ACTE II
amour pour vous qui me condamne. Si j’étais innocente, je serais libre. Je suis coupable... je pars !
HENRI
Mais vous ne savez pas où vous entraîne cette géne'rosité. Vous courez à une servitude éternelle. Le prince guérira, et quand il vous aura vue, le jour, la nuit, usant votre vie à son chevet pour sauver la sienne, lui qui déjà vous respecte et vous admire, il vous aimera... il vous aimera et ne consentira plus à vous perdre. Tout conspirera pour resserrer vos liens; tout, l’autorité même de la présence. L'absent n'y résiste jamais... l'absent succombera. Pas d’illusions! Je le sens à mon cœur, où quelque chose se brise ; jamais vous ne reviendrez, nous ne nous reverrons jamais.
Je le sais, voilà pourquoi vous m'avez vue si faible et s pâle. 11 n’est pas de remède à mon malheur.
HENRI
Alors pourquoi le subir ? Serait-ce parce que votre âme est tellement supérieure à nos faiblesses que vous vous sentez capable de vivre sans mémoire et sans amour? Mais tout le monde, Caliste, n'a pas cet héroïsme. Vous vous immolez à votre mari, à cet ennemi d’hier... je ne veux rien me rappeler de lui, que sa blessure; mais, à moi qui vous ai trouvée libre, affranchie par cet homme lui-même, à moi qui vous ai loyalement aimée, qui vous ai loyalement en gagé ma vie, croyez-vous donc que vous ne me devez rien
Je vous dois tout mon amour; soyez tranquille, je vous
li* promcls jusqu'à mon dernier soupir. Mais à partir de ce moment où mes yeux vous voient encore, où ma main presse la vôtre, de vous à moi, tout n’est plus qu’un passé mort à jamais. Que je reste en France?... Mais la comtesse Gorlhiany vient de partir, peut-être, pour aller dire notre secret à ce mourant qui m’appelle la plus vertueuse des femmes. Il faut que j’arrive la première!... Revenir?... Ah ! pourquoi reviendrais-je ici, moi que vous avez connue libre et heureuse? Je ne veux pas que vous me voyiez au bras d’un autre ! Vous-même, comment vous retrouverais-je? Serez-vous encore l'ami fidèle et sans reproche sur lequel je m’appuie aujourd’hui?... Voilà un de ces supplices dont l’iJée seule me tue... Oh I ne protestez pas!... vous venez de le dire : l’absent succombe toujours !
HENRI
Bien, doutez de moi !
A Dieu ne plaise !... Non, je ne doute pas... Mais moi partie... Ah! si le moindre espoir me restait, je vous dirais de m’attendre, je vous l’ordonnerais, je vous en supplieiais... Voyez si je suis à plaindre, Henri, je ne vous dis rien... Oh! quand je n'y serai plus, défendez ma mémoire ; dites bien à ceux qui m’accuseront que je n’ai composé ni avec mon devoir ni avec les plus chers besoins de mon cœur; que, m’arrachant à yous, je n’ai rien voulu retenir de vous, et que ce dernier sacrifice d’une âme aimante et fière, n’a pas été le moins douloureux de tous.
HENRI
Calistc!