‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 27 sur 86 · CHAPITRE Xi. ICI · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xi. ICI

nerson appui an nouveau Sultan et pour ajouter

à la force de reiupire, il ne souscrivit point à une abnégation trop magnanime sads doute pour u'êlre pas conseillée, Irop stérile pour élre pratiquée. Le consul générai de France et le comle lie Lnrde, [>r é\ oyant juciicieusenienl que cette flotte deviendrait l'occasion de graves complications diplomâtiques, s'eflbrcèrent de le décider, dans son intérêt même» à la restituer; mais M. de Lui de retourna occuper 6on poste à Con-

stantinople sans avoir réussi dans une réclama^ lion dont le succès était impossible.

Une noie que le Vice-Roi adressa aux consuls, et qu'il les pria de transmettre aux ambassa* deurs près de la Porte, posa neltemeut, dès le même jour, son ultimatum*. En leur communiquant le projet de sa réponse au grand -visir toucbanl les propositions qu'il avait reçues et les prétentions dont il ne se désistait point, il dédara ne vouloir rendre la flotte qu'après avoir obtenu l'hérédité de ses gouvernenienls et que lorsque le grand-visir Khosrew aurait été éloigné des affaires. Alors il éiaii prêt, sur une in* vitation de son souverain, à se rendre seul à G)nstanliuople, pour faire acle d'iiomruage envers le jeune Sultan et lut ofirir le soutien de

(i) Voir aui pièces jiisUficatives«

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sa vieille expérience. A cette note étaient joints UD abrégé de la biographie politique de Khosrew et un récit arrangé de la défection de la (lotte, qu'il représentait comme Tœuvre commune de tous les officiers, jaloux de renverser dans le grand-visir un ministre anti-national.

Si Mchémed-Ali avait le droit de retenir la flotte jusqu*à un arrangement définitif, exiger la retraite de khosrew fut un tort et une faute. M était-ce pas sedépartir de la défensive où ilavait su si liahileiiient se uiaiiitcnir, et commettre un acte d'hostilité contre le nouveau souverain que de fixer pour condition à un arrangement le renvoi du premier ministre? Compliquer sa demande par cette exigence hautaine, c'était s'enlever le crédit de sa victoire et remettre mal à propos le sort de ses sollicitations à la merci d'une sorte de duel avec khosrew. Qu'il demandât la concession de tous ses gouvernemeots,^l usait de la victoire; un seul cheveu du grandvisir» il paraissait en abuser contre Tautorité personnelle du Sultan qu'il lui importait de se concilier et de respecter dans sa débiUté. On se tromperait pourtant si Ton ne voyait dans ce procédé, sans adresse et sans convenance, qu'un acte aveugle de rancune. L'inimitié tenace de Khosrew, manifestée par ses propositions, fai^ sail de sa présence aux affaires un obstacle qu'il

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avait à gagner» à tourner ou k vaÎQore. Il se (laita

de le vaincre d'un seul coup en représenlant celte retraite comme une aorte de justice aoleii* nelle qui s'accomplirait aux applaudissements de la oatiou. kliosreWf malgré ses talents et ses services, était scandaleusement dÀ^rié dans tout l'empire; c était même sur une calomnie à laquelle son caractère connu avait donné de la [)robabîlité que la iloLte avait (juitté les Dardanelles. Le Vjce-Roi crut sa perte facile, et sans doute il ue lui (achait pas de faire sentir la iiàain d un vieil ami au sadri-azem, qui semblait n'avoir atteint le rang suprême à la fin d'une longue carrière que pour assouvir des ressentiments invétérés* Enfin, jaloux d'effacer entre le nouveau souverain et lui le souvenir de toutes ses querelles avec Mahmoud, le Paclia se crut assez haut placé par les événements pour faire du grand*visir le bouc émissaire de sa réconciliation et de la pa^ ciiicaliuu de llslam. Mais ce que Méhémed-Àli perdit de vue, c'est que les concessions même qu il demandaiuievaient iaire suspecter le motif de son eûgence rdative à Khosrew ; c'est que, s'il était assez sincèrement attaché à Tempire et à la gloire de sa nation pour s'y dévouer sans réserve une fois ses vœux satisfaits, le sérail et le divan, dans leur éternelle défiance, trembleraient de se mettre à ba discrétion ^ c'était assez de la iluUt^.

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Telle fut son erreur; surtau I il oublia que l'Europe

était ta, curieuse d'intervenir. En ce moment il croyait à l'Orient comme il croyait à lui*méme;

sous son ciel éblouissaiil de clarté il ne vit pas les influences étrangères prêtes à peser sur ce monde.

Ce fut là te sentiment qui se manifesta lorsque, le i6, le capitan-pacba vint lui présenter plus de soixante-dix ofliciers turcs, amiraux et commandants de la flotte, pachas, colonels et officiers des troupes embarquées. En entrant ils voulurent déposer leurs sabres; il ne le permit pas. L'un après l'autre ils passèrent devant lui, firent leur baise-pied, et se placèrent ensuite sui deux rangs. Méhémed-Ali prit alors la parole au milieu d un respectueux silence, en présence de tous les résidents européens. « Mes enfants, dit-il, nous sommes tous une seule et même nation. Désormais personne ne doit dire : « Moi je suis Egyptien, moi je suis Coustantiuopolitain; » nous n'avons tous qu'une même croyance et qu'un seul souverain. 11 faut de Tunion pour rendre à l'empire sa force et sa grandeur^ il n'est pas florissant aujourd'hui; notre union pourra le relever et lui rendre son ancienne durée. C'est à ce but que doivent tendre tous nos efforts. Je n'ai jamais eu d'autre désir que de coopérer à l'anVanchissement du

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troue et à la prospérité de la uatiou, et je suis dévoué de corps et d'&ine à notre Ires haut et très puissant souverain, que Uieu lui accorde mille ans de vie ! Notre Sultan est un beau dia-

mau sans tache ; si de mauvais souffles le ternissenti ce ne sera que par nous. Vous comprenez que je veux parler de khosrew-Pacha, dont les conseils ont été déjà si pernicieux, à l'empire; car s'il restait à la téte des affaires^ il en consommerait la ruine II faut le mettre dans Timpuissaiice de cuutiuuer à nuiie. C'est un devoir pour tous. »

Ces accents de concorde fraternelle dans la bouche du prince victorieux à ISezib, cet appel au sentiment d'une crovanoe commune et d'une même cause, émurent profondément tous les auditeurs. Il n'y avait plus ni vainqueurs ni vaincus; il n'y avait là qu'une même famille, qu'un seul ennemi, l'ennemi du bien public, Khosrew, et par-dessus tout un homme puissant et glorieux qui parlait avec une énergique sincérité de la régénération de l'empire, ce réve de Méhémed-Ali qui , d'instinct et de cœur attaché à s<i iiatiuiialité, n a jamais envisagé sa force en Egypte que comme un moyen d'en relever la gloire. L'enlhousiasme fut unanime, et les officiers adhérèrent pleinement à ses intentions* Alors Mustapha Taelia lui demanda s'il Irur per-

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mettait d'échanger leur costume contre celui

des vrais croyants ; c'est ainsi qu'il nommait le costume adopte en Egypte, qui ne s'éloigne point de Tancien habiileinent turc. Tel a été en effet l-art de Méhémed-Ali d'opérer des innova-» tions en respectant la forme j lui-même il caractérisait se» procédés en disant à Âkhmet:

« Vous autres, à Constanlinople, vous avez pris rhabit franc et vous agissez avec des têtes turques; moi, j'ai garde riiabit turc et j'agis avec une téie Irauque. » Il les laissa libres de revêtir ce nouveau costume, en ayant soin d'ajouter que nul n'y serait forcé; mais avec quelle secrète joie ne voyait-il pas les Osmanlis de Stamboul se rallier à son drapeau de i Egypte ! Ces jours furent beaux pour Méhémed-Ali; vainqueur d'une armée, possesseur d'une flotte» réunissant autolir de lui Turcs et Egyptiens, prévenant par son ascendant toute rixe entre les Arabes el les Ottomans^ assurant la tranquillité de leurs relations par de sages mesures de détail sur le tarif des denrées et la valeur des monnaies, recevant de son fils Ibrahim la nouvelle de députatious incessantes de toutes les parties de l'empire qui venaient faire leur soumission au camp de Marachy espérant que ses prétentions pour sou œuvre et sa famille lecevraient du jeune Sultan une satisfaction entièrci souriant dédaigneuse-

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ment de rimpuissanoe de KboBrew, aiailre de

k situation et plein de Tidëe qu'il allait couronner sa gloire en mettant les mains à la res-

lauraliuu delà monarchie, le l'acha clailaluis à l'apogée de sa fortune.

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