‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 43 sur 86 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

mémeft ëventualités et dans les mêmes eaux, on

s'explique que le gonveruement français se soit encore reposé sur la foi de la Grande-Bretagne. Peut«étre lui était-il permis de croire que la nécessité d'une union à la(|uelle l'Angleterre avait un intérêt plus direct que la France elle-même dominerait les divergences qui, dès i838, s'élaient sourdement prononcées. Voilà pourquoi sans doute on ne crut point aux oracles suspects de l'amiral Roussin. Difficilement on eût supposé que la politique du cabinet anglais eftt son régulateur à Constanùnople, et que, du Bosphore, lord Ponsonby tint le gouvernail du yacht ministériel; mais le cabinet anglais se laissa diriger par la boussole de son subalterne, et, à son tour, prétendit traîner la France à sa remorque.

La France une seconde fois travailla à ramener leffervescence britannique à plus de modération, l'esprit de lord Palmerston à plus de suite. Pour lui Méliémed-Ali n'était qu'un vassal révolté qu'il fallait réduire au devoir, et pourtant il ne niait point la convenance de la cession que la Porte consentait à ce vassal exceptionnel; tout en l'acceptant pour souverain hérédiiaire de l'Egypte, il prétendait le traiter en rebelle. Dans un long mémorandum, il exposait que la flotte devait être retirée des mains du Pacha,

attendu qu'elle avait été proditoirement et trat-

treiisement livrée, et pourtant il ne lui refusait pas une partie du prix de la victoire , comme si la défection de la flotte était^ moins que la vie* foire deNëzib, un accident de la guerre commencée par Mahmoud, suspendue par sa mort! Le cabinet français dut lui faire comprendre que si Mëhémed^Ali, au Heu de restituer la flotte, se défendait dans Alexandrie et lançait sou fils audelà du Taurus, TAngleterre elle-même ressusciterait pour la Russie Toccasion que l'on n'avait annulée qu'au prix de laut <i efforts. Et dût Tincendie dévorer dans Alexandrie la flotte ottomane et la flotte égyptienne sans qu'Ibrahim envahît TAsie-Mineure, de quelle joie l'Angleterre n aurait-elle pas gratifié la Russie, quels avantages aurait-elle procurés à Tempire ottoman dont elle voulait maintenir Tintégrité et relever rindépendance ? Pour faire revivre ie tout, avait-elle donc imaginé d*en tuer la partie la plus vivante? Enfin était-il séant à la dignité d'une puissance médiatrice d'exercer sa police de paix de laçon à rallumer la guerre? Le cabinet français refusa de se piéter à ce nouveau Navarin et convertit la proposition en une mesure plus couciliante; c'était que les deux cabinets déclarassent à M éhémed-Ali qu'ils regarderaient toute lenlaùve de tourner la Hotte ottomane contre

CHAPITHK Mil. Tl\

I empire comme un attentat à la paix de l'Europe. Dans ce cas la France eût agi de concert avec l'Angleterre contre le Pacha; autrement, non.

Telle fut la première occasion d'un dissentiment à jamais regrettable ! Si les deux puissances faisaient cause comnmne contre la Russie, Tune cherchait avec passion rabaissement de Méhémed-Ali, l'autre le couvrait de son patronage dans les limites mêmes de l'honneur de son alliée. Pour vider nettement leur débat, il importe aux deux nations de le prendre à son point de départ. Que l'Angleterre sur ce point examine de quel côté se trouvaient l'équité, et le calcul le plus intelligent des intérêts de la Porte, de l'Europe et de l'Angleterre elle-même! Qu'elle apprécie dès ce fait la portée politique et morale du génie de lord Palmerston et reconnaisse que dans ces fatales prémisses se trouvait renfermée la conclusion qu'il en a laborieusement dégagée, sous l'inspiration de la Russie! Si donc elle veut l'absoudre d'avoir accepté de Pétersbourg les moyens de réaliser ses plans, qu'elle ose reprocher au cabinet français de ne lui avoir point alors délivré dés lettres de marque pour un acte de haute piraterie! C'est le devoir de deux nations alliées, placées à la tête de la civilisation, de ne point absorber leur sens moral dans la

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moralité d*uD ministre l LaFraoce ne rend point FAngleterre responsable des procédés de lord

Palmerstoii, parce que, revenue elle-ménie de ses préjugés, elle ne voit plus de l'autre côté du détroit la perfide Albion qu'à Tétat de minorité;

elle ira ur-iuc, si l'nu veut, jusqu'à isoler du cabinet le secrétaire d'état des affaires étrangères pour l'associer uniquement à lord Ponsonby.

L'avenir dira si la politique d'un grand peuple et Talliance de deux gouvernements amis auront dépendu de deux hommes passionnés, yaniteux et médiocres y si deux fatalités subalternes auront irréparablement influé sur le sort du monde. Ainsi, de cette note où TËurope avait énoncé son harmonie, Tencre n'était pas sèche encore, et les deux puissances, les mieux liées par leurs sympathies, entamaient un procès 1

Depuis que TOrient n'avait plus la liberté d'agir, tout s'y bornait à des laits d'un intérêt secondaire. Cétait un assaut de récriminations entre Khosrew et Méhémed-Ali, qui ruminaient dans leurs querelles du jour le fiel de quarante années et en salissaient tristement les deux barbes blanches de l'empire.

Le 4 août, la Porte avait eu cônnaissaïK-e de la propagande du Vice-Roi en Asie et en Europe pour le renversement du grand-visir. Le ^, Khosrew avait reçu, au sujet de ses quatre let*

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