QUATRIÈME LEÇON
DÉFINITION DU GRIME (suite)
III. Ce que doit être une définition du crime. — IV. Recherche de la définition du crime. — V. Réfutation des critiques faites à la définition proposée. — VI. Examen de cette définition pour connaître sa valeur. — VII. Nature du crime.
III. — Toutes les définitions du crime que nous avons examinées dans la leçon précédente ne valent point. Il faut donc chercher autre chose non soumis à la variabilité des sentiments, des droits, des devoirs, des formes sociales, de la notion d'utilité. Une définition du crime, en fonction de ces sentiments, droits, devoir, formes sociales, implique, dans le concept de crime, l'idée de réprobation nécessaire et, comme sanction à ce blâme, une pénalité quelconque. C'est cette idée préconçue innée — c'est-à-dire acquise par l'hérédité et l'atmosphère éducationnelle, — que tout crime implique blâme et punition, qui a conduit ces sociologues à ces définitions variables ne satisfaisant pas dans le Temps et dans l'Espace.
Pour servir de base à une science, la crimino-
logie, le crime, doit être défini pour ainsi dire
« en soi ». La notion donnée doit être valable en
quelque lieu et à quelque époque que ce soit, comme
en physique sont définis les étals gazeux, liquide,
solide, la densité, etc. Le crime doit être déterminé
dans son essence, en recherchant Télément ou les
éléments qui dans lui ne se modifient pas suivant
les temps et suivant les lieux. La définition ne doit
présumer ni blâme, ni louange pour le crime, parce
que blâme et louange pour un même acte varient
suivant les individus, les lieux, les époques, les
circonstances, causes ou effets de l'acte. Une telle
définition existe-t-elle ? Nous le croyons.
IV. — Tout d'abord le crime n'est et ne peut être qu'une chose qui se fait ou est faite ; qui se manifeste ou est manifestée. On ne peut songer à une chose virtuelle et, par suite, inexaminable, inétudiable. Donc le crime est un acte.
Mais quelle sorte d'acte? quelle famille d'acte. Les actes divers qui, réunis en famille, genre, sorte, sont propres à être désignés sous le nom de crime ^ doivent présenter un caractère commun. De même toute chose, tout être, classé en une famille, genre, espèce, présente au moins un caractère commun avec les autres choses, les autres êtres de cette famille , de ce genre , de cette espèce . Nous admettrons , par principe, que ce caractère commun est la lésion ou nuisance. Alors nous avons ce commencement de définition : Tout acte qui lèse est crime.
Lèse qui? Lèse quoi ? La réponse est aisée, si on veut la chercher non dans les entités métaphysiques, telles que droit et devoir, non dans les concepts humains, tels que sentiments ou formes sociales, ou utilité, mais dans la nature elle-même, c'est-à-dire dans ce qui est tangible pour nos sens. Ce qui existe est dit organisé ou non, c'est-à-dire est affecté de vie ou non. Nous éliminons d'abord tout ce qui n'est point affecté de vie, et alors nous sommes restreints à cette définition : Tout acte qui lèse tout corps organisé qui vit d'une existence propre est dit crime.
En zoologie et botanique, on appelle individu « tout corps organisé qui vit ou a vécu d'une existence propre ». On peut donc écrire sous une forme plus concise : Le crime s^ entend de tout acte qui lèse un individu. Par suite de cette définition, des actes nuisibles à des végétaux seraient considérés comme crime. Couper un arbre, abstraction faite du propriétaire, serait une nuisance à cet arbre, un crime, La mentalité humaine n'est point encore affinée à ce point qu'on puisse considérer de tels actes comme des nuisances, des crimes. Cette définition est donc trop générale. Cela nous oblige à préciser la signification du terme individu.
Une hypothèse s'impose : celle que par individu ne s'entend que des êtres faisant partie de la série animale, de l'animalité. On restreint ainsi la détermination du crime à tout acte lésant
l'individu-animal, ou simplement l'individu K Etant donnée la définition précédente, relative seulement aux individus de Tanimalité, on est conduit à rechercher quel est le caractère commun à tous les individus dont la lésion constitue une nuisance à Tindividu. Il faut trouver un caractère indiscutable. Autrement l'imprécision existante dans la conception commune du crime subsisterait encore. Pour chaque acte, en effet, on serait poussé à discuter sa nuisance ou sa nonnuisance à l'individu. En analysant l'individu animal, on voit que ce caractère commun et indiscutable est la liberté, 11 importe de préciser la signification de ce vocable appliqué à l'individu. La liberté absolue, indépendante de toute cause, de toute influence, n'existe pas. Par conséquent, il ne s'agit pas d'elle.
L'individu est déterminé, car il est soumis à toutes les influences qu'exercent sur son organisme somatique et psychique les divers phénomènes de sa nature. Il est ce qu'il devait être. 11 est ce qu'il ne pouvait ne pas être, étant données les condi-
1 On objectera que, d'après cette définition, tuer des fourmis, des lombrics, des lépidoptères, etc., est un crime^ cela, dira-t-on, est ridicule. En fait cet acte est un crime ^ ce qui ne veut point (lire qu'il soit blâmable, louable ou indifférent. Cela signifie purement et simplement que cet acte nuit à l'individu-fourmi, à 1 individu-lombric. Et vraiment nul ne peut nier que cela ne lui nuise. D ailleurs, en l'espèce, on peut réduire l'animalité aux animaux dits supérieurs. L'exposition de la question est ainsi beaucoup simplifiée.
tioiis mosologiquos naturelles qui Tont environné lui et son ascenilance. S'il vit en collectivité, à cc*> influences physiques viennent s'adjoindre les influences des phénomènes sociaux et celles des autres membres de la collectivité. De là résulte une détermination précise de Tindividu somatique et psychique. L'enregistrement des recepts et des percepts, la production des concepts sont fonction de ces influences naturelles et sociales. Je veux dire qu'ils sont fonction de l'hérédité déterniinatrice de la manière d'être générale de l'individu, fonction des conditions climatériques, alimentaires, éducationnelles, sociales, qui ont déterminé la manière d'être spéciale de l'individu. Il se déduit de là que l'individu n'est libre ni dans l'enregistrement de ses recepts et de ses percepts, ni dans la production de ses concepts. Ils sont ce qu'ils devaient être, étant données toutes les conditions de l'ambiance préexistante et existante au moment de cet enregistrement ou de cette production. L'individu ne jouit pas de la liberté de penser, de percevoir, nous l'avons vu dans nos premières leçons. Mais il jouit de la liberté d'agir^ c'est-àdire qu'il a la faculté de traduire en acte toute volition. « L'individu, a dit Herzen, n'est pas libre de vouloir ce qu'il veut, mais il est libre de faire ce qu'il veut, si aucune entrave ne vient empêcher l'exécution de sa volition. » Cette liberté d'agir existe chez tout individu sans qu'on préjuge l'espèce, le genre, la famille à laquelle il appartient.
DÉFINITION DU CHIME 97
Cette liberté est une propriété inhérente à l'individu et commune à tous. Toute entrave à cette liberté', tout dommage à cette propriété est une nuisance pour l'individu. A l'analyse on voit que toutes les nuisances à l'individu sont bien des suppressions ou des restrictions de cette liberté d'agir.
Nous avons donc déterminé le caractère commun à tous les individus-animaux dont la lésion constitue une nuisance à ces individus. Ce caractère commun, c'est la libellé de traduire en acte tme volition quelconque^ ou, par abréviation, la liberté d"" agir pour Vindividu^ ou, plus brièvement encore, puisque c'est la seule liberté existante, la liberté individuelle. On est donc enfin amené à définir ainsi le crime : Le crime s'entend de tout acte qui
LÈSE LA liberté INDIVIDUELLE.
V. — C'est à cette définition que nous étions arrivé dans une étude publiée en mai 1893, dans les Archives d' iVnthropologie criminelle. Nombre de critijques lui reprochèrent d'être trop générale.
1 Cette liberté peut être entravée par des causes physiques, externes ou internes. Ainsi un individu a la volonté de se rendre d'un point à un autre, la paralysie l'empêche de traduire en acte sa volition : sa liberté est entravée. Un individu a la volonté de manger, et il ne trouve aucun aliment, car il n'en existe pas dans le lieu où il se trouve. Il ne peut traduire en acte sa volition, sa liberté est lésée. Cette lésion est évidemment une nuisance, mais nous ne la comprenons point dans la définition du crime, parce qu'elle a pour causes des phénomènes physiques, en dehors de la puissance des individus.
Ils trouvaient qu'elle comprenait quantité cl'acte> qui, tout en étant liés par le caractère de nuisance, sont fort éloignés les uns des autres. Ainsi les accidents étaient criminalisés. Un homme à la chasse, par mégarde, tue un autre homme ; il devenait criminel. Aucuns remarquèrent, avec raison, que la réaction la plus légitime contre un acte criminel devenait crime. Maints observèrent que, de cette façon, la vie se transformait en un enchevêtrement perpétuel de crimes. Si l'atteinte à la liberté d'agir des animaux non humains était crime ; il en résultait que tout chasseur était criminel. Alors reunuchation des taureaux, des béliers, des chats, était un crime, de même que la domestication des chevaux, des chiens, etc. Tous les êtres se trouvaient ainsi transformés en criminels. Si la notion de criminalité n'était point différentiatrice d'autres notions, il ne servait à rien de Tavoir.
Déjà, en ce qui concernait les animaux non humains, nous avions restreint, comme vous l'avez vu, la criminalisation à la série des animaux dits supérieurs. Cette restriction a choqué quelques critiques qui l'ont prétendue arbitraire et illogique. C'est à tort qu'on nous fit ce reproche. Toute définition implique une limitation des choses définies. Nous avons donc absolument le droit de limiter la notion de crime à une série d'actes bien déterminés et parleur nature, et par leur objet, et par leur sujet. Môme la restriction, faite par nous
il y a quatre ans, n'était pas assez étendue, puisque la plupart de nos critiques trouvèrent avec raison que notre définition était trop générale.
Le plus souvent, ce reproche à la définition proposée fut motivé par Fidée de réprobation impliquée dans le concept de crime. La notion que nous donnions du crime criminalisait trop d'actes différenciés, n'ayant entre eux que l'unique rapport de nuisance. Nous pensons donc qu'il est nécessaire de compléter, de préciser la conception que nous avions donnée du crime.
D'une part, cette précision doit être obtenue par la recherche d'un caractère commun à un ensemble « d'actes qui lèsent la liberté individuelle ». Il faut préciser la nature des actes qualifiés crimes. D'autre part, cette précision doit être obtenue en délimitant les sujets qui peuvent commettre les actes dénommés crimes, les objets que peuvent atteindre les actes définis crimes.
Dans l'état de conscience des actes, nous trouverons le caractère qui précise la nature de ces actes. Ainsi nous ne criminaliserons plus toute la série des actes-nuisances qui arrivent par mégarde. Presque tout ce que l'on appelle accident cesse d'être crime, alors qu'il l'était selon la première définition. Je puis donc dire : Le crime s'entend de tout acte conscient qui lèse la liberté d'agir de V individu.
Il n'est pas inutile d'expliquer le mot conscient, que certains pourraient prendre dans un sens
iOO DÉTERMINISME V>T RESPONSABILITÉ
métaphysique. Un acte conscient est un actedonî Tanteur a connaissance au moment où il le com- ' met. Un individu C tue un autre individu B. En ce faisant, il sait qu'il le frappe. G est conscient. C peut ignorer les conséquences biologiques et morales de Tacte ; cela n^empêche point qu'il soit conscient, s'il a su qu'il frappait. Si, avant d agir, C a eu une représentation mentale de Tacte, abstraction faite de toute moralité, G a su qu'il accomplissait cet acte. Il est, par suite, criminel.
La plupart des maniaques impulsifs sont inconscients des conséquences morales des actes qu'ils commettent, poussés par une force irrésistible. Au contraire, ils sont conscients de l'acte luimême. L'épileptique, l'aliéné, le somnambule spontané ou provoqué qui ont idée d'incendier, de tuer, de voler et qui incendient, tuent, volent, savent très bien — au moment où ils agissent sinon après, car l'amnésie peut survenir, — savent très bien, dis-je, qu'ils incendient, tuent et volent. Souvent les aberrants à quelque degré que ce soit ignorent la valeur morale de leurs actes. Souvent aussi ils la connaissent. Mais qu'ils l'ignorent ou non, ils ont conscience de l'acte luimême débarrassé de toute idée collatérale. Ils connaissent la nature de l'acte qu'ils agissent ; ils sont criminels.
Un individu A qui se noie est secouru ; et il paralyse les mouvements de son sauveteur, s'y accrochant instinctivement. Tous deux se noient.
L'acte de A n'est pas criminel, car son auteur n'a pas connaissance qu'il paralyse son sauveteur. Il n'a pas conscience de ses mouvements, de son acte. Nous dirons donc que l'acte qui lèse la liberté d'agir de l'individu est crime quand le sujet sait qu'il a commis cet acte. Si, quand un individu frappe, il sait qu'il frappe ; si quand un individu vole, il sait qu'il prend quelque chose ; si, quand un individu incendie, il sait qu'il met le feu, l'individu est criminel, car l'acte- qu'il commet et dont il a conscience est une lésion à la liberté d'agir de l'individu. Tout individu conscient d'un actelésion est criminel, à cause de cette conscience même.
Ce sens du mot crime est plus restreint que celui par nous donné en 1893. Il élimine toute une série d'actes qui lésaient bien l'individuobjet, mais qui étaient commis par l'individusujet, sans que celui-ci eût connaissance, avant d'agir, de la nuisance qui allait résulter de son acte même. Nous pouvons donc écrire maintenant : Tout acte conscient qui lèse la liberté d'agir , de V individu est crime.
Cette notion comporte sur l'auteur de l'acte la seule hypothèse qu'il est un être conscient. Il en résulte qu'il est un individu appartenant à l'animalité et même à une partie de cette animalité. 11 appartient à la fraction de l'animalité qui possède un organe permettant à l'être d'avoir connaissance des actes qu'il agit. L'individu-sujet doit donc.
par la définition môme du crime, appartenir à la série animale pourvue d'un cerveau, l'organe do la conscience des actes. Cette détermination de la criminalité d'un acte est donc encore très large. Elle est môme trop large, car elle criminalise tous les individus pourvus d'un cerveau lésant consciemment un individu-animal quelconque. Il importe de restreindre. Pour cela, il faut s adresser à l'individu-objet de l'acte-nuisance.
Nous ferons cette hypothèse que la nuisance pour ôtre criminalisée devra avoir pour objet un individu de môme espèce que le sujet.
Sur le globe terrestre, tout n'est qu'une perpétuelle organisation et désorganisation, qu'une permanente intégration et désintégration, qu'une éternelle transformation. Toutes les espèces entretiennent leur vie aux dépens d'autres espèces. C'est une lutte sans fin.
Si le simple fait de nuire consciemment à un individu-animal suffisait pourêtrecriminel, il s'ensuivrait que tous les carnivores, quasi tous les animaux seraient criminels. Alors les mots crime et criminel seraient inutiles, puisqu'ils ne différencieraient ni des actes ni des personnes. Nous avons donc raison de vouloir limiter la notion de crime en fixant les individus-objets de la nuisance. Par l'hypothèse que l'objet doit ôtre de même espèce que le sujet, nous excluons du concept crime toute nuisance s'adressant à des individus d'espèce différente.
Ainsi le fait pour Thomme de tuer des bœufs, lies moutons, des pigeons ; de domestiquer des chevaux, des chiens, etc., n'est pas un crime, abstraction faite du propriétaire de ces bêtes. Le tigre chassant, tuant, mangeant l'antilope n'est pas criminel. La fourmi domestiquant certains pvicerons ne commet pas de crime.
Mais un homme tue, blesse, vole un autre homme : crime. Une fourmi tue, viole d'autres fourmis : crime. Un tigre attaque, tue un autre tigre : crime. Une abeille vole le miel d'autres abeilles : crime. Cette notion du crime permet de voir des criminels chez d'autres espèces animales que chez les humains. Nous sommes ainsi d'accord avec les professeurs Lombroso, Lacassagne, Letourneau, qui ont montré par des faits que la criminalité existe chez les abeilles, les fourmis, etc. Cette définition maintient la criminalité dans le cercle des animaux de même espèce. Par suite, elle restreint la détermination du crime et le nombre des criminels. Ce n'est plus l'unanimité des êtres de toutes les espèces ou d'une espèce qui peut être qualifiée de criminelle. 11 s'agit seulement d'exceptions plus ou moins nombreuses dans chaque espèce animale.
Nous sommes donc amené à cette nouvelle définition : LE CRIME EST TOUT ACTE CONSCIENT QUI LÈSE LA LIBERTÉ d'aGIR d'uN INDIVIDU DE MÊME ESPÈCE QUE l'auteur DE l'acte.
10* DKTKR^IIMSME ET RESPONSABILITÉ
VL — Cotto «léfiiiitioii ost plus précise, pinexaclo quo cello donnéo par nous antérieure nieiil. EUo ost aussi claire. En effet le jugement d»* l'état UKMital (lu sujet est aisé. Il suffit qu'on saclus'il avait connaissance de l'acte lui-niènie, débarrassé (le toute idée collatérale. La connaissanc;» de resp('ce du sujet et de Tobjet est do nicnie trè> facile. Nous avons donc du crime une notion claire, précise, exacte. Voyons maintenant si elle est satisfaisante, c'est-à-dire si elle compren<l tous les actes communément qualifiés crimes-délits.
Le meurtre, l'assassinat, le viol, les blessures, les coups, les mutilations, le rapt, l'emprisonnement suppriment cm restreignent d'une façon permanente ou momentanée la liberté individuelle. Ils la lèsent donc ; par définition ce sontdes crî??irs. Je n'ai nul besoin, pour les îlétorminor crimes, de pn'^jugor si ces actes sont bien ou mal, sociaux ou antisociaux, contraires ou non à un sentiment, admis ou nou par les mœurs, utiles ou non. Us sont, el leur auteur est conscient; et par ce fait ils sont crimes.
La destruction des choses par un moyen quelconque (incendie, explosion, etc.); le vol avec ou sans abus (b» contianco, avec ou sans escalade, avec ou sans effraction ; l'escroquerie, Textorsion, Ja banqueroute, la contrefaçon, le plagiat, tous actes qualifiés crinu^s ou délits selon la loi et les criminalistes, rentrent bien dans la définition que je viens de donner. En etl'et ces actes supprimoiit
DÉFIMTION DU CRIME 105
OTi restreignent, d'une façon permanente ou momentanée, la liberté du possesseur des choses <l6truites, volées, escroquées, extorquées, plagiées, contrefaites. Dépossédé, l'individu n'a plus la possibilité de traduire en jouissance de ces choses sa x^olition de jouir. Sa liberté est donc bien supprimée ou restreinte par ces actes. Ceux-ci, exécutés consciemment, la lèsent donc et, par définition, ils sont cjnîues sans qu'il soit besoin de préjuger s'ils offensent ou non tel ou tel sentiment, s'ils violent tel ou tel droit, tel ou tel devoir, tel ou tel contrat social. Ils sont et, par ce fait, ils sont crimes.
Cette analyse rapide prouve que tous les faits communément qualiliés crimes sont bien compris dans la définition du crime par moi donnée. Mais les actes signalés ci-dessus ne sont pas, pour le philosophe, les seuls actes criminels. « La liste en est longue, écrit M. Manouvrier ^, de tous les crimes non défendus, c'est-à-dire permis ou tolérés par le Code et d'une gravité au moins égale à colle du crime minimum selon la loi. » Voyons si ces actes permis par les codes, mais défendus par une morale affinée rentrent dans la catégorie (les actes que notre définition criminalise.
La calomnie, la mauvaise foi, le mensonge, l'hypocrisie, les passe-droits, la tromperie, l'abus du pouvoir, etc., sont des actes qui suppriment
• Archives cV Anlhropologie criminelle^ septembre 1893.
OU roslroignont la liberté individuelle. Par con^^quent, ces actes conscients lèsent la liberté, et fa: définition ils sont cri?nps.
Ne présumant point l'auteur, cette définitio:; permet de classer parmi les crimes : le nieur[n\ les blessures, les mutilations de soi par soi, cVs(à-dire le suicide, l'onanisme, etc. Pour la criminalisation de ces actes conscients, nul besoin <!♦ faire intervenir une de ces notions: conventions sociales, nuisance à la collectivité, infractions aux lois naturelles. Il suffit de constater qu'ils lèsent la liberté individuelle pour les classer parmi les crimes. Il ne semble pas qu'il y ait un seul acte conscient immoral qui ne puisse être compris dans la classe des actes définis crimes.
La définition : Tout acte conscient qui lèse la liberté d'agir irun individu de même espèce que V auteur de Vacte est crime^ est donc précise, claire, satisfaisante, générale. Elle a été établie en faisant abstraction de tout concept du bien ou du mal, de toute idée d'infraction à des sentiments, coutumes, lois. Elle définit bien le crime en soi, car elle est débarrassée de toute idée collatérale : causes, but, conventions sociales, réprobation, approbation, indifférence. Elle convient bien en tous les temps, en tous les lieux.
Quelques-uns ont objecté ou objecteront que, par le fait même de sa généralité, cette définition permet de classer parmi les crimes beaucoup des actes quotidiennement commis. Cela est vrai, mais
DÉFINITIOTS DD CRIME 107
n'y a là aucun empêchement à son adoption.
In effet cette objection naît de l'idée générale [\.ic tout crime implique réprobation pour Tactc ^t son auteur. La définition, que je propose, je :ie saurais trop le répéter, ne présume aucun Lvutre élément que l'acte en soi, la conscience qu'a l'auteur de le commettre, l'espèce commune du sujet et de l'objet. L'approbation, la désapprobation, la responsabilité, l'irresponsabilité sont des cléments spéciaux non liés à l'acte en soi, à la conscience qu'en a l'auteur, à l'espèce de l'agent et de Tagi. Ce sont des éléments liés au crime considéré avec ses causes, son but, son auteur, son ambiance physique et sociale. Ce sont là des éléments variables qui font que le même acte sera approuvé ou désapprouvé suivant le temps, le lieu et aussi dans le même temps, le môme lieu suivant les circonstances déterminantes, suivant la mentalité collective. Quelques faits-types éclaireront ce sujet.
Des hommes tuent consciemment un homme:
crime. En recherchant les causes et le but, on constate que les assassins étaient en proie à la famine, dans un naufrage par exemple, et qu'ils ont tué pour soutenir leur existence. 11 est évident que ce crime ne peut être réprouvé.
Un homme vole consciemment : crime. En recherchant les causes et le but, on constate que cet homme a volé des aliments, des vêtements, parce que, étant sans pain, sans vêture, il allait
108 DÉTERMINISME ET RESPOiNSABILlTÉ
mourir do faim, de froid. Il est évident que crimo no pout être réprouvé, j ajouterai môme qi son autour doit être loué.
La guerre n'existe point sans individus tué^ blessés, mutilés, sans choses détruites, volées, tout cola est fait consciemment : crime. Grau nombre de gens ne la considèrent pas cependan comme réprouvable ; d'aucuns la glorifient, cilébrent ses auteurs ; d'autres la contemplent, llétrissonl ses auteurs.
Un homme vole consciemment: crime. A l'examon étiologique, on constate qu'il a volé pour accroître ses jouissances qui déjà outrepassent celles de la moyenne des humains. La généralité dos hommes blâmera crime et criminel.
Un homme falsifie consciemment des produits alimentaires ou autres : crime. Il Ta fait si adroitement que ses actes sont légaux. Crime et criminel seront par beaucoup approuvés, par une minorité blâmés.
Un homme s'approprie consciemment plus do biens fonciers, immobiliers, mobiliers ou fongibles qu'il ne lui en est nécessaire pour son existence: crime. En effet, il soustrait aux autres hommes tout ce dont il a en excès ; par suite, il lèse la liberté de traduire en jouissance de ces biens Ja volition de jouir d'eux qui est chez ces autres hommes. C'est là la règle dans les actuelles collectivités humaines.Lecrimeest conforme aux mœurs, le criminel est considéré, sauf par une minorité.
DÉFINITION DU CRIME i09
Un homme possède comme chose d'autres lommes, des esclaves: crimes. Hier encore, cela itait conforme aux mœurs, ne blessait aucun seniment et, par suite, n'entraînait aucune réprobation, tandis qu'aujourd'hui la majorité des civilises blâme ces actes.
Un homme abuse du pouvoir que la collectivité lui a concédé librement dans un but déterminé; \in homme garde ce pouvoir malgré la collectivité ; un homme s'empare du pouvoir contre la volonté de la collectivité : crimes ; car ces individus ont conscience des actes commis par eux, tout en n'ayant pas souvent conscience qu'ils lèsent la collectivité. C'est là la règle dans les sociétés actuelles. La majorité des hommes trouve ces actes bien, puisque conformes aux mœurs ; leurs auteurs sont honorés toujours, glorifiés quelquefois.
Un homme se révolte contre la collectivité :
crime. A l'analyse étiologique, on constate que la liberté de l'auteur était lésée par la collectivité, agissant ainsi criminellement à son égard ; on constate que le but de ce crime était de provoquer la modification du contrat social de façon à ce que le bien-être de chaque contractant fût accru. Les uns blâmeront l'acte, châtieront le criminel ; les autres loueront l'acte, glorifieront ou même déifieront le criminel.
Ces quelques exemples confirment l'impossibilité de déterminer le crime, si l'on y implique la
notion de réprobation ou d'approbation, car, suivant Tépoque et le lieu, le crime et les criminels seraient différents. Il n'y aurait aucun moyen d'étudier la criminalité dans le temps et dans l'espace, en utilisant la méthode comparative si fructueusement employée par les anthropologues.
Par sa généralité même la définition que j'ai donnée permet cette comparaison des formes criminelles à toutes les époques, chez tous les peuples, même chez les animaux. La généralité de cette définition englobant non plus des individus-exceptions, mais relativement des masses d'individus, donne à la criminologie un intérêt considérable, non seulement au point de vue spéculatif, mais encore au point de vue pratique. De ces études criminologiques ressortiront en effet des conclusions non plus relatives à des exceptions, à des individus tératologiques, mais à la masse des individus. En outre, quoique le crime ne soit point fonction de l'appréciation de l'acte, le criminologiste pourra juger de la criminalité d'une collectivité, à une époque donnée, par l'appréciation portée sur les actes criminels par cette collectivité h cette époque. En effet l'approbation d'un acte montre la possibilité pour l'approuvant de commettre cet acte.
Quelques-uns ont objecté ou objecteront peutêtre encore que la définition proposée reposant tout entière sur l'individu ne concerne point les actes lésant la collectivité. Cette objection ne vaut,
DÉFINITION DU CRIME lil
Lvr nous ne croyons pas qu'on puisse concevoir LU acte lésant la collectivité, sans qu'en môme on^ps ne soit lésée la liberté d'un ou plusieurs iidividus. En effet on ne peut léser un tout collectivité) sans léser une partie quelconque ^individu) : c'estlà une vérité, et même un truisme. La collectivité n'est que l'ensemble des individus qui la constituent. Par le fait même de la vie en commun naissent chez les individus des qualités spéciales afférentes à cette vie en commun. Donc la collectivité n'est pas exactement la somme arithmétique de ses composantes. Il y a développement de caractères nouveaux dus à ce que les individus se sont agrégés en société. Toutefois cette société ne constitue pas un être organisé, analogue d'une façon absolue à un animal. On no peut pas regarder l'individu comme une cellule et la société comme un animal pluri-cellulaire. La société n'est pas une entité, un tout qu'on puisse étudier indépendamment des individus qui la forment.
La société n'a pas de vie en soi. On ne peut concevoir une lésion de celle-ci. Par contre, nous concevons aisément la possibilité de léser l'individu en les qualités spécialement acquises par la vie en commun. Ces lésions restreignent la liberté d'agir de l'individu, et alors, si elles sont conscientes, elles sont crimes. Si l'on examine minutieusement, les actes dits antisociaux, c'est-àdire lésant la collectivité, on constate qu'il n'est
412 DKTKHMIMSME ET RESPONSABILITÉ
aucun (l'euxqui no soil nuisance à un ou plusir individus composantes. En fin d'analyse, ( crimes contre la socicMé se ramènent à des un sauces à la liberté d'agirdc l'individu, c'est-à-<li: à des crimes, suivant notre définition. II résiili de là que le crime selon M. Corrc rentre absolu ment dans la notion que nous en donnons.
On a objecté que le crime n'était i)as un ach mais bien était la qualification d'un cicte ^ xs'crfi:otons pas sur les mots, dirons-nous ave M. Corre '. Le crime s'entend d'un certain ^ci\r>\ d'une certaine nature d'actes. Par suite, c'est m. acte (|ualifié. Il est nécessaire, inévitable, qu'il er soit ainsi, car une définition n'est que la qualificaticm donnée à une série de choses, d'actes, (!• concepts reliés entre eux par un ou des caractères communs.
Le crime est un acte et nous ne le concevons pa> autrement qu'agi. Cependant on nous a objecté que le crime ne pouvait être un acte, car alors l'abstention ne constituerait jamais un crime. Ainsi une mère, en ne donnant pas ses soins à son enfant nouveau-né, commet un crime légal. Pourtant il n'y a pas d'acte, mais une abstention. L'objection ne porte pas. L'abstention est, en réalité, un mode d'action. On peut dire que c'est un acte négatif. Dans l'exemple ci-dessus la mère est sol-
' Archives d'Anihropolorjie criminelle^ septembre 1893.
2 Heviie inlernalionale de bibliographie >Ȏc/?ca/e, 25 octobre 1893.
icitée à donner ses soins à Tenfant qui vient de laitre. Si elle ne cède pas à cet instinct, — je veux lire à cette tendance héréditairement fixée en elle, — si elle résiste à cette impulsion de soigner son enfant, c'est par suite d'une série de délibérations plus ou moins conscientes. Elle est ainsi ;i amenée à la volonté de ne pas donner des soins. Elle inhibe consciemment sa tendance à soigner son bébé. L'inhibition d'un acte est un autre acte de mode différent, négatif. L'abstention est manifestée, est faite tout comme l'action. Le crime étant défini un acte, objecter que l'abstention ne serait pas criminalisée est donc une objection sans valeur.
Peut-être d'aucuns élèveront contre cette définition l'objection suivante : Reposant entièrement sur le caractère individuel de liberté d'agir, il en résulte que, par le fait môme que des individus se réunissent en collectivité, ils sont criminels, car ils lèsent consciemment leur liberté d'agir. En d'autres termes : Toute convention liant une collectivité quelconque est criminelle. La conséquence logique est qu'on ne peut accepter une telle définition, qui criminalise ainsi toutes les conventions sociales.
En effet toutes les conventions sociales sont ainsi criminalisées, mais cela ne vaut pour faire rejeter la définition proposée. Cette déduction provient purement et simplement de cette idée innée: Toute acte criminel implique réprobation. Abs-
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traction étant faite de cette réprobation, qu in porte que les conventions sociales soient criminelles ? Evidemment cela n'a aucune importancv et logiquement la définition donnée est admissible. Môme en attachant l'idée de réprobation ai cn?ne, la définition vaut, car la seule conséquent rationnelle serait la recherche d'une convention sociale lésant le moins possible la liberté individuelle. On réduirait ainsi la criminalisation <i» cette convention à un minimum, qui disparaîtraii môme si cette convention était la résultante des volitions — non déterminées par l'influence de la force, mais par Tinfluence de la raison — de ton? les individus composant la collectivité. Si la convention sociale est la résultante de toutes les volitions, il y a acceptation volontaire de la convention par tous les individus. Alors chaque individu est libre d'agir suivant ses volitions. Sa liberté d'agir n'est pas lésée par la convention sociale. Et alors celle-ci n'est pas criminelle. Le concept réprobation, étant impliqué dans le crime, n'est-il pas évident pour tout individu, à mentalité affinée, que toute convention sociale imposée à des individus contrairement à leur volonté lèse ces individus et est, en vérité, criminelle?
Cette criminalisation des conventions sociales, tant passées que présentes, ne peut faire rejeter cette définition par le criminologiste. Homme de science, il doit en efi'et chercher une base sérieuse d'aualyso, un commun TTî^t^e aux individus qu'il
^eut étudier. Ce mètre trouvé, il doit analyser es actes mesurables par lui, leurs causes, leurs tuteurs, leur but ; de cette analyse il doit faire jne synthèse et de cette synthèse il doit tirer des conclusions logiques sans se préoccuper de ce qu'elles peuvent avoir de contraire aux conventions sociales admises par les uns, subies par les autres, sans s'occuper si elles jettent ou non du discrédit sur les conventions sociales actuelles. S'il prévoit que ce mètre commun, cette analyse et cette synthèse le conduiront à des conclusions dont souflrirontses intérêts personnels ou de classe et qu'à cause de cela il se refuse à accepter ce mètre commun, c'est que le privilégié social l'emporte sur le scientiste. L'intérêt personnel ou de classe a obnubilé l'appétence de la vérité qui doit caractériser tout homme de science.
Peut-être on objectera que cette définition exagère l'importance de l'individu aux dépens de la collectivité et conduit inévitablement à la prévalence du premier sur la seconde. Cette prévalence aboutit à l'individualisation, absolument opposée à la tendance générale des hommes vers une solidarisation de plus en plus grande. De là il résulterait: L'humanité, voyant toujours dans le crime un acte qu'on doit empêcher et réprouver — effet de réducation des ancêtres et de soi — serait conduite à exaspérer la notion de l'individualité et à atrophier la notion de la solidarité, ce qui serait absolument nuisible à la collectivité et à l'individu.
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Cette objection repose sur cette idée erron que l'individualisation est opposée à la solidari> tion.
Une collectivité est une résultante d'un nombr quelconque d'individus-composantes. Il est évi- (lent que cette résultante sera d'autant plus morale, affinée, que chacune des composantes le ser.' elle-même. L'individualisation de ces composanti? est la condition sme qua non de cette moralisation. de cet affinement. En effet tout individu avant une haute notion de sa liberté d'agir et, par suite, la volonté d'en jouir, s'il se réunit pour former une collectivité avec d'autres individus ayant euxmêmes cette notion et cette volonté, est conduit inéluctablement à limiter sa liberté d'agir, i) ' trouve naturellement cette limite dans la liberté des autres individus-composantes, c'est-à-diro que sa liberté d'agir est limitée à tout acte ne lésant pas la liberté des autres individus-composantes. Cette exaspération de l'individualité, si tous les membres de la collectivité la subissent, bien loin de conduire à l'atrophie de la solidarité, l'exaspère au contraire, car l'individu n'est jamais plus solidaire des autres individus de la collectivité que lorsque l'égalité existe entre eux. Or tous les individus ayant une notion élevée de leur liberté se considéreraient nécessairement comme égaux et dans leur convention constitutive de leur collectivité, les mêmes droits et les mêmes devoirs seraient pour tous. Chacun des individus-compo-
i<xTites, réprouvant le crime, serait amené à n'en point commettre parce que, étant Tégal des autres i ndividus-composantes, il aurait les mêmes droits, les mêmes devoirs ; il saurait que nul delà collectivité ne peut agir vis-à-vis de lui autrement qu'il lie le peut faire vis-à-vis d'un autre. La moralisation de l'individu serait donc considérable, et la résultante-collectivité nécessairement jouirait d'une même moralisation.
11 résulte de là que la définition proposée conduit à l'exaspération de l'individualité et en attachant l'idée de réprobation au crime, — c'est-àdire en passant dans le plan moral, — on voit qu'elle conduit à la moralisation de l'individu et, par suite, de la collectivité.
En résumé, je crois avoir démontré que cette définition : Tout acte conscient qui lèse la liberté . (Vagir d'un individu de même espèce que V auteur de Vacte est crime ^ est une base précise et solide sur laquelle on peut édifier des études criminologiques spéciales à certaines formes criminelles et à certaines espèces de criminels, à certains lieux, à certaines époques ; ou des études générales, comparatives dans le Temps et dans l'Espace. Cette définition me semble la seule base solide propre k l'édification d'une criminologie scientifique.
Vil. — Nous avons vu en une de nos précédentes leçons que tout acte conscient est une manifestation de l'activité mentale. Nous savons aussi que
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cette activité psychique est déterinmée inéluct?rblemeiit, qu'elle est l'effet de multiples causes. V résultante de mille composantes mésologique- Nous remarquons donc que, par la définili«»T même que nous avons trouvée pour le crime, nonavons fixé sa nature. 11 est un acte conscient,
avons-nous dit, donc il est le produit de l'activitt cérébrale. Il est une de ses manifestations, et, pai suite, il est inévitablement déterminé. /
Tout acte est le produit de toutes les condition^ extérieures agissant sur l'individu sujet, effet luimême de toutes ces conditions sur la longue série des ancêtres. Le crime est donc aussi ce produz7. 11 est la résultante fatale des composantes : Milieux atavique, héréditaire, familial, professionnel, social, climatérique, cosmique. 11 est un effet j de la combinaison des dispositions organiques du sujet avec les mille influences externes.
Si la définition du crime préjuge de sa nature, elle ne le fait point avec tant de précision que nous sachions, d'ores et déjà, si le crime résulte de lacunes existant dans l'organisation mentale, s'il est un phénomène atavique ou régressif.
M. Th. Ribot a conçu le crime comme résultante de défauts dans l'organisme cérébral. Il a comparé ces lacunes à la privation d'un membre ou d'une fonction physique. Pour d'autres, le crime provient d'anomalies psychiques, phénomène atavique, ou d'anomalies semblables à celles des aliénés. Ces conceptions de la nature du crime sont-
olles exactes ? Le criminel est-il un aliéné, un attardé ? La connaissance que notre définition clonne de la nature du crime ne permet pas de répondre à ces questions. Il faut pour cela étudier le criminel dans les diverses formes qu'il revêt, sviivant le genre de son crime. Cela, nous nous proposons de le faire, les années suivantes, en une série d'études sur le crime et les criminels politiques, professionnels, banals. Ce que nous connaissons dès maintenant, c'est que le crime est, comme Ta écrit M. Ferri, l'effet des conditions anthropologiques, physiques et sociales qui agissent simultanément et inséparablement pour déterminer l'acte.
, En résumé, le crime est tout acte conscient qui lèse la liberté d'agir d'un individu de môme espèce que l'auteur de l'acte. Le crime est la résultante de toutes les conditions mésologiques agissant sur l'individu-sujet.