CHAPITRE XIII
échangées avec les autres cabinets de TEiirope, et Vienne déploya une activité extraordinaire ; il s'agissait de regagner un quart de siècle.
Dans le même temps, le cabinet français, cherchant a exprimer nettement sa politique modératrice de toutes les prétentions, délibérait s'il opérerait en Orient un débarquement de troupes. Les points de débarquement inditjués furent, dit-on, Alexandrette , Smyrne, les Dardanelles, Saint-Jean-d'Acre. Il est présumable qu'on se proposait de procéder par une occupation simultanée sur le territoire ottoman et sur celui de Méhémed-Ali ; en Orient il v a nécessairement deux Ancônes. Une occupation restreinte à l'un ou à l'autre territoire n'eût pas exprimé l'intention du gouvernement dans toute sa largeur; on craignit, sans doute, d'exposer l'empire qu'on voulait sauver, la paix qu'on voulait assurer, et l'on s'abstint d'un acte dont le désintéressement eût servi de prétexte à toutes les convoitises. L'Europe n'affecle-t-elle pas encore de croire à l'ambition retraitée de la France? Une mesure de conservation contre les ambitions actives eût semblé le réveil de son esprit de conquêtes; le ministère anglais fit accuser par l'un de ses jour- uaux (le Morning-Chronicle) les Français de vouloir violer le droit des gens et faire les corsaires.
214 DEUX ANiMiES EN ORIi^MT,
Or, que voulait la Grande-Bretagne? Plus généreux, plus digne d'une nation civilisée, était le plan qu'elle méditait, et elle voulut associer sa fidèle alliée, la France, à sa gloire. Sans doute, rien notait plus propre au rétablissement de la paix et au maintien de l'équilibre que le concert des deux puissances qui avaient fait prédominer le statu quo. Déjà leur vœu commun était en partie exaucé; la halle d'Ibrahim et la note collective du A7 juillet frustraient heureusement la Russie du bénéfice éventuel et même des avantages ultérieurs du traité d'Unkiar-Skelessi. Que restait-il à faire? à elTacer les dernières traces d'une perturbation funeste par un prompt rapprochement du Pacha et de la Porte, à assurer une paix durable par une stipulation qui satisfît aux droits des deux parties; là se trouvait l*intérêt bien entendu de l'empire ottoman el de l'Europe. Tel était le développement normal de la note collective uniquement dirigée contre les tendances de la Russie; mais le cabinet anglais se hâta de lui donner une autre interprétation. Si le traité de commerce de iô3d avait été dans ses Intentions une machine de guerre contre Méhémed-Ali, la note collective lui parut propre à frapper, arme à deux tranchants contre la Russie et le Pacha. Il proposa donc à la France une combinaison de leurs forces maiiliiiies pour exiger
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du ViceUoi Textradition de la flotte ottomane. Bien ne lui sembla plus équitable que de rendre
Âbd-ul'Medjid inviolable en violant Méhémed- Âll qui n'attaquait point , plus logique que- de préluder au règlement pacifique de la question par un aclemilitaire parfaitement inutileà la solution. Le cabinet de Saint-James ne peut disculper du soupçon d'une arrière-pensée égoïste son zèle ^gratuitement brutal en l'honneur du Sultan, qu'en acceptant un bill d'iDdemuitépour un trait de légèreté inconsidérée.
Rien jusqu'alors n'avait produit ses vues au grand jour, et lord Palmerston avait même paru désapprouver les procédés de lord Ponsonby.
Quant à cet ambassadeur, blâmé ou non, il n'en avait pas moins continué à poursuivre son idée fixe, et, vis-à-vis d*un ministère réduit à marchander la majorité, il disposait de la question d'Orient comme d'un fief relevant de son banc à la pairie. Depuis quelque temps, il s'était efforcé d'attirer son cabinet et le cabinet français à sa violence. Le noble lord avait été contre son attente vaincu à ^ëzib; peu de jours avant la bataille, parlant d'un officier anglais qui avait passé parle camp des Turcs en revenant de l'Inde et lui avait communiqué des renseignements peu favorables , il disait avec une naïveté triom-
phante:o(Je le ramènerai à moo opinion.)» Aussi avàit-il à cœur de prendre sa revanche de la mauvaise issue de la campagne et d'en conjurer les
suites. Dans les réunions où quelques confidents recevaient les épanchements de sa double passion » son zèle, dont les ministres de la Grande- Bretagne ne sauraient aujourd'hui maugréer l*hyperbole, les menaçait| s'ils ne profilaient pas de la circonstance pour annuler le traité d'Unkiar-Skelessi et ruiner MëhémeJ-Ali, de soulever contre eux toute TAngleterre et de les faire pendre. Désespérant d'amener à ses idées Tamirat Roussin par lequel il comptait avoir prise sur le cabinet français, ii le poursuivait, à titre d ambassadeur, d'une secrète animosité, et soti exquise politesse envers son collègue ne dissilïuilail qu'incomplètement la corde. De son côté, sans cesse contrarié ou déserté par lord Pousonby, l'ambassadeurdeFrance finît par se per* suader que le représentant de la Cii ande-Breîagne n'oserait faire si longtemps une diplomatie toute personnelle à moins d'être assuré d'un assentiment supérieur. Sous cette impression, dès le mois de juin, il écrivait au président du Conseil: «Monsieur le maréchal, qu'on ne me parle plus de l'alliance anglaise ; personne ici n'y croit} je uy crois pas moi-même, et l'ou me ri^
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