I OU
Vous savez que Lucienne vous attend, mon cher ami. Vous n'avez pas salué l’ami raie.
DE B1ERGES.
Oh! mille pardons! je cours!
LA BARONNE
Vous allez jouir d’un spectacle unique. C’est inimaginable le génie et la puissance de cette petite fille... remarquez-la bien quand elle vous présentera. Lucienne s’approche de sa mère et lui pose doucement une main sur l’épaule. A ce contact, l’amirale se redresse, son visage s'éclaire, elle sourit, elle salue d’un air de courtoisie noble et intelligent; elle ne sait plus prononcer qu’un mot : Oui, ma tille! mais c’est toujours, grâce à Lucienne, avec tant d’à-propos,quon se demande si ce mot n’a pas été inspiré par la raison la plus complète. Tant que la main est sur son épaule, l’âme de sa fille passe en elle. Le cérémonial accompli, Lucienne retire cette main galvanique, et le vieil enfant retourne à ses hochets et à ses rêves, mais l’honneur maternel est sauvé.
DE BIERGES.
Ce n’est pas une jeune fille, c’est un séraphin.
HENRI
Oui, je n’ai jamais rien vu de si touchant.
LA BARONNE
Vous l’avez vue?
HENRI
J’ai eu l’honneur d’être présenté à l’amirale.
LA BARONNE
Oh! mais vous êtes très-avancé, vous. 11 a tout vu ici !... (A de Biergei.) Allez, mon ami, allez !
DE BIERGES.
Viens-tu, Henri?... Eh bien?... (Hésitation d'Henri; la Baronne le guette, il finit par revenir près d'elle.)
LA BARONNE, à de Bierger.
Puisqu'il a vu, il n'a plus besoin de voir... Allez, et revenez vile. Je tombe d’inanition... (a peine «st-ciie seule avec
Henri qu’elle le regarde en face et éclate de rire. Elle va s'asseoir à droite.)
L'aventure est adorable. Ah ! vous êtes venu ici sans savoir, en vous perdant ; vous avez de la chance, vous, quand vous vous perdez!
HENRI
Pourquoi ,• madame ?
LA BA RONNE, assise.
Vous rcncoi.trcz comme cela, tout de suite, la plus charmante héritière de Paris.
HENRI
Madame, si j'eusse pu le deviner, j’aurais prié le hasard de m'égarer ailleurs.
Bah! bah! vous étiez prédestiné. Il y a des maisons qu'on croit faites de pierres de taille... pas du tout... elles sont bâties en pierre d'aimant, elles attirent... Tôt ou tard vous deviez revenir à celte maison-là !