ACTE III
LA BARONNE
Mais pourquoi ne m’écrit-elle pas, au lieu de m’envoyer un journal?
CHAUDRAY.
Chère amie, quand on vient d’être nommée gouvernante d’une grande province, c'est-à-dire vice-reine, on est reconnaissante à son souverain, et on n’écrit pas des gracieusetés aux gens qui lui font la guerre. Mais rassurez-vous, la princesse ne vous a pas oubliée; l’enveloppe de ce journal n’est-elle pas à votre adresse, cachetée d'un C?
LA BARONNE
Oui, vous avez raison, baron. Caliste épouse de nouveau son mari, et en femme délicate, elle nous envoie un billet de faire part.
UE B1ERGES.
Pauvre Henri !
HENRI, à rarl.
Qui sait ? je trouverai peut-être aussi, en rentrant chez moi, un numéro de l 'Invalide russe à mon adresse, avec un C sur le cachet.
DE BIERGES.
La baronne t’observe, prends garde.
HENRI
11 n’y a plus rien à lire ni sur mon front ni dans mon cœur.
LA BARONNE, à elle-même.
La nouvelle a produit bien de l’effet... Comme les voilà
tous ! 11 me vient une idée étrange. (Appelant -.) De Bierges!
(De Bierges accourt près d’elle ; la Baronne et de Bierges s’éloignent un peu, ainsi que Cliandray.)
LUCIENNE, s'approchant de Henri.
Avouez, monsieur, que j'ai bien du malheur.
HENRI
Vous, mademoiselle?
LUCIENNE
D’abord, en vous retenant ce matin, par une question inutile, je vous ai mis juste en face des personnes que vous vouliez éviter.
HENRI
Mademoiselle, on ne peut échapper à sa destinée.
LUCIENNE
Mais on peut la maudire, et j’ai été bien maudite, n’estce pas, lorsque, tout à l'heure encore, je vous ai retenu pour la seconde fois ?
HENRI
Je ne m’en plains pas, mademoiselle, j’ai été très-heureux de votre invitation.
LUCIENNE
Vraiment? N’importe, c’est encore une maladresse, je le sens. Eh bien, monsieur, il ne faut pas m’en vouloir de tout cela; je vous le répète, c’est un jour de malheur.
HENRI
Pour qui, mademoiselle? pour vous?