‹ Dettes de cœurChapitre 2 sur 4 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Id la Gorthiany ftit bien embarrassée* Mentir

scabreux, si Armand avait raconté la scène» et la comtesse ne doutait pas qu'il ne l'eût racontée. Manquer de franchise en pareil cas» c'était se trahir; ' tandis qu'en racontant les faits aTec des commentaires, on pouvait sortir lionorablemeut d'embarras. D'aiUeurSt quel inconvénient y aTaiiril à dire à Ga-» liste ce qu'elle saurait, si elle ne le savait déjà, ce qu'elle ne pouvait empêcher} Sans doute, il eût mieux valu se taire et gagner vingt-quatre heures; puis, en cas de besoin, contrainte à une explication, s'eicuser d'avoir gardé le sUence sur la crainte d'incpiiéter une amie; mais, puisque Téclaircissement devenait inévitable, pourquoi pas l'é cl ai fci s seme ntT mm SOUS toutes réserves I

La comtesse prît son air le plus iadifféreat, le plus tranquille, et raconta, en tes atléoiiaatde son nieux, les prmcipdles circonstaoces de reatreUeD, c'est-àdire les soupçons d'Armand sur le prince et la jmli« fication de celui-ci par rinterlocutrice.

Mais tout cela n'eiptîqiiait fiat à Gaiistt l'étiMigt fureur du jeune homme, son regard menaçant, et auriou t oes mrts « Avant huit jouis 1 a

— 11 y a eu autre chose entre eux, se dil la prinoesse^ qui déebilfrait a¥eo son cœur taadis qiio l'autre traduisait faussement avec une langue de fcairbe.

~ Vous me cachez la vérité! dit-elle soudain à la comtesse en la couvrant du feu de son grand <»il noir. Oui, Zika, c'était to petit non de la dame que GdUste avait &uJi)stiiué à âoplua, vous om car cbec le principal, et ce n'est pas bfeul

Sika vit pâlir ces belles joues déjà si pâles, elle vit passer un frisson tilMc sur ces lènes earôigiées, et trembla d'être prise eu flagrant délit d'jmposture«

~ Jè MTOttseaelie rien, répliqoa-fi^, elière Ca» liste, je voudrais seulement ne rien exagérer. Ce jeune liosme a dit dans la oolèie des choses qu il ne fera certainement pas. Ne vous alarmez pas mmi d^avanoa.

Caliste se sentit frémir à ces paroles rassurantes* ¥oi» €ompraies bien» continua la coastassc,

qu'il ne va pas courir la poste comme cela sans j réfléchir.

Courir la poste 1 allait s'écrier Cali^; mais eUù comprit que ^ elte manifettait ta momdre surprise» c'était fait de la révéialioo qu'elle atleiukU. Elle eompritiiâ d'une main énergique soii cœur qui 1mnh> dissail sous le saiia el la fourrure ; ses petiis doigla cr»péa ee peidimit 4tw ta martie épataae*

^ Avaut huit jours dilr^ tout 4iaut%

— C'est cela, il vous Ta répété; oui, c'est son mot: avant huit jours, il aura mis le monde à feu et à sang.

Mais pourquoi? pourquoi? s*écria Cdiste hors d'elle-même»

Chère belle, parce qu'il accuse voire mari de ce qui est arrivé, tandis que j'ai défendu votr^ mari ; a\':tait ce pas convenu entre vous el luoi, que si jamais je me rencontrais ave^ ce jeune homme...

— Vous ne le laisseriez pas accuser riioinnie dont je porte le nom? Oui, je me rafHpeUe que ce matin vous m'avez suggéré ce conseil, et je l'ai accepté.

Mais ce n'est point k cause de ceta, ce u'est point

parce que vous avez défendu le prince, que ce jeune

homme sorti d'ici, tfemJsilaat, UvidCi éperdu de fureur.

La CQiHtasas a'osa sourira» mais eUe iiésita»

— Zika I s'écria la princasse en se levant, trem« blante elle-même, yous ne touIsz pas tout ma dîie^ vous avez tort. Vous save^ que je suis patiente, léibli^ lldiet peu laiit ce qui ee me liiiahe fM au

cœur; mais celte fois, le coBur se blesse. Vous, mon «mie, vous me trompez, vous mù irabissez«

La comtesse recula devant ces yeux brûlants d^un feu sombre ; ou l'accusait de (laliisou, elle se cou* Miaaaît, elle eut peur.

— Vous aurez fidt k ce jeuae iiomme quelque menace ou quelque offense, poursuivit Galiste, et il se vengera.

~ Bah ! s'écria la Polonaise, emportée à son tour

par ses mauvais instiacts, laissez-le chercher sa vengeance, laissez-le rattraper votre mari,

~ Rattraper mon maril murmura Galiste, passant de l'inquiétude à la folie , vous dites qu'il veut cou*

rir après le priace, le provoquer peut-être, se battre avec lui I

— Après? dit imprudemment la comtesse,

— Ohl interrompit Galiste, je comprends, tionseulement vous avez justifié M. Novratzin, mais vous aurez accusé ce jeune homme.

— Quand cela serait, dit Sf™ Gorthiany qui crut pouvoir lever impunément le masque, tant par politique que par goût

— G^est infâme 1 je vous l'avais défendu.

— Défendu? dit insolemment la comtesse.

— Oui, défendu, répliqua non moins tièrement Galiste. Car vous n*avez pas le droit de faoe œ que, moi, je me suis interdit.

— J'ai cru qu*ime femme, quand die se reepeetei Ddéudgeail iuoiuâ celui qui entame sa lépulatiou*

— Ma réputation est intacte, madiime, dit la princesse avec noblesse , et je ne xecoooais à peiianoe. le droit de Tallaquer ou de la défondre.

— ËQ ma qualité d'amie, reprit mielleusemeat la comtessCi je me suis cru des droits que n*ont pas les mitres.

— Ne voyez-wus pas qu'an édat me perdrait, et qu'uQ duel est uû éclat terrible?

— Est-ce que les choses en viendront là, répondit la comtesse avec dédain, est-ce que ce petit moasieur risquera gratuitement sa Tîeî

Caliste se sentit blessée par ce doute injorieiu pour Armand.

— Ce Jeune homme, dit- elle, est loyal et brave.

— On ne fait rien pour rien, en ce monde, inter* rompit la comtesse, décidée à achever sa iivaie*

— Gomment?

— Oui, si je lui eusse laissé quelque espoir, peutêtre se fût-il aventuré; mais rassurez-vous, il sait à quoi s'en tenir, et, n*ayaat rien à gagner, ne s'amusera pas à tout perdre»

— Quoi perdre? quoi gagner ? de quel espoir parlez-vous? quel espoir lui avez-vous 6té? demanda la princesse avec épouvaiiie.

— U sait, reprit Gortbiany, que vous êtes une femme inaccessible aux séductions, que vous aimez

votre mari, que le prince vous adore.

Ohl s'écria Galiste, torturée par ces louanges

cruelles,

— Knfln, dit la GortJiiany souriante et les dents serràea, jl penftd à n'en plu$ douter* Giè qfè^ vaufr* même vous -devez désirer qu'il pense , — car une femme irréprodiable leik que vouiS, m sêm&^m MeoMoeeasîenleiiiafiii'amanl, — il pense, dis-je, que vous n'êtes pas sa dupe dans la surprise de ceUâ Mtt, et mlà eomment, a'igmt plu» d'espoir^ il ne fera pas de sâcriiices.

A eelte deniièie léf^lkm^ la priaema poQisa lia cri de rage : elle veoait de compreudre eailu la co* 1ère d'Armand» sa mmaoe» et ce fa'il MBoagnit devoir accomplir avant butt jours.

Pendant qudques secondes, dédiiié» far cette morsure douloureuse, elle se promaaa vaguement, lÙÊsmt mm amie es nf^êttm du apactede éèêàmx de ses angoisses. Mais bientôt la scène changea.

^ Si vous avez fait cela, dit la prinoeita levenue à elle-mêmé, il faut que vous soyez ma plus laoïielle ennemie on mon amie la plus dévoué

'^Le choix n'esl pas douteux, chère Caliste. Vous êtes une amie vraie, a'asi«-£e fmi ¥Mi avez voulu me sauver du danger...

— Vous sauver de vousHuéma» dit la nomlcfiin avec une componction hypocrite.

— BieBi je voiis lemercie. Aiora, je nadi;!!^ Toufs pour me sauver tout à fut. Vile, une pelisse, ua cliapeau, et veqez. i

— Oh aHone-nemt... ProHieMrt

~ Nous allons trouva, ce jeuue homme, .

— Nous allons lui faire à Tinstant même la réparatioo qu'il mérite, ei ne pas laisser suà^sister dans soo esprit le doute le plus léger sur notro loyauté.

— Calistel

~ Vous ne Gonnaissez pss M* deBiergeSt pmmiiH

vit la priûcesse avec une véhémeace irrésistiiile ; omis Je le connais, tnci : c'est un homme d'honneur, incapable d*uQe mauvaise action, d'un seutiment bas; il m'entendra, il saura toute ma pensée. Il ne me Terra jamais, obi je le jure I mais il contiouera de m'eslimer.

— Vous ne supposez pas, ma chère , dit la comtesse avec un rire amer, que je vous accompagnerai, que je vous seconderai dans la plus extravagante, dans la plus dangereuse démarche que jamais ait faite une

femme.

' Cest moi qui la fais; que vous importe?

— - Mais non ; je seinblcrais rapprouver... moi qui me suis prononcée tout à l'heure dans un sens tout opposé; moi qui, par zèle, i)ar convenance, par sentiment de votre digoité, me suis montrée sévère, presque cruelle.

. — fiaison de plus, ma dière Zika ; vous aurez rempli deut fois le devoir ffune amie... Vene^.

— N'y comptez pas, répbqua sèchement M'"'* Gor* tbiany; je refuse nettement. Allez seule, iii voua voulez.

Ce fut au tour de Galislei son sourire fut écrasant.

— Cette fois, dit-elle, le conseil n'est pas amical, il n'est pas sensé davantage. Vous savez bien que si j'allais seule trouver ce jeune homme, je ferais une ehose inconvenante. Et tous devez penser que si vous ne venez pas avec moi, je trouverai bien une autre amie pour m*acoompagner.

La comtesse frémit.

— Décidez-vous, reprit Caliste; les moments sont précieux. Venez- vous, oui ou non? Si c'est non, je cours chez la princesse fiâreskoy, ma cousine; elle ne me refusera pas.

— Par grâce, dit M""* Gortiiiany que cet argument forçait à capituler, écrivez au lieu d'aller vous-même.

— Vous n'êtes plus en veine, interrompit Caliste

avec ironie, vous avez épuisé toute voire provision d'esprit et d'amitié à la fois. Quoi! écrire I... une feiiime dans ma situation ! Écrire à un homme que vous avez offensé en mon nom 1 En vérité, il faut que vous ayez de ce jeune homme une bien magnitique opinion pour me conseiller de lui écrire, c'està-dire de mettre mon honneur entre ses mains. Adieu, Ziiia, je vais chercher ma cousine.

Elle traversait le salon, la comtesse l'arrêta. EUo avait réfléchi, qu'abdiquer en une occasion pareille, c'était une double imprudence. D'abord Gaiislo eût pu arranger l'affaire, ensuite elle eût conservé un élernel ressenliment de l'abandon de sa prétendue amie. C'était une brouille.

Il iaut faire tout ce que vous voulez» dit-elle eu serrant la main de la princesse, je consens.

Elle s'habilid le plus lentement possible, iut entrai-

née plutAt qu*emmenée par la princesse, et le valet de pied ayant demandé les ordres :

~ Ah! ah I dit la comtesse qai vit hésiter son amie

en face de son Raquais, voilà les difûcultés qui corn-mencent. S est bien aisé de s^écrier : « Allons trouver ce jeune homme, » mais il n'est pas précisément facile d'exécuter ce généreux dessein* On a des gens peu lidbilués à deviner les senlimenls clievaleresques.

La comtesse s'exprimait ainsi en langue russe. La pi incesse demeurait pensive. Le valet de pied, superbe Bourguignon, était bien loin de comprendre la cause d'une hésilalioii si longue; il crut qu'on ne lui répondait pas» parce que les ordres avaient élé donnés avant que Caliste ne montât chez son amie.

— Au bois, peut-être, madame? dit-il.

^ Gesi cela, au bois, répliqua tout à coup Caliste.

— ChaDgerait-elle d'idée ? se demanda M<n® Gorthiany. An fait» les plus courtes folies sont les meilleures, dit-elle tout haut, avec une joie qui n'était pas affectée.

Le temps était superbe* U y avait foule sur la vieille route si étroite et si mal pavée qui, en ce temps4à« conduisait de TÉtoile au bois de Boulogue.

En ce temps-là I ae dirait-on pas que nous parlons d'uA siècle*

Tout à coup, Galisle rompit le silence.

~ ZikA, dit-eltot voici mon plao; j'ai eu beaucoup

de peine à le faire, mais il est bon. Nous nous ferons descendre dans l'allée des fortifications, comme

pour marcher. Nous perdrons Baptiste sous un jifoteite quelconque; nous monterons dans une voiture également quelconque, qui nous mènera où nuu> avons affaire.

— C'est fort joli, dit la Gorthiany, niais le savonsnous, seulement, où nous avons affaire ?

— Oui, répliqua tranquillement la princesse.

Pourquoi Gorthiany ne savait^eUe pas qu'une

femme connatt toujours Tadresse d*un homme.. • d'ua

bomme dont elle a dessiné le portrait de souvenir?

^ tôt ~

ternies dont ifoitfBOiissMiflM 86f?i eonteiiladd

répondre :

-»J6 sais... Cte jeune homme a donné celte nntt

sa carte au prince qui ne Ta pas prise ; j'ai vu Tadretse ce malin en brûlant cette carte qui me sautait aux yeux par hasard. Boulevard de la Madeleine.

Elle lui fit grâce du numéro.

La comtesse n'avait plus d'objections à faire. Le plan était excellent. Me l'eût-il pas été, pourquoi raltaquer, à moins d'y en substituer vm autre?

On arriva rapidement à la grande ailée. On descendit ; on eut soin d'éviter beaucoup de salutations et de soupirs, Baptiste lut congédié avec le prétexto Toidtt. On renvoyait à Madrid chercher un morceau de sucre.

La witure nécessaire se rencontra au coin de Fallée dTAuteuil. On monta sans avoir été remarquées. Le cocher comprit que ces grandes dames étairat fort

pressées; il lança son cheval de deux cents francs d'un train que n'eussent jamais gardé dix minutes les jeunes Mecklembourg de la princesse et que le malheureux solitaire ne quitta pas pendant trois quarts

d'heure.

Dans cette nouvelle voiture, Caliste, ivre d'imagi-nation, développa un nouveau plan à sa compagne émerveillée.

Il s'agissait de trouver un commissionnaire à la Madeleine, de f intéresser, de renvoyer chez M. de pierçes, (ju'il ramènerait h la voiture, oit cw

Faltendraienl. C'élait magnifique et simple. Le com* miâsioûuaire fut trouvé sans peine par le cocher. Tandis que le €hef al mangeait soii aTOine sans se donner le lempâ de souftler, ce qui lui eût fait perdre un coup de dent, on donna au commisnonnaire toute ^ sorte d'instruclions précieuses, et cet iatelligenl Sâ- Toyard se dirigea d'un air calme vers la maison indi* quée. Ces diplomates en velours verl-bouteille n*oût pas leur pareil dans aucune chanc^erie du monde. Ils portent avec la même force uû fardeau et un secret.

Tandis qu'il accomplissait sa mission* que le cocher se frappait les bras sous les atssdles et que le

cheval mangeait, les deut dames rencoignées dans la voilure se dévoraient, Tune de dépit, Tautre d'im- , patience. La comtesse regardait fré([ueinnienl à la vitre. Galiste palpitait; elle eût regardé eu vain, elle ne voyait plus.

Enfin, par la portière opposée à celle que M^® Gorthiany surveillait d'un regard avide, reparut soudani le commissionnaire ; il était seul.

— Ce monsieur n'y est pas, dit^il.

— On vous avait recommandé de rapporter uue réponse, dit Gorthiany, une réponse du damestique.

J'ai ramené le domestique lui-même » dil le

Savoyard de génie.

ËQ effet, derrière lui se tenait, dans l'attitiide de

la consleinatipn, le, vieux Josepli, sou bouaet grec à

la maia, depuis qu'il avait aperçu uu moiicbou doiis la YOiture»

— Eli bien! M. de Biergpsî demanda braveuieut Galiste ; il est donc sorti ?

— IfêlasI madomei dit Joseph, non pas sorti^ mais parti

La princesse frissonna de la lêle aux pieds.

— Cioaiment,parti2d)tsacompagQ6 un pira émue.

— Parli avec sa malle, voilà un quart d'iieure,par le ciiemin de fer du Mord.

. Caliste serra convulsivement la main de la comtesse.

~ Bien, dit-elle.

JosepU salua respectueusement et s'en retourna la tète baissée*

un

Ua profond ^âleneet bien employé de part et d'au*

tre, succéda, dans la voituiei a l'agitation causée par cette nouvelle.

Ifroe Gortliiany se remit la première. Aprî^s un rc^ gard passablement dédaigneui pour sa compagoe, qui, la lèle enfouie dans son voile, semblait avoir perdu tout sentimenti toute idée ;

— En vérité, dit-elle, vous voilà dupe encore une Xois. Le ebemia de fer du Nordl qu*esi<-ce que cela signifie? Il y a trois heures au plus que ce monsieur m'a quittée... Quelle résolution peut-il avoir prise î quels renseigne mehts peot-il aroîr eus en si peu de temps ï U supposerait donc que votre mari est parti par le cftemlii d!e fer éàliùtAI El d'abord le prince s'est-ii dirigé de ce côté ? Vous ue le savez pas» vous, éomiDeiit M. de Werges le eaimiit-ilT n est sorcier, peut-être ? Âllons, GalistCt ne vous troublez donc pas potir si peQ, aje«ta-la noMé Potcuaise, a?ec on Bia-i' licieux sourire que la princesse ne voj^ait pas, mais qu'eUe semblait sentir, car elle frissonna )Âas d'ime fois, comme sous une pernicieuse influence.

Voyant qu'elle ne> répondait rien» qu'^ ne boifr* ^ geait pas, la comtesse reprit:

— CioDvenez que noua sommes bien enfants, pour qu'un mot nous bouleverse ainsi : le Nord ! faut-il que ce jeune homme nouseroie stupides... le Nordl... Ainsi, s'est-il dit, au cas oii mus jaiiftjronnaiies auraient produit quelque effet sur M"""" Gorthiany, au * cas oit Ton ferait courir après moi pour prévenir quelque grand malheur, annonçons que je suis parti jpar le chemin de fer du Nord. Oe mot féra un effet magique sur des Husses. — Nordl.^. colo^ du Tford... ajouia-t-élle eti yariafrt ses intonations ^ comme pour dire tarte à la crème. Qui sait, Galisle,

si ce pourfendeur n^est pas Men tranquiltemeiit dies lui| les pieds i»ur les chenelSi k écouter en se mu<

i^uai^i de vous le récit du vieux sapajou qui lui sert de valet éè cbimlira. Qm siile'il n'êémifB pas de h)kfk^ ua com de rideau levé» la pîiloresqua ûl* hoiaelte da votre Tébifiolet et dtt cocher qui savome soa pain et sa& from^* ftéveiU^YOus, Galiste, nous ne sommes pas si perdues que eda. Retour» sons cliafclier votre voiture au bois de Boulogne^ TOulexHPOiis 1 car il ae iiît Men lanL

La pdncesse sortit eliectivement de sa torpeur. Mais ce fut le corps seul qui raiM, tesyew 9»^ dèrent leur ûiûlé pi^usive, ie;> Icvxes m se desserré*

ceDipas»

— EIi bieii, si vous ne pensez pas, si vous ne parlez pasi s'écria la comtesse avec ua aedoubtemeat

d'animation, je ferai toute la besogne ; tout ce qui

TOUS écrase méfait relMmdii: ; voilà que je oomiNreods

le chemin de fer du Nord !

Galiste leva les ^eux vers «a compas et la r^gaxda bien en face.

— Mon Dieut oui^ poursuiYii la Gortlmni y, je me rappelle avoir entendu qudquefois V • Ghaudray parler des superbes chevreuil&^ue lui envoyait de Bierges par le chemin de fer du Nord. Ce jjemm belliqueux a quelque chasse par-là, et il est parti tûu4 bonnement pour la chasse.

Ëa achevant ces mois, elle se mit à rire avec afleo* I talion pour'entratner les nerCi de la princesse^ car I ou est désarmé, dit-on, quand on a ri; mais Galiste^

au lie» de me, r^ixmdtt firoidement :

— Ce qui vous rassure, confirme mes craintes* M. de Aieiges a en effet uoe chasse du c6ié d'Âbbe-

ville, je le sais: il y va souvent. Mais pour sûr, il n'y est pas allé aujourd'hui, et m &'est servi de celte cliasse que comme prétexte pour couvrir son absence ^ rassurer son père,

M^^e Gorlhiany allait demander à son amie comment elle savait si bien chaque détail de la vie d'Arînand, mais la princesse ne lui laissa pas le temps d'aiguiser sa question. ' . — Ainsi, continua-t-elle en maintenant la comtesse dans ce trouble de la curio»té| je ne crœs pas du icml que M. de Bierges soi l parti par le chemin de fer du Nord.

— Où est- il alors? demanda M"^^ Gorlhiany.

— Ab I voilà 1 dit Galiste qui semblait se consulter

encore.

~ Cest que, si vous Fignorez» ma chère, inier^

rompil Tamie avec une hypocrite douceur, je ne vouâ aiderai guère, moi qui ne sais pas, comme vous, les habitudes de ce jeune homme*

— Évidemment, reprit Galiste sans daigner relever cette flèchOi ce jeune homme ira là où il pourra rencontrer le prince.

— Il ne reste qu'à savoir où le prince est allé, riposta la Gorthiany d'un ton aigre. ]

Galisle après quelques s<»condes ;

— Ne le savez- vous pas? dil-elle timidemout.

— Moi i s'écria la comtesse troublée» et comment Voiidriez-yûOs?*:«

Caiiste Tiulerrompit :

— le vois que je ne poumii pas éviter Pexplica« tion devant laquelle j'ai tant reculé, dit-eile avec une politesse pleine de fermeté qui fit frémir la couh tesse.

— Une explieatioii..,

— Courte et dure. Vous voudrez bien me la don* ner ccnnme je vous la deiinande» sans am^rtimie ni réticences.

-^Princesse

— Gardez tout votre sang-froid, car vous allez en avoir besoin, dit Caiiste. Fermez bien la portière..* là. Nous avons beaa causer en russe, je ne veux pas qu'on nous entende. Comtesse, lorsque j'ai dû épou<»

ser M. le général Novratzin, qui se débattait si vivement contre ma main que lui tendait l'empereur, cette résistance lui était suggérée, m'a-t-on dit, par une femme qu'il aimait et qu'il eût épousée à ma place.

La comtesse lit w mouvement brusque. Caiiste lui prit le poignet, le serra, et continua :

— Après mon mariage, le prince non-seulement me négligeait, mais il me haïssait. On m'a dit encore que c'était à l'instigation d'une femme, dune temme sa maîtresse. Écoutez«-moi, comtesse Gorthîanyt vous répondrez quand j'aurai termiuét

la comtesse deyiiit liYidOi

— Des amis, qui se disaient bien infornûés, et quô jamais je n'ai voulu croire, offraient de me nommer, de me démasquer celle femme. Mais à quoi bon, leur répondais-je, je n*aime pas le prince Novralzinil a éteint chez moi jusqu'à l'estime 2 je ne lui de* mande que du repos et du silence. En effet, com- (esse, que me manquait-il en ce monde? rien : je suis jeune, belle, riche et protégée par notre maîlre, j'ai près de moi une excellente amie, vous, qui suffisez à lous les besoins de mon cœur; vous êtes aussi l'amie du prince, et vous m'avez, j'en suis sûrei défendue plus d'une fois contre lui.

La comtesse voulut placer au moins une syllabe,

elle n'y put réussirè

^ — Vous voyez, reprit Calisle, si je manque de force d'àme, puisquej'ai su vous taire si longtemps ce que je vous révèle aujourd'hui. Oui, croyez-le bien, je suis forle el vaillante quand il le faut. Mais je n'use pas ma provision de bravoure en petits complots et eu caquelages. Si l'occasion d'agir se présentait, j'agirais avec un cœur d'autant plus énergique quMl serait moins fatigué. Dieu merci, cette occasion ne s'offrira jamais je Vespère. Cependant, une attaque bien perfide a été dirigée cette nuit contre moi, contre mon honneur. Vous en savez les détails; votre opinion - doit être formée comme la mienne. Lorsque, ce malin, vous êtes venue me rendre visite, sur ma prière» et que touchée de mon abattement vous avez voulu me consoler en me prouvant Tinnocence du prince;

lofi^M wm tûttt âUribuâ à es jattoe homiMi

je ne vous ai tien dit, je vous ai laissé dire : je ii'éUiî& pas daoft un Ûê mes accès da vaiUaofie. J'ai parfattramit wmptiê alott irotra r6\». Anîe de moo fiMorit vous na pouviez Vaccuser avec moi» vous d6*> tias mécm le défradre. EM-ee logique» tout ce que je viens de vous dire ? est-ce vrai? Oui. Voilà pour* quoi j'ai ménagé vcrtie délkateMi» toiUi pourquoi je vous ai raconté toiote Taveniure de cette nuit, saûa paiattre me douter qoe voua la comiiMîaB ausâ tàm que moi| mieux que moi peut-être.

La comtesse se redressa soudain sous ce eoup de fouet terrible.

Que prétendes^voust Galiate? niitranm-t<^Ue

décontenancée une deuxième fois, moi, savoir celle aventure I et pourquoi» et comment?

Parce que c'est la vérité, répliqua la princesse avec calme en modérant même Tardeur de ses yeux impatients* Ne niez pas trop, se bâta-t^^eHe d'ajouter avec un sourire. Ce maim» ou pour mieux dire cette nuit, aprte le départ do jeune homme, j'ai réfléchi beaucoup. Je me suis dit que le i»:ince s'en retournerait pas comme eek tout de suite a Saint-Pétersbourg. Je supposais qu'avant il s'adresserait à quelqu'un pour avoir un bon eonaeil : où le trouver meilleur que chez vous? Voyons, mesuia-je demandétS'ilaurarbeuieuseidée dea'adresasràmoa amie, voyons s'il ira chez elle?J*ai envoyé quelqu'un

de confiance faiie le guet devant wtie porte, el

cela m'à parfeiteméntfiussi^ car, i ome heures vingt minutes, on a vo le prince sortir de voire maison* La comtesse^ maigri toutes les préparations qui lui avaient laissé le temps de se remettre, ne p u t s'empécher de chanceler sous ce dernier choc Sa hingne s'embarrassa, ses yeux se troublèrent, elle rougit^ pâlit, c'était À faire pitié.

— Je saiSi s'empressa de dire Galiste, l'excuse que .Yous allez me donner. Le prinee vous a recom* mandé de me taire sa v isite ; c'est tout naturel, j'en eusse fait autant. Aussi, obère comtesse^ne vous -aije surprise dans vos petits secrets que pour obtenir de VOUS une capitulation de conscience..*

Le prince, murmura la Gorthiany, n'est pas si loin que vous pensez d'une réconciliation. • . U faudra peu (le chose pour l'y déterminer, si j'étais sûre que .vous voulussiez consentir...

— Ne parlons pas de cela, dit fièrement Calîste. Réconciliation ou hostilités, je méprise également tout ce qui viendrait de M. Novratstn. Je ne vous ai point parié de sa visite pour savoir quels sont ses emtiments i mon égard, mais pour apprendre o& U est^ ce qu'il fait et quelle route il se propose de suivre. YoilA, ma chère comtesse, sur quoi je vous demande une réponse aussi nette que possible. £n eflht, puisqu'il prétend négocier par votre entremise, U est invraii^emblai)ie que le prince ne vous ait pas donné son adresse au cas où vous auriez i lui Caire part du résultat des négociations.

— lia —

La logique était si pressante, que. M"^ Gorthiany

'n'eût su reculer un moment de plus. Calislc la vit ciierGber sa réponse ; la vérité refoulée si loin dans te cœur plein d'abîmes ne pouvait remonter jus- |u'aux lèvres sans de grands efforts.

Avant que vous ne me répondiez, dit la princesse avec dignité, je veux vous ouvrir toute mon Ime. Si M. le prince Novratzin prétend user de la surprise de cette nuit, je saurai me défendre ; j'ai de bonnes armes contre lui, et contre d'autres, croyezle bien. C'est un compte à régler plus tard entre mes ennemis el moi. Pour le moment, il ne s'agit que de sauver M. de Bierges du péril où le conduit sa géné- Yosité. J'ai pour ce jeune homme infiniment d'estime ; il est offensé par mon mari, par mon amie, par moi ; il veut se venger, et il a raison. Mais si je lo laissais, loul brave qu'il est, croiser le fer avec M. Novratzin, je commettrais une l&cbeté, un crime: femme du prince, en exposant la vie de mon mari; honnête femmes en exposant la vie d'un jeune homme plein d'honneur, de loyauté, seul appui, seul amour d'un vieillard. Jamais, comtesse, dussé-je m'y perdre t Je sauverai d'abord M. Armand de Bierges ; ensuite, je ne le connaîtrai plus.. Où s'est retiré le prince en sortant de chez vous?

On peindrait difficilement Teffroi, la surprise, l'admiration de la comtesse pendant que son amie se relevait ainsi par une brusque Iransiiguration. Quoi ! cette nature passive, indolentOi cadiait un caractère !

- lift -

Oaoil tant da fleerels coûtaient sous celte suriMse

unie ! La conilesse frissonnail à l'idée qu'un seul mot de Galisle ajouté à ses menaçantes confidences Teût fait tomber déslionorée aux pieds de sa rivale; et ce mot, Galiste avait eu la générosité ou Tadresse de le retenir! Que faire? Lutter encore, cTétiot impossible^ 11 fallait capiluier sur^e-champ, sans réserve ; s*en remettre à la discrétion duTainqueur, en le femerdanl d'être SI iiiodéié dans ses exigences.

M»» Gortbiany courba la tête, sauf, plus tard, à se redresser*

~L.e prince, Tépliqua->t-dle, a dû passer daM

rambassadeur ; puis, louime il avait amené deux amis, Bamba et Tufiiatine, tous le sateas peut^êU e, — il a promis à ce dernier de passer deux jours à sa maison de fielie^Assise, pr5s Ck)rbeiL

— Prîîs de Corbeil, répéta Caliste qui, sur-lechamp, improvisa un plan nouveau.

A deux lieues. De là, il reprendra le chemin de 1er de l^yon, car il se rend dans le Midi.

— A merveille, je vous remercie, bonne Zika.

— Ne me remerciez pas tant, princesse, dit la Polonaise, car je ne vous ai pas donné ce que vous voudriez avoir. A présent que vous savez où trouver le prince, vous ne retrouverez pas le Jeune homme^ i:'est comme si nous n'avions rien fait,

âliste allait pousser une exclamation qui eût livté à sa rivale une partie de sa pensée; mais elle se lut»

— Qui saitî dit-elie. Me voici sur ki voie, ^est

bdattcoup; Paite^moi tin plaisir, chhve amie, retournez chez vous* Mes geas» lassés d'attendre au bois, viendront savoir de mes nouvellea à voireporte. Vous leur ferez dire que je dtne et passe la soirée avec vous.

— Mais, vous-même.*.

— Moi, je vais in ialormer ea divers endroils où je compte trouver des traces. Allez, dis-je, m'at« tendre chez vous. £st-ce convenu?

— Oui, chère.

— Gardez notre voiture, je n'en ai pas besoin,

ajouta Caliste en s*élançant légère comme un ciseau sur le boulevard, où bientôt elle disparut, laissant la comtesse ébaliie devant cette fermeté, cette audace et la vigueur de ces inspirations soudaines.

Une fois seule parmi. la foule et bien perdue dans le brouillard du soir, Caliste se recueillit un peu.

Il est certaiot se dit-elle, que M. de Bierges

ii*esl parti si vite de cliez lui qu'avec une idée et un but bien arrêté; sinon il fût resté pour attendre les renseignements. Il sait donc le chemin qu'a suivi le prince? Gomment le sait-U? c'est ce que je ne veiir pas chercher pour le moment ; mais je jurerais qu'il lésait* Un hasard a sufû pour l'instruire. Or, chaque fois que l'honneur d'une femme ou la vie d'un liomme est en jeu, le diable a toujours dans ses cartes quelque bon petit hasard pour gagner cette belle partie. Au surplus, je vais bien le savoir; car

moi aussi j'ai moa idée, moa but, et à diable, diable el démit

Elle doubla le pas pour arriver à la lanterne d'un marchand de journaui iosiallé à rentrée de la rue Caumarliu, et elle fit empiète d'une feuille de chemins de fer qu'elle parcourut avidement à la lueur

dt ladite laalerxie.

On a prétendu souvent que la passion ne raisoone pas. C'est un de ces paradoxes niais qui dériveni

tout droit de la mythologie, alors que l'amour passait pour Yoter les yeux bandés. Les choses ont beau» coup changé depuis que Cupidon n'est plus un dieu.

Rien ne raisonne plus juste et plus fortement qu'un cerveau préoccupé d'amour, 11 y a là tant de dangers à éviter, tant de joies à atteindre, qu'un esprit mé* diocre se décuplerait par les seuls lus lincls de la conservation et du bien* être.

Caliste n'était pas un esprit médiocre. Aussi, du premier coup, avait-elle deviné la marche et les contrcHMarches du fiipilif Armand.

Celui-ci, à son retour de chez la Gortliiany,€tait tombé sous la griffe paternelle. Èn vain méditait-il

daim sa colère toute sorte d'extrayaganees féroces.

îi. de Bierges, le coaseiller, réduisit cette fureur h une simple écumet en menant son fils chez la ba^ roDoe Giiaudray, pour la remercier et la dégager à la • fois de ce mariage aussitôt manqué que mis en train.

Étrange fatalité I Ces trois personnes causaient ii peine depuis dix minuta^)» et Armand déjà songeait

à la retraite, quand arriva, bruyant et lourbilloiuiant, H. Cbaudray, bourré de journaux, d'images, de verroteries, et mâchant je ne sais quelle drogue importée d'Australie, qu'il prétendait faire bientôt substituer en France au tabac et aux bonbons pectoraux tout ensemble.

Nécessairement il brouilla le peu de conversation qui restait à dévider entre ces troia jiefsonnes, et jeta» tout à travers, plus de vingt nonveltes et aatant de questions dont il n'attendait pas les réponses.

baronne, à son tour^ le voyant mâchonner» lui de^ianda ce qu'il màclionnait.

~ CTest, dit-il, une herbe sucrée, gommeuse, que m'a donnée Tamiral Bamba; goûtez-en donc, de Bierges.

On voulut savoir où il avait vu Pamiral Bamba, il répondit que c'était ave^. le comte Tuffiatine; puis, tout à coup, éclatant comme une trompette :

— Et Tuffiatine, dit^-ii, avec qui croyez-vous que

je Tai trouvé chez l'ambassadeur ? Devinez?

4 C'était une des manies du savant de faire deviner tout ce (^ui lui passait par la téle. Quelquefois, par

complaisauca» la baroune essayait. Ge jour-là elle ne voulut pas.

— Avec Movratzinl dil Chaudraj, sans s'apercevoir du bond qu* Armand Yenait de faire.

La l)arooQ6 et le conseiller, plus clair voyants, re<*

gardèrent le jeune homme, qui résolut de s'enfoncer teâ ongles dans la chair, et d'avaler tout le paquet d*herbe gommeuse d'Australie plutôt que de laissa luouvoir un musde de sou visage.

— Novralzinl dit alors la baronne, le prince Novraâ^a i

— Chul! fille baron,

U Mt à Paris? contiiHia M»* Ghattdfiqr. '

— GliuiK>U passe!

•^CTest doue bien mystérieux, interrompît la Imr

ronne, puisque la princesse, tiieri le disait absent pour trois mois encore. .

— 11 est venu la surprendre cette nuit, comme un ramier, dil le savant, et il est reparti ce matin. Tuffiatine Temmène chasser deux jours à BeikixAsaise* Ils m^oot invité. Ensuite il part pour Itaoeilli... IHie mission secrète...

— Bélle-Assise, demanda Armand, cfest...

— C'est près de Corbeil, de l'autre côté de Teau, répliqua le baron. Un séjour enchanté.

Le conseiller leva le siège, son tiis Timita.

— lili bien, lijonsieur, il élait ('n il que vous rece^

vriest du gibier, dit Armand è M* Cbaudiajr, car je

vais partir aussi pour la chasse, et vous aurez après- «IhMMiiii uoê belle boumcbef

--Comment, tu pus..» dit te père, lu ne m'ea miik pas parlél

— Je l'avais oublié, cher père, est-ce que cela lo eoatraftef

— Ce n*est jamais cela qui me coiilrariera, répon*

ëit le conseiller avec ua soupir à l'adresse de la ba*-

ronne.

CeWe-^ tendit sa main à Armand qui la serra et la

baisa ))ar reconnaissance pour laul do ^'oncrosilé.

Quelques iustauts après, le père et le lils étaient rentrés chez eux. Il était trois heures, Armand commandait sa malle et envoyait chercher une voiture.

Ce départ soudain n'étonna ni ne fâcha le conseiller. Joseph seul en fut inquiet» mais qu'y faire?

Armand voyant son père à cent lieues d*un soup« {on, distribua eu quelques minutes le plan du petit dittme qu*il préparait pour le lendemain.

Prendre le chemin de Corbeil, y couclier, envoyer un billet à M. Novratzin au réveil de celui-ci, rédiger ce billet assez poliment pour obtenir une rétraclalion si l'adversaire était loyal, assez vigoureusement pour l'amener sur le terrain s'il était brave, prendre un uificler de la garnison pour témoin, et revenir à Paris sauf ou entamé, après uq combat dont le Russe gardenit un étemel aouvenur : tel était le canevas de l'acte; lionlures, agréments et broderies ad libUum^

4raiaii4 «'^A d'ebor 4 Gauvain preq^

di€f une paire de bonnes épées, courtes et fines, quMl

fit empailler dans une bourriche longue en manière de lièvre ou de brochet. Puis» comme cinq heures sonnaient à la Salpêtrière, il descendit de voiture dans la CiOur du chemin de fer de Ck^beil.

La cloche du départ tintait; l'employé de garde lui tria de se bâter; il laissa la pièce de cinq francs au cocher, fit signe au facteur de saisir sa malle, et il commençait à prendre sa course vers le guichet, lors* qu*un obstacle l'arrêta sur la dernière marche du perron. C'était une petite main qui se ploya sur sa poitrine.

— Un moment» de grâce l lui dit une dame voilée«

— Ah! mon Dieul répliqua-t-il , pâlissant au son de cette voix.

— Mais, madame, cria l'employé, vous allez faire manquer le départ à monsieur* ^

Bahl la cloche tintait eticore. Le guichet se ferma. Armand, sa i)ournche à la mam^ n'avait pas bougé déplace.

L'effet produit sur Armand par celte vision manque révélait à la princesse toute l'audace de la dânarche qu'elle venait de faire. Une sorte d'im pa-

lience nalurelle en pareil cas s'empara d'elle et se trahit par un mouYement neryeux qu'elle ixe soDgea pas même à réprimer.

— Monsieur, dit GalistOt on nous regarde ici comme des bêles curieuses; quitious un peu la gare, je vous prie.

Elle se mit à le précéder, marchant au hasard. Elle suivit le bout de rue qui conduit au boulevard de la Sdpêtrière. Armaad, décontenancé, douua sa bourriche au facteur pour qu'il la réunit à sa malle, et, doublant le pas, il rejoignit la princesse, dont les petits pieds, dans leurs bottines fourrées, battaient avec dépit la terre sèche et sonore.

Caliste,la tète baissée, arpentait le terrain; on eût dit qu'elle fuyait après avoir tant désiré. On passa devant le jardin des Plantes; on arriva sur le quai près du pont d'Auslerlilz.

A pareille heure , Thiver» quand on quitte la trace battue qui de la ville aboutit au chemin de fer, tout le quartier est iQort. Ce quai de la rive gauche ne mène à rien. L'Entrepôt), qui fait suite au jardin des Plantes, est désert; çà et là un gardien silencieux passe, comme un fantôme derrière les grilles.

A droite» près du parapet dont le troiioir est fairge, et qui, en cette saison, descend à plomb dans la rivière gonflée, les passants sont bien rares, mais la vue est si magnifique, Paris se présente de ce côté sous un aspect tellement splendide, que la promenade sur ce quai offre un spectacle des plus émou-

fmts t la Duit surtout, quand les premiers rayons de

la lune viennent argenler l'ijjside de Noire-Dame et la poupe de Tlle, quand, en se retouroaiit vers le

midi, on voit la Seine, inuiiense nappe illuminée de feux sinistres, rejoindre Ihorizon noyé de brumes.

Caliste ne songeait i^uère à admirer tout cela. Elle cherchait sa première parole, embarrassante après un tel silence. Armand, qui la suivait à la remorque et roulait mille conjectures plus ou moins raisonnables, ne songeait pas non plus à* ouvrir la conversation. Enfin la princesse se décidât non sans un redou* blement de dépit*

< ~U faut bien, monsieur, dit-elle, que je vous explique mon étrange présence. Vous me ferez grftcé de toute question inutile, n'est-ce pas? et vous me permettrez de m'exprimer librement. J*ai appris Tentrelien que vous avez eu avec U^^ la comtesse Gorthiany, les idées fausses qu'on a pu vous donner de mes sentiment:* à votre égard. 11 m'a paru que votre mécontentement, assez violent d'ailleurs, et que vous avez manifesté par des menaces non moins violentes, prenait sa source dans une apparence de raison. Vous vous croyez offensé par mon doute et celui de la comtesse, je viens iréparer cette offense. Je vmis

vous affirmer que je ne crois pas à votre culpabilité; cette déclaration vous sufQt-elle, monsieur, et n'emprunle-t-elle pas une certaine valeur à l'empressement pUis qu'mconsidéré de ma démarctie ?

Armand ^'inclina. La princesse cheminait plus ka*

tenieot» comme pour entendre mieux laiéponse*

— Eq effet, madame, répliqua le jeune homme sur qui le ioa glacé de ces paroles avait produit une impression contraire à celle qu'on attendait du §eM des paroles mêmes, il n'y a rien dans \oire coura« geiuse initiative qui ne me pénètre d*une profonde

recoûOâissance.

— Eh bien I monsieur, dit Caliste de plus en plus ùoide et hautaine^ puisque vous voulez bien recon- Battre l'importance de ce que j'ai fait, je n'ai pas soin de vous expliquer à quel point votre projet compromettrait mon honneur et mon avenir. Vous •

comprendrez aussi que vos menaces d'une rencontre avec le prince ne me permettaient pas de rester neu^ tre, inactive. Le prince est mon mari ; que n'eussé-ja passait pour ménager sa vie l Sans doute vous u'a-^ vez point réfléchi, en dressant le plan de vos ven-^ geances, au résultat qu elles auraient pour moi et pour vousHmAme. Pour moi, qu'elles exposent à la honte d'un scandale public, à la colère de Tempe-* reor ; pour vous, qui, sans motif sérieux, eourex au* devant d'un danger immense...Mais j'enaidit assez; ma conduite a parié plus haut que moi, vous avouei vuub-même qu'elle a sou mérile, el vous avez pronottéé le mot reconnaissance* Voilà tout ce qoe j'a(-« tendais.

Caliste, après cette harangue dont l'effet ne loi

semblait pas doulcux, regarda obli<|uenient soriinter»

locuteur et (ut surprise de l'attitude è la foie irtsto

et bostite qu'il avait gardée. Elle s'était satisfaite eUo^

ùième, mais elle avait blessé l'Ame qu'elle voulait fléchin C'est précisémeat le contraire de ce que recoiiiHiaïKle Quiniilienaux orateurs. Encore trop prévenue pour biea juger cette situation » la princesse ne qui lia pas le ton acerbe» et dit à Armand qui no

répondait pas ; ^ Eb bien! monsieur, n'ètes-vous pas convaincu.

Votre réponse?

Armand pensait, avecune douleur âmère, que cette lemme tant désirée, tant aimée, était là, seule, à son côté, le louchant, l'enveloppant de chaleur, de frîs-> sons magnéliques, et que ces miaules de leur réunion , qu'il eût payées d'autant d*aiinées de sa vie, s'écoulaient dans un prosaïque antagonisme, et que cette occasion précieuse d'échanger quelques nobles pensées, quelques élaus du cœur, ne se retrouverait ' jamais. U étouffa un soupir qui eût trahi sa faiblesse, et rendu à lui-uième par Tâpreté de la question , il répondit :

Madame, le mot reconnaissance dont je me suis servi était, je le vois, un peu exagéré. Je ne me crois pas engagé envers vous à de la reconnaissance. Certes, votre démardie annonce un certain courage, et vous avez dû faire, pour me trouver ainsi , beaucoup d'eliorts, que j'admirerais plus s'ils n'avaient pour seul but votre intérêt et celui de monsieur votre mari. Pour votre intérêt, passe. Vous m'obligea en le prenant. Celui du prince Novratzin me touche moins.

' Permettez, madame» que je m'explique avec sin* ^ cérilé. M. le prince NoTratzm m'a dioisi fiour acteur dans la mjslificatioa jouée à son béDtiice. U a fait de moi un plastron. Ce n'est pas un rôle dans mes facultés. Je ne vois pas pourquoi, s*il s'en est bien trouvé, s'il s'en est bien*diverti, monsieur votre mari ne recommencerait pas la plaisanterie dans une quinzaine» avec des agréments nouveaux, avec des gen* daruies ou une volée de bois vert pour dénoûment. J'aime mieux que tout cela tinisse. Assurément, ma* daine, Taffaire fera quelque bruit, et votre intérêt à vous peut en souifrir, mais veuillez permettre que je songe au mien, que je songe à mon honneur, puisque vous n'avez pas daigné en faire mention. Quant aux dangers qu'il vous a plu de me signaler, je n'ai pas l'esprit assez mal fait pour croire que vous ajez grande confiance en un pareil argument ; le danger m'attirerait au contraire vers la résolution que vous me déconseillez. Et puis, rassurez-vous, si M. le prince Novratzin est militaire, s'il est habile à manier les armes, je ne lui cède en rien de ce côté; je tire l'épée aussi bien que personne; je me défendrai, soyez tranquille.

Caliste devina bien à l'accent irrité du jeune bommOf à la verdeur de ses répliques, tout ce qu'elle avait perdu de terrain par un début mala- ' droit. CettQ nature nerveuse et ferme d'Armand de-^ vaît être ménagLc, non pas lieuilée. Elle se repentit, mais il était trop tard»

— Eqûq» dil-elle, rnoosieur, vous voilà encore ttM fois eD ecllhte. Vraimenl toi» êtes bien imcîble, et j'espérais mieux de mes procédés envers vous, Mtis ii n'est pes possible que votoe mBeDtimeiit soH MDcîîre, je \ais vous le prouver. Oaïe prince est rauteor de la mystification» et don il ne vous mit pas coupable, — ou il ne Test pas, et peut vous aocoser. Dans le premier sas» c*est à moi que rinjure est faîte, à moins que vous ne vous trouviez offensé d'étie regardé comme l'objet de mes préférences* Dans la seconde bypollièse, que ne devez-vous point pardonner à un mari qui trouve chez sa femme un jeune homme à trois heures du matin T Tojons, de bonne loi, y a-t*il matière à un comt)at, dans de pareilles eireonstances t

— J'adopte cette double hypothèse» réphqua vi« vendent M. de Bierges, et j'y réponds. Si otonrieur votre mari, auteur de la mystilication, me voit demeurer calme et digérer cette injure atroce, nul doute qu'il ne me prenne pour un abouiinable lâche, ou pour votre amant, madame. S'il me croit coupable, s'il pense que c'est moi, qui, avec une clef, donnée par vous, peut-être, me suis (^issé -dans

votre boudoir, mon devoir le plus impérieux est de

Taller trouver et de lui prouver mon innocence et la

vôtre. C'est mon plan, c'est ma volonté inébranlable; autrement, nous sommes déslK>norés tous deux, voi;» et moi, tant que je n'aurai pas rapporté une rétractation en bonne forme, signée Movrat^in, qui établis^^

— la? —

k vérité. Cette rétractation, je cemple avoir ThoD* neuf de yom Yùttnr, madame; roua la wrmei bien jffécieuseim^nt dans- votre écrin; elle pourra vous ^ sertir, si jamais votre oîari^ qui, certainement, vcMisa tendu 06 piège, essayait quelque nouvelle perûdie, et aloR, prîncem, au lieu de veua emporte? contre moi, au lieu de me câlonmier, comme peut-être vous le faites dans le fond du cœur, — oh 1 je ne suis pas dupe du mouvement qui vous amène a moi !^ au lieu, dia*je, de friasonoer à mon souvenir comme

au conlacl de quelque bùlc (iésagréable, vous vous dires ; j avais été injuste pour M. de Bierges; ii m'a rendu un service pour une offense, c'est un homme d'honneur, Voiià tout, madame, je n*en demande pas davantage-, mais je l'aurai.

A mesure qu'il parliût, sa voix pénétrante allait^ fondre jusqu'au coeur de GaUste les glaces d'em^ prunt, pauvres remparts, qu'elle y avait péniblement amoncelées,

— Je ne vous calomnie pas, murmura-t elle, et vous ne devriez pas m'en accuser. L'eussé-je fait,: d'ailleurs, j'en aurais bleu du regn t maintenant que vow annoiicez des sentimento si délicals et si dévoués... Mais, monsieur, ces sentiments mêmes vool engagent : puisque tous travaiUes pour mm, oonsifl>' te^-moi sur mou iiilérél véritable. Je le connais mieux que poosonne^ Une femme est bon juge quand il s'agit de sa réputation. Monsieur, je vous demynde avec instance de me sacrifier vos projets. Renoncei

à toute explication avec le prince, ou je suis perdue..* et pardue par vous t £&t-ce votre ioteolioa?

Elle s'était rapprochée de lui, c'est-à-dire qu'arrêtée au l>ord du parapet, eUe laissait le vent de la rivière pousser vers Armand son voile qui lui caressait le visflige, et soa manteau, tiède encore de sa chaleur, qui entourait toute une épaule du jeune liomme»

A Dieu ne plaise, lépondit-il, troublé jusqu'au fond de Tàme. Mais vous vous trompez, madame, et vous êtes mauvais juge de votre intérêt, de votre boimeur même. Je crois que ce combat où je serai ragresseur prouvera clairwient mon innocence, ear vous l'eussiez empêché si vous eussiez eu le moindre droit sur moi. Après cette affaire, M. Novratzin, qui n'y succombera pas, j'espère, ni moi non plus, fera des réflexions salutaires et ne se servira plais de moi pour vous tourmenter comme il le médite. Qm je m'abstienne, il vous menacera perpétuellement de moi. Est-ce une situation admissible? N'ai-jedéjà pas assez souffert, et ne me reste4*il pas encoro assez à. souffrir?

. Caliste releva la tète; son n^ard, éteint sous l'é--

paisseur de la dentelle, sembla interroger Armand sur la nature des soultrances qu'il prévoyait. 11 y avait dans celte question muette quelque chose de doucement familier qui encouragea le jeune homme; il fit un effort, et détournant la tète pour cacher son émo'ioa.

— Oui, madame, dit-il d'une voix étouffée, je souffrirai crueliemeot ; ce que m'a fait M. Novratzm aura des conséquences qui rejailliront sur toute ma vie. Qui me dit qu'unjour^ moi qui vou& reucontraîa partout, qui vous cherchais et vous suivais comme le corps suit râme, qui me détend de croire qu'à forœ de patience, de respect^ de soàm délieats, je ne ftMe poiut arrivé à fLi^er vos yeux^ votre pensée^ à obtenir totie amitié, pour réèompenee d'un loyal et pur attachemeQt?ËnGn, madame, c'étaitmonrève. Qu'en a fût cette brutalité de votre marifmevoiliridiculey me voilà méprisé! Vous n'avez plus le droit de me reoevoîr cbes vous, depuis que la trahison m'y a fait en^er en cachette; s'il m'y trouvait, ce prince, quel aeraeil m'y feraitpil ? Bien plus, dansle mondemAme, dans un salon neutre, s'il me voyait assis à vos côtés, s'il surprenait un de vos souriies... Oh! mais, ma* ^

dame,cette pensée seule vous eOraye: moi elle m'exaspère.». Le terrible ennemi que cet homme, dont la ruse machiavélique me sépare pour toujours de vous, et m'interdit même de vous saluer si je vous rencontre I N'est-ce pas une habile manœuvre, madame, et ne mérite-t-elle pas le pri^ que je lui destine f Ah! si je me la refusais, cette vengeance, seule compensation à tous les biens que je perds, à tous les maux qui m'attendent^ si vous inristiez pour me retenir, je vous dirais plus cruelle que mon ennemi lui-même. A présent, madame, ce n'est plus l'homme d'orgueil, l homme aux vulgaires susceptibilités qui

Yotis fMirle. te vou$ ai ouvert mon âme tout eotiëfd*

Insulté, bafoué, menacé, j'oublierais tout, s'il resiait laii GO misérable coBur un point que la douleur et le désespoir aient respecté. Mali k quoi bon ména^ier ceux qui m'écrasent? Je vous perds, o'est tiuu Lai^ mhvaxA parodier un mot eétèbre : Apr^s vous , madame, la ûû du moudei

Galiste, en proie à tin eomlMit terrfMe, se détour^ nait aussi, et ses angoisses éclataient dans sa pâleur al le tremUemeni de tout ton oorp». Rien n'empd^ chait Armand de penser qu'elle tremblât ainsi de

Elle se redressa tout à coup, posa une main sur le bras du i&am homme, qui iremUliti et aseuraiit sa

voix que brisaieiit mille soupirs :

Enfin, dit-elle, je suis venue vous adresser tme

demaado, vous faire une prière; est-il vrai que vous ma refusiez? est-ce posnUel

Armand, dont le cœurballailsi violemment qu'une paride n'eût pu arriver jusqu'à ses lèvres, s'mdina bien bas pour toute réponse.

Alors Galiste, emportée par un élan irrésistibto, ie> tiia sa main qui brûlait ce mallieureux.

— Monsieur, dit-elle, il parait que je n'avais aucun droit pour forcer votre consentement ; si vous m'en eussiez reconnu,. vous ne vous battriexpas aveele pffiooe. Vous venez de !e dire. Eh bien! tenez, ajouta-t-elle en détachant son brac^et qu'eUe tendit au jeuni hoHUMt oe médailkm, cfest mon portrait qu6

I f ai àMlM eomme j*af«t9 dessiné to Yftlrt, pfêmz« 1b, je vous le donne» et» ce périrait sur le cœur» allez Qaer flioft mari ou vous faire tuer do sa imio« Adtoot

£Ue s'enfuit à ces mots, laissant Armand ivre de

loulco qu'il venait d'entendre. Mais, un éclair de

raison leranun^i il courut à elle» sa jeta à genoux devant ses pas*

— J'obéirai, dit-il, comme votre esclave, mais re* pmas ce niédaiUc»u car vous no m'aimez pas.

Il lui offrait le bracelet à son tour. Elle leva son ; toile pour découvrir ses yeux d'où tomba un rayon

céleslc sur Armand agenouille. Puis, sans môme re^ pousser la main étendue vers eUOf paipitantOf étout* fant son cœur joyeux, elle reprit sa course et dis* parut.

Lorsque Armand se releva, il eût pu croire qu'il ae léveiUait après un beau rêve, sans le poids de ces chataena d'or qui s'entie-eiMHiuaient dansses doigts*

Ls soir même, Galiste apprit à la owriesee Gor-

lliiany que ses démarches avaient été couronnées de succès. L'amie fidèle, voyant qu'on supprimait tout détail» se garda bien d'en demander aucun*

n y avait dans le Um de voix, dans Tattitiide de la

princesse quelque ciiuse de mesuré, de solennel qui en apprenait à M-^ Gortiiiany beaueoap plus qu'on n'eût pu lui en dire.

Lorsque la princesse sortitde table, où elle n'avait

pu réussir i prendre autre chose qu'un peu de vin sucré, elle secoua fébrilement la rêverie que tous ses

^ûoiis n'avaient pu vaincre.

— Cbère Zika, dit-elle, vous avez été fort bonne

pour moi aujourd'hui, et je ne Toublierai pas, soyezen sûre. Ce grand danger évité, grâce à vous, je n'ai

plus désormais rien à craindre, et la vie s'offre toute

nouvelle à mes regards.

En prononçant ces paroles, malgré elle, son visage resplendissait.

Il n'est pas une soufiVance que des cœurs vaillants ne parviennent à dissimuler. Mais pas un cmir mottel n*est de force à cadier le reflet de oetta flamme divine qu'on appelle l'amour heureux.

Au moment où Galiste prenait congé de son amie, celle-ci, qui lisait cette grande nouvelle sur son visage, murmura en souriant avee une intelligente haine :

— Le danger qu'elle croit évité commence. Et cette femme, qui ne voulait point être perdue par les autrest se perdra bien plm sûrement

même.

—lis —

Ce soir-là encore, taudis qu'on croyait Armand de Bierges parti pour la chasse, M»' Chaudrây monta en voiture pour aller rendre à Dampmes- Hil la réponse définitive que le conseiller, doublé d'Armand, lui était allé porter dans la journée. ' La baronne, déroutée par les subterfuges plus du moins adroits du jeune homme, n'eût pas su, par elle-même se faire une conriction. Tout ce qui ressortait nettement de Tentrctien, c'est qu'Armand ne voulait pas se marier, il^^ Chaudray l'annonça sans préparation à Lucienne.

Celle-ci reçut la communication avec son impassîllilité lacédémonienne.

Aime-t-il cette princesse? demanda-t-elle à la baronne. Vous m'aviez promis de m'en informer.

— Chère enfant, c'est délicat. D'abord je ne k crois pas : voilà pour ce qui me concerne..

— Cela me suffit, répliqua vivement Lucienne. Ce j oune homme a bien le droit de donner quelques jours de plus a sa jeunesse, à sa liberté.

* «-Ët pois, votre amour-propre n'aura pas isouf*

frir, ojouta la baronne* puisqu^oa m sait pw BOI petits projetSé Bans doute*

^ SlXaCons donc tout celai reprit M^^ Cbaudrayi et si, lui, veut mer ainsi sa jeunesse, ne perdez pas toute la vôtre. Je m'en vais m'occuper de chercher atUeurs.

Lucienne Tarrêta par un geste et un sourire pleins de douceur»

— iauliie» dit-eUe»

~ GomiMiil?

— Je ne veux pas non plus me marier, chère madame! J*ai aussi mes caprices.

— Ail çà, chère petite, dit M"' Chaudray qui regarda bien fixement Ludenne, sans que céUe-d

perdît contenance ou changeât seulement de couleur, iavez^vous bien que vous me feries wnir da siagulièi'es idées.

— Lesquelles, madame? dit Lucienne toii^ouis souriant.

— Mais votre obstination sigaiâeraiL*. faul^l que je vous le dise?

— Dites.

~ Vous a?ec donc quelque diostt«« là«

jeune homme ?

— Oui, chère madame, je Taime.

La baronne bouleversée aliaU se récrier*

— C'est Tunique prisée de ma vie, pouisiÛTU Lucienne» la ^euie lueur de mou hurii^n. U u'ml pa$

Biitrié, n'est-ce pas? eh bien! tant qu'il ne sera pas

marié, je garderai mon secret avec mes espérances. 11 ne m'a jamais vue ; je chercherai une bonne occasion pour qu'il me voie. Après, s'il me refuse, eh bien! il sera temps de me chagriner. Jusque-là» eonsenrez-moi voire amitié, permettez que je vous parle quelquefois de lui» et ne lui pariez jamais de moi.

~Clière Lucienne» dit la baronne touchée de cette notrte et tendre patience, vons méritez bien

d'être heureuse.

Oh! je le serai, ditF-eQe. Eh quoi l je le suis, J'espère et j'attends, .

L'amitié est le plus terrible écueil des femmes. Kis une n'a jamais su prévoir les dangers ni tiier les limites de ce sentiment que toutes opposent Iriom- . phalement à t'amour, et qu'elles finissent par si bien exagérer, qu'il dépasse Tamour même.

Peut-être dira-t-oo, que cette prétendue amitié peut titre quand elle n'est pas en réalité de l'ammir, d'autant plus à redouter qu'il se cache sous un nom â*tHipraût, Cest possible. Et pourteiit« si l'amitié

Oigitized

entre une femme et ud homme voulait bien n'être pas exclusive, si elle se oontentait de manifestations apparentes, si, en un mot, se déûant des entraîneiiienls, fuyant la séduction SOUS toutes ses formes, elle ne se complaisait pas à prendre sinon les béaéfices du moins les jalousies de Tamour, bientôt cette amitié, toujours altérée, jamais assouvie, mourrait de consomption où yivrait si maigre, si macérée, que ses clients chercheraient fortune ailleurs, et se contenteraient du plus petit amour capable de nour*

rir son monde.

Mais non : la société a ses hypocrisies; chaque hy»

pocrisie est le manteau d'un péché. Quand, pour un motif ou pour un autre, — les motifs né manquent jamais, des amis se cachent, fuient le monde, courent dierch^ les arbres d'une soUtude, et dérobent avec un soin de conspirateurs leurs serrements do mains, leur sourire, leur rendez^vous, ces amis-là, fussent-ils innocents comme des lis, ne convaincront personne de leur innocence, par la raisoa fort simple qu'ils iveii sont pas convaincus eux-mêmes. Bien plus, ils cesseront avant peu d'être innocents.

Voilà ce qui devait arriver aux deux cœurs dont ees chapitres composent l'histoire. Voilà ce qu'avait prévu, dans sa froide habitude, la comtesse Gor-* Ihiany.

Comment, dans quels détails et par quelles transi* tiens délicates arrivèrent*ils aux dénoùments vulgaires et j arrivèrent-ils? c'est ce que l'historien se

gavteait bien de racooter. U n'est pes de ceux qui

troublent Toiseau dans sa mousse, le rêveur sous ses allées, ramoureux dans son nid* U respecte tout ce

qui est rnyslère, bénit tout ce qui est boiilieur; assez

d'autres font la police du monde et punissent les

genslieureux.

Tout à coup, au milieu de ce silence et dans ce paradis en fleurs, la foudre éclate et tombe. Une guerre, comme nos pères seuls disaient en avoir vu et comme plus tard ils aTOuèrent que personne n'en avait pu voir, une guerre de géants s'allume. Bientôt 8*enfuient avec des gémissements les dames russes, les Polooaises rappelées dans leur patrie; de larges Tides, pareils aux trouées des boulets, s'ouvrent dans les salons parisiens. Chaud ray fait chaque jour des adieux nouveaux, et frémit à Tidée qu'il embrassa jpour lu dernière fois un de ses deux cents auiAs, ma* jin, soldat ou diplomate.

La comtesse Gorlhiany parUt une des premi<'tres,

rappdée par son frère le comte de Wùrgen, colonel

au service du czar. Ce con:ilede Wurgen, plein d'esprit et d'ambition, ne voulait pas que sa famille manquât de zèle en une circonstance de cette gravité;

.Tempereur iSicolas s'en tût aperçu, la note eût été mauvaise pour Tavenirdu colonel. Sophia Gorlhiany, laZika ûdèle de Caliste, s'envola donc vers le Nord, en pleurant de rage. Elle abandonnait, au meilleur moment, sa vengeance et l'humiliation de sa rivale. £n

. eflfet, si habiles que Cialiste et Armand se fusseQt

St

montrés à la d<pbter, ib n^twient pà i' e ai p é ch if

d'avoir des soupçons, des certitudes, et pour une pareille femoie la preuve ne pouml loiigtenafMi w

laue allendre.

i Cette guerre stubile, «auVanx)ûmitaiiéiiieiat la pciiH

cesse qui n'avait que deux ennemis sérieux à craindre. Sopfaia<^Zika disparaissait, la di^oce déaanaoe une pareille surveillante. Le prince Novratzin commandait une division russe avant le déi)ut des hoaU^ Htés. Gelte divfekKi, déjà "voiaine du tMàtre de la ^ guerre, entra immédiatement en campagne* Une Um oceapé là , le mari de Caliste ne pouvait plua étn dangereux pour elle.

Restait la question du dépende cMte tendis amie» Ce furent entre Armand et elle, à ce sujet» de terri- Hes dissertations politiqtt4» et moréles» Quand on vit

disparaître une à une les amies russes et polonaisest quand on apprit la présence de Novratrin à Tannée» Caliste s'aperçul qu'elle était regardée singulièrement àParis par Geux-4à mêmes qui la diâtissaient le ptaa et la priaient le plus instamment de rester encore. Un jour même que la baronne » et cependant eUe m «avait tien, e'élait aienUnée à demander à la princesse le moment précis de son départ» ceUe*ci comprit bien qu'il n'y avait plus de vemède» et msiilAt 0Êi^ prit une grande résolution»

~ Mon ami, <fit«ene I Armand «MieRié de ce qu'il devinait depuis plusieurs semaines, voici ma

fitiiaiioa en daui mots ; TempeieuriPiti^^^ i>ottr

: iiio],Jeiie8aiirai8end(mter$ waiNrtlesiiiin^

I fices de mon mari ou les rapports de quelque espioa de cour qui me Tdenl oeite deiiiî-di9grAce. Uq plm

ong séjour ici achèverait demc perdre. NenousdissinuloDft pas qu'une fois retouroée à SaiQl*PéiefiBbûurg

ie n'obtiendrai peut-ê ire plus la permission de revenir m France*

Armand frAosil. Son «mlfteètiitt devenue un â&in. Klen de plus facile à concevoir : jamais femme n'4 réuni kei tmrulé, Fesprit, le ebame du enmnMiw de de la vie au même degré que celte priucesse Caliste. C'était, atiM la iMrteiHeuee îMUniolioa des PokH

naises, iaslruclioudont n'approchenl point beaucoup

dliommes remarquables de nolie pays» c'était «m

simplicité d'enfant, une naïve adaiiralioa pour la France, une ardeur de cceurt une Adéblé d'Ame, um

soliililc de relations qui faisaient (l'elle une femme iniàaimeni plus dangereuse à coanalire qu'à voir, Gas admirables qualités n'avaient-elles pas leur ombre ? Oui, assurément; mais en plein midi, quand k sûiâii inonde m eœor de M i4iài6ttr et de sa flam bre es4 imperceptible sous ie rayon veriicaL Armand et la princMeen étaient au midi de rameur. Chacun d'eux voyait et adoraii la lumière, rien que k lumière» L'ombre ne se dessine que pbis lard* Donc, Armand faillit devenir fou aux premiers

mots que Gaâsie lui. dit sérieusemant de en départ.

9u5 raiseiis n'étiieni pas «Nwwsas, d'unMOU*

JOUI à UM femme ^rise; elles ne tàtadent pas lo

diable pour toul autre que pour ua fou.

— Cette protection de Temperew, disait-il, vous

la perdrez tôt ou tard» car tôt ou tard vos ennemis rinstruiioiit de le préférence que vous donnez à ce pays ; et puis, n'est-elle pas bien stérile, cette proleclion, n*est-eUe pas bien cruellet puisqu'elle vous iie à ce mari abhorré, puisqu'elle ne saurait s'exerce en dehors de cétte chaîne où Ton vous rive?

Galiste ne disconvenait pas que le Jeune homme eût raisra.

— Considérez, ajoutait Armand, qu'une fois retournée eu Russie on vous éloignera de moi pour tou« jours. Vous le redouiez vous-jnême. Eh bien, est-ce un avenir? Je ne dis pas que vous me lassiez la grâce de vous consacrer éternellement à moi ; ce sont là des ambitions au-dessus de mon mérite, et vous êtes une femme tellement divine que je m*étonne d'avoir pu fiier un moment vos regards. Mais si ce n'est pour moi, que ce soit pour vous-même» On va vous tenir prisonnière; on va vous réconciUer avec voUe mari. Si vous luttei, on vous brisera. Uappui que le valet trouvera dans son maître vous fera, vous,

. resdave du maître et du valet/Plus de relations entre nous, pas même de correspondance. Vous m'avez appris que là-bas une lettre est au czar comme la XortuiiO; comme la vie de ceux à qui est adressée cette letti'e. Le premier soin de vos geôliers serad'in-

- tercepler ce que je vous écrirais et ^^^q vous ic-

pondriez. Que dites-vous de celte perspecilve? A* l-eUe bien de quoi satisfaire vos goûts» vos seoti*^ ^Bents, vos besoins? Ne regretterez-vous rien d'ici T., Ne me regretterez-vous pas ? r Ces discoars, mêlés de soupirs et de brûlantes tendresses, n'eussent pas manqué leur but, avec moins d'éloquence. L*aYOcat peut être faible si la cause est gagnée dans le cœur du juge. Calisle iais-> sait parler son ami, non pour être mieux persuadée» mais pour prolonger le charme des proteslaiions d'a« niour.

Parfois elle objectait la reconnaissance envers son tuteur auguste, et le sentiment du devoir.

— Belle obligation que vous avez à ce despote, disait le jeune bomme. En vous élevant, en vous do» tant, il n*a fait que payer une dette sacrée. Vos pères n'ont-ils pas donné leur sang à ses pères 7 Votre fa« wille ne s'est-clle pas ruinée à son service? Ici nous .avons Saint-Denis et des dotations qui assurent Texis» tence d'une orpheline et n'enchaînent pas sa liberté. Au moins si le czar vous avait donné le bouhetir^ mais il a faille nialheurde voire vie. QuMl vous rende libre, je lui aurai moi-même de la reconnaissance.

Armand exlravaguait. A manquait d'esprit et de générosité à la fois. Mais il ne manquait pas de chaleur, c'est l'essentiel, et toutes les choses ridicules qu'il débitait avaient ppur but de faire à Galisle la viuicuco qu'elle implorait au fond du cœur.

Cependant c'était une lemme cuuringeuse et car

pable de toutes les nobles résolutions. £Ue sçqtaitsa faute ; un bon conseil Teùt remise dans le droit chemin. Les folies eutliousiastes d' Armand la poussèrent à une faute plus gr andë.

Elle lui répondit que puisqu'il déclarait ne pou« voir vivre sans eUe, toute autre considération s'efTa^ çâit. }iMe fit Tabandon de ses biens, accepta, sans ie^ faire valoir, même par un mot, tous ies sacriflcâs que lui ini^'oseraii une situation aussi difficile. Elle (X)nvint enfin avec Armand que pour tout le monde la princesse Novratzin serait retournée en Russie, qu'il y aurait adieux, départ public; que pour lui Armand, Galiste se retirerait dans quelque solilude aux environs de Paris, changerait de nomt et^'enseve^ lirait jusqu'à des temps meilleurs.

Pauvre femme 1 quels temps pouvaient être meil«

leurs que celui en faveur duquel on faisait avec joie de si terribles sacrifices Y Armand, ivre de ce triom*'

phe, se roula aux genoux delà noljle amie; il l'aimait réellement; il la rendit tellement heureuse» qu'elle répéta plus d*une fois, en remerciant Dieu,, que jusque-là elle avait végété sans vivre.

XYlil

11 faut croire qu*ils avaient choisi leur ermitage sur la ligne du ebemin de fer du Mordi car jamais Ar«

auA ne l'étaii mo&tié êmi âm^uMai de la ohanti

11 y passait la vie ( Paris relenlissail du bruit lointain de ies exploits. Ot, eetie abaise d' Armandt tituée du

côté d'Abbeville, on n'y arrivait point sans avoir passé devant le petit ait Galiste s'était retirée. Quoi de plus simple quedè descendre de wagon à une station quelconque t de revemr sur ses pas à tcavers i)ois. et [)IaiDes et de gagnar ainsi oeriame petite porte percée dans un. mur de jardin, tout Uéiissé de lierres? Le hntit que fait une paime petite porte en iTooTrant peut-il s'enteudiô .de six. lieues dans ce Paris oll ! Tolent tant de pasaiona, où roulent tant de voiturest Gel amour de la chasse ue surprit pas trop M. de Bierges et n'évcttUa autour d'Annand aucun soupçon. Le père et les Cliaudray, tous les amis delà famUle» se doutaient bien un peu que le cosur du jeune

homme eût été entamé par la belle princesse No- Tratzin. Mais» puisqu'elle était partie pour la Russie, I bien partie, cette égratigiiure ne finirait-elle pas parso cicatriser 1 La charité ordonnait qu'on laissât le blessé tranquille. H cherchait sa guérison dans les bois,pauvre garçon I soit. Libre à lui de courir les bois.

Bien des jours s'écoulèrent ainsi, jours heureux Jiêlés de douleurs. Les douleurs» Galiste les gardait le plus possible pour elle : c'étaient des remords, dee terreurs, des jalousies dévorantes. Livrée seule, sans reseources, à une passion coupable qui vieillit vite et marque une femme, elle redoutait toute rétle&ion

d'Armand» elle épiait sur son Yisage .lainoiiiâre se

salioD qui n'était pas !a' joie, elle tremblait qu'il ne s'éveillât, môme uneminutei de sa léthargique ivresse. Compreiianlbien que cette ivresse ne se prolongeait pas au delà de leurs réuûioas, Caliste s*eiXorçait de rendre ces réunions plus fréquentes ^ elle les multi- ' lAîail sous mille prétextes*

Armand, toujours empressé, toujours épris, bon d'ailleurs et profoudémeut reconnaissant, ne se fati* guait pasd'ob&r.Il accourait, il repartait, il revenait, il s*ea retournait encore; puis il était rappelé, arrivait de nouveau, et cela si h\ea , que sa vie, course perpétuelle, essoulfk nie ni incessant, eût tué cent chevaux et usé te fer des locomotives.

. M. de Bierges le père commençait à s'étonner. Ar- ' maud se sentait à bout de prétextes, quand un évé*^ nement imprévu vint rendre quelque possibilité à la situation, devenue insupportaUe.

. Un jour, et ce jour datera longtemps dans son souvenir, il avait quitté le chemin de fer à rUe- Adam, et revenait de là chez (]iilist, quatre lieues, ~ lorsqu'il la trouva tout à coup sur sa route» h Tangle d'un petit bois. Elle arrivait par les champs, suivie de son chien favori. Armand la reconnut à son ombrelle iilas et à sa robe blanche. Il courut audevant d'elle, bien épanoui, les bras ouverts. £Ue avait pleuré, elle pleurait encore.

Le ciel était d'un bleu tendre, rayé de grands fils d'argent, des senteurs fugitives passaient avec le vent sur leurs têtes, un doux soleil cliauffait Teau verte

de la rivière. Sur les toits rouges des fermes s*âi.)attaient des nuccs de pigeons, les peupliers hruissaieni; il foisail beauî ce jour-là, dans le beau pays de France.

Armand voulut savoir pourquoi Galiste avait pleuré.

Ils se prirent par le bras et s assirent à Tombre.

Alors elle lui raconta que le rêve touchait à sa fin. Elte venait de recevoir des nouvelles de Russie par un do ses vieux intendants, homme dévoué qu'elle avait fait librot et qui Tadorait comme une idole* Cet homme, depuis le commencement de la guerre, s'était donné pour tâche de faire croire au retour de la maltresse. Il l'avait annoncé partout. A ceux qui venaient la voir, il disait d'attendre» elle était sortie» die allait rentrer ; il leur distribuait oe qu'elle avait npporté de France pour leur en faire présent. Tantôt, elle voyageait dans le ncnrd, où étaient ses terres. Xaulùt, eUô s'était rapprochée du midi, où la guerre reiraait son mari. Bref, ce vidUaid rusé comme tout vrai niougiik, était parvenu à rendre notoire la pré- «enoe de la prmcessè. Plus d'une personne Uhtias prétendait l'avoir vue et lui avou: parlé.

Ce bonhomme, pour en venir au fait, ayant reçu des nouvelles de l'armée, adressées directement à Caliste, s'empressait de les lui faire parvenir. Des nouvelles de l'armée 1 Ici l'attention d'Armand s'éveilla plus que jamais.

Oalisie avait pleuré. Galiste était un cœur généreux»

ëlcjit l e un grand événement que lui annonçait la lettre, un graud bonheur : la liberté?

Mais Cdlisle était si ardemment éprise, elle aimait si exclusivement! qu'à travers ses larmes , si la nouvelle eût été bonne, Armand eût w jaillir un aou-* rire. '

. ^ Ami, lui dit«-eUe an aarrant son bras avec ime

passion douloureuse, le général NovraUiu vient d'être blessé dangereusement au siège de Silistriei il quitte

l'armée ; on le rapporte chez lui, chez moi; ma place n'est plus en Franoe.

Etenpaiiaul ainsi, la princesse, qui s'était contenue avec BoUssse, éclata soudain en aangtots» et peacbs

sa této sur r^paule d'Armaûd conime si elle allait

perdre eonnaiisance» '

Vous me quitteriez ! s'écria le jeune homme^ pour celui qui ne vous a jamaia que haïe, méprisétti fspoossie; ce n'est pas votre detoh:, prineesse t ihm êtes dupe d'une Hausse générosité.

' EUe us répondit rien ; mais tirant de son sao à ouvrage la lettre fatale, elle la mil dans les mains d'Armand. Elis était en gros oaraclères, péniblemeaft tracés. Elle avait dû coûter bien des buuliiauoes à eelui qui l'avait écrite. Galiste désigna seulement da doigt la sigoalure.

—Du prinee 1 dit AreMind, qui fimiça le sourdL

« Madame, lut-il ensuite» je vien$ d'avoir le bras*

gauche emporté devant la ville assiégée. Au momeat

où jé pensais à yous, où je m^applaudissats de la

^perclierio qui depuis l'année dernière m'a valu ma tiberié, c'est à ce mometit même que le boulet m'est venu frapper à Tépaule. Je suis superslilieux et je regarde ce malheur comme un châtiment de met

torts envers vous. Piail-élre vais-je succomber à ma Messure? En ce cas, pardonnez- moi. Mais peut-être survivrai-je, alors je me ferai porter 5 Odessa dans votre maisoQ, à moins «^ue vous ne refusiez de m'y fecevoir. Mabje connais, quoique un peu tard, votre belle âme ; vous viendrez, vous me permettrez de prouver à tout le monde Testime et le respect de votre repentant^ de votre plus sincère ami*

— Kb bien ! murmura Armand, dont un nuage toila les regards.

— Voire avis, mou Armand? le mien n'est pas douteux.

•—Vous.,.

Je pars I dit-*eUe avec un sublime courage en se liâlant (Je couper la parole moins généreuse qu'il eût certainement prononcée.

11 cacha son front dans ses mains.

- J'ai, poursuivit-elle, méprisé, chassé de mon cœut et renié à jamais Thomme heureut, fort, puissaut qui me déclarait la guerre, mais ce pauvre mu* tilé, qui souffre et m'appelle, est-ce possible, Armand t m'estimenez-vous si j'étais sourde à son cri de dou-

\mu estimerais-Je al vous me le conseQUeKt

— C'est fini, dil-il, nous ne nous reverrons piTOÎ

— AUoDS i allons 1 s'écria la princesse avec une joie poignante que lui causait cet abattement de son ami; est-ce que rien dans ce misérable monde a le pouvoir de séparer les cœurs qui s'aiment? Armandt M. |e prince Novratûn guérira» et...

— Et TOUS ne le quittera plus, dit Armand à'um Toix sombre. Croye^vous qu'il cesse jamais de vous aimer à partir du jour où il tous connaîtra ? Groyes* TOUS qu'il consente à vous perdre du jour où il vous aura aimée ?

Elle l'entoura de ses bras, elle paya ces mots d'un baiser.

— Rien, ajouta-t-elle, ne m'a fait autant de mal depuis que j'existe, ni autant de bonheur, que cette lettre. Elle m*a appris combien je tous aime, elle m'a prouvé combien vous m'aimez, Armand, Je serai partie demain, mais notre séparation ne commencera pas demain même. 11 y a loin d'ici à la Ironlière russe. Pourquoi ne m'accompagneriez- tous pas usque-là? Perdriez-vous une seule des minutes qui nous restent, tous qui prétendes que nous ne devons

plus nous revoir?

Armand n'avait rien à répondre. Désormais, il ne vivait plus que suspendu au geste de celle femme. L'empire d'une maîtresse est immense dans le mal ; il est infini dans le bien.

Le lendemain^ il fallut quitter ce nid de verdure» ce paradis à jamais perdu. Gdiste se leva au petit

jour, elle alla dire adieu, seule, à chaque ari;m, h chaque piene quVait touehés Armand lorsqu'elle se promeuait à son bras. 11 la vit de loin cueillir une de ses roses qu'elle enferma dans un sadiet de soii et cdcba dans son sein.

Aujourd'hui, uu homme làît quatre cents lieues en cinq jours, sans avoir besoin d'averiii seulement son vatet de chambre. Armand» toujours i la chasse, n'avait personne à prévenir. Les deux voyageurs, libres de tout bagage et de toute suite, montèrent en

wagon pour se rendre à Bruxelles. Une fois là, plus que jamais inconnus, ils se dirigèrent, retenus par ramoor, pressés par le devoir, tois cette firontière fatale qui devait les séparer.

^ Absence, supplice cruel, le seul supplice redouxtable pour un cœur courageux , seule douleur dont im ne guérisse pas et qui de jour en jour creuse un sillon plus dévoranll Ces deux amants avaient cm épuiser tout le calice

le jour où ils avaienl décidé de se quitter. Au moment de le faire, ils s'aperçurent que jusque-là ils n'avaient clé qu aciorablennent heureux.

Pendant la dernière heure, quand les chevaux volaient, quand le guide, âpre au gain, poussait vers le but redouté, sombres l'un et l'autre et la main dans la main, puis, sentant le cœur leur monter à la gorge, cl bc souriant pour ne pas (oudre en larmes, ils voyaient avec rage s'approcher l'ave- Bir. Us rappelaient de ioule leur àme le passé m-

Au, fis levivideni la vie écoulée, ils éiieigaaient leiu^ doigis et eoofmdaieatmitte fois tob^ttemoit de)eim

BdOu ta teitUfê s*«nèta. L'heure du fuppliee était

soûuée, i heure de la mort. Se quitter, c*est mourîn Anneod et Caliste se lépétèieiit en étouHant qu'ils s*écriraieat Sâns cesse et s'ainieraient toujours. Un gendarme russe lui le passe-poft de la princesse et la salua jusqu'à lerre. Tout rayenir se révéla aux yeux tn)ubl«s d^Âmiand* Cali&ie éiaii ebes elle, en Russie* Il Tavail perdue.

Uû dernier baiser de sa main trembtante, un der<^ nier sanalot qu'elle put encore entendre, puis elle entra dans sa cbaise de poste, qui partit; elle se pei^ eba longtemps à la portièie; la loute fit im coude. Armand était seuL

La guerre prenait de grandes proportions. Ce n'était plus une de ces promenades militaires, telles qu'aujourd'hui la science les organise en arrêtant du fond d'un cabinet leur parcours, leurs baltes et Imr terme. Tout l'Occident se levait pour aller assiéger tout le Septentrion* Ce corps-à- corps de deux mondes pouvait durer longteoqps.

f/UttqM' êprài tes premières semaines de la sépa-* ralion, Armand ne reçut aucune nouvelle de liussie, lorsqu'il eut éerit Irois lettres demeurées sans ré poQse» un grand abatteoieat s'enopara de lui. 11 senti qa*ttD danger menaçait leur correspondancei U de<

vina bien que Caliste avait dû lui écrire, ou lui eût éerit si quelque ordre ne Ten avait empêchée*

Il devenait donc périlleux, compromettant pour eOe, d'avoir des lettres interceptées à la irontièreir Ces lettres, d'ailleurs, n'étaient que trop compromettantes par elles-mêmes. Armand s'abstint d'écrire, comme d'espérer une réponse, et, pareil à ces navires qui vont la nuit» sur la foi d'un feu, et a'égaimt si le feu s'éteint, il tomba soudain en des ténèbres épaisses» pendant lesquelles toute Âme doutei Unit oœur souffre et se perd.

L'homme qui doute» soupçonne bientôt. Puis, il fMSCuse ; ensuite il punit ; toujours sans savoir.

Armand trouva Caliste injuste, peu industrieuse. 11 l'aocusa de timidité. Comment malgré tous les obstacles, ne pas réussir à faire parvenir un billet à son adresse? Les soupçons ressemblent à ces figures Cuh lasuidgoriquesqui prennent à distance des développements infinis, et» parties de terre, atteignent tout à

coup les nuages où elles vont se perdre.

Une nouvelle publiée dans ce iameux journal russe« si célèbre par la haute imagination de ses bulletins, acheva de tourner la téte au pauvre Armand, « Le prince Novralzîn« disait te nouvelliste^

cet ofûcier général blessé devant Silistrie, est en pleine convalescence^ grftce aux soins toucbanis de sa jeune épouse, qui l'est venue dierclier à Odessa. »

Fort bien, pensa le jeune homme à qui ces lignes furent bientôt communiquées. Voilà des soins touchants qui exduent toute pensée étrangère. Gom* ment la jeune épouse qui les prodigue, ces soins touchants, trouverait-elle une occasion de s'intéresser à un absent qui se porte à merveille ?

Non, il n'est pas un cœur loyal et de bonne trempe dont Pabsence et le silence, cette double rouille, ne creusent peu à peu l'acier. Souvent la princesse avait, devant Ânnand, exalté les forces militaires et la bravoure des Husses, elle poussait loin son patriotisme et sa confiance dans les destinées de son pays ; ja«» mais Armaud, aux jours de leur intimité, n'avait songé à combattre cliez elle un pareil sentimœt : il le respectait, il l'encourageait comme une vertu. Mais loin de Galiste et dans l'enthousiasme de son palnoUsine à lui, il se rappela tout à coup ces nuances, il se ûgura que les défaites successives ^ des Russes avaient humilié, offensé la princesse ; qu'en sa qualité de Français il était peut-être devenu ilQoins agréable à une bonne pupille du czar et qu'elle attendait une revandie pour donner de ses nouvelles. 11 réfléchit combien la présenee du général Novratzio, blessé, martyr d'une belle cause, plaidait en faveur de ce mari contre un 'amant triom- , phaut de trop de façons à la lois. Bref, rimaginalioa

iausse vite ua esprit isolé, qui toujouis pose des questions que la partie adverse n'est jamais appelée à résoudre.

D'autres réflexions d'un ordre non moins funeste pour l'absente germèrent peu à peu dans le cerveau d'Armand. Cette femme si éminemment délicate, ne

taisait-eile pas, selon son habitude, œuvre de délicatesse en n'écrivant pas à son amant du cbevei de son mari ? Certes, il n'y avait dans celte supposition rien qui ne fût honorable pour Galiste; mais Armand raimail trop pour ne pas lui en vouloir de tant de générosité. Toute passion se compose d'um part aotable dY|50isme; Tégoïsme est un seulirnent peu chevaleresque, et s'accommode infiniment mieux d'une préférence injuste à son profit que d'un partage équitable du bénéfice avec un tiers»

Ainsi Armand reprocha tout net à la princesse de soigner son mari avec dévouement, il lui reprocha d'être Russe, il lui mprocba d'être délicate, trois torts d'autant plus énormes qu'il était parfaitement inique de les lui imputer.

Faut-il dire que ces griefs le refroidirent pour Galiste? Non, car il espérait encore que d'un mot elle j>ourrait se jusiificr. Se justifier! de [ans mérites! La situation était grave. Hélas I c'est la faute de l'absence: niaîlresse absente, amaul absent, finissent toujours par avoir tort quand ils ne prouvent pas qu'ils ont vingt fois raison.

L'ennui était pour beaucoup dans ces mauvaises

inspirations du jeune homme. A la place de la lui* butenle tendreiie qui meublait d'un {daisir ou d'uae gênCi mais qui meublait chaque instant d6Sa\i6, que voyait-41 la matin au réveil, le Sûir devant son chevet? regrets, vide, torpeur. Certaines organisations aiment l'esclavage pour l'occupation qu'il leur impose ; la libei lù luur est odieuse, tant qu'ils n'en ont pa& trouvé remploi. Ainsi Armand, qui souvent avait maudit ses courses forcées en chemins de fer, et les mystères des voyages nocturnes, et ses vagabondages à travers bois et labours, ce même Armand déplorait Fuisiveté, la monotonie de ses jouruées, et tout bas il répétait avec amertume, qu'une femme est bien heureuse de se consoler de tant de biens - iierdus en versant une cuillerée de nrop dans une tasse, en piquant des points carrés dans une tapisserie ou en évoquant nuit et jour, avec des yeux royges et des excitations fanfaronnes, cet épouvanlail nommé la devoir, qui n'apparaîtrait jamais, si on ne le tourmentait pas pour venir.

G est dans de telles conjonctures, que six mois après le départ de Galiste, lorsque déji il était bien blasé sur son idée, et soupirait après uuq résurrec-* don de sa jeunesse, c'est, dis -je, au milieu de ces dispositions défavorables à la pauvre femme, qu'Armand reçut tout à coup, comme s'il lui tombait du cielj un petit paquet im[)régné de celle senteur particulière à la Russie, qu'en France nous dppdmis ' presque un parfum, et que là-ba^onreKaido cuumie

Digiiii-uo L>y

nue assez Eiauvaifid odeur iahére&te à la peau du

mougik. I

0 De ponfait aaYmt qui Pavait apporté. Joaeph le

lui remit avec ses autres leUres. Le paquet ne portait aucune tniee de tîmbie ; saut doute il était venu par

une voie toute particulière. Armand ne reconnut , paa récriture de l'adrease* mais quelque cboae lui

annonçait Caliste à travers celte é[)aisso enveloppe qu'il ouvrit d'une œaio tremblante* Un papier plié eu quatre s'édiappa du milieu de deux sachets de soie ; . li était une lettre de la priacesae.

« Cher Armand, disait- elle, Dieu, dont les des-

seins sont au-dessus de notre portée» se déclare

pqntre moi» Je suis retombée dans la seivilude que 70US m'aviez prédite, et« cette fois, à une telle profon*

deur que l'abîme ne me rejettera jamais hors de son ' seiu«

» Le malade que vous savez, guérira ; il prend des

forces de jour en jour, plus touché, de mes soiqs .

qu'il ne le serait s*il voyait le fond de mon CŒ'ur, il comble d'amitiés et de respects une femme dont il

ignore les fautes. Quanl à lui, rintérôl public l'envî- Toone, et, soit par Texigence de sa position, soit par [ l'empressement de nos compatriotes, je me trouve

' obsédée, traquée, sans ressources; je n'ai ni le ' temps, ni le courage de tourner ma téte vers Thori- ^u que J'ai quitté; la nuit je ne dors pas, de peur

d*ea rêver et d'èlre entendue ; en vérité, je ne suis

pas beureuse*

» Mais, je vous le répète, Diéu veut qtt*il en soit ainsi, je me courbe sous sa main intelligente.

» Je doute que vous ayeai reçu les deui lettres que je tous avais écrites. Je n'ai rien reçu de vous, et j'ai compris qu'il me fallaîl cesser de vous écrire. La surveillance est sévère aux frontières, et Tempereur a donné les ordres les plus rigoureux pour Texameii de toute correspondance entre nous et les pays ennemis. Je ne tous accuse donc pas ; bien au contraire, je vous plains, si vous avez souffert autant que moi; et je ne vous reprocherai pas ûième de n'avoir rien écrit, car ce serail un très-grand bonlieur pour moi. Vos lettres contiendraient peut-être ce que contenaient les miennes, des témoignages d'afleclion un peu chaleureux , un peu prolixes. Je tremble en songeant que de pareilles preuves sont peut-être dans les mains de Tempereur.

» Cependant il ne mten a rien témoigné. Une dépèche écrite par lui est arrivée au prince ; j'y ai lu des félicitations et des encouragements à mon adresse. Mais rien ne me rassure moins, et vos malheureuses lettres et les miennes, si elles n'ont pas été remises à l'empereur, sont peut-être plus mal placées encore.

» Je vous fais parvenir celle-ci, je Tespère, du moins, par un fugUif , qui brave la mort pour franchir la frontière. Voilà pourquoi vous n'y trouverez ni mon uuui, ni rien de trop compromcltauii cUu

pmmait étare prise sur son cadavre. Toulei*YOttS

quelques détails sur ma vie? Je souffre, je pleure. Zika est venue s'ioslaller psès de moi et accapare toute i'altention du malade, non-seulement, mais celle de quiconque est un peu assidu dans la maison. Mon amie n'est pas le moins dangereux de mes surveillants.

» Armand, voilà bien longtemps queeet exildûrei

eb bien 1 ce temps ne compte pas. U faut se répéter à diaque minute que la minute écoulée est tombée inulilemenl dans le gouffre étemel» Je n'ai plus l'espoir d'une réunion qui devient impossible. Ob 1 que vous aviez raison 1 Le prince ne me quittera pluâ; înfirmp, souffrant, il se fera mon compagnon pour avoir iiioii soutien. Revoir ainsi la France I moi! qui Pai babitée si bbre I jamais* Je ne compose ni avec le

devoir ni avec les besoins de mon cœur. Tout ou lien. N'est-ce pas la devise que vous me reprocbez souvent d'arborer, vous qui d'abord n'admettiez que eelle-là au début de notre amitié 2

9 Armand, je ne Teux pas que vous me revoyiez jamais au bras d'un autre. C'est vous dire qu'absente et perdue sans retour pour vous, je seraift aussi exigeante. Gomment éviter de tomber dans cette injustice, comment parvenir à tous rendre un peu de tranquillité, de liberté, après vous avoir bouleversé toute votre jeunesse T

D Le temps n'est plus des affections éternelles : la civiiisn^îmi ajoute aux besoins de Tbomme en état de

nalure d'autres besoins bien aulremenl impérieux qu'oa DotQii)«li^nveQapc6ft et usages reçus. Moi qui me courbe en esclave sous leur joug, moi enfant d*oii pajfs encore barbare, de quel droit impo&erame à autrui la résistance que je û^ose faire? Hélas! si le ittoiodre espoir me reliait, je vous dirais d'attendre, je YOusTordonnerais, je vous en supplimis. Vayet si je suis à plaindre, Armand, je ne vous dis neni

» Outre le désespoir qui rfeulte pour moi de iM siiuaUou particulière, je sens d'épouvantables catastrophes suspendues sur ma nation et la Yètre, Vous vous acharnez au siège d'une ville que vous ne preiip^ drez pas, ce qui tous rendra éternellement irrfr-

eonciljablcs et, la prissiez-vous, nous serions irrécoficiliables à noire tour, sans comptw que tant d'efforts vous auraient épuisés et ne nous auraient fait perdre qu'une ville. Calculez, mon au)i, les suites de ee duel gigantesque» Vaincus, vous élevas une bar*» rièie iniranchiâsable entre volro pays et le nôtre i vainqueurs, vous verrez se rallumer pins furieuse* menl la guerre; c'est entre vous et nous une quesiion d'orgueil national. Dites voufr-mème si maiotemat il nous reste une chance de réunion*

a Quoil tout ce passé serait mort? quoi! de voua à moi rien ne battrait plus ? quoi ! vous oublieriez Ga-

listeY Je s<iisque c'est impossible, et si je le pensais

je serais déjà morte. Mais je ne vous ai pas écrit pour vous torturer. J'ai voulu vous prouver le plus tendre attadiemeot» Cela ne se prouve que par de;^

sacrifices. Je ne sais pas de celles qii prétendent à tous les triomphes de Torgueil, à toutes les salisfac-, lions du inonde, à toutes les récompenses de Topin^oQ et veulent» par-dessus le marché, garder leurs joies secrètes. Plus de joie pour moi; mais pour Armand, binon joie, du moins indépendance. Je souffrirais s'il m'en remerciait trop vivement ; je souffriifis plus encore s'il restait mou enclave par devoir et par reconnaissancè. b

Le reste de la lettre contenait l'assurance d'une

affection et d'un dévouement impérissables. Si Armand y eût su lire, son amour pour Galiste fût de- Tenu Immodéré; il eût deviné Thérofeme du sacrifice que lui faisait cette femme. Mais le mauvais gépîe qui les avait séparés n'était pas fatigué de leur nuire. I) suggéra au jeune liomme une interprétation vulgaire de cette lettre où respirait l'âme tout entière de la princesse, âme troublée, dévorée de terreurs, écrasée de remords, ivre d'aspirations coupables que sa plume dissimulait sous les formes les plus dégar gées, les plus décentes de la civilité mondaine.

En un mot, Armand regarda celte missive comme l'expression d'une résignation absolue aux lois conjugales, aux devoirs sociaux. Entre ce qu'il avait déjà écbaiaudé de soupçons injurieux et le ton réservé de cette lettre, il n'y avait pas de transition assez brusque pour le faire hésiter à continuer ses commen*toir^Sf CdUi^te épousait de noufeausonmac^ et, femmç

Digi

d'honneur, elle envoyait à son autant un billet de faire part.

Telle fut la Iraductioa qui fut faite de ce morceau, froid assemblage de lignes correctes, dont Armand s'indigna, qu'il froissa dans un mouvement d*orgaeil et de désappointeinent, et qui, s'il l'eût entmdu lire par celle qui YàWi écrit, lui eût peut-être arraché «yec toutes ses larmes toutie sang qui bouillonnait autour de son cœur I

A mesure que les jours s'écoulaient, et que le printemps souriait plus amoureusemen tà la terre, Armand tombait dans une mélancolie plus profonde. Calisle vivait moins adorable mais peut-élre aussi ad(»é6 au fond de son souvenir.

11 avait réussi non sans peine à garder un masque impénétrable à son père et à ses amis. Nous ravons dit, en ce livre même, les chagrins d'amour se cdchent aisément. Armand, cœiiV solide, portait noblement son malbeur. Une seule chose ravait blessé dans les œuvres vives, c'éuût le silence gardé par Galiste sur les moyens d'envoyer une réponse à Odessa.

Que de sens il eût enfermés dans cette réponse ^

Comme il la iiicditail! Comme il l'aiguisait! Avec quel art merveilleux il eût décodié cette flèche destinée i

lendie le mal qu^onlui ^avait fSiill Se taiie fat ua

douloureux sacrifice, el a^il raccouiplii, ce fut uniquement faute d'oocasîoQ pour envoyer un messager sûr.

Après lea grandes colères, la grande torpeur. Un

dernier élan jaillit encore du désespoir. Puis, s'il ne réussit pas, la retraite commeuce. C'est une opération familière à la nature, qui défend l'usage trop prolongé des forces qu'elle emploie. Uuit jours après la lettre de Calîste, Armand ftirieux en irint à se calmer; il entra en mélancolie. Huit jours aprèà,etsans trouver dans son ftme fatiguée assez de ressorts pour bien aimer et pour bien baïr, il s'occupa uniquement de lui-même et résolut de se distraire pour ne pas succomber à la teulalion qui, vingt lois, Tavait saisi de partir pour Odessa et d'y aller jouer le r(Ae de fanlAme.

Habile à s'ex^quer les causes de chaque impres*

sîon, il s'avoua que Galiste avec cette lettre lui avait renvoyé une forte charge d'électricité ; que la mélancolie a besoin de nourriture, et qu'un lioniriio sage se garde bien de ne pas nourrir cet ennemi qui, trop affamé, jdévore son hôte. Armand conamença par lire et relire les lettres de Galiste, par contempler son portrait jusqu'à ce que ses yeux fussent noyés de larmes. 11 donna toute une matinée à ce festin de sa mélancolie, et lorsqu'il l'eut rassasiée de soupf rs, de souvenirs, de regrets passionnes, il sentit que la crise s'éteignait, il sentit qu'il se fatiguait lui-mémei

c'était lo moment de redoubler la dose pour achever

Jamais, depuis sa séparation d'avec la princesse, il n'avait osé revoir la maison où tant de jours heureux tétaient écoulés près d^elle. Ce toit sacré, Taperez vait-il derrière les arlires quand il passait en chemin de tor» vite, il détournait les yeux pour ne pas tomber en quelque faiblesse. Revoir cette maison, c'était la plus rude épreuve qu'il osAt jamais affronter. Du jour, se disait-il, où je pourrai* sans perdre connais* tance, fouler ee gaion, ces allées, monter ces

marches de pierre de la petite maison, et respirer l'Apre odeur des sureaux et des lierres, ce jour-Ut» je

serai guéri.

Armand se sentit fort au point de tenter l'aventure, il prit soudain tout son courage, courut au chemin de fer et partit pour la station de

Nous avons dit qu'on était au printemps, en ce faux printemps de mai, qui existe seul en France depuis un quart de siècle. L'ancien, pourtant, nous rendit bien beureux, nous, privilégiés qui l'avons pu emoaltre* Ce vrai printemps avait encore les souffles tièdes dont il parfuma Virgile; il caressait encore .aea myriades de fleurs écloses sans semence. Aujourd'hui, trois à quatre fois dans le trimestre, son domaine, il fait une apparition furtive entre les grft»-

Ions et les bises. A Paris, quelques femmes vendent aur les boulevards des jacinthes qui puent, des giro- Qé«s noires qui jamais n'ouvriront; d'autres femmes

^fiii ne Tendent pas de fleurs» passent avec dei lobes

de soie claire qui font frissonuer les promeneurs, et ; le printeinpfiLest fini»

Anneiuli le jour oit il i^rit sa graiHle résolution, fut favorisé par un printemps de Tancien régime. La terre humide et palpitante de germinaisons ne résistait pas au pied qui la pressait^ les chênes donnaient déjà un peu d'ombre; marronniers, ébéniers , sycomores montraient leurs grappes psrAimées. Le sentier connu du jeune homme était bordé d'herbe nouvelle toute diaprée d'impereeptibles étoiles Manches. A droite et à gauche , les blés vigoureux, les iosenies florissantes ondojiâent sous un vent da sud* est*

Armand admira les haies de groseillers, cueillit des feuilles de cassis; le chemin s'enfonçait sous des *^pruniertf déjà dépouillés de leurs pétales; une cépée de lilas succédait à ces vieux arbres, et tout à coup, derrière un monticule ordinairement couvert de vi« gnes, on apercevait la maison.

Cette maison, louée par la princesse , à qui maintenant était*elle passée? Un autre locataire y aurait peut-être installé ses lueubles, mais il n'aurait pas apporté des arbres, des pierres, il n'aurait pas ebangâ le sol, et Armand ne demandait qu'à entrer dans le jardin» qu'à passer devant les fenêtres ouvertes» qu'à jeter un coup d'œil dans la profondeur des chambras pour y trouver les la visibles souvenirs que le loçâp

Digiii^uG

taire nouveau n'aurait pas chassés« pas m6me 8<mp«

çonnés entre ces luuiailles vides.

11 cherctia d'abord le jour extérieur, autrefois garni de lierre. Ce mur n'existait plus. Plus de petite porte; le cbamp voisin avec ses gros arbres à fruits» avec ses rosiers cent-feuîttes si parftimés, cet héritage de paysan semUait avoir pris uae mine arrogante pour . dire : — Je suis devenu bourgeois, je ne produirai plus pour le marché. Ou me ceindra de murs neu£s« sur lesqods ma bonne terre noire fera pousser de splendides pêchers conduits par uu artiste élève du Jardin-des- Plantes* J'appartiens à la maison d'ea face, je fais suite au jardin anglaià, je m'appelle verger*

Armand fronça le sourcil. Comme il n'y avait plus de murs, il voyait à découvert tout le jardin, autrefois plein de mjrstères, et comme il voyait, on le vit.

Une jeune femme de chambre , qui cueillait de raubépine et des lilas au tournant d'une allée, s*ap* procha tout à coup de l'air le plus avenant, et, des yeux, non des lèvres, demanda au jeune homme ce qu'il faisait là.

—Mademoiselle, répliqua Armand, je passais dans ce champ qu'autrefois traversait un sentier... Ce sentier n'y est donc plus?

— Monsieur, dit la jeune fille, ce champ a été acheté par madame, et fait partie, à présent, de la propriété. Le sentier sera reporté de l'autre côië du

Annand n'écoutait plus» il regardait. Il avait corn*

pris, tout de suite, Irop vile. 11 ût uû pas pour sortir de cet embarras.

— Excusez-moi, dil-il, mon enfant. Je croj^ais être sur le terrain de tout le inonde.

— Ohl ne vous gênez pas, monsieur, lui fut-il répondu» Vous n'allez pas pouvoir sortir par là, car on a creusé pour les fondations du mur.

— Je retournerai d'où j'étais venu, dit Armand a^ec un soupir. Mais ne me pennettriez-vous point de faire quelques pas sous les arbres pour admirer ce beau jardin?

— Entrez, entrez, monsieur.

— Je ne rencontrerai personne, je ne gênerai personne vos maîtres sont là peut-être?

Oui, monsieur, mais...

— Je parsl s'écria Armand avec précipitation.

— Obi monsieur, ne faites pas cela, dit la femme

de cliaiiibre; si iiia(i.imo l'apprenait, elle me gronderait de n'avoir pas su. faire une politesse si simple à un étranger.

Armand s'arrêta.

— Est-il indiscret de vous demander le nom du propriétaire de cette maison ?

~ ramirale Dampmesnil, répliqua la jeune fiUe. ,

Annand connaissait ce nom, pour ravoir entendu prononcer mille fois autour de lui dans les salons ; il eut peur de se trouver en pays de oonnaissanee, it

f elourDa sur ses pas ea protestant du désir qu'il avait de ne point déraDger celle dame par une curiosité iocoDveuaDte,

Gomme il s'éloignait, souriant à la jeune fille, une i au Ire ligure de iemme apparut devant lui» sous l'allée baignée de lumière.

— Voici mademoiselle, dit la femme de chambre.

Armand s'arrêta, la retraite lui était coupée. Lucienne s'avan^iUl grave et affable à sa rejucoutre. ,

ATaspect de cette charmante hgure aux reflets do* lés, aux regards clairs, Armand trouva sa. position dépiorablemenl fausse et s'en excusa avec le plus de franchise possible.

— Madame, dit-il, j'ai été séduit par ce riant verger; pardonnez-moi d'être allé si loin. Je me retire.

Et déjà il saluait. Lucienne, rarrùlant du geste:

— Monsieur, répondit-elle, le mal n'est pas grandi cette maison est encore un peu à tout le monde, puisqu'elle n'est pas close de deux côtés; et puis, je ne sais, mais il me semble que vdlre figure ne m*es( pas inconnue.

KUe le K^ardait» en parlant ainsi, aYecune candçut et une giâce rassurantes.

«>- le me dis la même chose, madame, et la raison ^

en est assez facile à trouver :j*ai demandé loutàTlieure. le Bom du propriétaire de cette maison à votre femme de chambre. Ce nom, si connu en France, je l'ai entendu bien souveot répéter dans le monde, où pro« bablemént j'aurai eu ^* ^nneurde me rencontrer avec vous — comme on se rencontce dans la (ouie sans 86 voir.

Lucienne sourit si finement qu'Armand put remar*. quer tout au plus le pli de la fossette qu^un sourire entier dessinait sur la joue de la jeune fiUe,

~ Monsieur ?••• dit^elle.

— Armand de Bierges, ré^^Uiiua-t-ii ens'indinant. Elle rougit.

— J'ai biensouvent reniarquo ce nom, monsieur. Il j a plus, vous avez un parent, un monsieur Agé qui . le porte ce nom; une belle tête vénérable, une tête blanche.*.

— Mon père, madame.

— Olil je le connais bien ; je l'ai vu jouer souvent chez une amie de ma mère, la baronne Ghaudray* .

— Une amie inlime de mon père, dit Armand.

— Ëh bien, monsieur, reprit Lucienne avec en« juuemenl, vous voyez bien que vous êtes en pays de connaissance, et maintenant la politesse même vous

* oblige de pousser votre visite jusqu'au bout. Permettez que je vous présente à ma mère.

Elle passa légèrement devant lui. 11 restait là tout stupélait de cette chaste et gracieuse familiaritét

CTest une jeune femme, pensait-n, et je Tais apercevoir, au dé leur de Talléç, quelque mari moustachu, en veste blanche; il y aura bien sûr, un ou

deux marmols blonds comme leur mère, jouant aux pieds de la bonne maman. ^

Puis tout à coup se rappelant le : a Voici, mademoiselle » de la femme de chambre:

— C'est impossible l murmura-t-il.

£a rêvant ainsi, il approchait. Mais ciiaque pas lui montrait, dans ce lieu si connu, quelque détail qu'il ne connaissait pas. Autrefois le jardin se composait ' d*un bois aboutissant au mur du fond, d*un vaste ' parterre avec deux terrasses, et d'un autre pelil bois conligu à la maison. Armand eut beau chercher, se souvenir, interroger, jamais il ne lui fut possible de se reconnaître. Tout, dans le jardin, était changé^ ^ renversé, comme si quelque génie malicieux eût pris le contrepied des dispositions anciennes. ^

Dans un rond-point crée tout récemment, et entourée d'un talus de gazoa semé de pétunias et de verveines, se tenait au grand soleil, en son fauteuil, l'amirale Dampmesnil, aussi élégamment parée que pour un bal. Une de ses femmes lui tenait une cm* breUe sur la tête. Une autre lui Usait les journaux» La vieille dame n'écoutait et n'entendait rien que le bruit d'un petit jet d'eau jaillissant à sa gauciie d'un rocher, neuf comme tout ce que voyait Armand. ^

Lucienne s'approcha de sa mère, la baisa au front

et lui annonça le viaiteuiii M'^ Dampmesnil regardât

sourit poliiDant, eoniiDua de regarder et de sourire tant que Lucienne lui tint une main sur l'épaule. A peine cette maia eut-eUe disparu, que disparurent le sourire et Tatteution de la TieQle dame. Vite elle se retourna vers sou jet d'eau chéri» dont elle parut écouter le brait avec délices.

Lucienne dit à Âmaad qu'une trop longue couver-* sation fatiguait sa mère, fille raconta en peu do mots Irès-senlis, Irès-délicatement accentués, que depuis la mort de l'amiral, r&me de MF^^ Dampmesnil semblait s'être retirée du monde. El sans permettre qu'ils'appesantit sur cette réûexioo, elle continua de lui montrer ce jardin, qu'il était venu voir, et dans lequel il se trouvait compléteoient étranger»

—Monsieur, dit-elle, nous avons dA faire ici beaucoup de changements. Ma mère s'est tout à coup prise d'amour pour cette maison: chacun de ses désirs nous engage, mon frère et moi, nous avons donc acheté la propriété; tnais è peine s'y est^elle vue in* stallée, que rien ne lui plaisait plus. Elle a beaucoup de caprices. Quoi de {dus respectable et de plus aisé à contenter, puisqu'il ne s'agit que d'un peu d'ar- -* gentt

On était arrivé à la maison, où Armand ne trouva plus trace de l'ancienne construction.

L'an dernier, c'était une de ces façades de pierre, à grandes tenétres du dix-septième siècle, petites ■ idtres, perron aux portes principales, rangs de pavés devant la maison, mansardes coupant un toit aigu*

Maintenant la façade était jeune comnne Lucienne, avec un soubassement de meulière, et de grauds pan^ neaui de treillage chargés de clématites, d'aristoloches et de rosiers grimpants, Uoeil d'Armand pé« iiétra dans cea diambres si oonnoes. Aux vieilles boisenes grises sculptées» aux vieux tableaux, aux tentures de damas et de tapisseries de Beaurais, avaient succédé les panneaux dorés, les peintures Alodemes, les cbemînées enveloppées de lambre« quins d'étoffes.» La chambre autrefois habitée par •Galiste, et qu'elle avait meublée d'un style gothique assez sombre, était aujourd'hui tendue de mousseline bkmdie brodée sur un fond de soie rose. Toute

la disposition de celte pièce avait été changée ; on y arrivait par un salon jadis vestibule coupé d'armoires* Les glaees,leseristaux de Bobêmei le meuble de bois de rose incrusté d'or, un grand tapis de moquette bkoches à kmges bouquets de roses donnaient à cnAté chambre le luxe insolent de la jeunesse» de la frat<* dieur, de la gaieté ; elle semblait défier le scrieiU qui l'j plongeait par les fenêtres toutes grandes ouvertes.

Des caisses immnses d'arbustes et de fleurs en* gradins, faisaient à la maison régénérée une riante osÎBbire» Les entrées avaient été diangées, un étage ajouté, les escaliers refaits, plus de mansardes; deux ailes rusIiqMSi sortes de cbalets reliés à la construo*

tion principale, achevaient de dérouler les habitudes

d'Armandf qui, potjjr retrouver Ik un souvenir, fut forcé de fermer les yeux et de descendre en sapensée.

VoUA qui art étfftugo, le diNl en étouflnit im

douloureux soupir. Que les goûts et les caractères

aoQt difiéraito 1 Cette jeune fiUe a dix-neuf ane au

plus, Caliste en a vingt-quatre à peine ; toutes deux appartienueiàt à oe moade qui met eu commua des idées ordiriairemeiii choisies qu'on appelle la mode* <<aikU est brune, celte jeune filte est blonde, je le veux bien ; mais enfin Caliste s'était contentée de cette maison. Elle est princesse de rang et d'àme ; ce qu'elle fait, personne n'a le droit de ne pas l'approuver, car son goût est exquis. Comment arrivet-jl que Pane et l'autre elles ne se soient pas rencontrées sur un seul point, sur le plus miuce détail, sur une vitre, dans toute* rétendue d'ime/faiaison pa«> reille 1^

CkHnment se fait-il que pour changer ainsi toute '

cette maison, M^^^ Dampmesnil ait dépensé trois foi^ la valeur de la propriété t Quand on achète uaobjet, c est parce qu'il plaît On a été séduit par des arbres, des eaux, par la forme et la distribution d'un bâtiment : on aime une grille^ une culiectioa de melons .

ou d*azalées ; on aime quelque chose enfln« Ici ces

gens qui ont vite acheté, parce qu'ils se mouraient d'amour pour la maison, cesgensn'en ont pasconser*vé une ardoise. C'est bizarre; on dirait une gageure.

Il suîvaitLucienne, tout en rêvant ainsi. Elle plaçait à intervalles iiiégaux quelque phrase polie qu'il s'eC forçaitde payer le plus poliment possible. Mais comme elle se i elouruaiUuuv cal vers lui, elle ne fut pas sans

surprendre plus d'une foîs rexpressiou affligée ou railleuse de sa physionomie.

— Vous n'aimez peut-être pas tous ces coU&cbetSt lui dit-dle avec sa grayité douce.

— 11 me semble, répliqua-t-il, se voyant ainsi surprisdans oeUe pensée intime, que voilà de bien grands changements. Tout, du reste, est fait avec uue richesse remarquable, mademoiselle.

— Monsieur, réjiondit Lucienne, le caractère de

ceite propriété n'est plus, en effet, celui qu'elle avait avant notre arrivée. C'était une maison un peu sombre, pleine de coins et de détours. — On bâtissait ainsi dans le dernier siècle. — J'en ai conservé les avantages autant que j'ai pu. Partout où s est rencontrée une pièce grande et commode, je l'ai respectée.

~ Non, non, pensa Armand, il y en avait de bien

commodes que je ne retrouve plus.

Lucienne le regarda. Gomme s*il eût dit tout haut ce qu'il veuait seuleuiciil de penser, elle reprit :

— 11 parait qu'avant nous cette maison était habi* tée par une personne seule — vivant retirée, — cachée même ; du moins tel est le bruit qui nous est parvenu. Cette dame, — c'était une dame, — était fort belle, dit<-on toujours, car, en vérité, monsieur, on jurerait que je raconte une légende ; elle était aussi fort triste, et plusieurs gens du paj s âssureni l'avoir aperçue parfois pleurant dans la campagne.

Un frisson parcourut les membres d'Aimand i il

Digiii^uu L>y

lui sembla que rombrd de Caliste venait d'efileuier son épaule.

' — 11 n'est pas surprenant» continua Lucienne, que

cette pauvre dauie se soit plu dans une maisoa triste et sombre ; qu'elle ait aimé id tout ce qui s'barmo*

msait avec l'état de sou âme: arbres noirs, allées encaissées, voûtes épaisses, de même que ces petites vilrt^s vertes par lesquelles se tamise avarement une lumière blafarde ; mais nous» au contraire, monsieur» nous avons besoin de soleil el d'air. Je suis jeune, et mon frère, dont le vaisseau croise dans la mer Noire, sera bien aise, à son retour de Sébastopol, de reposer sa vue sur queii^ues perspectives réjoui&saules*

Armand garda le silence, il s'inclina : sa blessure' n'était pas encore cicatrisée. Parce qu'elle était bellet riche, irréprochable, cette jeune fille avait elle le droit de blâmer ainsi, sans la connaître, la noble et

poétique Caliste,dont un sourire eût illuminé la plus noire prison ?

— Ordinairement, dit-elle enlin, — car se taire toujours lui eût paru lAche, — ce n'est pas un indice défavorable du caractère des gens, que ce soin de mettre en harmonie Thabitetion et la personne. L'esientiei est que le goût préside à un semblable assortiment.

Lucienne se retourna vivement. Cette phrase l'avait inquiétée ; on eût dit qu'elle craignait d'avoir blessé son hôte.

It.

Je suit bien loin d'avoir du goût, manutti^

t-elle avec timidité, je n'ai que mes goûts.

Armand lui sut gré de celle véparaiioa spontanée.

— Ils vous ont parfaitement dirigée, madenioiselle, -dilril non sans un sefieiuenl de cœur»

Et aussitôt il pensa que lui, autrefois, avait bien admiré, bien aimé le goût de Caliste ; qu'à son arrivée en cette maison découverte par elle» louée par elle, et dont elle lui avait fait la surprise Jl songea, dis-je, que ce jour4à, jour de mémoire éternelle» il n'avait ,pas laissé sans éloges un seul détail de tous ceux que Lucienne avait effacés.

. 11 se rappela burlout, au bout du jardin, à gauche, une grande allée tournante d'ormes et de marron^ niers qui menait à un pavillon d*où Ton découvrait la campagne. Cétait une retraite charmaute, aussi chaste qu'un nid ; les branches d'arbres venaient jusque dans le pavillon jeter leurs fleurs et leurs bourres d'or pur; par la fenêtre en ogive, on voyait au bas rherbeproionde. Plus loin, le coteau doucement incliné vers la rivière. Gelle«ci disparaissait sous le dôme arrondi des saules blanchissants et se montraif radieuse à mille pas» près d'un moulin toujours noyé d'écume.

Que de lois Galiste et Armand s'étaittit-ite prome--

nés la nuit sous celle allée ombreuse, regardant leurs yeux où tremblait un rayon de lune» que de fois étaient-ils montés à ce pavillon que les chauves- $PUri^ Yt^paienl égrali^aer de ieiirs aiieS| et delà» par

Digiii^uu L>y

celle ftmdtre, ne ?oyant rien que nuages eu ciei,

liiabbes noires dans la plaine, feux égarés à riiorizon, que de foie-iis s'étaient répété que ce coin du monde était le paradis sur terre 1

Armand tourna vers la droite croyant entraîner Lucienne de ce côté, sous prétexte d'aller admirer •une serre neuve. 11 ne voulait pas souffrir le supplice de ne plus trouver ses arbres chéris, son toit rustique^ tout ce qu'il avait aimé. Car, sansaucmi doute, cette jeune demoiselle recherchait trop les choses gaios pour n'avoir pas jeté en bas l'allée noire et le pavillon de bois vermoulu.

— Monsieur, lui diL Lucienne, peruicttcz que je vous montre le seul endroit un peu poétique de cette

[ vulgaire maison bourgeoise. C'est par ici^ à gauche, s'il vous platU

— Quelque nouvelle cage en fer creux, pensa le Jeune homme, où je verrai des oiseaux teints en

rouge et en bleu s'écorcher les plumes,

V II suivit sa conductrice.Un moment après il entrait sous son allée bien*aimée. Là, rien n'avait été touché : même cordon d'iris derrière les arbres, même mousse sur le chemin du pavillon, même pavillon avec sa petite fenêtre ouverte. Armand s'oublia. Il . marchait a grands pas sous ces arbres, il arriva le ' premier au fond du pavillon ; les yeux fixés sur la prairie, puis sur les plans lointains du paysage, ^ii soupira, H senra ses mains l'une contre l'autre»

Digiii^ua by CjOOgle

— Gharmauta vuo, o'est-co pas ? dit Ludeone avee une intonalion musicale*

— Oui« murmura Ârmaad qui étouIIaiU

Elle se détourna comme pour mieux regarder. Ce mouvemeot la rapprochait de la fenêtre. Ârmaad la yit, gracieusement encadrée dans Togive; un fin rayon glissait sur ses admirables cheveux cendrés. Quoi I il était bien dans ce pavillon» lui» Armand, et une femme, qui n*élait pas Caliste, s'y trouvait avec lui. Quoi 1 du dehors» on verrait cette forme blanche» on le verrait aussi, lui, comme [leut-être on y avait \n Caliste» avec cette différence que la princesse s'é-

luigiiait rapidement si quelques paysans passaicnl, tandis que Lucienne demeurait tranquille et souriante, et libre à ses côtés.

11 s'arracha bien vite à ces dangereux rapprochements ; la jeune fille le suivit dans l'allée;

— Vous avez raison» mademoiselle» dit Armand» c^est là un poétique séjour.

— N'est-ce pas, monsieur? Oui, je l'ai conservé, malgré le jardinier» malgré l'architecte. Tout cela est moisi, disait l'un ; toute celte ombre tuera nos ileurs» disait l'autre. J'aime encore mieux des idées que des

fleurs, ai-je répoiulu. Et réellement, ajouta-t-elle avec sa splendide innocence, je ne me promène pas sous ces arbres au dair de lune sans me sentir pénétrée des idées les plus suaves» les {dus douces» comme si elles habitaient là-haut bien cachées, comme si, de là» ÊiUes pleuvaieal gouUe à goutte sur mon front.

Digiii^ua L/y Googi

Qui sait» moosieur, les idées sont peut-être des atomes invisibles qui descendent à leurs heures proférées sur les iétes qu'ils aimeuL

Oh I pensa le jeune homoie avec un regard chargé de lecoimaissaDoe que Ludenne saisit au vol

et qui caressa son cœur, bénie soit cette créature ialeUigentOi d'avoir conservé ici mon souvenir le plus

(lélical elle [)Ius pur! En vérilé, elle seni])le l'avoir

choisi chaste comme elle. Pour cette bonne pensée^ je lui pardonne d'avoir usurpé la chère maisou Je mes amours 1

La visile ne pouvait se prolonger longtemps. Armand se sentait plus ému qu'il n'eût voulu l'être* Lucienne, de sa gaieté si fière, descendait peu à peu vers la mélancolie d'Armand. Celui-ci s'empressa d'aller saluer respectueusement la vieille amirale toujours en extase devant le jet d'eau. U s'iûcUna non moins resi)ectueux devant Lucienne, et tandis que la jeune Me dierchait une dernière fois son regard qu'elle ne rencontra plus, il traversa légèrement le$ plantations nouvelles» regagna le cliamp, limite an« cienne de son jardin, et se dirigea le cœur agité vera la station du cliemia de fer«

Il Vmii donc revue, cette maison tant ledoutéet ;

II avait donc foulé ce sol terrible. QuqI étrange ha«- 8ard 1 tout ce que Galiste avait laissé de traces a*exifh

tait plus.

Une jeune fille, avec ses idées fraîches, ses goûts brillants, une belle jeune fille, s'agitait dans cet endos, où naguères se cacbail Galiste. Lucienne faisait son bruit, son mouvetnent, sa volonté tumultueuse, là où cette pauvre recluse osait si peu soupirer, de peur d*ètre entendue, que pour pleurer libremer.; elle s CD allait hors de chez elle, dans la campagne.

Armand avait passé deux heures en cet endroit, et il rapportait de son excursion un trouble inexprimable. Ce n'était pas la beauté de M^^^ Dampmesnil; ce n'était point le charme Uès-réel de sa pei^me qui préoccupait ainsi Armand. U devinait quelque chose de plus intéressant au fond de cette âme, il s'eliorçait d'expliquer la rencontre singulière en cette maison, d'une personne près de laquelle jl était passé vingt fois daps un salon sans l'apercevoir. U se de* nandaiti m suivant cet ordre d'idées, si la jeune fiUei

qui l'avait reconau, lui| ne pouvait avoir aussi re^ eooBtt la prhMNMe Nonatzin au portrait que lea

bonnes gens du pays lui en auraieut fait.

DaM tous les eas^ cette renoontre fortuite avec Mii« Dampmesnil, dans VancieDoe liabitatiou de Caliste, eoDstitiiait pour Aimand une situation équi^ voque. Tout en espérant que le séjour de la prin* cesse sa France seitit resté ignoré; en espérant, par conséquent, que M"® Dampmesnil ne se douterait jamais du motif qui l'avait pu eouduire, lui Armand, à visiter ce jardin, le jeune homme sentît qu'il lui faudrait neUemani expliquer cette visite au monde. M"« Cbaudray, par exemple/ ne manquerait point , d'en apprendre quelque jour les circonstances par M"* Dampmesnil* Par M*^ Gbaudray/ le consulter rapprendrait à son tour. Tout cela aurait un faux aif de mystère, et si l'on ne remontaU pas à la véritable source, assurément on l'interpréterait plus fâcheusemenl encore i on Taltribueraii à quelques yelléttés de galanterip; on soupçonnerait Armand d'avoir cherotaé une occasioa de rencontier cette jeune fiUe si remarquable •

A cette pensée» Armand tressaillit. Un pareil état

de choses ne pouvait se tolérer. • * -

Baconter l'aventure à son père... Non* M. de Bierges élait de ces vieillards sagaces, trop sagaces même, qui n'admettent pas le iiasard. Les supposl» tiens du conseiller iraient trop loin et trop vite, sa raillerie pourrait blesser le cœur encore susceptitiie

d^Armaodt et puis» qui sait sit tout en raillaDt, il ne ce forgerait pas tout de suite un aTenIr à propos de

cette jeuue ûUe. D'ailleurs, prévenu: M. de Bierges n'était pas le point urgmt. C'était M»» Chaudray que M^'^ Luciemie Dampiuesnil iostrairait la première. Armand se rendit cfaes la iMtronne, non sois une vive curiosité, que lui inspiraient l'attitude et le ca-* raetère de cette singulière personne. U eomptaitt avec un peu d'adresse, obtenir sur elle, de la baronne» quantité de renseignemrats dont eette curio-

bile, si vite éclose, était en réalilé fort avide.

Voilà, si Tauteur ne se trompe, une ouxiosité bien propre à secouer Fesprit le plus mélancolique. Voilà en peu de temps des occupations intéressantes, à eter comme idiment dans une Tie oisive. Enfin, avouoDs-le, cette jeune tille ainsi apparue, n'enva* bissait^ellepas du premier coup la pensée de ce jeune honm^?

Armahdf surpris de songer si souvent à ces 'bizar*

reries, ne s'a\oua point sur-le-champ que Tidée de Lucienne chassait parfois Galisto de son souvenir comme Lucienne elle-même avait effacé le souve^ nir de la princesse jusque dans son ancienne demeure»

Aux premiers mots qu*il dit à M»« Ghaudray de celte rencontre surprenante, la baronne manifesta la

plus l)ruyanlc gaieté.

Elle se lit raconter Tbistoire avec tout ce qu'Armand voulut bien lui donner de détails. Qu'allait-il faire par là? Ne connaissait-il pas un peu cette de* moiselle Dampmesml? Comment ravait-il trouvée? Ënlin, elle n'omit aucune des questions qu'une femme sait si bien faire en peu de mois. On comprend qu'elle se trouvât piquée au jeu, elle autrefois si empressée à amener un rapprociiement, elle qui avait tant conspiré pour ce résultat venu tout seul.

Armand avoua que l'aventure ne lui avait pas dé* plu. 11 fit grand éloge des perfections de la jeune persoime» A son tour il hasard ^quelques questicnas. Sur ce terrain, la baronne, préparée ainsi que nous le savons» l'attendait de pied ferme, et le laissait venir s*enferrer de lui-même. Armand n'alla point jusquelà, mais il en dit assez, il en pensait assez poux doo-

nci i>Aise. Ignorant i^l ce qui s'était passé entre la

btiroune el son- \)h'0, enlre Lu( ienno ( l la lï.ironnC, tandis que son inlerlocuince savait tout son jeu par cœur, il cro va il ruser bien sublilenient, et n etail que dupe.

Aiûsi, lui dit la baronne, vous êtes entré en relations comme cela tout de suite avec la plus cbar^ manle héritière de Paris?Vous avez eu delà chance, d'aller vous perdre dans les environs de cette maison.

— Ahl madame, répliqua- t-il un peu dépilé, si j'eusse pu prévoir que cette jeune (ille était ce que vous nommez une hérilière, ce n,*est point de sou c6t4 q,ue je fusse allé me perdre.

-^fiaUl s*éccia M'»® Gljumdrajr avec une hUiariti touyoura croissanlei cqrlaiQes maisons attiteott éUes

ont Fair d'avoir été iixii^i> li aimant au lieu dQ pierru detaiUe.

— Qu«k Youjto-vous dirô? demanda Armoi^l mécontent.

Je dis qua t4t ott tard voua devkï f«takiiif«É

revenir à cette maison-là, conlinua la Ijaronne biea éloigoée de soupçonner le quiproqua tierubto de ses ptirolcs. Celte maison, mon cher Armand, vous aviez dé)À kUi^ vou^ y brûler le& aite&f Yom qu'imita CM petites aito»-4à vieimiil de s*eiilaaet.

— MoA secfot esl-il donc connu ? pensa lOv jeun» Iiomme. a vee angoisse ; et, oomiDe danalea oMiédiest M murmura :

^ Je vous wpplîe» madamoi do vous cxi)li(]ue5

Digiii^uu L>y

■ ^ Vokialîfifs» mm clier Armad» car vous me re» avec de gros yeoi efiiifés qui me font peine» Ja dis que vous touroez autour de la maisoa Dainp^ mernU^ pami qo^me Ms déjà, sm» le saireir, woe j avez faiUi entrer*

— Ce n'est pas de leur maison de campagne que jepaile, die ne Tavaient pasèrépoqiiedmilils'dgit. Je dis (uaisou pour dire logis, entendez-vous, ei logis est Qft MpbéniiaiBe qoe Remploie pow eiprinm

iauidle.

~ Moi» fai £ftittientrer danslafanUleDaiBiMnesnîn iTdefla-t-il tout rouge et tout ébahi.

' «-«^ PariMtemeiài » aï vous Tensaiez lonhi; mais

TOUS ne l'avez pas voulu, reprit la l)aronne en riant. Je De vous trahirais poi&l ^ petit secrel si je ne le •voyais, par une étrange Jatalité, reparaître sur le lapis. Oui, mon cher Armand» il ; a eu un moment oii Ipaa Dampmesnil la mim étoni tombée malade ~ du caveau — je me suis intéressée à cette charmmle ffile qu'en appelle Incfemie.

~ Lucieuoe, murmura Armaud.

— Toutes les vertus, toutes les grâces d« corps et de Tesprit, uu grand uom et quatre niiliions de for^ tue, voilà ce qu'elle pouvait offrir à un mari. «

— Quatre nniiionsl pensa Armand, au souvenir des tentatives infructueuses £attea dix-huit mets moit par son père.

«-^ïétait « vf^ enéteiirt n'est-ce paei mon «mi?

Je ctierebai wtour de moi rhomme qui m pou^t

être digne, l'homme qui nie répondrait du bonheur de cette noble jeuoe ûlle^ et je uq trouvai — ah I dame, tant pis pour vousl je vais tirer un compliment à hpui portant, gare 1 — je ne irouvai qu'un certaio gentleman, orné de perfections coneapondantes, un nommé Armand de Bierges« Gelui-ci iiaîssa la tète.

— Yile,coulinua la baronne, je m'ingénie, je m'évertue. Hasouricière est tendiie, jesurveitte la trappe* J'emploie à celte opération toutes les délicatesses dont je puis disposer. Pas un mot à la jeune fille, car elle

est fitTe,et ne savait pas inùme l'exislLMice dudit

gentleman» pas même son nom» vous eomprenez»

Armand?

— Oui, madame, je comprends.

— J'espérais seulement qu'elle me saurait gré de la marier bi je la mariais bien. J'installe, dis-je» toute ma petite mécanique, croyant que celui des deux qui gagnerait le plus serait mon protégé le genllemaii«< Bast 1 aux premiers mots d'un père que j'avais chargé de le pratiquer adroitement, refus, refus absolu, péremptoire, refus absurde. «

— Madame, savais-je alors?. ••pouvais-je deviner?.,.

— U eût mieux valu!... s'écria la baronne... c'eût été galant à moi d'exposer celte jcuuc ûUe à un re< fus» à vous de la refuser t...

— C'est vrai.

-^Ët vous u'eu&^ pas manqué de lui iaixe cette

Digiiii-uo L>y

offense, irons Feilissiez faite à la déesse Perfection»

iJaos voire accès de fièvre*

— Mon accès*. •

— Sans doute..* Nierez-vous que vous fussiez malade d'eqprît?

—J'avais, madame, ce mal ridicule commun à tout homme de mon Age, la soif de l'indépendance*

— Cela s'est renconlré à merveille, du reste, reprit IpM Gbaudray, car ma belle petite amirale était malade de la même maladie. C'est ce qui l'a empêchée de se marier sur-le-cbamp* On la demandait de vingt départements et des douze arrondissements de Paris; mais son heure n'était pas venue*

— Voilà les projets, dit Armand les dents serrées*

— Yous comprenez maintenant, interrompit la bafonne, pourquoi j'ai tant ri tout à l'heure en moi* même quand je vous ai vu rôder autour d'uue porte que j'avais tm moment tenue toute grande ouverte pour vous*

. . — Je comprends» mm je ne rôdais pas, je me perdais.

— OigueiUeuxl

— Dieu me préserve de l'être, et de contester à cette aimable personne un seul de ses mérites ; je

leur rends au contraire un éclatant hommage. Seulement, madame» crojez-le bien, les mêmes combi* naisons ne se représentent pas deux fois dans la vie d'un homme. Un instant vous avez pu disposer delà faBisk de cette jeune flUe» et votre amitié pour moi

vous faisait croire possible une alliance parfaitement irréalisable. Je ne suis pas ridie, madame ; M^^^ Damp» mesnil est quatre fois millionnaire; tout se fftt bten brouillé au moment de faire les comptes*

CTesl possible, murmura I9 baronué, dotit f es** pritiaveatif roulait déjà ceat combinaisons nouvellesi et qui, pour les mieux appuyer, tenait de décider qu*ell6 fermerait à Armand la botte des conUdeaces. Oui» vous avez raison ; deux chance» absolument pareilles ne reviennent pas au iiièuiu joueur. Il faudrait, pour opérer ce miracle, un grand magicien, TAmour.

Vous ne me faites pas l'effet, vous, Armand, d'èlro un sujet bien soumis de ce tyran. Quant à M^^^ Damp* mesnil, vous Tavex vue, c'est une statue de marbre.

Armand ne put s'empêcher de sourire avec incrédulité. Cette prétendue image de marbre lui avait paru, au contraire, une femme pétrie de sentiment et de vie. S'il eût pris o*elle une autre idée, Lucienne ne se le fût pardoaaé jamais.

— ^ Quoi qu*U en soit, statue ou non, dit Pintelligénie hôtesse, vous avez passé bien près d*ua grand bonheur; et, si charmante, si adorable que soit la femme que vous choisirez un de ces jours, car eaûa un jour ou l'autre vous vt)us marierez, jamais. Je vous le dis en sou[)irant, vous ne retrouverez une bonne fortune comme celle que voms avez laissé échapper sans le savoir.

Armand plia les épaules.

—J'en serai quille pour ao pas me marier, dit-il;

Digiii^uù L/y Googlî

eair je suis fait ainsi, moi. Le meiné me (Mgoftte quand

je soupçonne le plus,

Alloûs donol ést-ce qu'un iiomme votM monde peut ne pas se marier? interrompit la baronne avec «lédaio. Laissez cela aux gens incapables d'at^ teindre ce ptii» délit tous êtes jéloiit. Né {Mis ¥Sus inarierl je voudrais bien que M« de fiierges vous eu^ tendit. Ne pas vous marier I Ae pas donner àee digne ami une Ûlle qui baisera ses belles joues Iratclies, et des petits enfants qui car^seront ses cheveui bbUMSl vous n'êles pas mauvais fils, je suppose?

Armand se lut. Bon front s'inelina* Il prit la main de la baronne» la porta en suuiiaul à ses lèvres, et sortit^

Elle avait raison» cette sage amie s ^6t m taM, il

lui faudrait se marier; il devait une famille àson vieux pSfe, il lui devaiti pendant sa vtei toute une génér»* lion nouvelle d'amour, de respects; après sa mort, le$ fleUfs et les souveniirs de sa postérité»

De quel droit l'en eût-il privé? au nom de quel intérêti de quel amour?- Ce mariage* Galiste elle-même tfe le lui avait*elte pas permis f Oh I ee qu'une fenime i iulofiHîy ^n |)ai&U cas, U faut que.ce soit d'uuc uô*

Digiii^uu L>y Cioogie

eeMité biw lecoanue ! Oui, Calfete avait réfléchi. Mariée elle-même, enchalQée pour la vie, houleuse dm baser ces Ueiia sacrés pour en reprendre d'aubes il-*

légitimeS|la princesse couseiliaitueliemeal le mariogis à son ami Armand*

U sentait bien qu'une correspondance active» tendra avec Galiste» lui eût fourni la force nécessaire pour vivre seul à six: cents lieues d'elle. Mais isolé, sans un mot, sans un encouragement» sans un espoir» c'était impossible.

- La vie est courte* Ë^le est semée d'une loule de malheurs inévitables. Y ajouter ceux qu'on eût évités, c'est de la démence ; perdre sa jeunesse dans Tennui et la solitude, quand une femme qu'on s*obstine à regretter court |)eut-être les bals et les fôtes et se drape dans sa gloire d'incomparable épouse, de Lu«crèce et d'Éponine, c'est plus que de la démence, c'est de la stupidité.

—Je verrai, d'ailleurs, je réfléchirai, se dit Armand au sortir de l'entretien qu'il avait eu avec la baronne, M*i* Dampmesnîl ne me connaissailpas, ne savait pas mon nom, et voilà qu'en m'apercevant elle m'a reconnu et presque nommé. Elle avait remarqué mon père* Tout cela est bizarre, on en conviendra.

Oui, cette jeune fille est tout le contraire d'une statue. Geste souple, regard proCond, démarche ferme, un sens exquis; elle est grande, ses bras sont beaui, j'ai vu sous les plis de sa robe un pied long et Im; ses dents sont presque aussi belles que les dénis

^merveilleuses de Cabste. li^le a les cheveux iieul«âU^

' Qui pourrait nier certaines intentions du hasard

dans ma rencontre avec celte jeune fille? Ne dirail-on pas que mon génie familier a préparé la chose ? N'est* il pas surprenant que du sein des ruines sur lesquelles j*aUaism'attrister, jaillisse pour me consoler cette fleur découverte en plein printemps? Un superstitieux ne soupçounerait-il pas que mon protecteur invisible a mis cette jeune fille chez Galiste pour remplacer Caliste, ainsi que la nature met partout le remède à côté du maly la vie auprès de la mort?

Telles furent les pensées qui, par une pente insen- HlAOt cooduisiient Armand vers des affections nou- Telles. Plus il cherchait à justifier cè penchant, plus il s'en rapprochait. Autour de lui, bienldt| chacun l'aida sans qu'il pût s'en apercevoir. On connaît Tactivilé de Lucienne, sa volonté infatigable, le zcie qu'elle savftit allumer chez ses amis* La baronne, revenue à ses premières idées, et croyant avoir démêlé Cette fois i^bez Armand la lassitude d'une position fausse avec le désir d'un changement, la baronne lança plus intrépidement que jamais M. de Bierges, le père, en luirecomuiandant circonspection, énergie, jusqu'à la victoire»

Le résultat ne se fit pas attendre^ Gant occasions de se rencontrer avant été fournies à Ludenne et lu

jeune homme, M"^ Cbaudi:ay i^opt assuré que

ramiralo était devenue amoureuse du conseiller, <^ bélâsl pauvre femme ianoceulel comme ou la calomniait, elle, ramante irréprochable du jet d'eau I «- eatio» la &atioa permeUaat les promenades, les eicunriaiia en forèW les dtoer» champètmv on pense si Lucieoue» habile et teadre comme elle Tétait, sut mettre tous ces iiômeots à (Nrottt. Trois mois après la première eaUevue» les Dampmesnil elles de Bierges étaient devenus inséparalries. Cette jeune iillat dont l'amour honaèle et opÎDiàlreachevail si cruellement» si férocement l'an<»en amour agonisant au eceur da fiancé qu'elle s'était choisi, ce type d'ange exterminateur est plus commun qu'on ne pense, et rien n'est barbare comme la vierge qui aime.

Lorsque Armand s'aper^^ut du long chemin que tous ces conspirateurs lui avalent fait faire, et qu'il avait fait sans trop se faire prier, une sorte de remords le prit. Mais il était bien tard. Les misérables petites résistances qu'il essaya furent brisées par des séductions nouvelles ; et comme il voulait lutter contre les séductions, conmie il ne voulait pas se rendre ainsi, sans fournir le dernier combat, un jour quela mine était froide, son iront assombri, et son*attitude CeHe d'une victime, un jour qu'il marchait côte i c6te avec

Lucienne, dans la caiijpagiie^ aux environs de la maison réconcihée, M^^^ Dampmesnil, qui observait avec tristesse tes osdUations de ce cœur malade, arrêta brusqu^ent son languissant compagnon, et le fai» Stfit asie^ i rao|^ dn petit bois, dans l'herbe, à la

Digiii^ua L>y Googl

mèmeidaee, peaUélre^ où Gaiiate «utrefois avait lut ptawé pon^ aflnoiHMir Mrti dépat t à Amnaiid t

— Monsieur Armand* lui dit-elie, vous n'êtes déjà 1# ffiéim* J« lis êt» prim Mf Yolrë vifta^ ee

qui se passe au fond de votre âme^ et au u^ment

!• denato eoin|ner fiiir m peu de j«iè| tous smAi

manifester seulement du regret* Il tcAdttt répondre*

— Du regret, dît-elle avec une douce itiàîstance. Eh UeD 1 je te comprends et vais tous mettre him à -

Taise. Pourquoi, apii's tout ce qui s'est dit entre nos parents, et un peu entre nous, pourquoi neprendraiije pas quelque liberté pouriM faire bien Comprendre? Monsieur Armand, j'ai beaucoup écouté dans le monde, etfai appris, pout Tavolr entendu tdpéler souvent, que les jeunes filles, en se mariant, n'ont pas d'ennemis plus cruda que les aouyenira de leiir mari.

Armand fele? a la téte. Ludenne lui prit la maio^

^ Permettez, dil-elle, que j'achève. Si vous me répondiez^ Je brouâlivais le peu d'idées que j'ai en

ee moment, et je ne les retrouverais plus. Qui sait? ' mon e(Bur souffre, cela me rendra peut*ètreéloquente, i]( in rayiez pas Ifœcaâioû de brillef ooe pauvre fois à vos yeux*

Oui, fie§ eenemia mortela ce sont toa soavêiiii«.

Vous avez tous, à votre âge, rencontré des lemmes fAuè bellej m maillauras que fOire flaneée. Toa ptt^

niiéres ioiQèf vos premières ardeu^^ d'autmie^i^

reomOUcs. BttmuMs CBUunett Tmijouro, poar ces

privilégiées, vous conserveriiz, soiLun peu do recon^ OMSsuieef soil même du mpect» soU, bêlas 1 de Ta- Uiouri Vous vous dites qu'elles étaient bien supériewes à nous» qu'eues avaient ie couiage, qu'elle

faisaient des sacrifices, qu'elles savaient aimer et se mMire aimables* BéOéobissezl Comment ime jeune fille pourrait-elle faire tout ce qu'ont fait ces femmes' taot regrettées ? L'accepter îe^vous pour épouse, si elle le faisait? Non. Cependant, vous arrivez h elle froidement, avec d'autres noms dans le cœur. Cependant vous ne l'aimez pas, et vous lui laissée vw que peut-être vous en aimez encore d'autres.

▲rraandt estimez-^ous tant le eourage ? Qui voua dit que je n'en ai pas? M'avez- vous éprouvée? Me , eoonaissez-vous bien? Savez-vous, et saurez-voua jamais si cette jeune tille, gaudie et embarrassée dans le hamois virginal, n'est pas une femme de la taille et de la trempe des héroïnes ? Nous aimons aussi tandxement, aussi délicatement qun Ift fraimes; nous le cachons parce qu'il le faut, parce que nous n*avons pas de jnreuves à faire, parce que souvent

nous rougissons d'clic ainsi méconnues; ruais ne

vous y trompez pas ; courait aussi injuste que de nous accuser <le mauvais goût en toilette, parce qu'il nous est défendu de porter des diamants^ Obi non, Armand, ne vous y tiMnpez pas : e^est auprès de nous, auprès de nous seules que réside ie bou^ur. Toutes imVmeqm du monde, lea plus faewmises, Içs

plus enivraiitegf vous ont toujours eoAlô quelque ^

brin de voire lioaaeur ou quelque goutle de votre sang ; elles passent et vous fissent un souvenir sans doute, — c'est encore trop pour nous qui le vojous, — Mais aitendez-lOt ce triste papillon, après les premières pluies d'automne, aux premières bises d'iiiver. Oii est l'azur, où est la pourpre ? et que devenezvous, pauvres vieillards pâlis, qui promenez votre ennui et vos inquiétudes devant tant de frais visages moqueurs? C'est, vous dis-je, à notre jeunesse qu'il faut associer la vôtre, et au lieu de nous appor* ter le reste fané de votre cœur, dites-vous hardiment qu'avant de nous connaître, vous n'aviez jamais ren<* contré d'amie, d'amante qui valût mieux que nous i et ce sera vrai, monsieur Armand, ce sera vrai, je le sens bien, je vous le jure ; car nous sommes bdles, car nous commençons h peine la vie et nous nous élançons pleines d'ardeur, de joie> d'enthousiasme, dans les sentiers que vous avez battus ; car nous sommes intdligentes, et nous vous égayerons m route, ne fût-ce que de nos naïvetés; car nous sommes f6rtes, et si vous êtes fatigués les premiers,

nous vous soutiradroiïs au besoin ; car entin nous avons le nom, le rang, la puissance comme toutes oes

femmes que vous regrettez, et nous tenons tout cela de Dieu, et nous vous l'apportons avec ivresse. U ne nous manque que votre amour. Aimez*nous, vouf , nous épouserez. Une fois femmes, comparez-nous

aux wtres* — Aloisseuiement| si vous êtes trompés,

♦ Il est temps de vous repentir. Jusque-là du moins réfléchissez au lieu de nous (aire mauvais visage.

Armand avait écoulé- sans répondre. Plus d'uoè fois raooeot véhément» le regard incisif et là géaé-^ râise audàcér de cette jeune fille, PavAieiit ému, ^ trar.sporlé. U s'était contenu à peine, *

It se levâ.

— ^ Oui, mademoiselle, dit-il, vous ayez raison, et quiconque passe auprès d*une perle sans b Toir est à plaindre ; sans la ramasser, s'il Ta vue, est fou, i

On rejoignit le reste de la compagnie qui venaH avec toutes sortes de ménagements troubler ce lêle-àléle. Lâ journée s'acheva gaiement. Arâiand gardait un sêriLux auquel tout le monde pouvait se méprendre, mais auquel assurément Lucienne ne se ^ trompa point, car elle rayonnait d'enjouement et d'une sorte d'orgueil. Elle ne parla plus au jeune homttie et caressa^ beaucoup son père.

Le soir, après un voyage encore rempli de rêveries et de consultations sévferes avec ^a^eonseleneei Armand, ail momenl de souhaiter le bonsoir au con* ^ fèîHer, tel prit par la main et le prià de vouloir bien demander pour lui M**® Lucienne Dampmesniî.'

Cet aveu, trop longtemps attendu, fil éciaknr itm^

dain sur le visage du vieillard une joie immodérée* Le codur d'Armand l-en remercia tout bas. Gommcnl < eAt-îl pu ne pas âecenter un mariage ainsi déliré ptf son père ï ' U d^arche ttA laite le lendematu, et râmirale.

que Lucienne tenait dans ses bra^< répondit tout co que lui deioanda sa fiUe» On fi&a un jour poui slruire la fauiillo et annoncer la nouvelle aux nom* Imuxamis, ^

Lucienne prit ensuite le bras d*Armattd et le Coû«« duisil près d'une fenéUe i elie lui loonlra- le ciel.

~ Regardes cet azur, lui dit-eilè t Me place fil nette» n'est-ce pas commode, n'«38t-€e pas beau 1 Oui, répliqua«t*il.

— C'est mon cœur, Armand, ajouta-l-elle; é€riveo^-y tout oe que voua voudrex»

Lorsqu'il parlit d'auprès d'elle, il se demanda si âu ]im d'être simptomefti e^mteoU il n'était pas tout à

fait tiinoureux^

. Coaune 11°^® Gbaudray lui. faisait Qpmpliment avee

une certaine nuance railleuse qui les surprit lui ef son pèi'e, le père le premier eut. le courage de lu» demander pourquoi elle souriait ainsi.

— Parce que, dit-elle, ce spirituel et profond diplomate est le plus grand niais que je connaisse.

Venez, ajouta la baronne, il faut que je vous montre un cactus admirable, dont Lucienne est, je crois,'rinventeur, en collaboration avec sou jardinier.

Elle eomiena le père et le fils voir cette merveille, et, au lieu d'allt r droit à la serre, elle prit une allée qui n'en finissait pas.

• — <Uais, dit le conseiller, vous nous perdez ; où aUons-nous, baronne?

^Jkmptmm m ebenâa q/â nous conduit h la

porte du jardin au lieu de nous oonduire h la 9me^

i^outa en riant lejeuoe homme.

— Je lais, répliqua la baroiioe eiis*anélaiit court, ee que vous avez fait depuis deux ans. 11 y a deux ans que cette petite femme adorable vous aime et vous attend. Quel chemin avez-vous pris, hein? Dieu seul le sait!... AUoos voir le cactus, maiateoaat que nous voilà remis sur la bonne voie.

Le coDseiller se mit à rire, et partit devaut avec la baronne.

— Deux ans qu'elle m'aime 1 murmura Acmaud seul, et illuminé soudain par un éclair qui lui révélait tant de choses jusque-là obscures, deux ans qu'elle m'attend! Mais alors..* est-ce bien le ba* sard qui lui a (ait acheter cette maison de la pauvre Calisie, C'est une belle âme à coup sûr, que cette jeune fille. Qui saitl une grande &me peui-étre.

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