CHAPITRE XIII
duisit de sages observations contre ce partage et représenta que Texclusion de Saint-Jean-d'Acre du lot de Méhémed-Âli ferait de celte place un nouveau sujet de litige entre le vassal et le souverain. Le ministère tenait à son plan moins par zèle pour le Pacha que pour la paix du monde. Il eût désiré avant toute chose pouvoir négocier avec la Russie et le reste de TEurope un arrangement tel que Constantinople fût à Fabri delà protection russe; dans Timpossibilité d'arriver à ce résultat, il devait ménager à Méhémed-Ali une part assez large pour lui ôter tout motif de marcher sur Constantinople et de provoquer par là, soit une intervention delà Russie, soit un conflit des interventfons européennes. Rien n'était plus judicieux. IN'était-il donc pas surprenant que TAngleterre et TAutriche, si jalouses d'abord d'ôter à la Russie toute chance et toute occasion à la guerre, fussent si peu empressées d'en venir à une conclusion ? Le roi des Belges fit vainement un voyage a Londres pour la déterminer. Lord Palmerston avait désormais un autre but, et, pour y parvenir, il chercha à faire agréer à la France un autre plan. C'était d'exercer contre Méhémed-Ali une coaclion générale; seulement, afin de prévenir les résultats fâcheux de la coercition dirigée sur la Syrie et l'Egypte, l'Europe dans le même instant II. 17
258 BBOx jomÉEs m obisht,
couvrirait Constantinople d'une protection devant laquelle s arrêterait le mouvement en avant de l'Ëgypte. C'était dompter le cheval en lui déchirant les flancs de Téperon et en opposant un mur à son élan. Ce mur devait se former à Stamboul même des contingents de troupes . des grandes puissances. Le cabinet français objecta qu'il *y aurait inégalité au profit de la Russie entre les contingents de l'Europe et le sion ; le voisinage de Sébastopol, ses liens religieux avec les Grecs, la con-sécration de la \isite de i833 par une seconde visite ne lui auraient-ils pas créé un avantage exceptionnel? La France refusa à lord Palmerston de réintroduire les Russes à Constantinople^ même avec une escorte européenne, et même au nom de l'intégrité de l'eni* pire ottoman. Que l'Angleterre, avec le sens qui la caractérise, examine la proposition rectiligae de son secrétaire d'état et le plan de coercition préventive et qu'elle ose reprocher à la France de n'avoir point adhéré à des propositions dont le rejet devait la pousser dans des voies si éloignées de l'alliance!
Ainsi, dans l'Europe partagée en deux systèmes de gouvernements despotiques et consti* tutionnels, deux fois se reproduisait le même phénomène, deux fois l'esprit de modération se trouvait rebuté. L'Autriche s était hâtée d'établir
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rinterrentioDOCMnniuiiede l'Europe, et laRussie,
menacée daus son traité du 6 juillet 1033, 00 s'était pas boroé^ a des reproches contre son ambassadeur à GoDslantînopl^, elle avait terrifié
Vienne de son courroux ; l'aigle d'AiiLriche avait plié ia téte eu voyant se hérisser Taigle Iraterael de Russie. D'un autre cèlé^ la France rencon» trait dans l'Angleterre une humeur av* nlureuseinent résistante à ses plans de couciiîalion et de stabilité. Le coq gauloiS| sans plier les ailes devant les sourds rugissements du léopard britannique, ne pouvait le détourner de poursuivre sa proie. Il n'avait pas été difficile à la Russie de prévoir où aboutirait, sur ce terrain, Talliance délibérante de deux gouverrienients dont les dissentiments graduels ne luiavaient point échappé. Un moment elle avait été inquiète en voyant FEurope entière s'acliarnei- à ébranler celle pierre qu elle a posée sur la rive du Bosphore comme un signe de la durée de son alliance protectrice avec la Porte-Ottomane; mais l'Europe se divisait, la pierre se ratlermissait, et la Russie, après s'être abstenue avec sa modération habi* tueUedans le grand pourparlerd^ cabinets européens, comprit de quelle manière elle pouvait reprendre diplomatiquement Toffensive; elle avaità perpétuerson protectorat sur Tempire ot« toaian,elle espéra y réussir en dissuivant l ai-
liance anglo- française; assurer ses droits sur rOrient et son ascendant en Europe, c'était un double triomphe digne de son ambition et de son habileté, et elle n'aspira pas à moins qu'à se servir des mains de TAnglelerre pour consolider son traité d'Unkiar-Skelessi, et qu*à poser aux bords de la Tamise un autre monument de sa puissance à diviser et à rompre.
CHAPITKË XIV.
Première mission de M. de Brunow à Londres. — Jugement de Hafiz. — Rappel de l'amiral Rouasin. — M. de Pontois.
— Portrait de Reschid-Pacha. — La Charte de Gul-khané.
— Retour de Zehra - Khanoum à Constantinople. — Le prince Michel de Servie. — Ambassade de France en Perse.
— Firman.
Le i5 septembre arriva à Londres Tenvoyé extraordinaire de Russie. C'était M. de Brunow, eDcore i ncon n u de 1 '£u rope, mai s l' u n des adeptes supérieurs de la grande école diplomatique de Pétersbourg. II était chargé seul, aux affaires étrangères, de la division de TOrient dont, après son départ, la direction fut confiée à trois personnes, MM. de Rukman, Furhmann et Lobinsky.
Un esprit délié et des formes insinuantes le rendaient propre à une mission délicate; un précédent séjour en Angleterre, où il occupait dix ans auparavant le poste de secrétaire d'ambassade, l'y avait préparé. Tandis qu'il agissait à Londres,
M. de Bouteneff, le iS septembre, communiquait à lord Pousonby une lettre de M. de Wesselrode exprimant le désir de voir les deux gouvernements se rapprocher dans rinlérêt particulier autant que dans l'intérêt général. En faisant des avances à l'Angleterre, la Russie ne pouvait manquer de cherchera radoucir, à apprivoiser l'ambassadeur dont elle savait l'influence sur son cabinet, et qui portait la farouche fixité du Delenda Cartiiago dans ses sentiments anti-moscovites. 11 suffisait peut-être de lui faire espérer la ruine de son autre Carthage. En même temps le ministre de Russie, qui d'abord avait tenu la Porte en défiance des vues ambitieuses de l'Angleterre, l'édifiait sur la loyauté britannique. Le 8 octobre le prince Handgiri *, premier drogman de l'ambassade russe, répétait à la Porte que celle puissance était une amie fidèle de la Tur- <|nie, et que la meilleure preuve, la garantie la plus certaine de la sincérité des promesses qu'on
(i) Ce prince grec a succédé aux fameux drogmans Franchini. Sa famille, qui a compté des princes de Valachie et de Moldavie, doit, dit-on, sa fortune et son surnom à l'amour du sultan Mahomet IV pour l'une des femmes de sa maison. Ce prince l'ayant emmenée au sérail et n'ayant pu l'y retenir, lui accorda la faveur de porter à sa ceinture Pattribut des favorites, le hnndjiar. Telle est l'étymologie turque, sinon la généalogie, de cette illustre maison du Fanar.