CHAPITRE XIII
SOUS toutes les formes la fameuse apostille de Navarin, Go on, Tamiral Slopford, trop prudent pourengagersa responsabilité sous la belliqueuse fantaisie de Tambassadeur, déclara constamment qu'il n'agirait que sur un ordre exprès de son gouvernement. Le cabinet et l'ambassadeur de la Grande-Bretagne n'avaient tant à cœur sans doute de restituer violemment la flotte ottomane à Constantinople que pour faciliter Tentrée de la leur dans le Bospbore.
Réduite à ménager tant d'amis si peu d'accord entre eux, la Porte jouissait laborieusement de Tindépendance que l'Europe lui avait assurée. Les uns lui voulaient imposer leur flotte; les autres, si telle escadre entrait, menaçaient de l'abandonner. Enfin, si elle avait accepté la note collective du 27 juillet, pour les uns c'était trop, pour les autres point assez. M. de Metternich sollicitait du gouvernement turc une note, comme une réponse officielle à la note collective qui de fait avait été acceptée, mais dont l'acceptation n'avait laissé d'autre trace que celles d'un engagement verbal, comme un gage écrit que la Porte réclamait des cinq grandes puissances un acte de la médiation qu'elles lui avaient olTertc. 11 tenait à lier plus étroitement la Porte h l'Europe; la Porte désirait éviter tout ce qui pourrait offusquer la Russie. La note de-
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mandée n'était ni accordée ni refusée. Constan-
(inople se retranchait dans ses consentements à ioug tenue et dans ses savantes élusions; elle se montrait même peu touchée de la perspective de ce COI) ès sauveur auquel TAutriche convoquait TEuropeet qu^on parlait en outre de tenir dans la ville bien gardée S afm qu elle pût statuer visà-vis de son vassal dans toute la plénitude de sa souveraineté, tant Ton était jaloux de ménager des droits légitimes ! Ce fut alors qu^arriva de Vienne, le ao août, M. Huszard, ancien conseiller de l'ambassade autrichienne à Consiantinoplei secrétaire interprète de la cour impériale et de plus savant orlenta1isle,cbargé d'apporter à l'in* lernonce de nouvelles lettres decréance.Secondé par cet auxiliaire, M* de Sturmer résolut d'emporter la note.
Le aa août, tous deux se rendent chez le grandvisir qui, sur leurs vives sollicitations, consent à présenter la note. C'était un premier avantage, il fallait la iairerédiger et sans retard. Le as était un jeudi, pour les employés du gouvernement jour de toft7, cW-à-dire de vacances, et même, selon l'expression leeue, de ziafct ou de partie de plaisir. Mais l'Autriche est en verve de célérité; elle ne respecte pas le kief de la Porte. Les
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deux hauts foDCtiooDaires des afT aires étrangères, Nouri et Sarim, se trouvaient réunis chez leur ami commun, Chakir-Eflcndi, à Ikyler-Bay, sur la riveasiatique du Bosphore ^ ; ils avaient rejeté pour tout le jour le souci desaffairesy et, doucement accroupis sur le divan, la pipe entre les lèvres, les yeux sur les flots du canal, ils se détendaient dans une vague et béate quiétude lorsqu'un calk aux armes d'Autriche aborde devant le yali ^ « Soyez les bienvenus, disent-ils à MM. de Sturmer et Huszard. Que Cheytan (Satan) Jes emporte! pensèrent-ils tous deux quand ils se virent sommés de se transporter au palais du sadri-azem pour rédiger la note. — Qiry a-t-il donc de pressant? Demain; chaque jour a son tjuuvre : aujourd'hui le repos, les affaires demain. > Sur ce refus Tin ter nonce s*é~ chauflb et son regard placide brille d'indignation; il n'y a pas un jour, un moment à peidi e dans la situation critique des choses^ et il menace de signaler comme un traître quiconque fera de l'opposition à une démarche toute dans rintérét de l'empire. Les deux fonctionnaires turcs se regardent; à grand regret ils se départent de leur délicieux nonchaloir, et les voilà trans-
(i) Près de Suvrac
(a) Maison de campagne,
portés chez le sadri-azem, obligés de reprendre le kalem. La note est rédigée; reste à copier. Point d'écrivains; ils sont absents et à la noce. A demain donc l'expédition de la pièce. Point de lendemain! L'Autriche n'en veut pas, et M. Ihiszard s'offre à copier lui-même. Accepter eût été inconvenant, et Sarim et Nouri se condamnent eux-mêmes aux fonctions de copistes.
Les copies faites, on promet de les envoyer le lendemain. « Non, réplique M. Huszard triomphant et étendant la main, j'emporte aujourd'hui même celle-ci pour mon gouvernement. »
Le lendemain les autres exemplaires furent transmis aux représentants des autres puissances. Nouri et Sarim respirèrent enfin, mais leur journée de tatil était gâtée, leur kief avait été profané; le regret de cette journée néfaste n'est pas encore effacé. Quant à la note, quoiqu'elle eût plutôt la valeur d'une pièce au procès entre l'Europe et la Russie, elle exposait aux ambassadeurs le vœu de la Porte touchant Méhénied-Ali* : c'était de rappeler aux devoirs de sujet fidèle le Vice-Roi, qui élevait des prétentions pour l'hérédité de tous ses gouvernements, retenait la flotte, exigeait la destitution du grandvisir et excitait les pachas à la révolte. Elle débu-
(l) Voir am pièces juslificalives,
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(ait du reste par une grave ioexaciitude, en prétendant que la Porte n'avait voulu accorder
à Méhéiued-Âli que l'hérédité del'£g^pte, etn avait dù lui envoyer un émissaire que pour négocier sur cette base. Certes» la Porte n'avait pas aussi iDiiguemcnt délibéré pour lui réitérer uue proposition rejeléei luaiselle avait intérêt à cacher la vérité, et» par un surcroit de prétention que l'Europe encourageait, elle achevait de se mettre à la merci de sa protectrice.
Tant de zèle de la part de TAutriche était demeuré sans succès. L'Europe se défendait d'un congrès, et les puissances se réservaient de procéder à la solution de la question commune par correspondancet plutôt que d'avoir à jouer cartes sur table ou à déposer leur enjeu en s'asseyant autour du tapis vert. La Prusse refusait d'entrer daas tout ce qui ressemblerait à une conférence européenne; c'eût été accuser au giaiid jour Ja niitoyenneté subalterne ou embarrassée de sou rôle. Lie cabinet français ne se soucia point de soumettre sa politique au résultat du scrutin des puissances assemblées en collège. Enfin la Russie répondit que sa position de vicinité et ses engagements ne lui permettaient pas de laisser soumettre à un congrès pour son compte la nature et la fixation de ses rapports avec Tempire otto* man. Vienqe était désertée dans son amour du
concile politique, et M. de Melternich vit la question d'Orient, qu'il avait cru tenir, lui échapper. L'intervention qu'il avait établie était une pierre sur laquelle se bâtirait peut-être un autre édifice que celui qu'il avait révé. Ce n'était pas tout : le Czar, qu'il avait osé engager et espéré lier par la note collective du 27 juillet^ lui en témoigna un dédaigneux étonnement, un superbe courroux. Jusqu'au fond de sa conscience il l'accabla du sentiment de sa méprise, et ses reproches terrifiants lui en firent monter le rouge au front. La Russie,à laquelle rAutriche,en sapeur de l'esprit révolutionnaire, s'était constamment appuyée, la dominait comme la puissante protectrice des gouvernements légitimes; l'empereur Nicolas devait sourire de mépris et de colère à cette tentative du prince chancelier de le faire passer sous les Fourches-Caudines de sa diplomatie. 181 5, que Vienne avait cru réparer, se renouvelait plus ouvertement; le droit, créé depuis vingt-cinq ans à la faveur d'un premier silence, parlait en maître. Profondément humilié de son erreur, déçu d'une vive espérance, traité par le Czar en écolier politique, lui, le patriarche des hommes d'Etat, M. de Metternich fut gravement malade. Il eut du moins pour lui les sympathies du divan, qui fut péniblement affecté de la maladie du prince, sur l'inlérét duquel il se reposait avec