CHAPITRE VIII
du jaiiissanat et Tavilissement du pouvoir monarchique. La déchéance de Séliuiy que sa honté rendait cher à ses peuples, avait contribué à la déterminer^ les provinces d'Europe plus re* muées furent le point de départ de cette protestation à laquelle s'associa, par ses contingents de troupes, la geniilhommeriedu pays. On n'a point assez noté dans ce fait une lutte de deux éUiments ▼iciés de l'ancienne constitution. Le bairaktar lui-même, d'abord simple a} an de Routchouk,ne s'était agrandi qu'en levant des soldats destinés à combattre l'ennemi et bienlùt employés à sa j)ropre fortune; en outre, le promoteur de l'expédition était un déré-bey de l'Anatolie. N'est-il pas remarquable que les janissaires, institués contre la féodalité, aient perdu contre elle leur avantdernière bataille? Aussi legrand-visir cbercha-t-il un pointd'appni pour ses réformes dans unecon« vocation des pachas et des ayaus de rempire; mais, représentant grossier et inhabile de ia réforme et de la puissanceimpériale, il n'eut d'autre mission que de faire place à Mahmoud par la mort de Sélim qu il avaïL maladroitement provoquée, de l'affermir par celle de Mustapha qu'il rendit nécessaire; cela fait, il ne lui restait qu'à délivrer le prince, par sa propre mort, des suites de son arrogante imprudence.
Le jeune Padischah manifesta sans retard
14 DEUX ASiJSiUiS EN OBI£JSX|
l'intention de connaître de toutes les affaires, déploya uue activité infatigable et entreprit de gouverner par lui-même. Dans le dépit de sa servitude^ au sortir de la dernière émeute, il ayait même osé murmurer contre les janissaires, louieioiâi obligé de procéder prudemment, il ménagea les ulémas et temporisa avecla milice. Un pruvetbe turc dit: v Baise la main de ton ennemi jusqu'à ce que tu puisses la couper, b Ses caresses patientes prénié Jiiereut inexorable-* ment la ruine du janissariat. Il se borna à re* mettre en vigueur les règlements de Soliman.
Tandis que forcément il épargnait ses ennemis les plus voisins du trône, il pouvait du moins s'attaquer aux usurpateurs des droits de la souveraineté horsde la capitale; ses coups ne se firent pas attendre.
Le plus indépendant des grands vassaux était buieyman, paciia de Bagdad et de Bassora, fort de sa position sur les frontières de la Perse, de ses armées et de ses richesses. Le Grand-Seigneur lui demanda compte des trésors provenant de la succession des anciens pachas, et, sur un refus,
prononça sa condamnation. L'exécution de la sentence fut l'occasion de la fortune du fameux Halet-Eflendi. Ualet, encore obscur, avait fait remarquer sa finesse et son ardeur de parve<* nir; envoyé en ambassade en France par Séiim,
CHAPITBE VIII* 15
à sou retour il avait su gagner la faveur du nouveau Sultan. Pour le perdre » ses eDuemis imaginèrent de lui faire donner la missiou d aller combaltre le pacha de Bagdad. Le succès sans la ruse était peut-élre impossible; mais son banquier, le juif Ezkbel, était aussi celui de Suleyman. Le juif pesa ses deux maîtres, trouva le puissant pacha.de Bagdad plus léger que lauda* eieux Halet, et sacrifia Tun à Fautre. La victoire deTautorité ioipériale entra heureusement dans la spéculation du juif qui en fit les avances. Des sommes considérables furent répandues en Asie, la trahison des officiers du pacha achetée, et des intelligences ménagées parmi les tribus arabes voisines. Menacé par les prétentions de quelques rivaux, Sule}iiian couiL chercher un asile sous les tentes bédouines; là même était le piège. Au moment où Halet enh aiL à Bagdad, la téle du visir lui était apportée, et il retourna à Constantinople avec ce trophtt . De ce jour dala son crédit immense.
Nul favori n'exerça sur Mahmoud un ascendant aussi entier et aussi durable^ nui autre ne convenait mieui à ses vues et à son éducation. AiiiUé à Tordre des derviches mevlevi, par esprit de corps il était en opposition avec les adversaires du Sultan, les ulémas et les janissaires; c'était, à quelque différence près, la rivalité du
moine contre un clergé séculier et une corporalion militaire : les ennemis du trône étaient aussi les siens. En outre, il avait visité TEurope^ alors TËurope était en France, yu Napoléon, et il rapportait au serail deux puissants mobiles, rémulation de la civilisation européenne dont la trace, effacée avec Sélim, se 'continuait dans Tespoir de son successeur, et le zèle du pouvoir impérial si éclatant à Paris. Doué d'une ambition sans bornes, loin d'accepter aucun rival, il n'aspira pas à moins qu'à être Tégal de son maître. Grâce à la confiance qu'inspirait son habile activité , il fut placé à la téte d'un contre^ministère qui exerçait une haute pohce sur tous les actes de la Sublime^Porte et prenait souvent des mesures don t les ministres n'étaient instruits que par les résultats. C'était l'organisation du gouvernement personnel; réaction légitime dans un empire où le monarque avait cessé d'être compté et dont il fut l'infatigable moteur; pour régner il avait besoin de faire r^ner Mali* moud. Mais, plus ambitieux de la réalité que de lappareuce du pouvoir, il faisait et défaisait des grands-visirs et ne voulait point l'être; il lui sufiisait de leur dicter des lois ou de décider de leur sort. Aussi cauteleusement circonspect que Mustapha -Bairaktar était brulaleuient impéttieux, il ne se précipita point dans des entre*