EE EG EE AU
y apporter une transformation ; en effet, on a vu qu'il faut un certain temps minimum pour que l’insensibilisation se produise. :
Aussi, la même expérience est réalisée, mais en laissant le jus des larves et l'extrait en présence pendant des temps différents à la température de 25° (extrait à 6,7 0/0).
On obtient alors les chiffres suivants :
Pour un contact de 30 minutes :
Extrait + larves élevées sur extrait : 151,5.
Extrait + larves élevées sur milieu standard : 151,9. Pour un contact de 6 heures 45 minutes :
Extrait + larves élevées sur l'extrait : 145,6.
Extrait + larves élevées sur milieu standard : 161,8. Pour un contact de 22 heures 30 minutes :
Extrait + larves élevées sur l’extrait : 161,0.
Extrait + larves élevées sur milieu standard : 157,6.
Là non plus, il n’y a aucune inhibition de l’action de l'extrait. Même si la fraction insensibilisante existe dans les larves, elle ne peut arriver à modifier le milieu. Il est bon de noter d’ailleurs que les conditions propres, d'une part à l’insensibilisation directe des larves, et d’autre part à cette tentative de diminution d'activité du milieu sont assez éloignées. En particulier, la concentration en fraction insensibilisante peut être assez différente dans les deux cas, pour expliquer que l’on ne trouve pas dans le second les phénomènes révélés par le premier. 11 se peut aussi que cette fraction ne puisse agir que sur les larves et soit sans répercussion sur l'extrait. C’est à cette conclusion que l’on est amené par l'expérience suivante. .
Insensibilisation par injection. — Des larves sont placées, à o heure, sur du milieu Î contenant 5 o/o de glucose et 6,7 o/o d’extrait. Quand elles sont âgées de 4o heures, elles sont retirées, lavées, écrasées avec du sable. Le liquide obtenu est centrifugé pour le débarrasser des fragments de larves. Il est alors injecté à des larves de 4o heures, élevées jusque-là sur le milieu standard. Puis ces larves sont repiquées sur du milieu contepant aussi de l'extrait. Parallèlement, un second lot de larves, dans lesquelles on a injecté du jus de larves élevées sur milieu standard, est placé sur un milieu identique. Les mouches issues de ces larves présentent les nombres de facettes suivants :
Premier lot : mâles : 133,8 ; femelles : 96,3.
Second lot : mâles : 183,4 ; femelles : 124,4.
Ces chiffres montrent donc qu’il est possible, par ce moyen, de transmettre à des larves l’insensibilisation acquise par d’autres. Ceci confirme l'existence, dans les larves insensibilisées, d’une fraction formée durant les quarante premières heures de leur développement, à partir de l'extrait qu’elles trouvent dans le milieu d'élevage. La présence de cette fraction, qu’elle soit obtenue ainsi directement, ou qu’elle soit fournie, avant la période de sensibilité, par injection, provoque chez les larves la formation
d’un milieu interne inapte, en partie tout au moins, à réagir de la manière habituelle à l'extrait.
Discussion et conclusions. — Le chapitre 1 avait montré que, si l'on veut augmenter fortement la taille de l'œil des mouches Bar grâce à l’action de l'extrait de Calliphora ingéré per os, cette ingestion doit, pour être efficace, avoir lieu durant une certaine période du développement larvaire. L'existence d’une période de sensibilité n’est pas faite pour surprendre, car beaucoup de phénomènes biologiques comportent ainsi des restrictions dans leur manifestation.
Les faits exposés dans ce présent chapitre compliquent singulièrement les modalités d'action de l'extrait. Les phénomènes conduisant à l’augmentation de la taille de l’œil sous son influence paraissaient en effet relativement simples comme comportement, quand on se bornait à l'étude de la période de sensibilité. Mais du moment où l'on observe ce qui se passe antérieurement, il faut tenir compte de cette différence observée dans la taille des yeux des larves qui passent, les unes toute leur vie larvaire -sur l'extrait, les autres, seulement la période allant de 4o heures à la pupaison.
J'ai cherché à montrer comment on pouvait interpréter celte différence. Il est hautement probable qu’elle provient de la mise en jeu de processus déclanchés, à un âge précoce des larves, par la réaction de celles-ci à l'extrait qu’elles ingèrent. Ces larves possèdent naturellement un milieu intérieur ayant une certaine composition. Ce milieu se trouve brusquement modifié par l’arrivée, en doses plus ou moins massives, d'un ensemble complexe qui doit amener des variations dans l'équilibre physiologique des larves. Certes, l'extrait provient lui-même de la lymphe d’un organisme voisin de la Drosophile. On verra par la suite que l'extrait tiré de la Drosophile même a une action identique; néanmoins, ce que trouvent les larves dans le milieu modifie suffisamment leur développement pour qu'un organe tel que l'œil en subisse les conséquences. On peut donc penser que l’ingestion de l'extrait fait intervenir des changements notables dans le métabolisme interne des larves. Celles-ci réagissent, et cela d'autant plus violemment que le mode de nutrition a été lui-même plus fortement modifié, en donnant naissance à un corps qui s’oppose à ces changements. Les propriétés diffusibles de ce corps semblent ne pouvoir être mises en doute. Formé à la suite d’une ingestion per os, il devient capable de compenser ce qu’une seconde ingestion, durant la période de sensibilité, peut entraîner comme nouvelle variation du métabolisme larvaire. Il passe dans la circulation générale, puisque la lymphe des larves qui l'ont édifié acquiert les qualités insensibilisantes transmissibles à d’autres individus par injection.
On peut donc admettre que l’insensibilisation est due à la mise en jeu de cette fraction diffusible, qui a pour origine l’action de l'extrait sur les larves durant une certaine période de leur développement, et qui, une fois élaborée, se répand dans l'organisme où elle garde son activité, soit qu’elle
reste, soit qu’on l'en extraie pour conférer à d’autres individus les propriétés qu’elle entraîne. FRE
Il y a lieu de rappeler ici que ce phénomène d'insensibilisation peut
34 SIMON CHEVAIS
expliquer le manque apparent de concordance dans les chiffres trouvés pour la fin de la période de sensibilité. Les courbes 3 et 4 indiquaient 6o heures pour cette valeur, la courbe 6, 72 heures. Mais, dans l'expérience représentée par cette dernière courbe, toutes les larves étaient transportées sur l'extrait à o heure, et, par conséquent, subissaient l’action de l'extrait au moment où se réalise l’insensibilisation. Celle-ci, comme on l’a vu, modifie beaucoup le développement larvaire et y fait apparaître des changements appréciables du milieu interne. Il est donc préférable de tenir compte des courbes 3 et 4 dans la détermination de la fin de la période de sensibilité, plutôt que de la courbe 6 où plusieurs phénomènes sont superposés. La fin, de la période de sensibilité se placerait bien alors aux environs de la 6ot heure.
Dans le chapitre suivant, on va voir quelle est l’origine de cette fraction insensibilisante, et comment sa formation fait intervenir des processus différents de ceux qui conduisent l’extrait à augmenter le nombre de facet-
tes de l'œil Bar.