‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 29 sur 86 · J>EVX kmÉE& EN ORIESty · texte numérisé non relu

J>EVX kmÉE& EN ORIESty

parvenir. — Oh! soyez tranquille , interrompt vivement TAltesse, je les remettrai moi-même, je m'en charge, i Et teiidaut la main vers les lettres, dès qu'il les tient, à la stupéfiiction du consul général, les quatre cachets sautent l'un après l'autre, les feuilles se sont déployées, a Altesse, que faites-vous ? — Zarar yoÂ! ( il n'y a point de mal) répond le Pacha , joyeux de reconnaître le sceau et de surprendre le secret de Khosrew, poursuivant surtout sa lecture d'ua œil animé. — Mais^ Altesse , s'écrie le consul général avec dignité, songez que c'est moi qui réponds de ces lettres !~Soyez tranquille, vous dis-je; les lettres parviendront aussi certainement que si vous les remettiez vous-même.. . Âfa ! Pezevenk ! con l i n u e-t-il en apostro pliant gaîraen t récrivain des dépêches pris en flagrant délit d'astuce. — Encore une fois, Altesse, reprend H. Cocbelet avec une gravité ftchée« ma responsabilité n'est pas à couvert, et... — En voulezvous un reçu? un reçu, mille reçus, s'il le ùluI^ consul général! Je prends tout sur moi. Et il achève sa lecture , épuisant le vocabulaire des injures turques, et riant toujours aux éclats de l'avantage remporté sur le vieil ami avec lequel depuis quarante ans il fait assaut de ruses. II manda les quatre otficiers et leur remit les lettres. Hustapha-Facha, après avoir lu la sienne.

k déchira eu morceaux^ la proposition de Klios^ rew ne manqua point de les indigner.

L'incident élait peu pr opre à apaiser la discorde des deux \isirs. Méhémed-Ali écrivit de nouveau à Khosrew pour lui reprocher son procédéyleconvaincre de mauvaise foi et lui réitérer

riuvitalion de sedémetlredu grand-visirat.

u \ ous iii'avcz adressé p;ir Akil-Eiicndi une lettre où VOUS me dites que^ les cuconstances étant cliaugées, les gtkh qoi noua tpDsie&t sépanrét doivent étxe mis en 019 bli comme s'ils n'avaient jamais existé, et vous exprimez Je désir que nous nous uiiissionit et que nous fassions cause commane. La connaiMaBoe que j'ai depuis longtemps dé votre natttvs ne me permettant pat d*avoîr confiance en ces paroles^ je vous ai repondu que vous voulussiez bien ou changer de sentiment et de conduite ou offirir votre démission. Dans le même temps que je vous écrivais cela» je me disais : Cet homme- là ne pouna pas s'empcclier de manilester son caractère par quelque acte qui prauvem quHl n'est pas changé, et voiU que révénement vient

justifier ma |)ré\ision.

« En elk t, a peine avez-vous eu connaissance de l'arrivée de la flotte impériale dans les eaux d'Alexandrie que vous vous être empressé d'expédier au général Mustapha et aux trois autres oiiiuers supérieurs des lettres où vous leprisentea le capitan«pacha comme traître, et» tout en Mimant leur conduite, vous les exhortes se saisir de lui et a retourner à Gonstantiuopie avec la flotte. Ce fait seul ae doit*ii pas me convaincie que je ne me suis pas trompé

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dans le jugement que j'ai porté de vous? Si vous pen$ez que Méhémed-Ali ne vous connaît pas ou qa'on le trompe sur votre compte^ vous êtes dans rerieur : il ne vous connaît que trop.

«r La démarche que vous reprochez au capitan-pacha ne lui appartient pas en propre. Le général et les trois

officiers supérieurs dont il a été parlé, tous eiiliri ont agi d'un commun accord, après en avoir délibéré en conseil. Gesmémesofficiers supérieurs, etpëttt-étred'autresenoore,

ont témoigné par écrit de leur libre participation à cet acte.

« Les quatre lettres envoyées par Votre Altesse ont été fidMement remises à leur adresse.

« Ces oiEciers ne sont pas passés à l'étranger pour mériter que vous les traitiez comme vous le faites. Il était plus convenable et plus digne que vous leur dissiez qu'informé de l'éloignement de la flotte vous aviez appris avec plaisir qu'elle était venue mouiller à Alexandrie, qui est ua port de l'empire ; qu'entre nous tous désormais il ne saurail Y avoir séparation; que dans les conjonctures présentes nous devions nous unir et agir de concert en toute chose; que vous aviez informé Sa Hautesse de leur arrivée sur les côtes d'Égypte et qu'elle s'en était montrée contente; enfîn, qu'en se dirigeant sur ce point ils étaient entièrement dans nos idées d'union. Un pareil langage les aurait rassurés, flattés, et aurait confirmé ce que vous avancez dans • la lettre que vous m'avez adressée par Akif-EfTendi. Mais c'est inutile; votre naturel ne vous permet pas d'avoir de la fixité dans les idées, et Je suis toujours plus fortifié dans mon opinion sur vous. L'action du capitau-pacba et des autres personnes sous ses ordres n'est pas 9 à Dieu ne

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plai«e, un crime de léioaie envers ^ Hautesse. Chacun d'eux avait pénétré oomm6 moi votre caractère» et aucun n'avait confiance en vous. Vous voyez donc bien que ce uesi pas seuieoieut Méhémed-Ali qui se méOe de vous^ mais je pourrais dire la nation entière. Moi» sachant cela» j^ai voulu préserver le pays de troubles et de dangers en vous engageant à vous démettre du vîsirat et à rentrer dans la vie privée* Cette résolution serait houorable pour vous et avantageuse pour tous. En souvenir de nos anciens rapports j'ai voulu vous répéter ce conseil. C'est maintenant à vous de réfléchir sur ce que vous avez à faire. En vous retirant des affiiires» consentes à délivrer les grande et la naUou en général d'une pénible méiiance. »

Cependant la Porte» sous la double peur de la marche d'Ibrahim et d'une complication étrangère» abjurait ses lenteurs et discutait les prétentions de Méhémed-Àli. Le 27 juillet, il y eut un divan extraordinaire, le troisième depuis 1 arrivée d'Akif, auquel présidèrent le cheikh*ul-islam et le grand-visir. Bien que Ton ignore les termes exprès de la propositioD délibérée en cette séance, il est hors de doute que, devant le refus du Vioe*Roi de se contenter de Thérédité de gyple, Toflre sïtait élargie. Concession à perpétuité de TËgypte et de la Syrie^ moins le district d'Adana et sauf le droit d*adroinistrer les quatre villes saintes de Damas, Jérusalem, La Mekke et Médine, que se réservait la Porte, fixation d« IrU

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but à trente miliious de piastres (7,ôoo^ooO| fr.), telle, dit-on, en était la teneur. Quoi qu*il en soit, en admettant même la possibilité du débat sur ces conditions nouvelles, la négociation venait de faire uu pas. Les envoyés du gouveruenieut destinés à porter ces propositions à Alexandrie avaient été désignés : c'étaien iHaiij i-Saib-Ëffendi| tchaaueh'bachi ou ministre de la justice^ et l elik-Edeodi j leur dépari avait été fixé au lendemàin; déjà même les frais de route leur avaient été alloués.

Mais dans la matinée du 27 était arrivé un courrier de Vienne, expédié à la suite de la triple nouvelle survenue coup sur coup de la mort de Mahmoud , de la défaite de Nézib et de la dérection de la flotte. Grande avait été la terreur du cabinet autrichien^ grande la terreur des ambassadeurs des autres cabiuets de l'Europe. Les drconstances réclamaient une résolution prompte. Grâce à la pi iorilë des informaùuiis, M. de Metternich avait l'initiative, et, par une rare fortune digne de sa renommée, il avait à mesurer sa responsabilité à sa haute prudence en portant la parole pour l'Europe. Ce n'était pas tout à ses yeux que de raiièrmir le monde ébranlé en contenante la fois les deux agitations du moment, Méhémed-Aii et la Russie; il eût suffi en ce cas de placer TCgypte sous le poids d'une

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énergique iatimidaliou eu ne lui laissant de libre que la voie diplomatique et de presser la

Porte d ea finir; le repos obligé de l'Egypte eût repondu de Timmobilité de la Russie ^ Tenipressement stimulé de la Porle eut prévenu le péril de toute temporisation. Ce n'eût été que parer au moment, il fallait désarmer la Russie pour l'airenir. Vienne avait un perpétuel remords de Tomission de la Turquie dans le liailc de i8ià|trois fois, devant la révolution delà Grècei la campagtie d'Andrinople et le traité d'Unkiar- Skelessiy trois fois elle avait fait acte de contrition amère, et sa grande ambition était de comprendre lempire ottoman dans un nouveau pacte de famille. L'occasion était unique pour substituer un protectorat commua à un protectorat exclusif, et, qui plus est, pour opérer cette substitution sans offenser la puissance supplantée. Non-seulement, en devançant les offres de Pétersbuurg, la proposiliun d'une intervention collective en rendait l'assistance superflue et subrogeait de fait l'Europe eu son lieu et place, mais Pétersbourg, si jaloux qu'il fût du privilège de son traité, se verrait sans déplaisir dispensé de lexercer sous tant d yeux attentifs et de jeter le défi aux puissances opposantes. Selon les calculs du prince, la paix serait donc préservée et tout le monde, Tfiurope nantie de la tutelle de

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la Forte et la Porte rattachée a l'Europe, tout ie monde satisfait» voire même l'empereur Nicolas, à qui serait épargné Tembarras de reculer devaDt son droit ou de le soutenir avec témérité, trop modéré et trop Labiie pour ne pas en être reconnaissant, à moins qu'il ne se formalisât do

se voir escanioLer le Uaité niciiie avec roccurrence qui en eût autorisé l'application^ à moins qu'il ne s'irritât de cette prétention à le tirer d'un mauvais pas et de ce zèle à ôter en même temps derrière lui sa planche, c'esl-â-dire son pont de Sébastopol au Bosphore. La Russie dominait la question^ l'Europe lui faisait face; du point de vue culminant de Tfaorame detat placé entre les deux colosses, on conçoit que TEgypte parût bien petite; fait subalterne qui avait engendré le traité d'Unkiar-Skelessi et qui allait l'anéantir, c'était tout sans doute! Afin de sauver la téte de Tempire, il en coûtait peu de sacrifier uu bras rebelle; Vienne sympathisait médiocrement avec Méhémed-Ali et avait de graves intérêts à Gonstantinople. Ce hras pourtant^ s'il ne se soumettait docilement à la tète, ne risquait-il pas d'altérer l'esprit de la nouvelle combinaison ? M. de Metternich pourvut au' plus pressé et s'empara de l'occasion en triompha^ teur. li enjoignit à rinlernonce de faire tous ses eflbrts {lour obtenir de ses collègues leur

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adhésioD à une Dole qui siguifierail à la Porte rintention de TEurope d'intervenir dans son diUérend avec Méhénied*Ali. Il promettait que scHis peu ils recevraient des instructions con-

furiBes de leurs cours respectives; le langage des ambassadeurs à Vienne l'autorisait à pren« dre cet eugagemeot. M. de TalischefT lui-même écrivit dans ce sens à M. de Bouteneff, bien que, contrairement au règlement biérarcliique des autres puissances, le ministre russe à Constaiiiitiople n'ait aucune instruction à recevoir de l'ambassadeur russe à Vienne et correspon* de directetiieul avec le cabinet. Enfin M. de Métier nicb fit plus ; il osa se porter personnellement fort du plein assentiment de Tempereur Nicolas, tant il se flattait d attacher , à la laveur de cette conjoncture, Tautocrate de toutes les Russies k son char diplomatique l Eu ce qui concernait la France^ une lettre particulière de M. de Saint» Auiaire à Tamiral Koussin, apportée par le même courrier, l'invitait à s'associer aux démarches de M. de Sturmer et laissait présumer l'approbation du ministère. En conséquence, l'ambassadeur et rinternonce rédigèrent de concert une note que cdui-ci présenta h la signature des représentants des trois autres grandes puissances. Ce fut pour tord Ponsonby le premier moment de joie de* puis la bataille de Nézib. M. de bouteneff ne fut •

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pas sans comprendre la portée de cette note relatîvemeot au traiié; mais pouTait-il tenir son gouvernement en dehors d'une médiation commune, et rester auprès de la Porte en arrière du zèle des autres gouvernements, surtout lorsqu'il appréciait la délicatesse de la position de la Russie? D'ailleurs» un arrangement direct eût fermé l'arène de TOrient et l'ioterventioa de l'Europe la tenait ouverte. Il signa de bonne grâce.

Cette mesure était de la part de M. de Metter-

nich une expression plus décidée des tentatives précédentes de l'Autriche et de la France.

Quelques mois avant la mort de Mahmoud, la cour de Vienne, toujours préoccupée de rétablir la solidarité de l'Europe et de la Tuic[uie, avait entrepris» mais sans succès, de constituer une sorte d assurance mutuelle des puissances au profit de l'indépendance et de l'intégrité de l'empire. Dans le courant de juillet, une note ayant le même objet, fut adressée par le cabinet des Tuileries à Londres^ à Vienne, & Berlin et à Pétersbourg ; c'était le complément nécessaire de la double mission pacifique dirigée sur Alexandrie et Constantinople. La note fut acceptée. L'Autriche en y souscrivant revendiqua rhoa* neur de Tinitiative que la France ne s'amusa point à lui contester. La Russie, bien qu'elle

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ajottrnit sa réponse jusqu'aux premiers jours

d*aoiit, ne fil pas difficulté pourtant de couvrir l'intégrité de Tempire ottoman d'une adhésion largement formulée contre les vues ambitieuses de IVJéhémed-Ali et silencieusemeot restrictive en laveur de ses propres vnes. Quant à TAngleterre y après une prompte acceptation , elle fit vis*à-vis des autres puissances ce que la France avait fait vis-à-vis d eUe^et, le 27 juillet niéiueySon ambassadeur à Vienne, lord Clanricard, remettait à cette cour et aux représentants de la Russie et de la Prusse une note conçue dans le même sens que celle qu'elle avait reçue, plus explicite peut-être 9 l*evue et corrigée qu'elle devait être par les événements récents, sans omission d'une sorte de dédicace de cette seconde édition à l'au* feur de l'idée première, t Je déclare, au nom de ma cour, qu elle est résolue à maintenir Tintégrité et Tindépendance de l'empire ottoman sous la dynastie actuellement régnante , et, comme une conséquence nécessaire de cette dé^ claration, qu elle ne cherchera point à tirer profit de l'état actuel des choses dans le but d'ob> tenir aucune acquisition de territoire ni aucune influence exclusive. Mon gouvernement s'attend avec confiance à ce que cette déciaialion sera adoptée par les autres cours d'Europe, ses amies etalliéesy qui ont déjà ioui iû à cette occ^iou

1^ DEUX ÀMNÉES EJX OMlLUTf

des preuves delà sagesse et du d^ntéresiemeiit de leurs vues, et eu première ligue par Sa Majesté Impériale et Royale, à qui revient Thonneur de rinitiative de cette propositiou.» Mais taudis que cet échange avait lieu a Vienne, l'Autriche se replaçait dans Tatlitude de rinitialive dont elle était si jalouse et £aiisait encore mieux à Constantiiiupie^ elle y traduisait toutes ces intentions dans une note qui, signée des cinq am* bassadeurs, coDslituait le premier acte public de rintervention européenne dans les afiaires d'Orient.

Le divan achevait de délibérer quand les pre* miers drogmans d'Autriche et de France vinrent lui signifier Tinvitation de suspendre tout ai rangement avec Héhémed-Ali et de ne prendre aucune détermination déiiuitive^ sans le concours des cinq grandes puissances qui oiTraient leur médiation. La proposition fut accueillie ; lelendemain, a8 juillet, lesdrogmansdescinq puissances présentèrent cérémonieusement la note collec« tive confirmant la signification de la veille*

<c Les cinq ambassadeurs soussignés, conformément aux iustructioDs reçues hier de leurs cours respectives, se félicitent d'avoir à annoncer aux ministres de la Sublime- Porte que l'accord des cinq puissances touchant la question orientale est certain» et ils prient la Sublime-Porto, en attendant les fruits de leurs dispositions bienveillant-

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