‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 52 sur 86 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

suivant: «Ayant su quelesdeux flottes voulaient se rapprocher des Dardanelles pour se mettre à l'abri du vent, le gouvernement de Sa Hautesse désirerait qu'elles allassent plutôt hiverner à V'ourla ou Tchesmé. » Lord Ponsonby répondit le 3o septembre par une instruction adressée à son premier interprète; il y rassura la Porte sur les intentions de Tescadrebritannique, et déclara qu'il n'avait point d'ordre à transmettre à l'amiral Stopford qui recevait les siens du gouvernement même par l'intermédiaire de l'ambassadeur anglais à Vienne. L'ambassadeur de France répondit dans le même sens par sa note du a octobre. Enfin, sous la date du 9 octobre, lord Ponsonby adressa à ce sujet une dernière note à la Porte ^. Cette question des flottes, dont les prétentions des deux ambassadeurs avaient exagéré l'importance, perdait de son intérêt; la saison allait forcément la résoudre.

Plus tardive devait être la solution de la grosse question qu'agitait l'Europe. Chacune des cinq grandes puissances y avait pris son rôle. Après avoir établi l'intervention et essayé de convoquer un congrès, l'Autriche, frustrée du résultat qu'elle avait ambitionné, ne fit aucune proposition ; elle reprit son attitude de sagesse expeç-

(1} Voir aux pièces jutUfioatirei.

350 DEUX ANIKJÉliS EH ORIENT,

tante et se réserva simplement de donner sa

\oix. La Ti nsse se mit à l'écart; elle n'avait ni le droit de proposer dî le crédit d'un médiateur; elle s'engagea à accepter le plan que les antres puissances reconnaîtraient d'un accord unanime pour être le meilleur^ à condition toutetois que les concessions faites au Pacha, quelles qu'elles fussent, émaneraient de la Tolontë du Sultan. En prenant ce personnage modeste, la Prussie restait fidèle à Tesprit de modération de son gouyernement, ne s'interdisait pas de pencher d'un côté ou d'un autre, et satisfaisait à son goût ou à son ambition d'exercer en Ëuropo une médiation passive et détournée. Quant à la Russie, clic se renferma dans le strict langage de la Prusse. Elle était conséquente avec ellemême; n'ayant point voulu prendre part au congrès proposé par l'Autriche, il ne lui convenait point de reconnaître le droit que TEurope s'était attribué de décider du sort de l'empire en se hâtant de soumettre à la discussion une proposition formelle. Dans sa sollicitude pour la tranquillité de l'Orient, elle témoignait même quelque appréhension des suites d^un tel em* pressement à se mêler de ces afîaires. Le 6 août, M. de Nesselrode adressait à M. de Medero, chargé d'affaires à Paris, une dépêche officiellement communi(|uéeau cabinet fiauçaiâ) et contenant

ui.jui^cù by Googi'"

CHAPiiM xm. 351

cette déolaratioii : c L'Empereur ne désespère DuilemeQt du salut de la Porte, pourvu que les

puissances de l'Europe sachent respecter son repos 9 et que par une agitation intempestive elles De finissent pas par i'ébrauler tout en vouiaot la raffermir. » Ainsi la Russie n'admettait pas rà-propus d'une intcrvenlion et semblait uniquement jalouse de voir ménager dans les stipulations de FËurope la liberté du consentement de la Porte. «Un peu plus, un peu moins de Syrie donné ou ôté au Pacha^ disait à Tambasaadeur de France M. de Nesselrode^ nous tonclie peu; notre seule condition, c'est que la Porte soit libre dans le consentement qu'elle donnenu » Ënyeloppée de cette modération, elle se tenait à rarrière-plan de la scène^ écoutant le dialogue des deux puissances amies qui discutaient leurs plans respectifs de solution.

Or^ voici quel était ce dialogue:

Cuiictssiou à Méhëmed-Ali de l'Egypte a une héréditaire, et restitution de la part du Pacha de toutes les autres provinces; si MéhémedpHi ne souscrivait pas à ces conditions, emploi de la force pour ïy contraindre. Avant toutes choses, restitution de la flotte ottomane. Ainsi parlait l'Angleterre. La France répondait qu'exiger préalablement la restitution de ia flotte c'était iaire subir à Uébéined->AU une humiliation sans but

252 DEUX AirirJÉEs en orient,

et sans oonvenaDoe mémey puisque l'Angleterre

faisait assez de cas de la force acquise du vassal rebelle pour lui accorder le iiet de TCgyple à perpétuité, puisqu'ea luicoiiteslaut la légitimité de sa puissance elle se prétait à la légitimer par roctroiement du privilège de riiérédité. Déjà l'on sait par quelles autres objections le cabinet français avait sagement combattu cette ai^ deur de l'Angleterre à se saisir d'un rôle militant dans la question engagée. De son côté, il déclara ses propositions; c'était l'abandon à Méhémed-Mi de l'Egypte et de la Syrie, à titre bérëditaire, moins le district d'Adana, dont le retour à la Porte aurait lieu après la mort du Vice-Roi. D'ailleurs il était entendu qùe le Pacha ne pourrait exercer aucun droit de souverainetéy ni battre monnaie à son cbifTre, ni contracter de traité particulier, et quHl paierait tribut à la Porte43ttomane. Ën accordant au Pacha les deux provinces qu^l avait conquises par le sabre, qu'il avait faites siennes par une adiiùiiisiration supérieure au régime de la Porte, la France consacrait le fait accompli, mais elle ne dépouillait point la Porte qui n'avait jamais tiré plus de revenus de ces deux provinces que depuis sa déchéance du droit de les gou^ veroer; elle vouait la suzeraineté du Sultan à la soumission et à Thommage du va&sal et di*

CBAnnifi xfii. 253

niinuaii uiéme ses craiotes d'une invasion des armes égyptiennes en remettant entre ses mains Àdana, Tune des clefs du Taurus; elle satisfaisait à i intégrilé possible de i'empire ottoman en le reconstituant^ sous la loi d'événements irrévocables, sur deux bases que rapprochaient la communauté de croyance et le même besoin de résistance à tout envahissement. Ce qui restait de l'antique unité tant de fois éhréchée, elle le sauvait d'une impuissance compacte pour Je raffermir par une division qui n excluait point une confédération de force et de résistance; elle le prémunissaiL contre le péril des luulilations par uDe scission salutairequicréaitauproûtdu même intérêt deui énergies sur un terrain menacé de toutes parts. Certes, en professant la doctrine de rinlégnte de i empire, elle ne pouvait l'enlendre de la reconstitution de la monarchie d'Osman de toutes pièces, à moins que les puissances, qui de ce grand corps avaient détaché quelques meaibres à leur profit, ne voulussent chacune» avec une abnégation sublime, les rattacher à un cadavie poui le laiie revivre, à moins que la Russie ne rapportât la Crimée et tout le reste, l'Angleterre les lies Ioniennes, TAutriche la Transylvanie et toutes ces lisières par les(jijelles elle tient au territoire ottoman, l'Europe entière la Grèce, et la France tiovÈ n'eût pas fait trop de

254 bhlX. ANîiÉES EK oaiBNT,

difficulté de la restitution d*Alger. Prenant les

choses telles quelles étaient, elle n'entendait ressusciter Tempire qu'avec les meuibres qu'il peut conserver et nourrir. Ëlle eût cnunt d'affliger la Porte d'une onéreuse réincorporation et de lui préparer, au mépris de toute loyauté, un magnifique déJabrement sous unè orgueilleuse imposture; et l'Europe elle-même ne sanctionnait-eile pas cette opiuiou en consentant librement à Méhémed-Ali la cession héréditaire de l'Egypte? Moins TEgypte, l'empire jouîssait-ilcle la plénitude de suu lalégrité et la perdait-ii avec la Syrie ?

L'Autriche accéda presque aux propositions

françaises, en les trouvant pourtant un peu trop favorables au Pacha; elle eût préféré Thérédi té pour l'Egypte seulement, et pour une partie de la province de la Syrie le viager; néanmoins M. de Fiquelmont, qui gérait alors le ministère, y avait donné son adhésion. Restait celle du prince de Metternich, qui se guérissait à Johannisberg de ses récents déboires politiques et de son épouvante des colères dePétershourg. La dépêche explicite de M. de Fiquelmont au cabinet français passa par Johannisberg et n'alla pas plus loiu. M. de Metternich craignit-il de s'exposer k une rechute en se rattachant au pian de la France? Témoin du désaccord de Paris et de Londres,

...... ^le

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