‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 28 sur 86 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

Ectour il'Akif-Effeiidi à Gouilaiitiiiople. — Letira de Méhéiiied*A.lî à Khoirtw. — Grenlaire aux pachas. -^NouvalU

klire de Méhémed-AU. — DélilicTai ion du diT.in. — Noie collective du 27 juillet. — M. Anselme à Alejuodrie, Correspondance du gfaad-visir et du Vice*Eoi.

Cooslantinople était gravement émue. Ibrahim ne s'avançait*!! pas au-delà du Taurus^ et puuvail-ii une seconde fois perdre l'occasion de planter ses drapeaux aux portes de la capitale? Kul obstacle sur sa route. Armée vaincue, armée débandée; ici poursuivie et traquée par les Kurdes, là désertant, ailleurs pillant villes, villages et caravanes, la déroute se traînait dans la détresse ou dans d horribles ravages. Hafiz-Pacha luî*>mérae, à la téte de quelques milliers d'iioiniiies, avait été attaqué par les populations du Kurdistan en révolte, obligé, après une vive résistance, d'abandonner son trésor de 97,000 bourses (3,3^5,ooo fr.), et avait pénible*

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meut gagué Malatia. Qui aurait arrêté le vainqueur? les corps de réserve? ils étaient complé** tenient démoralisés. Surla nouvelle de la bataille de Mézib) le corps dlzzet-Mébémed, pacha d'Angora, s'était même mtitiué et avait pillé la caisse, et eût infligé à ce pacha, si deux cents seymens ne lui étaient restés iidèlesi le châtiment de sa cruauté et de ses exactions. Les pachas en route avec leurs contingents de troupes rétrogradaient, d'un côté le pacha de Bagdad, de Tautre le pacha de Trébizonde. Les chemins étaient libres. Cependant Ibrahim ne bougeait point de Marach.

Le 18 juillet, jour où il eut connaissance de la mort de Mahmoud, il se livrait à Tespoir que tous les différends entre la Porte et son père allaient être aplanis; et les salves d'artillerie, les décharges répétées de mousqueterie de Farniée entière célébraient l'avènement d'Abd-ul- Medjid, tandis que le nouveau Sultan était salué à Alep avec les canons pris à Nézib sur l'armée impériale. Mais si, Toreille à terre, on écoutait le retentissement de la marche des bataillons arabes, d'autres alarmes venaient de la mer; les deux flottes de la Turquie et de l'Egypte n*allaient-elles pas tout à coup se présenter sous les murs du sérail pour dicter les conditions de Méhémed- Ali et renverser le ministère de Khosrew? Le commandant des Dardanelles, Haïdi-

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Ali-P&cha, soiipçoQDë d*aToir trempé dans le

complot d'Aklauct et de lui avoir livré d avance le passage du détroit, était destitué et remplacé ; pomme si les baileries n'eussent pas d'ellesmêmes respecté le croissant sur les deux flottes réunies! Cependant^ loin de s'apprèler k une expédition, les bâtiments turcs rentraient un à un dans le port d'Alexandrie.

Etait-ce Tunique crainte? Et si les bataillons égyptiens se mettaient en marche, si les vaisseaux à la voile, la Porte n'aurait-elle pas à invo* quer ou à subir les secours de la Russie? Audevant des escadres alliées descendant du nord ne verrait-elle pas du sud remonter d'autres escadres européennes? Depuis le i5 juillet, l'amiral Lalande, avec six vaisseaux, était mouillé à £ecbika-Bay, et l amiral Stopford était attendu de jour en jour. Déjà, sur la première information du désastre de Nézib, Tambassadeur de France avait proposé de faire entrer dans le Bosphore les quatre pavillons d'Autriche, d'Angleterre, de France et -de Russie, afin de produire un efTet moral sur Méhémed-AIi, et d'opposer à toute tentation abusive de la victoire le spectacle de Constantinople sous la protection combinée des puissances maritimes. La proposition était une atteinte trop directe, soit aux usages établis, soit aux prétentions en présence, pour être ac-*

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cueillie par les autres représentants deTEurope.

Mais les ambassadeurs eux-mêmes étaient dans la vive appréhension d'un mouvement d'Ibrahim , des conséquences de ce mouvement, et la diplomatie et la Porle se renvoyaient avec une émulation contagieuse leur terreur, faite de panique égyptienne et de panique russe. En ce moment Gonstantinople , où semblaient devoir se mêler, se heurter les bataillons et les escadres de rOrient et de l'Europe, était le foyer de la guerre du monde prêt à s'embraser; il eût suili d*une étincelle et d'un souffle. Tous redoutaient si sincèrement cette vaste coullagration que la Russie ne s'empressa point, malgré Timminence apparente du danger, d'offrir ses secours à la Porte. Loccasion était péril. Si le traitéd'Unkiar«> Skelessi était un épouvantai!, de peur aussi Tépouvantail se tenait dans Tombre. C'était donc avec impalieace qu'on attendait la jéponse de Méhémed-Ali aux propositions dont Akif*£ffendi avait été le porteur; l'Egypte tenait Gonstantinople et la diplomatie en suspens.

Enfin, le 21 juillet, à deux heures de Taprésmidi, le FeiA'ul-Chevket mouilla dans le Bosphore, ramenant d'Alexandrie Akif et Muschin, envoyés de la Porte auprès du Vice-Roi et du capilan-pacha. A peine débarqués, ils rendirent Com|4e de leur mission dans un grand conseil

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qui resta assemblé jusqu'au soir. Le lendemain»

le grand-visir coiuiiiuiiKjua aux reprtsciitaïUs des cinq puissances la réponse anxieusement attendue. Mëhémed-AH écrivait qu'il avait signi* fié a son fils Tordre d'arrêter sa marche, assurance dont l'incurable frayeur de la Porte metlait la vérité eu doute ^ il dcclioait la proposition de l'hérédité restreinte a l'Ëgypte et réclamait la concession à perpétuité de toutes les provinces dont il avait le gouvernement. Sans parler de sa victoire, il alléguait les exigences du l<^aips el du destin , et s'il avait cru par bienséance ne devoir rien dire de la flotte , c'est qu il la reteuait comme on gage à sa convenance.

« J'ai eu rhonneur de recevoir votre lettre^ par laquelle Votre Altesse m'annonçait que SaHautesse le très magnifique, très formidable, très puissant 6ukanAbd-ul-Mcdjid- Kban était monté sur le trône impérial resté vacaut par un efiet de la prédestination divine ; que Sa Hautesse m'a* vait accordé mon pardon, ainsi qu'une décoration semblable à celle des autres visirs, et l'bérédilé de l'Egypte en faveur de mes enfants ; que Son Excellence le serasker d'Orient, llafiz-Paclia, av.iit reçu Tordre d'arrôler immédialement la marche de Tarmée ottomane, et qu'Akif-Eflendi, secrétaire du conseil» m'était envoyé pour • m'expliquer combien la délicatesse de la position de la Sublime-Porte rendait nécessaire Tunion musulmane, et comment pourrait s'établir la sûreté sur laquelle devait reposer l'accord des deux parties*

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« Mon premier soin a été d'adresser des vœux au ciel afin que notre très maguitique et très puissant seigneur^ bienfaiteur et empeieur, atteigne le but de ses désirs et étende partout son ombre protectrice. J'ai ensuite écrit à mon fils Ibrahim de revenir aussitôt sur ses pas, s'il avait passé l'Ëiiphrate après la bataille qui a eu Uea dans la plaine de Nézib avec le serasker d'Orient.

«Votre Aitesse sait, et tout le monde sait également que j'ai toujours en àoœar d'amener un moment plus tôt cette heureuse union dont il s'agit et de donner à la Sublime- Porte des preuves de mon sincère dévouement. Mais Votre Altesse se rappelle aussi que» sous le lègnà du défunt souveraini le bejliktcbî Sarim-Effendi, expédié ici en mission, m'annonça que le Sultan m'accorderait à perpétuité l'Egypte, Saïda et Tripoli i que je refusai humblément d'accepter cette proposition et que je priai Sa ilautcvse de daigner nie concéder à perpétuité, pour moi et ma postérité, toutes les provinces coûtées à mon administration.

« J'ose espérer que, guidée par Tancienne liaison qui cxibio entre nous et déplus par la sagesse et la prudence qui k distinguent, Votre Altesse considérant la position délicate de la Sublime*Porte ainsi que la loyauté de son dévoué serviteur et songeant aux moyens d assurer le repos de la nation musulmane, voudra bien me traiter d'une manière conforme aux exigences du temps et du destin.

a Comme la lettre de V otre Altesse ne fait mention que de TÉgypte et qu'Akif-Ëffendi m'a déclaré n^avoir aucune instruction ni autorité pour le reste , c'est-à<dire pour la concession à perpétuité de toutes les provinces^ une telle proposition ne pouvant être acceptée, cefonc*

tionnaire aime mieux repartir que de rester inutiiemciit îd à correspondre et à traiteii et il va exprimer verbalement à Votre Altesse ce que j'ai l'honneur de lui mander par la présente.

« Les djemttml-ewellttB (isJaiMlSW).»

Tel était le contenu de la lettre officielle du

pacha d Egypte à Kiiosrew. Mais s'il négociait avec la Porte, il se brouillait ouvertement avec le grand-visir; par une lettre particulière, il rengageait à vouloir bien ou changer de sentiments et de conduite ou offrir sa démission.

C'était une franche déclaration jde guerre en re* tour de captieuses avances de réconciliaUuu^ ci cette guerre il la poursuivait avec une vivacité épistolairc aupi cîi du la sullanc \ alidé, la sultane Esma, le cheikh-ul-istam^ Halil et son kapoukyaliya, dciiiaiidaiiL à tous IVloigueiucnl de Khosrew, qu'il chargeait de l'odieux de ses querelles avec le Sultan Mahmoud et représentait comme un éternel artisan de discorde, fléau du passé et de Tavenir, dont la paix de Tempire exigeait le sacriiice. Pour suppléer aux services du grand-visir, il offrait les siens. Ce fut alors qu'on s'entretint de 1 arrivée prochaine deMéhémed-Ali à Constantinople, autre éventualité fabuleusedont Timaginatioii publique lut saisie.

, Pourtant si Khosrew eût été écarté des affaireS|

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défendu par son fils aux frontières el protège

par les syiDpalliics nationales, n'auiail-il pu, sans manquer à la prudence» confier sa téle à Stamboul, rincliner radieuse aux pieds de soa pâle suzerain et prendre moralement possession de l'empire? La Porte, dans son incorrigible défiance^ ne se serait-elle pas crue aussi impru* dente de se livrer à ce vieillard seul et désarmé ? Qui sait ce qu'eût produit pour la destinée des Osmanlis celte réconciliation manifeste du vassal avec le jeune Sultan et 1 ascendant de ses conseils? A cette heure l'événement le plus extraordinaire avait une chance. Mais c'était peu pour le Vice*Roi d'attaquer son ennemi à Constantin nople; il travaillait à organiser contre lui une ligue de tous les pachas de l'empire. Du 2a au a 3 juillet, il chargea son fils de faire parvenir des lettres aux gouverneurs de l'Anatolie, et expédia à Salonique un brick de guerre avec six émissaires qui devaient distribuer sa circulaire aux visirs de la Romélie*.

De son côté, avant même d avoir appris le résultat de ses démarches, Khosrew avait usé envers Meliénicd-Ali d'un procédé qui confir-* mait peu la sincérité de ses protestations am locales. C'était, si l'on veut, une ruse de guerre

^i) Voir aux pit^ces jusiiiicaiives.

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permise , mais ce n'était pas uu ackemioemeut à une réconciliation. Sans espoir d'obtenir la restitution volontaire de Ja flotte, il avait essayé de la dérober par un coup de main. Dans ce dessein il avait écrit aux quatre principaux oiliciers de se saisir du capitan-pacba et de ramener la flotte à Stamboul. Pour faire [Kirvenir plus sûrement ses lettres à leur destination, il les avait envoyées à Tamiral Roussin, sans le prévenir du contenu, avec prière de les expédier à Alexandrie. Le a4 juillet, jour de l'arrivée du bateau à vapeur de Constantinople, le consul général de France, en ouvrant le pli de Fambassadeur, y trouva ces quatre lettres sans aucune explic{ition. Arrivé au palais, avant Faudience du Pacha, il s'informa auprts d'Ârlin-Bey des quatre oiliciers auxquels elles étaient adressées, et apprit qu ils étaient a bord des vaisseaux hors des passes; tous n'étaient pas encore au mouil« lage. Bientôt le Pacha entre au divan; déjà il avait été instruit et soupçonnait la main de son vieil ami. • Eh bien ! consul général, dit-il avec un empressement qu'il ne cherche pas à déguiser, où sont les quatre lettres de Gonstantinople? Remettez-les-moi! » Les reiuser^ c'était paraître 86 défier de la loyauté du Pacha, et la bonne foi de M. Cochelet ne concevait aucune alarme. « Si Votre Altesse veut être assez bonne pour les faire

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