CHAPITRE IX
mort et le Sullau vi>ant ne devaieiiL poinL se rencontrer. Lorsque le corps» en attendant l'heure des funérailles, fut déposé dans la salle où sont précieusement conservées les reliques du Prophète {Sunnet-Odmsi), Sa Hautesse y avait déjà aocomplises dévotions» eten ce moment même elle reçut dans la salle du tr6ne Thommage des dignitaires de l'empire. Lors([ue ravéuement fut consommé» de toutes parts dans Constantinople retentirent par la voix des cricurs publics ces mots sacramentels : c Sa Hautesse» notre très magnifique seigneur cl maître Suhaii Abd-nl- Medjid» est monté sur le trône! Dieu veuille que son règne fasse le bonheur de son peuple ! n Simple et noble formule sans doute, mais qui ne mentionne que la vie et sous-entend la mort. Ainsi achevait de se caractériser le génie de rislam» de TOrient peut-être» qui de la mort écarte le' contact coiiiiiie impur, le nom comme funeste» et en recouvre précipitamment les restes; il n'en observe le culte que lorsque Hmage repoussante a disparu sous les iieurs de la tombe ou sous les élégantes draperies du turbé^. En même temps le canon de tous les forts et des bâtiments du port annonça par des salves répétées Tavénement du Padischah. Les postes
(i) Oo nomme ainsi un monument funéraire en iurme de mosquée.
80 DEUX ANNÉES EN OliiiiM,
avaient ëtë doublas et les patrouilles drcoiaient
dans la ville.
La nouvelle de la mort de Mahmoud émut
profondéuieut Constanliubple. On le savait mourant et l'on s'étonna qu'il fût mort. Ce u était pas sans saisissement que Tuii coiileraplait ce grand vide qui venait de se faire au sommet de Tempire; ce ne fut pas sans aniiëtë que Ton pressentit ce que deviendrait l'empire avec un homme de moins, ce que pourraient son héritier et le ministère pour inaïutenir l'équilibre en succédant à celui qui occupait tant de place dans r£tat et y pesait d'un tel poids. Il sembla que cette catastrophe devait être le signal d'une rë« volution de la capitale, et 1 on s'atleudail à uue sanglante célébration de funérailles.
Dans Taprès-dînée, l'avënement fut notifié aux légations européennes dans des termes usités^ qui méritent d'être reproduits :
« Sa Hautesse Sultan Mabmoud Khan, empereur des
Ottomans, ayant passé à Tautre vie ce matin lundi p ir efiet de la prédestination divine, et Sa Hautesse le prince son fils, le trèsmagnifique, très formidable, très puissant Sultan Âbd-ul-Medjid Khan» étant monté heureusement
sur le trône impérial par droit c^héràageet de mérite *, tous
(i) Oatre le droit de naissance, les cinq qualités suivaoles sont nécessaires poar mériter le califat: musulman, libre ^
mùle, raisonnable, majeur.
OHAPITBB IX
les visifs, ulémai, chefs militaires» gianda dignitaires de
l'empire et fonctionnaires publics se sont réunis selon Tancien usage afin de rendre hommage au nouve^ui souveraia* Cet événement est annoncé à toutes les légations des cours amies, et la présente note officielle a pour but d'en informer l'ambassade de.. .
« Le 19 Kbi-m^hr 1255 (!•' jaiflet I839}.i»
Ne semble-t-il pas singulier au premier abord qu'une dynastie despotique se croie obligée de fortifier son droit d'héritage par riovocation du droit du mérite Mais précisément parce que la souveraineté orientale , an lieu d*étre un type abstrait et mystique, réside en chair et en os dans le souverain» il importe de le signaler d'à- \ance au.\ respects du peuple en lui attribuant^ à tort ou à raison, eo outre de son titre à commander, un mérite personnel dont Futilité n'est pas systématiquement abolie et compensée par le mécanisme du gouvernement constitutionnel ; là, régner et gouverner sont encore même chosi j personne ne l'avait mieux prouvé que le Sultan Malmioud*
L'heure des funérailles approchait. Vers ciun heu l es du soir une foule immense, rangée sur deux haies, occupait les places et les rues que devait traverser le convoi funèbre. Les femmes étaient d'un culé, les hommes de l'autre. L'aspect de ce peuple suffisait pour indiquer que la capi-
82 DEUX Ajyi^ÉES EN ORIENT ^
tale^Ioindecotiverdes projets contre-révolutionnaires, resseatait un profond regret de la perte de son souverain. Ce n^étail pas une vaine curiosité qui avait réuni ces populalioDS de musulmans, de rayas et d'Européens. Hors de Constantinopie la moi l de Mahmoud pouvait être accueillie avec indifTérence ou même avec joie par les Turcs dont ses innovations avaient révolté les scrupules et froissé l'inflexible entêtement; mais la capitale, subjuguée par l'ascendant personnel du monarque qu'elle voyait tous les jours, appréciant plus vite le bienfait de plusieurs de ses réformes, avait voué à son audace et à sa grandeur un sentiment profond d'admiration qui couvrait jusqu'aux scandales de sa vie; si ailleurs il était le fléau de rislamisme^ici il en était la gloire. Le maitre qui dans ses dernières années avait allégé l'oppression de la conquête, effacé l'antique humiliation des vaincus et affecté de placer sous un même niveau ses sujets de toute race et
de ton le crovance, avait trouvé des cœurs recounaissants chez les rayas , et par leur présence un grand nombre d'Européens se plaisaient à honorer le prince de la maison d'Osman qui, le premier, avait brisé toute barrière entre l'Europe et ses peuplôSi le successeur des califes qui avait de nouveau vivifié la lettre du Koran en y faisant rentrer 1 çsprit progressif de lacîvili-