IV PRÉFACE
« La différence qui existe entre le crime considéré scientifiquement et le crime considéré juridiquement a encore une autre influence, qui, souvent, vient fausser les systèmes élevés par les savants superficiels. En effet, presque tous les criminalistes, pour établir leurs théories, se basent sur des statistiques que les diverses administrations pénitentiaires ou judiciaires ont établies. Or, nécessairement, ces statistiques ne comprennent que les criminels juridiquement criminels et point du tout les auteurs de Tacte antisocial* que la loi ne reconnaît pas. Même le sociologue qui, avec soin, analyse les phénomènes sociaux peut, sans craindre d'être démenti — car les preuves abondent — affirmer que nombre de juridiquement criminels n'entrent point dans ces statistiques par la raison simple qu'ils ne sont pas inquiétés et sont souvent très honorés. Le crime occulte dépasse de beaucoup le crime poursuivi et, à ma connaissance, sauf M. Corre, aucun criminaliste n'a signalé cette vérité éclatante^. De là résulte que les statistiques n'ont qu'une valeur très relative et que les savantes déductions que
1 A ce moment, je considérais avec le D' Corre le crime comme un acte antisocial. Je synonymisais les deux expressions.
* Depuis cette époque, MM. Manouvrier, Debierre, ont signalé ce fait.