‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 23 sur 86 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

guste maître, avec i'aide de ia volonté divine, iera le Ihmiheur de toutes ses piovincet et de tous ses peuples. Or,

comme il est évident que ce but ne peut être atteint qu'en vertu de l'union et de rharm(Mnt' des Osmanlis, je vous écris la présente lettre dans Tespoir qu'attendu la sagesse et la perspicacité qui vous distinguent, attendu la volonté buprême de Sa Uautesse, V otre Altesse voudra bien ou- Uîer tout ce qui s'est passé, faire son entière soumission, retirer les troupes qui se trouvent à son camp, et agir à Pa venir d'après les principes de l'union et de T harmonie. »

Telle était donc 1 offre adressée au Vice-Roi , rtiérédité UDÎquemeDt pour l'Égypte, cHre déjà refusée en 18^7 de la part du Sultan lui-iuéuie ! L'implacable Habmoud était<-il encore vivant? était-ce le camp impérial qui avait \aincu utie quatrième fois? 11 est vrai que, pour atténuer Tanachrunisme de la propubllion, le grand-visir l'avait antidatée et la faisait gracieusement émaner du jour méiiie Je l avenemeiil j luais le Peik'ul-Chevket n'était parti que le 5 juillet et tout se savait alors. En replaçant inflexiblement dans l arène des négociations ia proposition même sur laquelle le sang ottoman venait de couler, le ministre du nouveau souverain préludait-il heureusement à l'union et à Tbarmonie dont il se faisait le prédicateur? Kbosrew espérait-il toucher Héhëmed-Ali par Tinvocation de

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leur vieille atuitië? Car selon les circonstances o*est sous le nom d'amitié ou dlnimitié que les deux visirs considèrent leui b anciennes relations. Méhémed-Ali| réduit par le sadri-azhem à !'£gyple poiii apanage, reconnut la fidèle amitié du pacha qu'il en avait expulsé; il s'en irrita et sou^ ril dans sa barbe. Sa bonne fortune lui avait ménagé les moyens de soutenir ses prétentions, de maintenir le pied d'hostilité, et peut-être même de le renverser à Gonstantiuople comme il l'avait renversé au Caire, sans faire passer le Taurus à son armée. La flotte ottomane n'avait pas été si bien retenue dans les Dardanelles qu'elle ne fût déjà à sa disposition, et le Nil ne lui portait-il pas l'autorisation d'arriver? Le message dont le Papin était chargé pouvait seul changer la détermination du capitan-pacha.

Cependant, malgré ses perpétuelles appréhensions, Gonstantinople s'apprêtait à compléter rinauguralion du nouveau règne par la célébration du Taklidi-Seif. Le sabre , voilà en Orient le signe du pouvoir, voilà le sceptre musulman; la cérémonie par laquelle on ceint le sabre àii souverain répond au couronnement et au sacre. C'est avec le sabre que les califes de Badgad avaient conféré l'investiture aux conquérants tartares qui violentaient respectueusement leur pontificat. Telle qu^elle se prati(]ue aujourd'hui,

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la cérémonie date de Blahomet IL Bd méfto

temps qu'il fixa la capitale en an le de Tempire d'OsmaD daos la niagoifiqae résidence deConatantiiioplc, il \()uUil i chausser par une sanction religieuse le pouvoir de sa maison. Or, à cette époque il ne restait du califat qu'une ombre misérable, asservie aux mamlouksd'Égypte. Est-ce dans cet avilissement qu^eût habité la puissance de la religion ? Ei^ilée de son centre glorieux et n'en ayant point retrouvé d'autre, elle était dispersée dans des hommes d'une piété exemplaire; c'était le règne des saints et non celui de Téglise. £n attendant que Sélim P' s'emparât de 1 héritage spirituel des califes, Mahomet II, dont la nouvelle capitale était digne de Tislamisme même, pré- , para cette conquête du sacerdoce en découvrant, hors de toute autorité, le secret d'une irrécusable sanction. S'il reçut le sabre du fameux cheikh Ak-Clituis-uil-Din dont il était toujours accompagné, ce ne fut pas aux mains de ce pieux persomiage qu'il emprunta la vertu consëcratrice, ce fut au tombeau de l'un des antiques iiiai U 1 s de la foi, ce fui au premier âge de Tislamisme visible dans ce monument. Suivant la tradition, le porte-étendard et Tun des plus illustres ensarioun ou compagnons du Prophète, Ejoub, avait été tué sous les murs deConstantiuople, 1 au 4^ de i'hégyre (668 de J.-C), lors du

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siège tenté par Yezid, fils du calife Moaviab l^r • an mourant il avait prédit qu'un jour un prince musulman s'emparerait de la ville des Grecs et honorerait son tombeau. Mahomet II avait pris

la ville; il fallait un miracle pour retrouver la tombe: la tombe fut i-etrouvée; il la recouvrit d'une mosquée y et désormais la maison otto* mane eut aux portes mêmes du chef-lieu de Tem* pire une source indépendante de son investiture, un don céleste de consécration en propriété ^. Selon Tusage, la céiémonie devait suivre de près Tavénement; elle était fixée au 1 1 juillet.

Une question sérieuse tut pi éaiablement agitée dans le divan : le nouveau monarque serait-il sacré le fez ou le turban en téte? Le cheikh-ul-

(i) Mabomei II invîu Ak-Chem8*iMl*DiD à demaQder à Dieu où M troQViU la tiMnbeaii d'fijoab; le cheikh, après

de longues prières, eut une vision dans laquelle Eyoub lui-iiiéiiie désigna le lieu de sa sépulture, et l'assura qu'en creusant la terre à l'endroit indiqué on découvrirait une source d'eau vive et on marbre blanc avec une inicriptioià eo hébreu. Le lendemaio, il conduisit le Sultan dans le faubourg qui depuis a pris le Dom d'Eyoub^ et iit fouiller devant les murs du c6lé de Touest; on y trouva en effet une source et une grande tombe. Dès que le turbé en l'honneur du compagnon du J-iojilu'le fut élevé, Mahomel 11 , accompagné dts principaux ulémas, s'y rendit eu grande pompe, et reçut des main» d'Ak-Chems-ud«Din ud cimeterre magnifique; ses successeurs se sont conformés à cet usage.

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isiam déclara qu'il n as&ilerait point au Taklidi' sei/si le Sultan ne reprenait le tnrban ;le grandvisir se prononça énergiqueoient pour le fez. La querelle fut violente : c'était la querelle même delà iradilion et de la réforme, L'ex-bach-vekil, Réouf-Pacha, président du conseil suprême de justice, s'iiiteiposa avec gravité; ii iit observer que Tadoption du kaouA paraîtrait au peuple le signe du retour à rancieu régime, et que ce serait un attentat à la mémoire du feu Sultan , un encourayeiiient aux ennemis du nouvel ordre de choses. Le cheikh-ul^islam répliqua que le Sultan Mahmoud lui-même avait été sacré avec le turban, et que l'introduction récente du fez ne pouvait porter atteinte à un usage d'une vé* nérable antiquité. Sans comprendre qu'il était à propos d'éviter tout ce qui pourrait relever de factieuses espérances, il s'enlèla à réclamer, du moins pour Tinstanl de lacérémonie, la réapparition de la coiffure solennelle des princes ottomans; comment lui serait-il possible» ajoutait-'il, de reconnaître l'héritier de la majesté sainte des califes sous un fez qu'il nommait avec indignation un chapeau, et même un laid chapeau?

« Par Dieu et son Prophète! s'écria le grandvisir rouge de colère, vous serez présent au sa* cre de Sa Hautes&e avec le fez^ ou dès cette nuit je vous fais déposer. » L'argument était vigou*

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reuxy et itupliquail même uu autre argument përemptoire : le laoet ou le canal. Le cheikh*ul« islam ne se soucia puiut <l*étre le uiartjr du turban; il justifia sa résistance en prétendant n'a» voir clé que Torgane du corps des ulémas, et demanda pour eux le droit de paraître en celte occaMuii avec leurs anciens costumes. La transaction fut acceptée* Quant aujeune Sultan, bien que la sultane Validé se fut, dit-on, décidée en faveur du âoouâ^ il avait énoncé l'intention de ne rien changer à ce qu'avait établi son père.

Le 1 1 juillet, dès le matin, Stamboul était debout, Stamboul était envahi par les habitants des faubourgs dont s'embellissent à Tenvi les deux rives du Bosphore. C'était là qu'abordaient ces milliers de kaiks qui , s'élançant de tous les points des côtes de l'Europe et de l'Asie, glissaient sur le bleu de la mer doré de soleil et blanchissant d'écume, s'entre-croisaient , s'évitaient, cherchaient à se gagner de vitesse, se cédaient le passage et frappaient en cadence cha<cun un nombre inégal de paires de rames selon le rang des passagers ; flottille immense transportant une migialiuu coniplt le des diverses races qui en peuplent les abords. Cette foule se distribua autour de la mosquée d'Eyoub, sur la route qui, de la mosquée à la porte d' Andrinople, suit extérieuituicul 1 euccmLe des vieux murs

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grecây et dao&la loogue rue qui de celte porte s'étend jusqu'au serail en traversani la ville. Celait ritiuéraire du cortège. Au& fenétres^à toutes les ouvertures des boutiques, louées à des prix exorbitants y s*emprei»saieot d autres curieux^ dont plusieurs avaient même passé la nuit dans ces domiciles improvisés. L'aiiluence des femmes surtout était prodigieuse ; un spectacle est si rare pour cette moitié sédentaire de la popuiatioQl£lles étaient toutesaccourues, toutes elles étaient présentes, celles-ci dans les maisons, celles-là sur des estrades qui leur avaient été réservées dans les rues, la fleur des dames turques, grecques et arméoienpes en arabas dorés. Pour chaque féte il y a toujours une place assignée aux femmes; c'est encore le harem en plein vent et personne n'oserait le coudoyer. Le res* pect des femmes, né de la solidarité de toutes les jalousies et de toutes les susceptibilités viri*les, est si profoiidément consacré parles mœurs publiques qu'il suffit à tracer entre le sexe féminin et la circulation tumultueuse de la cohue mâle une barrière inviolable.

Cest en un jour pareil que Constantinople se manifeste avec le faste de ses races^ de ses costumes et de ses idiomes. Turcs, Grecs, Albanais, Bulgares, ArméuieDS,Kurdes, l^ersans^ Levantins, Arabes, Barbaresques» Juifs, etc., les uns liabi-

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tants de la cité et de ses environs, les autres botes passagers du grand carayansérail, quelle différence de traits n'oûre pas cet assemblage immense 1 Dans ces vêtements serres ou amples, courts ou traiiiauls,dans ces coiifures circulaires, cylindriques, pyramidales, dans les chaussures même qui se traînent sur le sol ou s'y fixent paliemmenty quelle diversité de (ormes, d'étoffes, et de couleurs ne ressort pas de ce péle-niéle où bruissent confusément les sons de tant de langages ! L'Orient est toujours une image de la tour de Babel pour les yeux, il en est un écho pour Toreille. N'est-ce pas sa destinée? La sévère unité y manque. Sur le même terrain se pressent trop de familles humaines dont le sang ne se confond pas, et qui, en se touchant les unes les autres, se perpétuent dans leur intégrité avec toute la rigueur des séparations géographiques. La conquête est leur lien; tour à tour Tune d'elles commande et forme un empire où se hiérarchisent ces tribus. Ainsi va ce monde qui exclut Funiformité civile, politique, religieuse, qu'à défaut de Tunité animera peut-être un jour 1 harmonie, mais qui à cette heure, tel qu'il est, par l'une de ces journées où il s epand sur les ondulations de sa terre riante, où il s'épanouit avec louie sa variété sous la tente splendidement illuminée de son ciel^ présente un de ces merveil-

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