‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 2 sur 86 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

s'était du moins orné, dans une studieuse solitude, des chefs-d œuvre de la littérature orientale que sa main transcrivait avec une rare per-

feclion. Tel était ra|>|>reiilissage traditionnel des souverains. Mais du fond de sa captivité il avait assisté aux tentatives rLioi inaliices du monarque régnant et il len voyait puni par la révolte; c'était déjà le double enseignement de la lâche et de Tobstacle, et renseignement vivant, Sélim lui-même, descendit dans sa prison. Ce prince alliait à une rare simplicité d'esprit des vues droites et élevées; s'il mérita d'être appelé par ses peuples le bon Sélim, son génie naïf, heureusement illuminé, imprudemment hardi, se caractérisait par le surnom qu'il s'était donné, P Inspiré (Islanu), Renversée du trône par un fanatisme brut^il, sa débonnaire inspiration se déposa secrètement dans une organisation vigoureuse et fière qui rappelait les constitutions héroïques des premiers temps de la monarchie. Sa destinée réservait à Mahmoud une terrible et dernière leçon» celle de son martyre»

Depuis une année à peine Mustapha régnait sous la loi des janissaires lorsqu une armée turque planta ses tentes aux porles de Constantinuple, iaïuenaiU le grand-visir eL le sandjakchériff, après un armistice conclu avec les Russes. Le grand-visir et rariiiée obéissaient à

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l'impulsion du pacha de Routchouk, Musiapha-

Bauaklar, dévoue partisan de Sélim qu'il avait Tintention de replacer sur le trône. Toutes ses mesures prises, sous prétexte d'escorter l'étendard du Prophète au sérail^ il pénètre dans la première cour du palais; encore un pas et îl touche au but; mais trouvant la seconde porte fermée, au lieu de l'enfoncer, il soumet son impéiuosité au respect de la demeure sacrée des Sultans, parlemente, et fait sommer Mustapha d'abdiquer et de rendre Sélim à son peuple.

Bientôt ia porte s'ouvrit et rendit la réponse de Mustapha dans le cadavre sanglantde Sélim. Aux pieds de son maitre , le baïraktar fond d'abord en larmes comme une femme; puis se relevant avec rage, il s'élance dans le sérail. Sélim est mort, Mahmoud est vivant peut-être, et Mustapha, teint du sang de son devancier, condamné pourtant à un successeur, entend proclamer sa déchéance dans le nom deMalmioud. Longtemps on appela, on chercha le maitre du trône vacant; enfin, sous des tapis et des nattes, on le dt couvrit blotti et se dérobant aux coups prévoyants de son frère. Mahmoud est salué padîschah et nomme grand -visir le téméraire sauveur de ses jours. C'était le a8 juillet î8o8. Trentetrois têtes des principaux meurtriers de Sélim furent, avec une paie extraordinaire, ses ca«*

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deaux de joyeux avënemeot aux janissaires

coDsternés.

Sous le nom de Mahmoud régna d'abord le

tcn ihle sujet qui 1 avail iail Sultan. D'un courage éprouvé, d'une fermeté inQexibiei mais d'une médiocre habileté, Mustapha -Baïraktar sembla prendre plaisir à restaurer durement Tautorité impériale avilie; dédaigneux de tout méuagementi il reprit les réformes interrompues de Séiim comme une vengeance à exercer de la mort de sou maître. £nivré de sa fortune, il iut sans modération. Bientôt des-pIacards, affichés jusque sous les murs de sou palais, le nommèrent cfUen d infidèle; mais, devant les seize mille hommes dévoues qu'il avait aiueiiés avec lui, rinsulte n'allait point jusqu'à Tattaque. Une révolte adroitement excitée dans le sandjak de Routchouk le détermina à y envoyer la plus grande partie de ses troupes. Plein d'une aveugle sécurité, il continua à défier la haine populaire* Le i4 novembre, vers les derniers jours du ramadan, la brutalité avec laquelle il avait fait écarter sur son passage la foule à coups de masse devint le signal d'une sédition. Les janissaires attaquent à l'improviste ses soldats dispersés; sur plusieurs points de la ville s'arbore Tincendie» cet étendard habituel de l'émeule. C'est ea vain que Vartillerie des vaisseaux ef les canons

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des seyinens * réguliers ont un moment foudroyé riusurrectiou. Victorieuse, elle iiiarclie au sërail pour détrôner Mahmoud et rétablir Mustapha. Le liône, c'était la vie, et Mahiuuud, qui depuis la ireiile résistait aux instances de ses niinislres, conjure enfin la tempête par le sacrifice de Mustapha. Le bairaktar ne lui survécut point. Retranché dans une tour du sérail, plutôt que de tomber entre les maiiis de ses ennemis, il mit le feu à quelques barils de poudre et s'ensevelit avec eux sous les débris de la tour.

La fin de Timpérieux grand-visir et la mort de Mustapha décidaient pour Mahmoud d'un second avènement. U allait régner; or, quel était l'euipiiei- Depuis Soliman 1", qui lemia l'ère de la grande coDquête,.tout s'y était modiaé.

Le despotisme des Sultans, absolu sous la tente, avait reçu des bornes dans le sérail. Tandis que, fastueusement invisible, leur pouvoir s'y effémiuait, le divan acquérait la consistance d\m sénat; le janissariat, en s'assimilant avec l'élément turc les habitudes de la vie sédentaire et un rôle politique, était devenu une démocratie militaire; représentants plus hardis de la loi eu face du sabre impérial rentré dans le fourreau,

(i) Troupes irréguUères queSélim essaya de régulariser par

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les ulémas mettaient tour à tour la loi du parti du divHDt des janissaires et du Sultan. Cette division des pouvoirs, nécessaire pour limiter 1 arbitraire de Tautocratiei substituait une organisation cen* Irale permanente à Tunité qui d'abord résidait tout entière dans la personne du monarque. Les pachas, tenus dans la soumission par des fonctions à courte échéance et toujours» auxenchères; les ulémas, vaste magistrature se consolidant par la transmission héréditaire des charges îles janissaires dispersés en colonies et relevant du chef-ci o i ci re siégeant ù Coustantiuople, tels lurent les liens vivants de Tempire dont ils contraignaient les membres ai)tipallH(}uesetassujet-' . tissaient les distributions féodales* A cet ensemble

présidait la politique systématiquement défiante du divan ) sauvegarde suprême de runité, audessus de Tempire planait la majesté sainte et voilée de la maison d'Osman. Mais toute oi^anisation doit avoir ses excès, ses abus et sa décadence.

Ce gouvernement sacro- républicain trébuchait par suite de Tannulatiou même du monarque et de ses propres divisions; la force infime

était la raison dernière de la pondération des pouvoirs. Son principal ressort, la vénalité, avait

transmué son essence eii coi i upûon et en lapa-

oitéyson actîoa ep violence perpétueUci etlaSp^

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blime-Porle était un bazar hiérarchique d'oppressions spoliatrices. Ce n'était pas Fencan d'un empire à un seul acquéreur, c'en était le débit en détail à une foule de spéculateurs hasardeux* Adjudicataiiesàgrandsfraisdu bail annuel d'une province, les pachas Tépuisaient jusqu'à concurrence de la rentrée de leurs avances avec intérêts, du prix de leurs places pour Tannée suivante et de la surenchère des compétiteurs, jusqu'à concurrence de l'impunité devant un pouvoir insatiable qui tuait pour confisquer, tuait pour revendre, maintenait la discipline en décimant ses fonctionnaires et bonifiait ses re^ venus de leurs dépouilles. Les plus habiles ou les plus hardis se mettaient en état de défense, les plus éloignés de Gonstantinople sur le pied de guerre. Le divan fauchait l'indépendance à la hauteur du soupçon ou de la preuve, tantôt prévenait . l'attentat, tan tôt laissait dormir sa vengeance sur l'outrage ; détruisait les visirs les uns par les autres ou en triomphait par le temps: celait une émulation incessante de défiance et de précautions, de proscriptions et de révoltes. Au milieu de ces désordres, soit résistance aux déprédations des pachas, soit facilité de la curée, des ayans, des mutzelims, des agas se saisissaient des gouvernements; le despotisme pullulait. C'était un second âge de la féodalité turque, naissant

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de i'usurpaliou sur les représentants de l'autocité souveraine et s'enracinant sur le sol du peuple qui se laissait dépouiller par les exigences administratives, aliénait même au premier venu, eu échange d'une protection, ses droits de propriëté, source de tant demisère, et subissaitou acceptait la condition de serf pour échapper à d'intolérables vexations* Après la fondation des fiefs de la grande conquétesurgissaient^dansle champ public livré à une impuissante tyrannie, lesapanages des conquêtes individuelles. De leur côtelés anciens déré-beys se raffermissaient dans ladaiinistration de leurs domaines en usant des forces et des ressources destinées au service iialiunai. Partout les janissaires, dont l'esprit de corps s'absoi baiLdaiisrespritdelocalité, opprimaient pour leur compte ou se mettaient à la solde des oppresseurs. Le gouvernement par la division des pouvoirs succombait à une ënervation générale, L'Etat semblait une vaste anarchie recouverte du manteau impérial que soutenaient en l'outrageant les bfttons blancs des janissaires, les enseignes des pachas et les hauts bonnets des ulémas. Il n'existait aucun pouvoir; le souverain, pompeusement captii comme un vaincu, n'était plus à Tabri de la violence; la dynastie seule était inviolable. La Porte à son tour était réduite à accepter» en compensation de ses ordres irans*

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gresftës ou éludes, un hommage hypocrite au

respect de sou nom. i^eudant ce temps les peuples vaincus se mouvaient plus librement dans les iieiis relâchés de leurs maili es. Leur génie se développait par des efforts de travail, d'industrie et d'aduiiuisLiation intérieure; à Gonstantinople on les vit audacieusement enlacer l'État dans leurs combinaisons poliUtjues et financières : c'était, sous le patronage même des Turcs, un premier pas vers une émancipation plus hardie. Chaque jour les puissances chrétiennes pied à pied envahissaient le territoire de ce colosse longtemps etïrayant, qui semblaitavoir perdu i énergie de la résistance en même temps que l'élan delà conquête. L'intérêt commun.de la conservation défaillait sous la multitude des intérêts particuliers divisés. Les bras manquaient à la Porte; la Porte s'amollissait de cœur. £lle masquait de pusillanimes hésitations sous le stjle indélébile de son insolence première, temporisait avec le péril ou comproinettaiL par de brusques retours de fierté la prudence de ses ménagements. Enfin la nation gardait sa barbarie pri* mitive et n'en avait plus la vigueur; orgueilleusement méprisante de tous les progrès étrangers, elle avait dégénéré de sa vertu antique en s'immobilisant dans une fanatique ignorancei ne fe^oussait qu'à grand'peine les empiélements-dç

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