CHAPITRE TROISIÈME
Des affections Inflammatoire et bilieuse Jointes à des affections d’une autre nature.
Dans le chapitre précédent j’ai parlé des manifestations des états inflammatoire et bilieux , et là j’ai rencontré quelques maladies Lieu déterminées, qui m’ont permis d’établir entre eux quelques rapprochements. La question que j’aborde maintenant est tout autre. Elle se rattache à des faits qui ne sont ni moins nombreux , ni moins intéressants que ceux qui précèdent; mais elle tient à mon sujet d'une manière indirecte, et permet seulement un petit nombre de considérations sur l’influence qu’exercent l’un sur l’autre les deux états morbides qui nous occupent. Ainsi, l’affection inflammatoire peut s’allier avec une fièvre éruptive et exercer sur elle une influence; il en est de même de l’état bilieux. Certes, c’est un sujet d’étude curieux et intéressant que celui de celle alliance et des modifications imprimées à la fièvre éruptive par le fait de cette complication. Ce n’est pas là cependant ce dont je dois spécialement m’occuper; mais il faut que je détermine : 1° si l’affection in-
flammatoirea le même mode d’action que l’affection bilieuse sur cette fièvre ; 2° si ces deux états peuvent se réunir pour compliquer l’affection exanthémateuse , et quelle est alors leur influence l’un sur l’autre.
Ce sujet a peu d’étendue, et je suis d’autant plus porté à ne pas y insister, que j’aurai à noter des rapports analogues à ceux que j’ai déjà énumérés.
Il n’est guère d’affection qui ne puisse se compliquer avec les états inflammatoire et bilieux; mais, ne voulant point entrer dans des détails à propos de chacune en particulier, je me contenterai de les étudier par groupes, sans craindre quelques omissions.
Les fièvres que nous avons définies plus haut
sont très-souvent compliquées par ces affections.
Aucune de celles qui ont été étudiées sous ce point de vue ne fait exception à cette règle. Ainsi, l’on voit les varioles, les rougeoles, les scarlatines, les fièvres typhoïdes (I), les fièvres intermittentes et
(1) La fièvre à laquelle on a imposé le nom de fièvre typhoïde , est, à l’avis de bien des pathologistes, mal dénommée. 11 semblerait, en effet, que ce mot implique la nécessité de l’existence des symptômes dits typhoïdes , et que, partout où on les constate avec un mouvement fébrile, il y a fièvre typhoïde.
Telle n’est point cette affection , dont on se fera une
rémittentes paludéennes, etc., s’accompagner des symptômes de l’état inflammatoire ou de l’état bilieux , débuter souvent par eux , et présenter ainsi
toutes, à leur apparition dans certaines saisons ,
une physionomie commune. II ne faut pas croire cependant qu’elles aient alors changé de nature.
Chacune de ces affections a sa nature propre, qui ne peut pas être modifiée et qui reste toujours la même ; de telle sorte qu’il faut, dans ces cas, regarder l’élément bilieux ou inflammatoire comme une complication , ou tout au plus comme une cause occasionnelle. En effet, ces deux affections
idée très-juste en la comparant à la variole. Parmi les manifestations de cette dernière fièvre, on trouve uneéruplion tellement caractéristique, que, dès qu’elle existe, elle suffit pour faire reconnaître la variole. De même la fièvre typhoïde a une éruption qui lui est spéciale : dans le cas de variole, cette éruption se fait principalement sur la peau ; dans le cas de fièvre typhoïde, elle a lieu de préférence sur l’intestin. Dans l’une comme dans l’autre , il y a enchaînement déterminé des symptômes et une marche presque fatale. L’une comme l’autre se présente avec prédominance de symptômes tantôt inflammatoires , tantôt bilieux, tantôt typhoïdes, etc. il y a donc des fièvres typhoïdes inflammatoires, bilieuses, typhoïdes, comme des varioles de même nom. Aussi je préférerais de beaucoup le nom de fièvre dothiénenléri tique (ou tout autre plus facile à prononcer), qui aurait l’avantage de faire cesser une confusion fâcheuse.
ne sauraient suffire à elles seules pour expliquer le développement des fièvres, et nous devons toujours chercher au-delà de l’état bilieux ou inflammatoire une cause particulière et souvent même spécifique. Bien plus, les faits démontrent que ces fièvres sont parfois la cause occasionnelle de la complication bilieuse ou inflammatoire , dont la cause prédisposante se trouve, soit dans le tempérament du malade , soit dans la saison régnante.
Tantôt, en effet, les symptômes des états inflammatoire et bilieux marquent exactement le début des fièvres; tantôt, au contraire, les symptômes de celles-ci précèdent les autres.
Il ne faut donc , en aucune façon , considérer les fièvres ni les autres affections comme les manifestations pures de l’état inflammatoire ou de l’état bilieux ; on ne doit pas davantage considérer ces deux états morbides, lorsqu’ils se développent pendant le cours d’une affection spécifique, comme la conséquence directe et immédiate de la spécificité. En effet , comme le disait J. Hunter, « le même «poison ne peut avoir qu’une seule manière d’irriter «indépendamment de ses qualités spécifiques, et «c’est ce mode d’irritation qui produit la fièvre; il «ne peut aussi avoir qu’une seule manière d’irriter » par ses qualités spécifiques. Mais la fièvre, abslrac-
*tion faite des qualités spécifiques, est en rapport • avec la nature de la constitution au moment où *»le poison y pénètre; car celui-ci ne peut produire «rien autre chose qu’une fièvre unie avec son action «spécifique propre (1). »
Il est important de remarquer que , quelle que soit l’intensité des phénomènes inflammatoires ou bilieux, il est rare qu’on ne puisse pas retrouver au milieu d’eux les symptômes propres aux fièvres. Ainsi, les phénomènes bilieux n’empêchent pas de reconnaître pendant les prodromes d’une variole la douleur lombaire ; pendant ceux d’une rougeole, l’enchifrènement , l’éternuement, le picotement des yeux ; dans le début de la fièvre typhoïde , les étourdissements , la sensation d’ivresse , la faiblesse extrême, les épistaxis, le trouble de la vue et de l’ouie, etc.
Cependant le diagnostic du début des fièvres, souvent difficile par lui-même , le devient encore plus si celle qu’il s’agit de reconnaître a quelques symptômes qui lui soient communs avec l’état bilieux ou inflammatoire. Ainsi , les vomissements, la céphalalgie , la douleur épigastrique peuvent être constatés dans la fièvre gastrique
. (t) Hunter, Principes fondamentaux de l’inflammation , png. 543 ; traduction de G. Richelot.
bilieuse , aussi bien que dans la variole. Mais est-il besoin de dire qu’un médecin- praticien , qui a l’habitude de voir et d’étudier les malades, saura, dans la majorité des cas, distinguer dans ces symptômes analogues des différences qui lui permettront d’éviter l’erreur ?
Les symptômes inflammatoires ou bilieux qui ont paru au début des fièvres , persistent quelquefois pendant tout leur cours ; d’autres fois , au contraire , ils disparaissent, soit en raison de la médication , soit naturellement ; alors ils laissent à la fièvre sa physionomie particulière , ou bien ils sont remplacés par d’autres états morbides : ainsi , il n’est pas rare de voir des varioles, des fièvres typhoïdes, débuter avec des symptômes inflammatoires ou bilieux , et se terminer avec des phénomènes d’adynamie.
Toutes les considérations qui précèdent sont communes aux deux affections qui font le sujet de ce travail ; ainsi se trouve établie entre elles une série de rapports dont nous retrouverons bientôt la continuité.
de veux auparavant indiquer quelques différences, d’ai dit tout à l’heure que, dans les premiers jours , on peut voir les symptômes inflammatoires ou bilieux se développer après ceux des fièvres, en sorte
qu’alors on doit les considérer comme une complication du début de ces affections. En est-il de même lorsqu’elles ont parcouru une partie de leurs périodes, et les deux états morbides qui nous occupent peuvent-ils être une complication du milieu ou de la fin des fièvres ? Nul doute , à cet égard , au sujet de l’état inflammatoire. La plupart des fièvres peuvent être l’occasion de fluxions phlegmasiques sur tels ou tels organes, d’où résultent l’augmentation du mouvement fébrile et les autres phénomènes qui caractérisent l’état inflammatoire. Cette action est si évidente que , dans la fièvre typhoïde dont un des effets constants est la diminution de la fibrine , on voit sous l’influence d’une phlegmasie intercurrente augmenter la quantité de cet élément constitutif du sang (1). Les phlegmasies sont, en effet, des complications fréquentes des fièvres ; et alors l’état inflammatoire survient consécutivement et dans le cas où la maladie locale est assez intense pour que tout le système vivant réagisse contre cette nouvelle atteinte. La prédisposition seule existait; L’état bilieux se distingue ici de l’état inflammatoire, il n’est pas habituel de le voir naître pendant la
(1) Andral, loc. rit., p. 79.
durée d’une fièvre, et encore moins déterminer des accidents d’une certaine importance (1).
Les états inflammatoire et bilieux , en compliquant les fièvres , en leur imprimant un cachet particulier, en modifiant leurs symptômes, influent aussi sur leur marche , sur leurs crises , sur leur danger. Mais il -faut avouer que ces modifications sont souvent secondaires et sont alors sans intérêt. Toutefois, et ceci est très-important à noter, ces états déterminent le plus souvent la première indication thérapeutique. Phénomènes du début , ils doivent être attaqués les premiers ; après leur disparition , les fièvres pourront plus facilement suivre leur cours naturel , et la médication qui leur est appropriée sera plus efficace. Il faut même reconnaître que bien souvent les fièvres ne présentent pas d’autres indications importantes que celles fournies par l’état inflammatoire ou bilieux; car, lorsque nous ne possédons pas de médicaments spécifiques , nous devons le plus ordinairement abandonner à la nature le soin de la guérison.
(1) Je ne parle pas ici des dérangements de la sécrétion biliaire qui peuvent survenir sans qu’il y ait état bilieux proprement dit : ainsi , dans la fièvre typhoïde, la sécrétion biliaire est souvent modifiée.
Voyez Martin Solon , dans le journal V Expérience , février 1844, pag. 129.
Parmi celles qui sont le plus habituellement compliquées par les deux affections morbides dont nous cherchons les rapports, il faut noter les fièvres intermittentes et rémittentes (I). La complication gastrique bilieuse est des plus fréquentes dans ces cas; il est même des saisons où il est exceptionnel de ne pas la rencontrer. On le comprend, du reste, facilement , si l’on réfléchit que ces fièvres sont surtout fréquentes dans le moment de l’année où l’état bilieux imprime son cachet à toutes les maladies. Ce n’est point que la saison soit une cause directe du développement des fièvres intermittentes; mais en même temps qu’elle agit sur le système vivant de manière à le prédisposer à l’affection bilieuse, elle agit sur le sol des contrées marécageuses, favorise les exhalaisons miasmatiques, et devient ainsi une cause indirecte des fièvres paludéennes.
Il ne faudrait pas croire cependant que ces affections ne puissent pas s’allier à l’état inflammatoire : cette alliance, moins commune que la première,
(I) Il est important de ne pas confondre entre elles les diverses fièvres auxquelles on a donné le nom de rémittentes ;• Ainsi , personne n’assimile la rémittence de la fièvre gastrique ou de la fièvre typhoïde à celle des fièvres d’origine paludéenne. Ce sont ces dernières dont je parle dans ce moment.
n’est pas très-rare cependant ; mais on la constate à une autre époque de l’année, c’est-à-dire au printemps. C’est qu’en effet les rapports et les différences que nous avons notés dans notre premier