I. — La criminologie, c'est la science du crime
et du criminel. Rechercher les causes qui ont engendré le crime, examiner les individus qui Font commis, les étudier au point de vue anthropologique, physiologique, psychologique : telles sont les fins de la science criminologique pure. La criminologie appliquée, c'est user des connaissances acquises dans la criminologie pure pour modifier, dans les sociétés humaines, le crime et le criminel.
La criminologie, c'est la recherche de toutes les influences génitrices des crimes : facteurs cosmiques (climat, orographie, géologie, altitude, électricité atmosphérique, température, humidité, etc.) ; facteurs sociaux (éducation, profession, mœurs, coutumes, instruction, conditions sociales, etc.) ; facteurs individuels (atavisme, hérédité, alcoo-
lisme,nicotinisme, morphinisme,etc.,etc.). La criminologie, c'est l'étude du criminel, l'analyse des causes qui Tout conduit au crime, la recherche de leur classement suivant leur degré d'action. En criminologie, on compare la morphologie de la criminalité en le même lieu, en le même temps, en des lieux, en des temps divers, montrant les variations criminelles et leurs causes. Ainsi on peut étudier la forme politique du crime, sa forme professionnelle, sa forme banale ou tératologique. Ainsi sous un autre aspect se peuvent rechercher les influences de chacun des facteurs en particulier, influences variables selon les temps et selon les lieux. L'essence même de la criminologie, c'est d'être comparative. Elle n'aurait aucune raison d'être, si elle ne l'était pas. Alors elle se bornerait à une statistique insignificative et à une série de monographies qu'aucun lien n'unirait. Pour trouver le ou les rapports qui lient entre eux les modes variés du crime, les individus non moins divers qui les ont commis, il faut nécessairement analyser les crimes et les criminels ; puis les comparer de manières diverses selon le point de vue spécial de la recherche. Sans la méthode comparative, il n'est pas de criminologie.
Avant d'étudier la matière criminologique, il nous semble absolument nécessaire de s'entendre sur les termes dont nous userons. Une terminologie précise permet une analyse minutieuse. Il importe donc de dire ce que l'on entend par le mot
crime. Cela évitera maintes confusions. Cela empêchera que des choses, combien diverses, soient dénommées de ce même terme. Cela permettra les comparaisons des théories et des documents criminologiques. Je sais bien que Lombroso s'est abstenu de définir le crime ; je sais qu^un de ses disciples, devenu un maître, M. E. Ferri, trouve inutile toute définition. Ainsi il s'exprime : « Je crois d abord qu'il est toujours temps de donner des définitions ; car celles-ci ne devraient être que la synthèse des analyses que des sciences nouvelles, comme l'anthropologie et la sociologie criminelles, n'ont pas encore accomplies. C'est toujours un reste des habitudes métaphysiques que de s'empresser à donner avant tout des définitions*. »
M. Ferri se trompe. 11 confond les définitions avec les « lois » scientifiques. Une définition est l'explication du véritable sens d'un mot. Une définition c'est, par suite, renonciation des attributs distinctifs d'une chose désignée par ce mot, l'attribut étant ce qui est propre ou particulier, essentiel à cette chose. La définition n'est nullement une synthèse d'analyses. Les analyses ne peuvent se faire qu'à la condition qu'on ait préalablement une notion déterminée des termes dont on fera usage dans l'étude d'un phénomène quelconque. Si l'on n'avait pas cette notion, c'est-à-dire si la terminologie était fixée après les analyses comme
1 0/7. cit,y p. 44.
le veut M. Ferri, les différents scientistes appelleraient de noms différents des mêmes choses. Ou bien encore, à des choses diverses ils donneraient les mômes noms. Ce serait une cacophonie générale, une logomachie génitrice de ténèbres.
La synthèse des analyses, que M. Ferri veut être une définition, est ce que Ton appelle dans les sciences physiques, chimiques, anthropologiques, une loi. C'est l'expression d'un rapport trouvé constant quand on réunit, quand on synthétise ces multiples analyses de phénomènes observés. Ces lois naturelles ou scientifiques ne sont pas impératives, immuables, inéluctables. Elles sont, nous le répétons, l'expression de certains rapports constants, obtenus par une synthèse des analyses. Nous ignorons si la découverte de nouveaux phénomènes ne viendra pas modifier ces rapports et, par suite, changer ces lois naturelles.
Contrairement à M. Ferri, nous ne pensons pas que l'empressement à donner avant tout des définitions soit un reste des habitudes métaphysiques. Cet empressement est indice d'une grande précision, d'une extrême clarté dans l'esprit. Avant d'étudier un ordre quelconque de phénomènes, la raison indique qu'il faut avoir une terminologie précise. Autrement on ne se comprendrait pas.
Si certains chimistes appelaient sels les combinaisons d'oxygène et d'un métal ou d 'un métalloïde, si certains autres appelaient de ce même nom sels les combinaisons d'un acide et d'une base, il serait
quasi impossible de comprendre la chimie, car des choses bien diflerentes porteraient le même nom. Au contraire, tout chimiste sait que le mot « sel » ne désigne rien que la combinaison d'un acide et d'une base. Aussi, quand il voit ce mot, il comprend immédiatement de quel phénomène il est question. Il n'y a là nullement reste des habitudes métaphysiques. Il y a seulement souci de précision , de clarté, ce qui n'est pas du tout attributs de la métaphysique, toujours très obscure et très vague. En physique, en chimie, en physiologie, les termes techniques employés sont bien définis. Quand un physicien traite de la densité, de la pesanteur, de Thydrostatique ; quand un chimiste traite des acides, des sels, des bases, tous les autres physiciens, tous les autres chimistes savent exactement ce dont il s'agit. Il en est de même dans toutes les sciences. Et cela était nécessaire, car ce n'est que grâce à une terminologie précise qu'on peut comparer les phénomènes observés et signalés par les savants, qu'on peut utilement discuter sur eux. C'est seulement en philosophie classique, tout imprégnée de métaphysique que les termes ont je ne sais quoi de vague qui autorise les errements les plus grands. La criminologie, science encore* dans Tenfance, traite du crime. Mais ce qu'on entend par crime on ne le sait au juste, car ou le criminaliste s'abstient de définir le crime, ou sa définition diffère de celle des autres criminalistes.
IL — Ainsi Lombroso traite du criminel sans définir le crime. 11 laisse à chacun le soin de le faire suivant sa mentalité ! La conséquence est qu'il qualifie de criminels des gens qui, pour d'autres, ne le sont point, et réciproquement. C'est là un procédé décelant un esprit aussi peu méthodique, aussi peu précis que possible.
D'autres savants ont compris la faiblesse de cette façon de procéder si antiscientifique — car il n'est pas scientifique de traiter théoriquement d'une matière non déterminée. Et ils ont tenté de déterminer le crime.
Le juriste appelle crime ^ ou délit y toute infraction à la loi pénale. On ne peut accepter comme scientifique une telle définition, étant donnée la variabilité de la loi pénale dans le temps et dans l'espace. Sans cesse les lois pénales se modifient. Sans cesse évoluent les mœurs génératrices de ces lois. Sans cesse des intellectualités développées battent en brèche les lois, montrent leur absurdité, leur nuisance. On ne peut donc sérieusement étudier le crime en le basant sur l'infraction à la loi pénale.
Pour définir le crime, M. Garofalo * a eu recours
V aux deux sentiments de pitié et de probité. Toute
offense à ces sentiments est crime. C'est à cette
même définition que MM. Debierre^ et Q. New-
1 Criminologie^ pp. 5, 43. — Paris, 1888.
2 Op, cit., pp. 220, 221.
mann^ se sont ralliés. Ils supposent l'existence ■ par toute Tespèce humaine, en tous les temps, dun certain sens moral, dont les sentiments moyens de pitié et de probité sont le substratum. La violation de ces sentiments provoquait en tout temps, en tous lieux, une réprobation: c'était le crime.
Cette définition ne vaut pas. En effet l'infanticide, l'aïeulicide oflFensent le sentiment de pitié des civilisés. Ils ne l'offensaient point autrefois, en Europe même. Ils ne l'offensent point de nos jours chez certains sauvages. Il est un fait indéniable, c'est la variabilité des sentiments, non seulement dans le Temps et dans l'Espace, mais encore dans les individus en un même temps, en un même lieu. Déterminer le crime d'après une ofifense à des sentiments si variables, c'est donner une définition instable du crime et rendre impossible une étude sérieuse sur lui. La criminologie, c'est par définition même l'étude du crime et des criminels. Si l'idée du crime varie dans le Temps et dans l'Espace, la criminologie revient simplement à l'étude de ces variations, c'est-à-dire à l'étude de l'évolution de la morale ou, tout au moins, d'une de ses parties. Ce n'est pas là la criminologie. Le criminologue veut analyser des choses appelées crimes. Il veut rapprocher, comparer des individus vivant en des lieux, en des
1 Notas sueltas sobre la pena de muerie, p. 20. — Valparaiso,
DÉHNITION DU CRIME 71
temps différents, individus, auteurs de mêmes choses appelées crimes. Pour que cette comparaison soit possible, il est de toute nécessité que les choses dont ils sont auteurs possèdent un seul ou un ensemble de caractères communs, fixes, les mêmes à quelque époque, en quelque lieu que ce soit. Notre raison se refuse à baser le crime sur des sentiments, fussent-ils moyens, dont la variabilité est indéniable. Des actes similaires, commis en des temps ou en des lieux dififérents, seraient ou ne seraient pas crimes. D où il suit que leurs auteurs ne pourraient être comparés. Résultat encore plus curieux : si on les comparait, les uns seraient considérés comme types d'honnêtes gens, les autres comme types de criminels. Et les uns et les autres auraient commis les mêmes actes! C'est là une conséquence inévitable de la détermination de l'idée de crime par la violation des sentiments de pitié et de probité. Cette conséquence impossibilise toute criminologie, toute étude sérieuse, comparative de la criminalité, des criminels. Aussi rejetons-nous absolument la définition de M. Garofalo comme incompatible avec une science criminologique. Elle n'est valable que pour l'étude de la morale.
D'après une théorie de M. Morasso, le crime est « la dissolution spéciale de ce récent produit social qu'on appelle le sens moral ». Le crime est donc une offense au sens moral et les critiques que nous venons de faire à la définition de M. Ga-
rofalo s*appliquent très bien à celle-ci. Comme le sens moral est une production sociale récente, il en résulte qu'autrefois, avant sa production, il ny avait ni crime ni criminel, bien que les mêmes actes fussent commis ! Cette conception du crime empêche toute étude comparative des criminels. Elle est bonne, par contre, pour étudier révolution de la morale.
M. Tarde a proposé cette définition*: « L'idée du crime, dit-il, implique essentiellement, naturellement, celle d'un droit ou d'un devoir violé. » Pour expliquer cette définition, il faut déterminer la signification des mots « droit, devoir ». M. Tarde s'y applique en des pages de pure métaphysique fort obscures. « Droit et Devoir » sont préjugés fixes, déterminés semblablement en tout temps, en tout lieu. Cela est faux, puisque « Droit et Devoir » ont varié suivant les temps et les lieux, suivant les formes sociales acceptées par les hommes. L'histoire et la sociologie le prouvent par des millions de faits. L'aïeulicide est un devoir pour certaines peuplades sauvages; donc ce n'est pas un crime, en acceptant la définition de M. Tarde. L'infanticide était un droit pour les Grecs de l'antiquité; donc ce n'était pas un crime. Cependant infanticide et aïeulicide sont des crimes pour les civilisés actuels. De là résulte que M. Tarde donne du crime une définition variable
1 Philosophie pénale. — Paris et Lyon, 1891.
dans le Temps et dans l'Espace , ce qui ne peut permettre Fédification de la science criminologique.
M. L. Manouvrier n a pas catégoriquement défini le crime. Par contre, il a écrit sur la genèse du crime ou sur les questions préalables dans Tétude comparative des criminels et des honnêtes gens^ Et de ces pages il ressort: 1"* le crime est un acte qui doit présenter le caractère volonlontaire ; 2° les actes dénommés crimes dépassent de beaucoup ceux punis par la loi ; 3° il s agit d actes nuisant au prochain ou à la société ; 4° le crime est une matière non pas physiologique, mais sociologique, car la valeur des actes est seulement matière sociologique et morale.
Implicitement, dans Tidée de crime, M. Manouvrier comprend l'idée de réprobation, car il met en cause la morale : la valeur des actes est seulement matière morale, a-t-il dit. Pour une part, la détermination du crime, selon M. Manouvrier, revient donc à celles de MM. Garofalo et Morasso. Il s*agit toujours de lésion d'un sentiment, du sens moral. Nous avons montré que cette définition était impropre. D'autre part, le caractère de volontarité, que M. Manouvrier exige pour qu'un acte soit crime, empêche de qualifier crime toute la série des actes impulsifs dont les similaires volontaires sont crimes. Si l'on recherche les causes de
1 Revue mensuelle de V École d'anthropologie^ 1892.
cette exclusion, on voit qu'elles se résument en une seule : l'idée de réprobation impliquée dans la conception du crime. Là encore nous retrouvons la lésion d'un sentiment. Aussi nous ne pouvons accepter la détermination du crime telle que la établie M. Manouvrier.
Dans un ouvrage sur la Division du Travail social, M. Emile Durckheim définit ainsi le crime : « Tout acte qui, à un degré quelconque, détermine contre son auteur cette réaction caractéristique qu'on nomme la peine... Le crime froisse des sentiments qui, pour un môme type social, se retrouvent dans toutes les consciences saines. » Cette définition du crime tient à la fois de celles du juriste, de MM. Garofaloet Tarde.
Comme M. Garofalo, M. Durckheim fait reposer la notion du crime sur Toffense à des sentiments. Toutefois il ne les précise pas ces sentiments, ce que faisait le criminologue italien. Il lui suffit de dire que ces sentiments se retrouvent dans toutes les consciences saines. Quelles sont ces consciences saines? 11 serait fort malaisé de le dire. Dans l'affaire du chevalier de La Barre, par exemple, les consciences saines sont-elles celles des membres de la sénéchaussée d'Abbeville et du Parlement de Paris ou celles de Voltaire et des philosophes? Comme le juriste et comme M. Tarde, M. Durckheim implique dans l'idée de crime celle de violation d'une loi, d'un devoir ou d'un droit. 11 a écrit en effet que le crime est un acte déterminatif d'une
réaction caractéristique appelée peine. Si cette réaction n'est pas, il n'y a pas crime. Les Esquimaux, au dire de Parry, volent Tétranger sans le moindre scrupule. Il n'y a pas de réaction pénale, ces vols ne sont pas des crimes. A Viti, c'était pour les enfants un devoir d'étrangler ou d'assommer leurs vieux parents. 11 n'y a pas de réaction pénale, ces meurtres ne sont pas des crimes. En Cafrerie, il est loisible à l'homme de battre, tuer sa femme et ses enfants. 11 n'y a pas de réaction pénale, donc il n'y a pas crime. Combien d'autres faits analogues ne pourrait-on citer? On en trouvera de nombreux dans V Évolution de la morale de Ch. Letourneau, ou dans le Dictionnaire des Sciences anthropologiques^ à l'article « Morale », du même savant. Il résulte de tout cela que, selon la définition de M. Durckheim, le môme acte sera crime ou non, suivant les lieux, suivant les époques.
Précisant sa définition, M. Durckheim a écrit : (( Un acte est criminel quand il offense les états forts et définis de la conscience collective », celleci étant l'ensemble des croyances ou des sentiments communs à la moyenne des membres d'une môme société. Quels sont ces n états forts et définis » ? M. Durckeim oublie de le dire d'une façon précise. De la définition donnée par lui pour la conscience collective, il résulte qu'elle est en perpétuelle variation sous les efforts d'une minorité intellectuelle révoltée contre les croyances communes. Par suite, l'otrense à cette conscience
varie. Le même acte sera crime ou non-crime, suivant Tétat de la dite conscience de la même société dans des temps différents. Par exemple, les actes de la Terreur en 1792-1794 sont crimes pour les uns, et pour d'autres non, si Ton accepte la définition de M. Durckheim. Cela dépendra de l'instruction reçue pendant la période scolaire, suivant que ces actes auront été approuvés ou réprouvés par les historiens, les professeurs. En somme, la définition proposée par M. Durkheim est obscure et donne du crime une notion éminemment variable, par suite impropre à l'édification d'une criminologie scientifique.
Selon le D' Gouzer, « est qualifié anme ou délits suivant le degré, tout acte dissonant pour la société qu'il intéresse* ». Il résulte de cette conception que le môme acte peut être ou ne pas être dissonant. Cette dissonance dépendra de l'état social dans lequel l'acte sera perpétré. Comment établir une science criminologique, si, en comparant les auteurs d'un même acte, exécuté en des lieux ou en des temps différents, nous constatons que là ces auteurs sont criminels, ici ils sont honnêtes? Puis qui établira s'il y a dissonance ou non ? Du contexte de M. Gouzer il ressort que c'est la société elle-même, c'est-à-dire une opinion moyenne de la moyenne humaine qui fixe cette dissonance. Sur quelles bases cette opinion
i Archives d'anthropologie criminelle^ septembre 1893.
DÉFINIIION DU CRIME 77
moyenne fondera-t-elle les critères de la dissonance? M. Gouzer ne nous le dit point. Il semble que ce soit sur le sens moral moyen, propre à la moyenne des humains au moment donné. En vérité, uns toile base pour fixer le concept du crime est tout à fait inacceptable. L'appréciation de la dissonance est trop diverse, suivant les temps et les lieux. La variabilité des actes dénommés crimes serait trop grande.
Pour M. Henri Mazel, crime-délit s'entend de « tout acte immoral nuisible à la société* ». A cette notion du crime il nous suffira de répéter ce qu'en disait M. Paul Adam : « Malheureusement, comme l'auteur n'a pu auparavant établir le sens exact du mot « morale », son aphorisme ne peut que faillir... La morale est une chose instable... A vrai dire les morales varient selon l'idéal momentané d'un peuple... Qualifier crime un acte nuisible à la société nous obligerait par exemple d'admettre le meurtre des idiots et des vieillards... Où trouver l'étalon de l'acte nuisible à la société ^7 » La notion de nuisibilité sociale est variable avec les individus dans un même temps et dans un môme lieu. Elle varie de même avec les époques, avec les régions. Des actes semblables seraient donc crimes ou non-crimes. Pour cette raison nous repoussons la définition de M. Mazel.
Ce publiciste en a donné une autre : Le crime
1 L'Ermitage, 1893.
2 Les Entretiens politiques et littéraires^ 1893.
est tout ce qui lèse Tiiitégrité de rindividu*. Il serait besoin de donner la signification du mot « intégrité ». M. Mazel s'y applique et comprend sous ce terme : liberté, santé, vie, honneur, propriété, etc. Cela est quelque peu confus et prête à des appréciations très diverses, suivant les temps ou les lieux.
Pour M. Corre^, « le crime-délit s'entend de l'attentat contre le droit des autres, qui se résume dans la liberté d'être et d'agir suivant certaines modalités conventionnelles pour les individus et les collectivités ». Ce savant, par des explications séquentes, élargit cette notion puisque, en définitive, il appelle crime « toute nuisance à la collectivité ou à l'individu ». Comme synonyme du mot crime, il use de l'expression : acte antisocial, ou acte présentant le caractère d'antisolidarité. Depuis, ce criminologue, non satisfait de cette définition, en acherché une nouvelle et il s'est arrêté à celle-ci : « Est crime tout acte à la fois antialtruiste et antisolidaire ou antisocial ». Ces définitions, quoique préférables à toutes les précédentes, ne valent point encore. En effet les actes contre soi-même ne sont point compris dans la classe des crimes ainsi déterminés. En outre, si le caractère antialtruiste est aisé à déterminer, si tous les hommes conçoivent les mêmes actes sous ce terme, il en
1 Lettre particulière du 13 septembre 1893.
2 Crime et Suicide. — Paris, 1891.
est tout différemment du terme « antisocial ». L'évolution des formes sociales n'est plus à prouver; sans cesse elles changent. De ces incessantes modifications il résulte que tel acte « antisocial » hier est « social » aujourd'hui, ou le sera demain. Ainsi les agissements des premiers chrétiens étaient antisociaux^ antisolidaires ^ au premier chef, sous les empereurs romains. A partir de Constantin, ils devinrent sociaux. On objectera peut-être que ces agissements étaient antisociaux^ mais non antialtruistes ^ et que M. Corre veut, pour déterminer le crime, ces deux caractères. L'objection ne porte pas, car il est facile de retrouver dans l'histoire des actes présentant à la fois le caractère antialtruiste et le caractère antisocial ou social, suivant l'appréciation de chacun. Ainsi le meurtre de Jules César était un acte antialtruiste, antisocial pour les partisans de César, social pour ses ennemis. Ainsi le tyrannicide est antisocial pour les partisans du Gouvernement, et social pour les adversaires. Maints théologiens, maints jurisconsultes l'ont préconisé. Rappelons, au xii® siècle, l'évêque de Chartres, Jean de Salisbury; auxiii", saint Thomas d'Aquin; au xvi* siècle, François Tolet, Louis Molina, John Poynet, l'évêque de Rochester, Jean Althusius, et combien d'autres encore ^ End560, le Parlement de Paris prononçait un arrêt contre les huguenots, « par
1 Cf. E. Nys, Études de droit international et de droit politique, Paris et Bruxelles, 1896. — Dictionnaire de Bayle.
lequel il est permis à un chacun de les tuer ». C'est là un acte à la fois antisocial et social, suivant qu'on est huguenot ou catholique. Poltrotde Méré tuant le duc François de Guise commet un acte antisocial au point de vue du Gouvernement, et il est exécuté ; un acte social au point de vue des Réformés, et il est glorifié par Théodore do Bèze. Les meurtres du duc Henri de Guise et du cardinal de Guise, par ordre d'Henri III, sont à la fois antisociaux et sociaux, suivant que l'on est partisan ou adversaires des Guise. Le meurtrier d'Henri IV, Jean Chastel, est apologie par les Jésuites, de môme que Jacques Clément avait été célébré par le Père jésuite Guignard. Et Chastel, Clément, Guignard sont exécutés par la main du bourreau. Plus prés de nous, Vera Zassoulich tentant de tuer le général Trepoff commet un acte antialtruislc, antisocial pour tous les partisans du czarisme, social pour tous ses adversaires. Voilà donc des actes — et combien d'autres pourrionsnous citer ! — qui, en acceptant la définition de M. Corre, sont pour les uns crimes, pour les autres non-crimes. Déterminer ainsi le crime d'après l'antialtruisme et l'antisocial de l'acte, c'est donner une définition variable, insuffisante, pour l'édification de la science criminologique.
« Ce qui fait le criminel au point de vue sociologique et anthropologique, écrit M. Ferri, est son antisocialité !... Le milieu social donne la forme au crime, mais celui-ci a sa source dans une cens-
DÉFINITION DU CRIME 81 i
titution biologique antisociale (organique et psychique)... Le criminel est Tauteur d'une attaque aux conditions naturelles d'existence de l'individu et de la société... »
Il résulte de ces lignes que le crime est l'acte qui est nuisible aux conditions naturelles d'existence de l'individu et de la société ; c'est l'acte antisocial et antiindividuel. Nous revenons à peu près à la définition donnée par M. Corre. Elle est justiciable des mêmes objections. Quels seront les caractères de l'acte antisocial ? M. Ferri répond : ceux afférents aux actes nuisibles aux conditions naturelles d'existence de l'individu et de la société. Alors se pose cette question: Quelles sont les conditions naturelles d'existence de la société ? M. Ferri ne les détermine point, et pour cause. Toutes les attaques aux conditions naturelles d'existence de la société seront-elles crimes? Si oui, on sera obligé de considérer comme crime toutes les critiques, les attaques par le Verbe contre les formes sociales ou sociétés. Tous les novateurs, tous les transformateurs sociaux seraient des criminels ! Cette conséquence de sa définition a échappé à M. Ferri. Autrement il eût vu son erreur. Cette conception du crime classe successivement parmi les criminels, les adversaires et les défenseurs d'une même forme sociale d'abord existante et ensuite passée.
M. Ferri a aussi fait sienne la définition suivante de M. Colajanni qui est quasi semblable à celle
(le M. Boronini : « Sont des actions punissables (délits), colles déterminées par des motifs individuels et antisociaux qui troublent les conditions d'existence et od'ensent la moralité moyenne d'un peuple à un moment donné. » Cette notion du crime participe de celles données par MM. Garofalo, Durckheim, Gouzer, Mazel, Gorre. Elle est justiciable des mômes critiques. De plus, elle est bien inférieure à la conception du crime selon Gorre. Eu effet elle présuppose non seulement la réprobation, mais encore la punition et, par suite, la respoiis'dhilité morale, le libre arbitre que nous savons ne pas exister. D'autre part, quelles sont les conditions d'existenc? d'un peuple à un moment donné? 11 est évident qu'elles varient suivant les moments. De môme varie aussi la moralité moyenne. 11 s'ensuit que les actes troublant ces conditions variables, offensant cette moralité variable, sont eux-mêmes variables. La notion du crime-délit est donc différente suivant le moment. Cette variabilité du crime, selon la conception de Colajanni, nous la fait rejeter comme absolument impropre à asseoir la criminologie.
Selon le D*" Cabadé^ « l'idée de crime ne saurait se concevoir en dehors de la vie en commun..., une nécessité pour rhomme... Le crime, c'est tout acte qui tend à rendre difllcile ou impossible la vie, eu société... C'est un acte dont la perpétra-
1 Note manuscrite, inédite, 1893.
tion tend à rannihilation de la société... Il est bien sûr que la société ne saurait subsister si chacun de ces membres était ou pouvait être perpétuellement lésé : V dans son existence ; 2" dans sa propriété ; 3° dans ses sentiments intimes produits de sa cérébration, de son hérédité... » En somme, pour M. Cabadé, le crime c'est Tacte antisocial. Il est à remarquer que l'acte lésant un membre de la société constitue un acte antisocial, d'après M. Cabadé. 11 est inutile de répéter ici les critiques que nous avons faites à la définition de M. Corre, à laquelle ressemble tant celle de M. Cabadé.
Cependant nous observerons que la majorité des criminologues a défini le c;rime en fonctions d'une nuisance à la société. Ainsi l'ont fait MM. Manouvrier, Gouzer, Mazel, Corre, Ferri, Colajanni, Cabadé, De Greef, et beaucoup d'autres. La société est un agrégat d'individus unis entre eux par des lois, des mœurs, des coutumes, des préjugés communs. La société a donc des formes différentes suivant les époques et les lieux. La nuisance à la société est donc réellement une nuisance à une forme sociale, à un moment donné. Cette nuisance ne peut se concevoir que sous deux modes génériques : 1° nuisance à un individu quelconque composante de la société ; 2° nuisance à la forme proprement dite, c'est-à-dire attaque aux mœurs, coutumes, lois, préjugés du moment, de l'époque. La nuisance sociale se ramène, en fin d'analyse.
d'une part à la nuisance individuelle, d'autre part à l'attaque — le plus souvent purement verbale — des lois, mœurs, coutumes, préjugés. Sauf de rares exceptions, comme le sacrilège, la mutilation de monuments publics, etc., l'attaque aux lois, coutumes, préjugés, si elle n'est pas verbale (c'est-à-dire si elle ne se fait pas par la parole, par l'écrit), se résouten une nuisance immédiate à l'individu. La nuisance à la société est donc un acte à la fois antialtruiste et antisocial ou un acte antisocial seul. Sous ce terme d'antisocial ne sont désignés que les actes contre les lois, coutumes, préjugés.
Les lois, mœurs, coutumes, préjugés, sont en perpétuel changement. De même qu'en naissant l'être uni ou pluri-cellulaire est inéluctablement condamné à mourir, à disparaître, en tant qu'individu ; de même toute forme sociale établie ou en voie d'établissement est inévitablement appelée à mourir, à disparaître. Toute loi critiquée disparaîtra certainement. Toute coutume attaquée doit se modifier. Tout préjugé signalé ne peut pas ne pas s'évanouir. Avant même que d'être fixées en lois, les coutumes, les préjugés, les opinions communes sont attaquées, critiquées. Elles ne sontpas encore fixées, et déjà en elles est le germe de mort.
11 résulte de là que les formes sociales sont éminemment variables. La conséquence est que l'acte antisocial par essence est, lui aussi, éminemment variable dans le temps. Hier, telle opinion
était antisociale, et aujourd'hui elle est absolument sociale. On en a une preuve irréfragable et éclatante dans toute la législation relative aux hérésies et aux sacrilèges. En 1401, Henri IV d'Angleterre publiait un édit disposant que les hérétiques seraient attachés au poteau et brûlé. « En 1612, Barthélémy Legate futbrûléàSmithfieldpour avoir soutenu des opinions assez semblables à celles des unitariensde nos jours* ». Saint Louis fit condamner les blasphémateurs à avoir la langue percée avec un fer ardent. L'ordonnance de Louis XIV de Tannée 1666 statue : « Que ceux qui seront convaincus d'avoir juré et blasphémé le saint nom de Dieu, de sa très sainte Mère ou de ses Saints, seront condamnes pour la première fois à une amende... pour la sixième fois au pilori et auront la lèvre supérieure coupée, et la septième fois auront la langue coupée tout juste.» Cette loi, qui nous paraît maintenant et absurde et abominable et absolument antisociale, est estimée très juste, très bonne par lamajorité des individus de cette époque. Même un philosophe révolté comme Voltaire écrivait un siècle après : « Cette loi paraît sage et humaine '^. » L'édit de 1724 punit de mort tout prédicant calviniste qui vient prêcher secrètement ses ouailles dans certaines provinces. On a brûlé, scion les lois, une foule d'individus qui soutenaient
1 Nys, op. cit., p. 186.
2 Commentaire sur le livre Des Délits et des Peines.
(les opinions alors considérées comme antisociales et aujourd'hui regardées comme sociales ou, tout au moins, comme indifférentes. A quoi bon citer des noms, Etienne Dolet, Giordano Bruno, et tant d'autres?
Donc la forme sociale, c'est-à-dire l'ensemble des lois, préjugés, mœurs, coutumes, se modifie sans cesse. L'atteinte à cette forme est donc éminemment variable. Si, par suite, Ton définit le crime en fonction de cette nuisance, il en résulte qu'il varie dans le Temps et dans l'Espace. Et alors il ne peut être une assise pour édifier la criminologie. L'antisocialité d'un acte ne peut donc déterminer sa criminalité.
M"* Clémence Royer n'a point donné une définition du crime. Mais elle en a donné une de l'immoralité. Et elle peut être considérée comme celle du crime-délit naturel, dans l'esprit de son auteur. « Est immoral, écrit-elle, tout acte qui diminue la somme de vie humaine possible et la somme des biens ou des jouissances que les êtres humains peuvent ou pourront se partager *. »
Peut-on connaître la somme de vie humaine possible ? Nous ne le pensons pas. Puis la connût-on, comment savoir si un acte diminue ou non cette somme ? Un même acte peut être jugé dans le même temps, diminuant, accroissant cette somme, suivant l'appréciation des individus. Tous les
1 Le Bien et la Loi morale ^ 1880.
DÉFIMTION DU CRIME 87
meurtres politiques, par exemple, sont dans ce cas. Le même acte sera, par suite, à la même époque, moral ou immoral suivant que l'on jugera qu'il diminue ou non la somme de vie humaine. Celte variabilité de rimmoralitc-crime fait que c:Mle notion ne peut être acceptée.
MM. Paul Blocq et Onanofî se sont es;^ayé.s à donner une définition naturelle du crime K Elle a <le Tanalogie avec la précédente. M. Gaston Banville l'a ultérieurement reprise pour son compte. Aussi nous lui empruntons les lignes suivantes- :
« Se basant sur des considérations à la fois d'ordre biologique etd'ordre physique, MM. P. Blocq et Onanoiï rappellent tout d'abord que le milieu oii se trouvent les elres vivants est en état d'équilibre instable physique et chimique, et que la fonction des êtres vivants s'accomplit en mettant à profit cette variété d'équilibre du milieu, afin de remplir leur but, conscient ou non, lequel consiste en l'accumulation de forces vives utilisables, dont ils disposent ultérieurement. Ou mieux : Le mécanisme par lequel ils remplissent leur fonction est ce qu'ils ont appelé le mécanisme d'identification. Celui-ci consiste à déterminer aux choses des attributs identiques à ceux des représentations mentales auxquelles ces mêmes choses ont antérieurement donné lieu. D'autre
1 Bévue scientifique^ 1890, deuxième semestre. - Compte rendu du troisième Congrès d'Anthropologie criminelle, 1892.
part, faisant observer que le passage des objets matériels de l'équilibre instable physique jusqu'à Téquilibre stable physique ou chimique entraîne toujours une perte d'énergie terrestre, MM. P. Blocq et Onanoff catégorisent, d'après cette loi, les événements de ce monde en deux classes, suivant qu'ils produisent une augmentation ovi une diminution de forces vives terrestres utilisables. C'est dans la deuxième de ces catégories que rentrent les malheurs et les crimes. Le malheur peut résulter ou non de l'intervention de l'homme. Au premier cas il sera dû à un défaut du mécanisme fonctionnel du sujet qui, alors, aura déterminé aux choses des attributs non identiques à ceux des représentations mentales qu'il en avait, ce qui le différencie du crime, dans lequel le même mécanisme fonctionnel n'est pas altéré. Le crime pourra donc, selon ces auteurs, être défini ainsi : Il y aura crime chaque fois qu'un sujet, en connaissance des attributs des choses, aura dérivé des forces à son profit personnel, et n'y sera parvenu qu'en diminuant, par le même acte, les forces vives terrestres utilisables. »
Il faut avouer que la théorie de MM. P. Blocq et Onanoff ainsi que la définition résultante ne brillent point par une extrême clarté. Pour qu'il y ait crime, il est nécessaire et indispensable que l'auteur du crime ait notion que son acte va diminuer les forces vives, terrestres, utilisables. 11 s'agit donc, écrit justement M. G. Banville, d'ap-
précier un état intellectuel. Et il ajoute : « Ce jugement est tout à fait simple, d'après la vie cérébrale antérieure ou d'après les circonstances de lacté. » Eh bien ! Non ! vraiment non ! Ce jugement n'est pas simple du tout. Quel est l'homme qui a notion qu'un de ses actes augmente ou diminue les forces vives terrestres utilisables ? Nous ne pensons pas qu'il y en ait un seul qui réfléchisse sur cela avant d'agir. Ainsi un individu A tue un autre individu B pour s'approprier les choses possédées par B. Evidemment A, au moment où il décide son acte, en a la représentation mentale. En môme temps il a conscience des conséquences de son acte, c'est-à-dire qu'il a conscience que l'acte sera suivi de l'appropriation des biens convoités. Mais A n'a nullement notion qu'il diminue les forces vives, terrestres, utilisables, pas plus qu'il ne pense avoir dérivé des forces à son profit personnel. En général, l'être humain ne scrute point tant les conséquences de ses actes.
En outre, ces forces vives, terrestres, utilisables, peuvent être diversement appréciées. Contrairement à l'opinion de M. Banville, les différences ethniques affectent le crime défini d'après MM. Blocq et Onanoff. En effet, M. Banville luimêiiie écrit : « Le meurtre d'un homme qui, chez tous les peuples civilisés, est considéré comme un crime, passe, au contraire, pour une action d'éclat dans certaines tribus malaises. Cela s'explique
90 DÉTEHMINISME LT RESP0^SABIL1TÉ
s(4on la défiiiilioii précédente : le meurtre commh par le Malais nest pas un crime^ car le Malais pense que le meurtrier d'un homme s'appropri(\ pur ce fait seul de l'avoir tué, les vertvis de sa victime. Chez lui, les représentations psychiques des attributs des choses sont donc erronées. » Donc le même acte commis consciemment en France et en Malaisie sera ici crime, là non-crime ! Pui^ (jucl critérium aura-t-on de la diminution ou non des forces vives, terrestres, utilisables ? Tvier un individu, c'est évidemment diminuer les forces vives, terrestres, utilisables. Alors, si le sujet en a notion, c'est un crime. Fort bien. Mais A qui tue H peut avoir notion que la disparition de B libère nombre de forces vives, terrestres, utilisables. En effet, un tyran diminue ces forces par sa tyrannie. Un individu qui le tuerait empêcherait la continuation de celte diminution, accroîtrait même ces forces. Donc, il n'y aurait pas crime, bien qu'il y eût meurtre avec connaissance des attributs des choses. Les vieillards dans une société ne sont plus des forces vives, terrestres, utilisables. Ce sont des forces usées. Donc les tuer ne serait pas diminuer les forces vives, terrestres, utilisables ; au contraire, ce serait les accroître. En effet, ce sérail rendre utilisable pour tous les choses que consommaient les vieillards inutiles. Le meurtre, le vol d'un avare par un prodigue dérive des forces au profit personnel du sujet. Il ne diminue pas les forces vives, terrestres, utilisables, puisque les
choses possédées par l'avare et inutilisées par son avarice se trouveraient utilisées par le prodigue, meurtrier ou voleur. Ces quelques exemples montrent nettement que le même acte peut être ou ne pas être crime, suivant qu'on apprécie qu'il y a ou non diminution de forces vives. Le critérium de Futilité nous semble très difficile à établir. Par suite, il est une mauvaise base pour déterminer le crime. La définition de MM. Paul Blocq et Onanoff doit donc être rejetée, elle ne permet pas l'existence de la criminologie.