‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 59 sur 86 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

nie; c'était un dimanche, jour des fêles de l'Europe. L'emplacement choisi était une vaste plaine dan$ l'intérieur du sérail, attenante au kiosque deGul-khané^ qui la domine, entouré d'un bouquet d'arbres antiques, et descendant par de douces ondulations vers la mer de Marmara. De nombreuses tentes y avaient été dressées. Vers huit heures du matin accoururent toutes les personnes invitées de la veille. A l'heure fixée, les représentants de l'Europe, à la tête des olTiciers des légations, furent introduits dans le premier étape du kiosque. Près du corps diplomatique une place avait été réservée au prince de Joinville et à son état-major. Devant le kiosque était élevée une tribune; à droite se trouvaient le grand-visir,le cheihk-ul-islam,Rescbid-Pacha et les généraux du premier rang; à gauche étaient les principaux membres du corps des ulémas, hiérarchiquement rangés, et la foule des fonctionnaires de la Porte. On remarquait la présence des patriarches de toutes les communautés religieuses de rayas, une nombreuse députation des sarrafs et une autre des différentes corporations; le peuple conquis et le peuple conquérant se trouvaient réunis pour une sti-

(i) PavilloQ dç8 roses,

280 DEUX ANMÊES EN OBIENT|

palation oomoiune de leuro droits. Une foule

immense remplissait la plaine; quelques com- • pagnies de difiéreate& armes de i armée, rangées à distance, formaient un grand carré ; la cavalerie de la garde couvrait les ailes; une acclamatioa trois fois répétée aonouça l'arrivée du Sultan qui prit place au second étage du kiosque.

Alors l'intendant du palais, Riza-Pacfaa, s'avança vers Sa Hautesse et reçut de ses mains le hatti-chérif, enfermé dans un sac de satin rouge; il le porta à sa téte et k ses lèvres et le transmit à Keschid-Pacha qui répéta le même hommage»

•monta ensuite les degrés de la tribune, déploya le rescrit impérial, le baisa avec respect et lut à haute voix au milieu du silence de la foule. Le ministre vers lequel étaient dirigés tous les yeux, dont toutes les oreilles recueillaient les paroles harmonieusement articulées, paraissait âgé d'environ quarante-cinq ans, médiocre de taille, modeste d'attitude, grêle de corps; mais le front large, les yeux noirs et expressifs, le nez aquilin, le bas de la figure se rétrécissant sous une barbe noire; l'ensemble de ses traits et de sa physionomie annonçaient l'intelligence active et droite, la volonté tenace et cette patiente habileté qui tend au but par la souplesse. Ën ce jour Rescliid prenait dans le gouvernement turc uue position supérieure. Si le gruud-vi&ir

Page 1