‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 12 sur 86 · CHAPITRE V|1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE V|1I

un peuple ainsi lié à lui-même que pouvait pénétrer et fte propager i'aoùoo salutaire de ia réforme. A lai la gloire impérissable d'avoir introduit 1 educatiou uouveiie et d'avoir fait son peuple éducable. En un mot il a rompu avec le moyeu âge de l'empire ottomau; U a cotumencé une ère de renaissance*

Plus vaste était son réve. La tente d'Otkaii, se repliant et déchirée^ se devait redresser entière au soleil. De la base au faite il voulait le vieil empire des Osmanlis relevé et là^ délivré de la Kodalitë et des janissaires, un niaitre unique régnant, lui! Par une remarquable coïncidence, jamais règne n'eut à compter de plus profondes entames. Si depuis longtemps Ton avait prédit la dissolution de la monarchie d'Osman, tant de démembrements rapidement accomplis parurent le rendre coiApUce delà prophétie. De son vivant rOrienl est devenu la question européenne.^ Loin de lui pourtant cette lourde responsabilité! Que ses fautes aient hâté l'instant lalal, dans l'Etat même était le vice sans remède. Bâti d*éléments juxta-posés, depuis deux siècles l'édifice menaçait ruine et tombait pierre à pierre; édifice fragile défendu par un peuple orgueilleusement immobile^ attaqué par les armes d'une civilisation supérieure, ni Mahmoud ni son pen* ple ne pouvaient préserver ce que dix sultans

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Avaient laissé s'ëbraDler* VainemeDt lai deroan-

clerait-on, au nom de ses ancêtres, ce qu*il a fait de la Servie, de la Valaohie» de la Moldavie, de la Circassie, de lu Grèce, de l'Egypte, d Alger, de la Syrie; en son nom on pourrait répondre que ses ancêtres lui avaient le^ué un empire fait de ruines, et qu'il Ta perdu comme ils Tavaient fonde, par on intraitable orgueil. Rien ne le put désabuser ; le secret de sa décadence politique lui échappa, et jamais il ne comprit pour des mem«* bres le droit d'exister indépendants et de se développer en se séparant du corps immense et languissant dont il était la téte. Toutes les provinces ^qui, une à une, se détachaient de Tensemble, il les y réintégrait par sa longue espérance, croyant n'avoir rien perdu qu'il ne dût un jour recouvrer et ne soupçonuaiit pas que cette dissolution de l'empire était la condition même de la résurrection de l'Orient. Aussi s'acharna-t-il avec une incroyable obstination à la complète restauration de l'intégrité : intégrité de lempire ottoman, illusion excusable chez le Grand-Seigneur, de la part de la diplomatie imposture ridicule comme un dé pipé qui ne trompe personne ! Mahmoud y est mort à la peine* Un pacha restait debout, rappelant seul la puissance et rindépendance presque royale des anciens \isirs de la F'orlej c'était le dernier paclia, odieux

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coaime un rival mémei et, avant de iermer les yeu%, il fut convaincu de son impuissance a le détruire. Déjà celle scission qu'il avait été si jaloux d'elTacer était irrévocablement consacrée par une nouvelle victoire; Téloile de Méhéined- Ali planait dans un ciel plus haut que l'étoile de Mahmoud, el le Sultuu s'éleignait dans une ombre épaissie parTombre de sa dernière défaite; désastre falal qu'il avail provoqué par sou imprudence et qui laissait l'empire partagé , désarmé devant un trône vacant, sous l'ascendant irrésistible de l'Europe que sa première expédition contre Méhémed-Ali avait appelée, que la seconde allait conjurer tout entière!

Agouie et mort de Mahmoud. — Avènement d'Alul-uUMed-

jid. — Khosrew oommc ^and-viâir et Halii serasker. —

Notificalion auiL légationi européenDea. — FoDéraillet. —

Séance de la Chambre dea Dépuléa.— Déclaration de Nouri.

— Ordre suspenaîf dea hostilités. — Rappel de la flotte. •

Tandis que les feux d'artifice, lancés le dimaoche au soir, reluisaieut et s'éclipsaient dans rombre, pareils aux illusions mêmes dont on éblouissait Couâtantinople au-deâi>u3 du lit de mort du souverain, dans l'un des appartements du kiosque se tenait un conseil extraordiuuirey composé de Khosrew, Halil, Saïd et des deux chambellan b Izzet et Riza, alîn de slaluer sur les mesures administratives à prendre aussitôt que Mahmoud a lu ail expiré. Indcpendaiiniienl de leurs fonctions ministérielles, Ualil et Saïd y étaient autorisés par leurs liens de parenté avec la famille impériale. Quant à khosrew, il s'était préparé les voies auprès de la sultane Validé et du prince héréditaire qui habitaient un kiosque

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à quelques pas de celui du Sultan; l'embarras de la position avait fait accueillir, rechercher même son énergique habileté, et, en ce moment, avec le concours de l'affranchi dont sa paternité avait poussé la fortune jusqu'au sein de la maison ottomane, il dominait l'empire abat tu dans Mahmoud et revivant dans un jeune prince.

Dès le 28 juin, le divan, sur les observations de Khosrew, avait envoyé au capttan-pacha Tinvitaiion de ne pas quitter les Dardanelles, et à Hafiz celle de suspendre les hostilités, en les in* formant l'un et l'autre de la siluatioii désespérée du Sultan. Mahmoud vivait encore et son règne avait fini. Son empire n'était plus que dans son kiosque. £t là aussi son autorité finissait avant lui. Par un ordre formel, il avait interdit à toute per^jonne étrangère à son service ordinaire l'accès de sa chambre, à moins d'y être expressé» ment appelée. Le monarque n'avait voulu ni être malade ni mourir; comme il avait dissimulé ses souffrances, il prétendail dissimuler son ag;onie, lente dégradation de son omnipotence, et renonçait à Fadieu de sa cour, è Tadieu même de ses enfants et de sa famille, afin de n'avoir aucun témoin de son abdication devant la mort. 11 expirait volontairement dans la solitude de sou orgueil; digne fin de Tune des plus allières personnifications du pouvoir qui aient japiais

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occupé le trône, héroïsme exemplaire de la majesté souveraine orientale! Pourtant son ordre ue fut pas respecté; Khosrew jugea conveuable, avant de prendre aucune décision , d'interroger ses volontés suprêmes et pénétra avec Kiza-Bey dans son appartement. Au bout de peu d'instants il en sortit convaincu que le iiiaitre uY'tait plus en état de lui repondre ni même de le reconnaître. A titre de gendre, Halil s'empressa de réclamer la permission de lui baiser les pieds pour la dernière fois; arrivé devant le lit, après s*élre annoncé à plusieurs reprises sans obtenir de réponse, éperdu , il se jeta sur ses pieds qu'il arrosa de larmes, et, ne pouvant plus luaiiriser ses sanglots, il passa brusquement dans une pièce voisine pour j donner un libre cours à sa douleur.

Cette muette agonie laissait au conseil la charge de pourvoir à tout el mit eu jeu les intrigues de Tambition* Mahmoud resta relégué dans son isolemeut; sa succession était ouverte. 11 s'agissait de se disputer les prémices d'un nouveau règne autant que d en faciliter l'avénement, et de s'assurer de l'héritier du tr6ne aussi bien que de lui assurer son liëritage. Alors, sous le kiosque en deuil du Sultan aux abois, commença l'assaut des prétentions rivales aux bonnes gritces du futur Sultan. De retour dans

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la salie du conseil , Halil retraça paihétiquemoDi à son beau-frère Saïd*Padia, qui la vait supplanté il y avait quinze mois dans le poste de serasker, le lamentable spectacle dont il avait encore les

yeux humides; il lui fil apprehendci' l'explosion des complots des partisans de Tancien régime , et l'engagea k se rendre de suite à Constantiuople pour proléger la tranquillité publique par d'urgentes et indispensables pr^utions. Il était plus certain d'échanger son ministère du commerce contre le ministère de la L;uerrey objet de ses regrets, s'il en écartait le titulaire des regards du nouveau mattre. Sur-le-champ les craintes de Halil, réelles ou supposées^ furent vivement partagées par le conseil et son avis appuyé. Mais Said se souciait peu d'être absent d'une première distribution de faveurs et de compromettre par son éloignement des droits compromis par sa médiocrité ; peut-être aussi se déiiait-il de quelque piège ; de son mieux il résista aux invitations que tour à tour chacun lui adressait avec instance« « Sa Uautesse va fermer les yeux; le temps presse, partez. — Les vieux janissaires sont prêts à remuer, dès que le Sultan ne sera plus; partez. — Le salut de l'empire est entre vos mains, puisque vous disposez de la force armée ; partez donc ! » Pressé, poussé, congédié, baïd partit, bon gré mal gré, non sans quelque

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