SIMON CHE VAIS D EE EU PT RE CE ER
particulier, dans les larves âgées, les chiffres sont très voisins. Ceci est d’ailleurs logique, puisque ni la surface, ni la densité cellulaire ne sont affectées par la présence de l'extrait. On retrouve donc nécessairement comme nombre final de cellules le même chiffre dans les deux cas. :
De l'examen des dessins de la planche I, il ressort que les disques sont absolument identiques, à la taille près, chez le {ype sauvage et chez Bar. Ils sont formés de cellules: beaucoup plus petites que celles des autres organes du corps, et dans lesquelles il est possible d'observer de nombreuses mitoses. : :
Les autres disques visibles (ailes, pattes) ont un aspect tout à fait semblable aux disques oculaire-antennaire. Les cellules y ont la même taille et la même disposition. Même dans les larves du dernier stade, il n’est pas possible de reconnaître une organisation de ces cellules. Dans certains cas, suivant l'orientation du disque dans la coupe, on voit, chez les larves âgées, les cellules les plus périphériques disposées en files, courtes et parallèles. Mais cette disposition, qui est loin d’être générale, se trouve aussi bien chez les disques des ailes ou des pattes que chez celui de l'œil. Elle n'indique donc pas une organisation des cellules destinées à former les ommatidies, mais plus certainement elle est la conséquence d’une orientation particulière du tissu à cet endroit.
Je n'ai pas représenté, sur la planche I, de coupes de larves Bar traitées par l’extrait. On retrouve en effet chez ces larves, la même disposition et la même forme que dans les larves Bar normales qui figurent sur la planche.
Discussion et conclusions. — Ces observatiôns confirment donc les résultats déjà indiqués par les auteurs et montrent que la mutation Bar réduit, d'une manière sensible, la taille du disque imaginal. Cette réduction est visible dès que le disque est individualisé, c’est-à-dire dès que son développement propre commence. Une première constatation importante à noter est la différence qui existe entre le rapport des surfaces +/B et le rapport du nombre des ommatidies +/B. Le premier est égal à 1,4 environ, alors que le second est de 8,2 pour les mêmes individus. Onvoit donc que la réduction de taille du disque ne suffit pas, et de beaucoup, à expliquer celle de l'œil. Certes, ce que l’on nomme « disque oculaire », ne forme pas que l'œil. Quand on implante dans une larve un complexe céphalique entier, c’est-à-dire les 2 disques antennaires, les 2 disques oculaires et le cerveau, l’implant développe une tête complète. Les disques ont donc fourni non seulement le matériel nécessaire à la constitution de l'œil et de l'antenne, mais aussi celui qui donne la paroi de la tête et les centres nerveux. Par conséquent, si l’on voulait comparer exactement les ébauches ne donnant que du tissu oculaire Bar ou du tissu oculaire sauvage il faudrait faire abstraction de ce qui, dans le disque oculaire, a une autre destinée que la formation desommatidies. Cette abstraction n'est pas réalisable. Et nous devons donc admettre deux possibilités : ou bien la valeur du rapport +/B est diminuée par la présence de ce matériel extra-oculaire, ou bien tout le tissu imaginal oculaire n’est pas appelé à se transformer en ommatidies, une partie étant inutile à cette destinée. |
En réalité, ces deux possibilités peuvent coexister, puisque d’une part
nous sommes sûrs qu’une partie du disque fournit autre chose que les ommatidies (ne serait-ce que le ganglion optique) et que, d'autre part, deux disques de même surface, de même nombre de cellules, peuvent arriver à constituer des yeux de taille très différente. Cette absence de corrélation entre la taille du disque et la taille de l’œil est des plus significative. Elle indique clairement que toutes les cellules du disque n’ont pas la même destinée. Au cours de la différenciation pupale, il se fera une discrimination entre les cellules, sans que rien, au cours de la vie larvaire, n'indique comment elle doit se faire et quel matériel elle intéresse.
Ceci est confirmé par le fait que le nombre de cellules auquel nous arrivons, en fin de développement larvaire, ne comporte aucune correspondance avec le nombre des ommatidies, Sur ce nombre de 5.600 par exemple, chez le éype sauvage, il faut déjà prélever ce qui est à l'origine de l'antenne et du ganglion optique, en admettant qu'il n’y ait pas d’autres tissus à y Incorporer. Orune ommatidie complète comprend 18 cellules (Cmevais 1937), non comprise la membrane basale. Pour un œil de 650 facettes, cela fait déjà près de 12.000 cellules, nombre auquel il faut ajouter les tissus antennaire et nerveux. Il est donc complètement impossible de vouloir trouver dans le disque des ommatidies en place, et même des ébauches formées de groupes de cellules. Ce n’est que plus tard, quand le disque poursuit son développement, au delà de la prépupaison, que le matériel pourra s'individualiser, après une prolifération intense et rapide.
On ne voit pas d'ailleurs comment, à supposer que des rudiments d'ommatidies soient en place, on pourrait expliquer que des mouches ayant des nombres de facettes aussi différents que Bar témoins et Bar traitées, aient eu des disques larvaires de même surface, de même structure et à nombre de cellules identique. Même si ces ébauches ne contenaient que 4 cellules, cela devrait faire une différence de : (385 X 4)— (80 X 4) — 1.200 cellules, sur un total de 5.000 cellules. La proportion est trop forte pour qu'elle puisse passer inaperçue, même en ne considérant que la surface.
Cette étude a mis en évidence un autre fait qu'il est intéressant de rapprocher des conclusions tirées de la première partie. Les mouches sauvages élevées en présence de substance B+ ne subissent aucun accroissement de la taille de leur œil. Or je suis arrivé à cette conclusion que l'œil Bar avait besoin de la substance B+ pour arriver à une taille égale à celle du {ype sauvage. La quantité qu'il reçoit normalement est trop faible, et il n'en trouve un complément que dans l'extrait de Calliphora, ou lors de circonstances particulières. Les expériences de transplantation ont montré d'autre part que l'œil sauvage, en milieu sauvage, reçoit assez de cette substance pour avoir un développement normal. Ceci se trouve confirmé parla constatation qu’un excès de substance B* est sans action sur Jui. : à
Pour me résumer, je dirai que la taille du disque imaginal oculaire dépend dela constitution génétique de l'individu qui le porte. Elle ne peut être modifiée par un apport de substance B+. Celle-ci n’est cependant pas inactive. Elle permet au disque, quand cela est potentiellement possible, de subir un changement de destinée considérable, qui ne setraduit par rien de visible au cours de la vie larvaire, mais qui deviendra flagrant lors de la pupaison. |
Simon Chevais. 6