‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 24 sur 86 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

leux spectacles dout Tlilurope ne peut plus entrevoir qu'un échantillon mesquin à la p&le lueur

de ses théâtres.

Pour la première fois FCurope, dans la per*

sooue de ses représentants, fut conviée au couronnement d'un Sultan. Â Kouiou-Bacbi, en dehors des murailles, sur une légère élévation ombragée de quelques arbres, plusieurs tentes, richement meublées à la ftanquei avaient été préparées pour le corps diplomatique, les étrangers de disliiiclion et leurs raaulies. Des billets d'invitation, rédigés en français et imprimés, leur avaient clé adressés; à leur débarquement à Haivan- Serai, des voitures européennes et des chevaux de selle les attendaient pour les lrans-> porter aux places réservées.

Une salve d'artillerie annonça que le Prince partait du palais de Top-kapou. Précédé et suivi d'une vingtaine de kaîks dorés, le kaïk impérial où Abd-ul-Medjid était assis sous uu dais de soie écarlate à franges d'or, emporté par treize paires de rames, reçut en passant le saluL de quelques bâtiments pavoisés, seul reste de la flotte qui manquait à la décoration de la fête, et vint aborder à 1 échelle la plus voisine de la mosquée d'Eyoub. Le Sultan monta à cheval, et s'y rendit en traversant le faubourg qui en porte le nom. Célèbre par sa distinction privilégiée, la mosquée

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d'Eyoub doit aussi à la tombe et à la source mi-

raculeuseaienl découvertes les visites fréquentes des croyants ; Teau, enfermée dans un puits » abreuve leur soif pieuse, et ils y laissent des offrandes d'argent, d'aloés, d'ambre gris et de cire blanche ; aussi est-elle constamment ouverte, et deux lampes y brûlent nuit et jour. Dès qu il y fut arrivé, Àbd-ul-Medjid entra seul dans i!ine place élevée et grillée où il fit sa prière, Ensuite il se rendit, entouré des grands dignitaires de Tempire^dans le turbé séparé du temple par une cour carrée; là, près de la tombe, à la téte de laquelle est plante en terre un étendard enveloppé d'une draperie verte, emblème de l'emploi du glo rieux porte-enseigne, il fil une aulre prière, et à sept heures vingt-trois minutes à la turque, heure déclarée propice, il reçut un sabre luaginfiquement orné, d'un prix de quatre millions de piastres; sabre antique, dit-on, mais dont chaque avènement renouvelle la monture en pier«

reries; il le reçut dc6 mai us du cliei des cliérifs ou descendants du Prophète^. Cette cérémonie

(i) SeloD toutes les versious .ad éditées, c est au cheikh des derviches meTlevi, dont le chef d'ordre est ea tckié de Koniehy qn'est réservé le privilège de oeîodre le sabre eu Sulun.

L'usage parait être tombé en désuétude ou a cQu pas d'une nécesâiie riguureuseï et cet hoooeur fut dévolu au chef des ché«

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dura trois quarts d'heure el n'eut aucun témoin profane.

Au sortir de la mosrjiiée où le Sultan avait re* DOué la tradition religieuse en reniootaut jusqu'à Mahomet le Prophète, il se dirigea rers la ville, pour y rentrer par la porte d'Andrinople; comme si cette marche autour des murailles byzantines irréparées depuis le siège de 14^3, sur les traces même de Mahomet le conquérant, de* vait figurer pour chaque souverain la prise de possession de la capitale et le rattacher aux tra« ditions politiques !

Tout commença à se mouvoir» On vit alors passer isolément, précédant de bien loin le cortège, un nain, avan t<<K»ureur grotesque delà procession orientale. Célait avec ce nain, une vieille femme el un vieux kbodja ou précepteur, que le prince héréditaire avail été élevé. Le premier jour t^u ii fit acte de souveraineté en se rendant, le vendredi (5 juillet), à la mosquée de Bayezid, à quelques pas en avant de lui, ce jouet de son jeune âge, sous des épaulettes de colonel et sur un ^cheval

rifa oa Nakih'»!*£chr^ff, Ce pertoniMig», Vua dei plus él«vëi de U hiérarchie religieuie, est rarement prooin en rang de

cheikh-ul-islam; les Turcs y attachent un présage dé fa voi able, et ils raconlenl que Sélim fut détrôné quelques mois après avoir Dommé graDd-miiphti un chef dee chérift pour leqael MO amitié avait dédaigné le préjngé établi.

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arabe magnifiquement harnaché , pavana son

monstrueux personnage, pour lequel il semblait y avoir aussi un avènement. Avec moins de bon goût que de fidtiitë à ses attachemenls, Abd-ul- Medjidy en ce jour même, voulait honorer publi- <}uement son ami, c est ainsi qu'il nommait le disgracieux compagnon de son enfance, et ce ne fut pas sans peine que le grand-visir épargna un ridicule à la solennité du couronnement.

Bientôt s'avancèrent en téle du cortège les of* ficiers supérieurs des troupes en garnison à Gonstantinople, vêtus de Tuniforme européanisé; suivaient sur deux files les ulémas, tous à cheval, et radieux de la permission d'étaler au grand jour leurs turbans traditionnels qui s'étaient éclipsés sous Faîtière prédominance du signe de la réforme, volumineux turbans blancs ornés d'une bandelette d'or plus ou moins large selon le rang du dignitaire. Entre eux se distinguaient les deux cadi-askers, chefs des deux corps judiciaires d'Europe et d'Asie, les deux bias de la justice ottomane. Aux dépositaires de la loi succcclèrcnt les cbérifs ou descendants du révélateur de la loi; iamille déchue,«sous tant de dynasties qui se partagèrent Tislamisme, de tous les privilèges de sa généalogie, n'en ayant conservé que le droit exclusif de porter dans son tur** ban et sa robele vert, couleur du FropbètCyet de

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se produire, dans les occasions solennelles, en re«

lique vivanlo de lapùlrc de Dieu, relique tristement dégénurée l Venaient ensuite les ridjals, c'esl-à-dire lous les fonclionnaires supérieurs on activité ou hors du service, les visirs dont le fez est relevé d'une plaqued'orenrîcliie de diamants, le kyziar-aga, chef des eunuques noirs, ayan t t nng de pacha, les ministres et les deux beaux-frères du Sultan. Chez les pachas le coslume européen se dissimulait sons l'ampleur flottante d*un manteau noir.

Ainsi précédés marchaient de front les deux lieutenants du Padischali, l'un spirituel, 1 autre temporel, le grand-muphti et le grand-visir, qui, dans les circonstances présentes, personnifiaient le génie de la tradition et Tesprit de la réforme, en lutte ouverte la veille, alitcLinl aujourdluii une touchante concorde ; le cheikh-uUislam, le turban en icte et un long manteau blanc sur les épaules; le sadri-azem, coiffé du fez et velu d'une blouse bleue, son costume de prédilection. Partout où khosrew passait, la tbule, par un silence soudain^ rendait un hommage de respect et de terreur au visir eu qui reposait la force de l'empire et la sécurité de la capitale. Ce vieillard qui, par une rare exception à la durée des visirs ottomans, avait traversé, toujours puissant ou influent, tant d années semées de tant de vicissi-

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