‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 44 sur 86 · CHAPITRE XIÎI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIÎI

très interceptées à Alexandrie, l'invitation réitérée de prendre sa retraite. « Méliémed-Ali, dit-il, m'engage toujours à donner ma démission ; mais qu'il donne l'exemple et je m'engage à le suivre, d Toutefois, saisissant ce moyen d'aigrir les représentants de l'Europe contre son adversaire, sur qu'attaqué par l'Egypte il serait soutenu de la majorité des ambassadeurs, le 9 août il leur fit communiquer celte lettre chez Nouri- Effendi à Balta-Liman. Nouri les consulta même sur ce que les cinq puissances croyaient convenable de répondre à cette exigence. Choqué de cette absence de dignité, l'un des ambassadeurs déclara froidement qu'il n'y avait pas lieu pour eux d'entrer dans une question de personnes.

Aussitôt lord Ponsonby de faire remarquer qu'il y avait là une question de principes, que l'immixtion du vassal dans les affaires du suzerain était un attentat intolérable à la dignité impériale, et que le devoir des puissances amies était de soutenir Khosrew. 11 fut décidé que la lettre du Pacha resterait sans réponse, et le grand-visir eut la joie de s'être fait assurer par le corps diplomatique. Tout à coup on apprit que, le 8 août au soir, le brick de guerre égyptien destiné à Saloniquey étaitarrivé; d'abord pris pour un brick turc, il avait été ensuite astreint à une quarantaine de trois jours comme provenance d'Egypte,

224 DBUX ANNÉirS BU OKlUlTy

et le gouverneur avait aussitôt dépéché des tartares. Le divan délibéra eztraordinairemenl.

Après avoir éié sui le point d'ohlenir un bâlimentanglais pour se saisir du brick égyptieu, on se borna à expédier à Salonîque le bateau à vapeur V Esseri-Khaîr avec ordre de renvoyer ce bâtiment^ et môme, dil^oii, de faire arrêter les six émissaires. Mais le jour de son arrivée» le 1 7 lioûtydëjà étaient repartis pour Alexandrie brick et envoyés, bois un seul qui prétendit n'avoir Accepté cette mission que pour revenir en Turquie. Petite guerre insignifiante depuis qu'un arrangement ne dépendait plus de rharmonie des deux visirs, mais de l'harmonie même des cinq grandes puissances.

Le jour de la séance des ambassadeurs, vers les dÎK heures du matin, le teu se déclarait à Péra derrière le jardin du palais d'Angleterre, sur le point même où avait commencé le terrible incendie de iô3i, avec le retour singulier du même jour, un vendredi, et du même mois, a six jours dMntervalle. Après un été ardent, l'eau était rare, le bois des maisons desséché ; la flamme dévorait impunément, et, malgré un vent faible et de prompts secours, se propageant toujours de l'oucaL a 1 l sL sm les ruines des hauts c[uartiers, vers les bu il heures du soir, la flamme franchissait la grande rue de Péra, menaçant de

DigitiZUU L.;

CHAPlTftB XUI. 225

ne s'ëteindre que dans le faubourg en cendres, lorsque le priooe de Joinville arriva avec les capitaines Lugeol et Lejeune, commandants du Papin et de l'Argus, suivis d'une partie de leurs équipages. Ce secours inattendui accueilli avec transport, ranima Tespoir et communiqua à tous les eiïorts une activité mieuiL ordonnée. Enfin, i une heure du matin on fut maître du feu. il était temps : une heure après sVIeTsit un vent violent du Nord, et c*en était fait de Péra. Trois mille sept cents maisons avaient ëtéconsumées et quarante mille personnes se trouvaient sans abri. Le prince de Joinville vint en aide aux incendiés par un secours de douze mille francs. Quelques jours après le jeune Sultan se plut à adresser à l'anihassadeur de I rance des compliments sur la conduite du prince qui avait si noblement trahi Vincognito de son séjour a Ck>nstantinople.

Cependant le 9 août même s'agitait entre les ambassadeurs une question plus sérieuse que la première. L'opposition de MM. de Sturmer et Bouleneffà une entrée collective des flottes dans le Bosphore n'avait pas empêché les ambassadeurs de France et d'Angleterre de poursuivre auprès du gouvernement turc des insinuations relatives à l'introduction de leurs escadres. Depuis que lamiral Stopford était venu , le 3 août, mouiller à Brchika-Bay, non loin II. 1$

226 DEUX Anwkm ss o&ienT|

de raiiiiiai Lalande, leur insistance avait été plus proDODcée. 11 s'agissait de couvrir Constantioople, aux yeux du Pacha^ des pavillons

derEuropc; la nott^ du 2^ juillet leur eut paru la couvrir suiFisaïuaient, sans doute, s'ils n'avaient tenu à ruiner par un fait le privilège du traité d'Unkiar-Skelessi. La peur de Méhémed- Aii ue pouvait-elle obtenir la révocation d'un traité qu'avait dicté la même peur? Oui, si la Porte, en l'absence d'un péril imminent, ne se fût pas défendue d'un excès de précaution contre Méhémed-Ali par l'effroi du risque d'une brouille avec la Russie. Aussi, ne voulant ni formellement refuser des secours qui pouvaient devenir nécessaires, ni admettre positivement ces prétentions à la secourir au préjudice du droit exclusif delà Russie, elle promit sans s eiigager ; de vive voix, jamais par écrit, elle adhéra à une proposition qui ne revêtit jamais de formule officielle. Ne désespérant pas encore du consentement de leurs collègues, les deux ambassadeurs exposèrent une seconde fois, le 9 août, l'opportunité de l'entrée des flottes, toujours dans le but de produire un effet moral sur le Vice-Roi en constatant l'harmonie des représentants des diverses cours. Cette fois M. de Bouteneff répondit que, si le salut de l'empire était en péril, bien que la Russie eût seule le droit de le secourir, il y don-

Digitizcû by

CBAPiTEfi XIU. 227

nerait son consentement; mais que Tentrée des flottes à Stamboul, quand Ibrahim foisait halte, D'aurait d'autre résultat que de constater la nullité du traité d'Unkiar-Skelessi. En conséquence il déclara qu'il prendrait ses passeports si quelque vusaeau anglais ou français franchissait les Dardanelles. On s'explique en effet que si, à cetteépoque, un cas d'urgence eût appelé la flotte anglo-française au Bosphore, la Russie se fût d'elle-même prêtée à une dérogation, aimant mieux laisser dormir Tesprit du traité que d'en voir violer la lettre; mais l'urgence seulement pouvait lui arracher oe sacrifice.

Bientôt la Torle cherclia à se délivrer du conflit de ses protecteurs. Poussée par la Russie, soutenue même par les légations de Prusse et d'Autriche, (jui voyaient avec déplaisir (jue les iostances des deux ambassadeur]» tendaient à compromettre l'harmonie des puissances, elle adressa à lord Ponsonby une communication semi«of{icielle sur la présence des escadres anglaise et française dans le voisinage des Dardanelles et l'invita à faire éloigner la sienne. Dans une note présentée le 19 août, lord Ponsonby répondit que la flotte anglaise était à Bechika- Bay, par les ordres de la reine, pour veiller à la sûreté de la capitale contre tout danger (jui pourrait la menacer, et qu elle n'en partirait

228 J>EUX ANNÉES EN ORIENT y

que sur les ordres de la reine. Quoique Famiral Koussia n'eût pas reçu de message, il crut devoir, en conséquence de la réunion des deux flottes au même mouillage et de ridentité de leurs instructions, s'associer à ia réponse anglaise par sa note du ai aoûi^ L'amiral Slopford, arrivé depuis le i5 août a Constantinople, concourait à leurs persévérantes sollicitations de rentrée. 11 eut une entrevue de cinq heures avec le grand-visir. Le vieux Khosrew se montra très gracieux pour le vieil amiral 2, ravi, disait-il, de rencontrer un haut fonctionnaire plus âgé que lui et l'accablant de caresses; mais pressé <le doiHier son autorisation à l'entrée de la flotte anglo-française: c Ëhl que n'allez- vous plutôt chercher la nôtre à Alexandrie, répondit-il; ramenez-la, et alors les vôtres entreront inch Aliah (s'il plaît à Dieu). * Déjà, en effet, lord Ponsonby insinuait que l'escadre anglo-française ne tarderait pas à recevoir celte destination. Sans même attendre l'assentiment du cabinet, il excitait l'amiral Stopford à cette expédition; mais il avait eu beau, par écrit et de vive voix, répéter

(i) Voir aux [lièces juslificalives.

(9) L'amiral Stoptbrd est né en Î767. II a été fait conlreamiral aprè» avoir élé capitaine de vaisseau pendaol dix-huit ans.

Page 1