CHAPITRE XIII
c'était la puérilité dans l'injustice. Le Pacha ne pouvait y voir que l'indice de desseins hostiles et rintention de le sacrifier à la Porte, si déjà même il ne soupçonnait sous l'intervention une arrière-pensée tendant à compliquer plutôt qu'à simplifier la question au détriment de tout l'empire. 11 déclara que, si on le poussait à bout, il ordonnerait à son fils de marcher en avant et qu'il se défendrait dans Alexandrie. A l'exposé (les conséquences de son opiniâtreté pour luimême, il opposait les conséquences de sa résolution pour la Porte-Ottomaneet l'Europe ; à tous les conseils de modération il répondait qu'il ne se désisterait point de son ultimatum: tout perdre plutôt que de céder. « J'ai vécu assez pour ne pas craindre la mort,» dit-il un jour aux consuls. «Le mot est beau, mais il n'est pas politique,» lui fit répondre un des cabinets de l'Europe. Vers la fin de septembre, une violente et courte indisposition parut mettre un moment ses jours en péril, mais son énergie morale triompha de cette crise.
Occupé à défendre ses droits, Méhémed-Ali fut invité à soutenir ceux d'un prétendant au trône de Constantinople; c'était un certain Akhmet-Nadir-Bey, alors à Malte, se disant fils de l'infortuné Mustapha IV, frère du sultan Mahmoud, arguant de sa naissance, de la jeunesse de
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son cousin Âbd-iil-Medjid, et de la difficulté des circonstances pour justifier ses titres à l'empire. Dans un mémoire à Tappui de ses prétentions, il exposait comment rorpheliu du sultan égorgé avait été miraculeusement sauvé, et comment, longtemps errant, souvent persécuté, il avait échappé à tant de traverses avec le secret de sa naissance, seul trésor qui lui restât de son origine impériale, y compris quelques diamants de feu la sultane sa mère. Selon l'opinion des Turcs, cet aventurier est le fils d'un Polonais entré au service de la Porte et devenu colonel sous le nom d'Hydait-Bey. Après avoir lui-même occupé divers emplois en Turquie et en Egypte, il s'étaitrécemmeut enfui de Constantinople,noii sans soupçon d'être l'auteur du vol de quelques diamants qu'on ne retrouva pas après l'incendie de la Porte. Pour lui, il méprisait, comme une indigne calomnie, celte supposition que rien d'ailleurs n'avait appuyée : s'il avait quitté Stamboul, c'était pour révéler de loin à son oncle, le sultan Mahmoud, son origine et sa résolution de lui redemander le trône. Pendant ce temps le trône vaquait; c'était l'heure de son avènement, mais les absents ont tort et le trône était occupé. Voulant du moins protester de ses droits et se montrer digne de régner par son respect des traditions, à l'époque du Taklidi-Sfi/y il parut
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couronné de l'antique turban ; Abd-ul-Medjid, sacré le fez en téte , pouvail-il être un souverain Intime? £d même lemps, il députa un effendi du nom de Hamid à Alexandrie. Malheureusement Méhëmed-Ali ne daigna pas même recetoir cet ambassadeur, et lui fit oifrir cinq cents piastres, à condition qu'il retournerait joindre son maître. Pour lui, il visita, à leur passage à Maltei Reschid-Pacha el Akhmed-Fethi-Pachay (ut froidement reçu, et, désespérant sans doute de faire valoir ses prétentions, il partit pour l'Europe. C'est un homme de trente-cinq ans, portaot avec une égale aisance le vêtement européen et le costume oriental; parlant quatorze langues, à ce qu'il dit, eu parlant du moins sept à huit avec assez de correction ; promenant aujourd'hui de villeen ville sa longue barbe fauve, ses doigts chargés de diamants, l'histoire de sa glorieuse naissance ; du reste, homme d'habitudes douces et régulières, bon prince, et aimant beaucoup l'air de la Cachucha *.
Si Alexandrie rebutait la triste ambassade du prétendant au trône de l'empire turc, un autre prétendant y recevait une hospitalité distinguée;
(i) Paris est en ce moment l'asile de celte majesté modeste qui prenait les bains de Boulogne-sar-Mer avec une paisible létigoation quand un antre prétendant y fit sa deseente.
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c'était Mohamed-Medyn , qui avait implorë la
protection de Mëliémed-Àli contre les persécutions de soD frèrei le sultao du Darfouryet avait même reçu, lors du voyage au Fazokloy les em-> blêmes de la royauté avec la promesse d'un secours. Le Vice-Roi l'avait appelé en Égypte, afin que le spectacle des arsenaux, des ateliers et des écoles l'initiât à la civilisation; le prince noir, âgé de trente ans environ et de bonne mine, en avait déjà adopté l'usage de porter des gants. Le voyage du Pacha dans ces contrées africaines avait aussi déterminé les cheikhs du Soudan à envoyer leurs fils aux écoles du Caire ; mais il n'avait pas le loisir de faire tourner son excursion lointaine au profit de sa puissance et de l'extension du mouvement régénérateur de i*£gypte, lorsqu'il lui fallait se concentrer tout entier dans la défense de sa position.
Ce n'était pas seulement au sujet de la flotte qu'il éprouvait l'opposition de l'Europe ; il rencontrait la main des ambassadeurs sur les épaules du grand-visii| et^ surpris de leur empressement à soutenir un personnage latal à l'empire, il se plaignait qu'ils n'eussent voulu voir qu'un désir de vengeance personnelle dans le sentiment de nationalité qui lui avait fait demandersadestitution.Aprèsavoir espéréle renverserd'un seul coup il ne iaisait plus de son insistance qu'un moyen
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