CHAPITRE X
décidé à faire scNtir la flotte; mais mieux que
persoijiie il savait que khosrew était renneaii juré de Méhëmed-Aiî et la créature de la Russie; il ne doutait pas que le vieux Topai ne poussât à outrance une guerre impie eulre musulmans et ne livr&t la flotte d'abord, FÉtat ensuite, à ses aaiis les Russes. Halil était comme lui vendu aux étrangers, et le nouveau monarque était si jeune encore qu'il nYtail qu'un esclave entre leurs mains parricides. « C*est pourquoi^ continua Qsman-Bey, cousidtiant déjà notre empire comme au pouvoir de la Hussici ne voyant au^ cun autre mojeu de culbuter d'mdignes usurpateurs qui machinent ia ruine de TÉtat, nous avons pris la rcsolulion d'avancer du côté d'Alexandrie, afin de négocier une paix durable avec Méhémed^AIi, et d'engager le serasker Hafiz, ami du grand-amiral, à suspendre les boslilités. » La fin de TefFusion du sang musulman, l'appui que devait Dccessairement oiirir une alliance sincère avec le Vice^Boi, l'expulsion des traîtres et ia conservation de Tempire, lurent en même temps énoncés avec ces circonlocutions vagues ou ia langue turque laisse la pensée louvoyer, et dont une traduction française plus resserrée ne réussit pas toujours à préciser le but. Il ajouta que ce projet , pesé et accepté par les
IID DSUX AfTNriËS felr ORtBift,
hommes les plus influents de Tescadre, avait été
aussitôt misa exécution, de peur que de sourdes intrigues ne vinssent altérer la fidélité et la discipline des équipages qui , malgré leur attachement au capitan-pacha^ pourraient ne pas être à Tabri de la séduction.
Tout cela ne manquait ni d'adresse ni de vraiseniblauce. La iuorl du Sultan, dont les approches successi vesavaien t été masquéés par la préoccupation des événements publics et Ténergique dissimulation du malade, cette mort semblait si soudaine, elle était d'ailleurs si récente, qu'elle ne se refusait pas à la supposition d'un dénouement oriental* La part avérée de Khosrew à la première guerre de la Porte contre Méhémed- Âli justifiait l'imputation d'une nouvelle guerre au profit de sa haine, et, aux yeux de tout le monde, la situation de Feropire paraissait une occasion russe à laquelle les instruments ne feraient pas défaut. D'ailleurs, ce qui soutenait ce tissu d'asseï lions iiiciisuugères ou basai dées, c'était la croyance des auteurs du récit à la réalité des œuvres sanglantes du grand-visir; sous le coup qu'ils voyaient suspendu, ils débitaient leur fable avec une impudente sincérité de frayeur. Enfin dans l'exposition de leur plan se retrouvaient les deux mots de passe auprès d'un
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foncùonnaire du gouvernement français : paix de rOrieDt et oppositiou aux eavahissemeuts de la Russie.
Après avoir atteutivement écoulé cette laborieuse confessioD, JH* Lalande observa que, puisque le capitan-pacba lui envoyait iaire ses confidences, il lui devenait nécessaire de connaître à foad ses projets ultérieurs, pour être à même d'assedir une opinion sur la position qu'il s'était faite aussi bien que sur le motif de cette communication iinp|évue| et il désira savoir pour-* (juoi ron tlail ainsi venu de l'avant vers lui. Le reala-bey^qui avait eu précédemment alunis un échange de bonnes relations avec l'amiral françaiS| se décida, non sans quelque hésitation, à avouer que le capitan-pacha avait pu craindre, d'après ce qu on lui avait répëté, qu*il ne voulut point le laisser passer. Le grand mot était lâché. it J'avais deviné le motif de votre démarche, dit M. Lalande à qui le point capital de ces longs épan> cliemeots embarrassés n'avait point échappé, et c'est pour en acquérir la certitude que je vous ai adressé ma question. Jusqu'ici je n'ai point eu Tordre d'empêcher la sortie de l'escadre. On en a ^arlé à Constanliuuple, je le sais^ mais mes instructions me prescrivent uniquement d'empéclicr, autant que possible, un coiillit cnire
votre escadre et celle du pacha d'Egypte, dans
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rintérét même <le Tempire ottoman» Maioteoaul ce n'est plus pour faire la guerre que vous sortez, c'est pour faire la paix. La circonstance n'ayant pu être prévue par mes instructions, pour ma part je ne prétends mettre aucun obstacle à Totre sortie et à vos intentions pacifiques. La paix est conforme aux vues de mon gouvernement; selon mon opinion, la paix est Tunique moyeu de protéger votre pays de toute atteinte ennemie. »
La question avait été nettement posée et résolue; Osman respirait plus t Taise. Toutefois Tensemble des circonstances présentait un aspect tellement insolite que Tamirai crut devoir insister sur ce que la mesure projetée entraînerait peut-être de graves conséquences. Sans rien voir en ce moment qui Tautortsàt à s'ériger en juge du dissentiment qu'on lui signalait entre le capitan-pacba et le grand-visir, c*est-à-dire entre la troisième et la seconde personne de TËtaty il n'en déplorait pas moins cette guerre de tamille qui ne pouvait être que très préjudiciable au jeune Sultan et à l'empire, c £n vérité, répéta-t-il plusieurs fois, il serait indigne de bons musulmans de compromettre des intérêts aussi précieux, aussi sacrés pour sauver leur vie qu'ils croient menacée, et pour ma part je ne saurais que vous détourner de tout ce qui ris*
qu^ail d'amener un résuitat aussi déplorable. > Osman-Bey protesta avec chaleur que le capilanpacha^ qui devait tout auSultaa Mahmoud, eiaii dévoué à son fils, et ne voulait agir, même en se compromettant, que dans l'intérêt du jeuue huu- Terain.Ce qu'il y avait de plus urgent, c'était d*ar« rêter la guerre près d éclater; aussi, quoi qu'où pût penser de sa conduite, dût • il ne réussir qu au prix du sacriGce de sa réputation, son dessein était d'y consacrer tous ses efforts et de se rendre en Candie, d'où il entrerait en négociation avec Héhémed-Ali. A ces mots Famiral olïusqué déclara qu'aller s'établir dans un port de la dépendance du Pacha ce serait faire mettre leurs bonnes dispositions en doute et provoquer à bon droit les reproches de défec« tion, de trahison même. Tant que la paix ne serait pas conclue, Us devaient considérer le Vice- Roi comme une puissance en guerre; ils ne pouvaient donc aller eu Candie : s'ils y étaient reçus en ennemis, ils travailleraient contre leurs intentions pacifiques, et s ils étaient accueillis eu amis, ils seraient accusés de trahison, a Comment faire alors? répliqua Osman; car, pour traiter avec Méhémed>Âli, il faut nous rapprocher, et comment y parvenir sans risquer de combattre, puisque la gueri*e est déclarée? — Puisque vous me demandez mon avis, répondit 11. d
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ramiraly je vous térai remarquer que^ pour inet> tre ses intentions à couvert, le capilan-pacha doit aller prendre position dans un port turc* S'il n'ose mouiller à Scio ou à Boudroum, soit à cause des intrigues qui pourraient indiscipliner ses équipages, soit en raison d'un ëloignement trop grand de l'Egypte, il a Macri^ Marmarizza et Rhodes y où il sera avantageusement placé pour éviter ce qu'il craint et laire ce qu'il désire. » Ce ne fut pas sans quelque peine que le reala-bey se laissa convaincre de la sagesse de ce conseil; il finit pourtant par exprimer TassUraiice que le capitan-pacha s'y coniunueiait, assurance peu sincère il est vrai, mais hommage obligé à la loyauté de son interlocuteur, qui s'effarouchait de l'ombre seulement d'une trahison i L'horizon de l'Orient semblait chargé de tant d'événements orageux que Tamirai entrevit la possibilité d'une intervention de l'Europe. Dispensée de veiller sur le rapprochement, désormais inoffensif, des flottes égyptienne et turque, ' l'escadre française pouvait du moins rester à son poste, et, dans le cas où les Russes marche^ laient sur Constantinople, être prête à passer les Dardanelles. Avoir à forcer ce passage, que depuis quelques auuées l'iuiaglualion politique a ^nt de fois fait remonter par une intrépide cuajuratiou de voiles, c'était pour un officier de
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marine une bonne fortune en perspective dont
il ne déguisait pas sa satistactioni quoique à ce sujet il n'eût encore reçu aucun ordre de son
gouverueiuenl. Eu uiéme temps il exprimait l'espoir que l'escadre anglaise viendrait bientôt
moutrer son paviliun ami à cùlé de celui de la France.
Ce qu'espérait M. Lalande, Osman Tappréliendait. Il ne cacba point qu'il craignait de rencontrer Tescadre anglaise, dont, selon lui sans doute, tout autre projet que la guerre eut médiocrement obtenu la faveur; il demanda même ce qu'il conviendrait de dire à l'amiral Stoptord. « Ce que vous venez de me dire, si c'est la vérité, fut-il brièvement répliqué, je ne pense pas que l'amiral Stopford y trouve plus que moi une raison de ne pas vous laisser aller où vous voudi*ez.»Le reala*bey se montra peu tranquillisé. Supposant peut-être, d'après la grossier c interprétation de la politique française par les Turcs, qu'un avantage fait à l'Egypte devait être indifféremment secondé d'un Français, convaincu de rintérét que l'amiral prenait à la pacification de l'Orient , il le pria , afin de leur faciliter Texécution de leur projet, de les accompaguer^ft Allons donc! » lui repartit-on avec une vivacité militaire ; de leur donner du moins un vaisseau qui les escortât et un oflicier qui leur
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servit <Je garaulier L'amîral de rejeter bien loin ces propositions, en répétant qu'y accéder ce serait avoir l'air de prendre parti dans le difTérend du capitaui-pacha et du grand* visir, et qu'il ne lui allait puitit de s'umniscer dans leurs querelles de famille. Le but de leur démarche ne lui en faisait pas perdre de vue le puiul de départ obscur , passablement louche, et ce n'était pas lui qu'un pouvait ciUraîoer hors de sa ligne de circonspection. Osman insista: entre eux et l'escadre britannique il sentait la nécessité d*un intermédiaire, et, n'osant exprimer le motif de son insistance, il représenta que, faute de pouvoir aviser la Hotte égyptienne de leurs desseins pacifiques, une collision s'ensuivrait peut-être. Le devoir de INI. Lalaude étant de la prévenir» il promit d'expédier, comme cela avait toujours eu lieu précédemment, un brick dans les eau\ de la flotte ottomane. « L'année dernière, fit- il remarquer en passant, le capitan-pacha en avait témoigné du mécontentement, et^ par égard pour sa susceptibiliié, j'avais décidé de n'eu point envoyer cette année. Mais puisqu'il change d'avis, je vais faire observer la iluUe par le Bou^ gainviUe^ et je donnerai ordre au capitaine, en cas de rencontre, d'informer l'amiral égyptien des dispositions du capitan-pacha. »
Enfin, tous ces points convenus, le reala-bey,