‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 30 sur 86 · CHAPITRE xir · texte numérisé non relu

CHAPITRE xir

tes, de ne décider absolument ii«n sur la susdite question d'uao manière définitivt sans knr concours.

Après avoir été admis auprès de Nouri-EflfeDdi, ils furent introduits par le iiiustechar auprès du grand-visir, qui déclara accepter la médiation et promit de différer le départ des deux euvojés de la Porte auprès de Méhémed-Âli. Leur mission était si bien résolue que Hadji-Saïb et Tefik avaient reçu pour leurs frais de voyage, le premier soixante mille piastres et le second vingt mille; sommés de restituer, Saïb n'en rendit que quarante mille, et Tefik que douze mille. Afin de donner aux ambassadeurs le temps de secon* certer sur les instructions à adresser a leurs consuls généraux à Alexandrie, il fut aussi convenu que le départ du PeiA^ul-Cheviet serait retardé de quelques jours.

Il y avait eu six ans le 8 juillet dernier que le Sultan Mahmoud signait son abandon à l'alliance russe; en mourant, le i- juillet de cette année, avait-U inévitablement légué s<n empire à la tutelle dont 1 Europe prenait possession par l'acte du a8? Certes, il était facile au grand-visir de prévoir qu une question soumise a l'arbitrage decinq puissances embarrasserait TOricnt d'une solution tardive et traînante; il savait leur peu d'accord, faisait très bien la part des vues inié-

190 DEUX AJtÈiàuS EN OEIEKT,

ressées de chacune d'elles, el n'ignorait poiot que leur immixlion profonde dans la police intérieure de Tempire D*élait pas moins menaçante pour le gouvernement que pour le vassal. Au* cune des conséquences de lacceptatiuii de la note n'échappa à son intelligence. D'où vient donc qu'il accepta? y était-il contraint? déjà voyait-on reluire dans le lointain les armes dlhrahim? Depuis la bataille deNézib, un mois s'était écoulé, et Tarmée égyptienne restait immobile, et, à trois reprises, Méhémed-Ali avait formellement assuré qu'il ne se porterait point en avant. Espéra-t-îl que, couverte par l'Europe, la Porte iiiarchanderait avantageusement avec le *Pacha et lui dicterait des conditions au lieu d'en ' recevoir? Dût Méhéiued-Ali ub tenir I hérédité de la Syrie outre celle de l'Egypte, le saliit de la Porte-Otloaiane n'eùtril pas été moins compromis que si elle s'abdiquait devant la suzeraineté étiaiigère? Ce qu*elle avait à sacrifier au Pacha, elle le savait^ ce qu'elle aurait a risquer de la part même de ses protecteurs, pouvait-elle en répondre? £n refusant une quasi-indépendance ^•à son visir, n'aliénait*elle pas sa pi opre indépendance, ne suscitait-elle pas de dangereuses éventualités? Peut-être Khosrewcalcula*t-il que la diversité des intérêts européens neutraliserait les intérêts hostile» à la Turquie et les contien-

raipiTEfi su. 101

diait dan&ie caractère d uo patrooage iooiiensif ; comme si dans toute ligue les éléments mcnlérës ne subissaient pas toujours la loi des puissances militantes; comme si l'ambition ne savait pas

toujoui*s à la longue changer le frein qu'où lui impose en un lien fatal pour de méticuleux as* sociës! Se iitoil illusion au point de bcuir ce tardif rattacbement de la Sublime-Porte à la poli* tique occidentale? Mais si eu 1 8 1 5 reuipire pou* Tait dignement entrer dans l!£urope» en i SSg c ctait I'£uiope qui entrait dans Teiupire. La prétendue réparation du traité devienne n'était qu'une concurrence au traité tl'Lnkiar-Skelessi. C'était dans la crainte de funestes hasards pour la dignité, pour la liberté même de la puissance ottomane, que, du vivant de Mahmoud, il avait repoussé la guerre; la guerre était finie, et il se hâtait d'en mettre rindépendance en gage plutôt que de solder le prix de la victoire et de tout apaiser. Dès ce jour, et pour longtemps, les intérêts vitaua de Flslam ont été livrés aux mains de la chrétienté. Il iallut qu'en ce moment déci* sif se rencontrât à la tête de la monarchie d'Osman un grand-visir dont la vie enlièie avait été un long scandale d'égoisme. Dénué du sentiment

de la nalioiialiLe turque, il eu envisageait les destinées futures avec une stoïque impassibilité. Ce vieillard ne s'efTrayait point des ruines du

i92 DEUX kvtvixs vs oaisht^

lendemaio; il lui suffisait de luaintenir Tordre matériel à Constaotinople el d'y mourir grandirisir ; et quand de son pied caduc II pr^ipiterait Tempire dans un aveuii* fatal/ son intérêt et sa passion avaient à s'assouvir aujourd'hui» Ennemi deMëhémed-Ali, encore plus irrité delà demande de sa démission, il lui plaisait de couvrir son animosité personnelle des intérêts spécieux et des opiniâtres traditions de l'empire, et decon* fier sa vengeance aux mains de l'Europe! De l'Europe à la Hussie, de la Porte au Pacha d'Egypte, du grand-visir à Méhémed-Ali, il y avait rivalité, opposition, représailles, et^ en vertu de cette complication de discordes, sous l'empire d'une panique qui depuis un mois régnait parmi les Turcs et parmi les diplomates, Kfaosrew continua Mahmoud } le monarque avait ouvert la Porte à la Russie, le grand-visir l'ouvrit à l'Europe entière.

Â.U milieu d'une situalion politique aussi solennelle, un trait demœurs,-uoe simple aventure ne laissa pas de distraire Pattention des princi«* paux habitants de Conslantinople.

Entre toutes les femmes dont le rang et les charmes avaient porté le nom au-delà de la discrète enceinte de leur existence, la plus célèbre étaitNassip-khanouin, esclave géorgienne que la sultane Ësma avàit élevée avec une prédilection

Digilizeû b

Page 1