreur grave de thérapeutique en se laissant diriger par les symptômes tels qu’on les voit.
A-t-on , eu effet, à traiter une pneumonie biiioso-
inflammatoire dans laquelle les symptômes bilieux sont dissimulés par ceux de l’état phlegmasique , il faut commencer le traitement comme si la maladie était purement inflammatoire. Cela fait, on doit suivre attentivement la succession des phénomènes; et alors il arrivera ou que les symptômes bilieux se dessineront , ou bien qu’ils resteront à l’état latent: dans le premier cas, on devra modifier ou changer le traitement anli-phlogistique ; dans le second , il n’y
a aucun risque à persister dans la première médication que Ton a adoptée. — Il est probable que Ton doit agir d’après le même principe dans le cas où l’affection inflammatoire est dissimulée par l’intensité des symptômes bilieux ; mais, n’ayant jamais eu l’occasion d’observer des faits de cette espèce , mon expérience personnelle me fait ici défaut.
A ces considérations sur l’influence qu’exercent l’une sur l’autre les affections bilieuse et inflammatoire au point de vue symptomatologique et thérapeutique , j’ajouterai quelques mots sur leur influence réciproque sous le rapport pathogénétique. Ces remarques ne sont, du reste, que le corollaire de celles que j’ai émises plus haut sur le même sujet.
Les causes prédisposantes de ces affections complexes sont mixtes ou multiples. Elles peuvent suffire seules à leur production, ou bien emprunter le secours d’une cause occasionnelle. Or, il peut arriver que la phlegmasie inflammatoire joue le rôle de cause occasionnelle à l’égard de l’affection bilieuse. Bien des pathologistes ont remarqué , en effet, que la pneumonie avec symptômes bilieux est surtout fréquente lorsque la phlegmasie siège à la base du poumon droit, et, pour ma part, j’ai eu assez souvent l’occasion de vérifier Ja vérité
de cette assertion. On a pensé alors que la phlegniasie agissait directement, et en raison de son siège sur les organes biliaires, de manière à provoquer rapparilion des symptômes bilieux. On a voulu même expliquer de cette manière Texistence de toutes les pneumonies bilieuses.
Ce que j7ai dit jusqu'à présent prouvera sans peine que je ne partage pas cette opinion; il suffît, du reste, pour la renverser, de constater qu’il y a
des cas dans lesquels les phénomènes bilieux exis-
tent au plus haut degré, bien que la pneumonie siège au sommet de l’un ou de l’autre poumon. Cependant la fréquence des faits du premier genre doit engager à ne pas repousser entièrement une opinion parce qu’elle est exclusive. L’on peut admettre , sans être en désaccord avec l’observation ni avec une induction raisonnable, que les phlegmasies inflammatoires peuvent agir, soit directement , soit par sympathie, pour déterminer la production d’une complication bilieuse. Toutefois, it sera nécessaire de décider si les symptômes bilieux alors produits sont ceux d’un ictère ou d’un véritable étal bilieux : or, cette distinction n’a pas encore été, je crois, suffisamment établie pour les faits qui m’occupent.
D’autre part, l'affection bilieuse peut-elle déterminer des phlegmasies locales assez intenses pour
qu’il en résulte un état inflammatoire secondaire? Si Ton se rappelle à cet égard ce que j’ai dit , dans l’article précédent, à propos des phlegmasies bilieuses, on comprendra que je reconnais, sans avoir eu l’occasion de la constater, l’existence de faits de cette nature.
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