‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 60 sur 86 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

avait assuré le début du nouveau règne par sa mission de police, le reîs-efTendi le continuait par un effort de régénération; il en devenait Tesprit et l'espérance. Cet ascendant du ijiiiiistre, qui n'était point un bras, mais une téte, n'élait-il pas l'expression d'un empire déchu de ]a sphère politique pour entrer dans un mouvement de régénération sociale? Empire et ministre n'avaient-ils pas une destinée commune, l'un et l'autre tirant leur force de l'Europe, dont l'intervention s'accusait sous la double forme d'un patronage avoué et d'un prêt d'idées, qui était même prise à témoin et comme à partie de la validité de l'engagement proféré ? Cet acte n'était-il pas aussi une noble et ingénieuse supplication de la Turquie accablée, qui, pour se dérober à tous ses ennemis, pénétrait d'un pas hardi dans la grande famille européenne et semblait lui dire : « Sauvez -moi et ne me violez pas! regardez-moi ; je suis vôtre! •

« Tout le monde sait que, dans les premiers temps de la monarchie ottomane, les préceptes glorieux du Coran et les lois de l'empire étaient une règle toujours honorée. En conséquence, l'empire croissait en force et en grandeur, et tous les sujets, sans exception , avaient acquis au plus haut degré l'aisance et la prospérité. Depuis cent cinquante ans, une succession d'accidents et des causes diverses ont fait qu'on a cessé de se conformer au code

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faiblesse et en appauvrissement ; G^est qu*en effet un empire perd toute stabilité (^uaud il cesse d'observé ses lois.

« Ces considératioiiB sont sans cesse présentes à notre esprit, et, depuis le Jour de notre avènement au trône, la pensée du bien public, de TaméHoration de Tétat des

provinces et du soulagement des peuples n*a cessé de Toccuper uniquement. Or, si l'on considère la position géographique des provinces ottomanes, ia fertilité du sol, l'aptitude et l'intelligence des tiabitants» on demeurera convaincu qu'en s'appliquant à trouver les moyens efficaces, le résultat, qu'avec le secours de Dieu nous espérons atteindre, peut être obtenu dans l'espace de quelques années. Ainsi donc, plein de confiance dans le secours du Très-Haut, appuyé sur Tintercession de notre Prophète, nous Jngeons convenable de chercher par des înstîtntionB nouvelles k proeurer aux piovinoes qui composent l'empire ottoman le hien&it d'une bonne admi* nistration.

« Ces institutions doivent principalement porter sur trois points, qui sont : lo les garanties qui assurent à nos sujets nne parfaite sécurité qnant à leur vie, leur bon- nenr et leur fortune $ .3* un mode ré|pUisff d'asseoir et de prélever les impôts ; 3* un* mode également iégu«» lier pour la levée des soldats et la durée de leur service.

«Et en effet, la vie et l'honneur ne sont-ils pas le» bieos les plus précieux qui existent 7 Quel homme, quel que soit l'élo^noment que soa canctéve lui mfin poiur bi viol«MB, poim s'empêehflr d'y «vois moois et do

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CHAPIXEB XIT. MS

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son lioimeur sont uiisen danger? .Si, au cdutraire, il jouit à cet égard d'une sécurité parfaite , il ne s'écartera paB des voies de la loyauté, et tous ses actes eonconnont au bien do gouvernement et de ses frères.

«S'il y a absoioe de sécurité à l'égard de la lortune» tout le monde reste froid à la voix du prince et de la patrie; personne ne a occupe du progrès de la fortune publique, absorbé que l'on est par ses propres inquiétudes. Si, au contraire, le citoyen possède avec confiance ses propriétés de toute nature, alors, plein d*ardenr pour ses aflaires dont il cherche à élargir le cerde afin d'étendre celui de ses jouissances, il sent chaque jour redoubler en son cœur l'amour du prince et de la patrie, le dévouement à son pays. .Ces sentiments deviennent en lui la source des actions les plus louables.

« Quant à Tassietle r%ulière et fixe des impôts, il est très important de r^ler cette matière ; car l'Etat, qui est, pour la défense de son territoire, forcé à des dépenses diverses , ne peut se procurer l'argent nécessaire pour ses armées et autres services que par les contributions levées sur ses sujets. Quoicfue, gr&ces à Dieu, ceux de notre empire soient depuis quelque temps délivré du fléau des monopoles , regardés mal è propos autrefois comme une source de revenus, ua usage funeste subsiste encore, quoiqu'il ne puisse avoir que des coiisi ijuences désastreuses; c'est celui des concessions vénales connues sous le nom d'iAisom. Dans ce système, l'administration civile et financièfe d'une localité est livrée à l'arbitraire d'un seul homme, c'est-à-dire quelquefois à la main de fer des passions les plus violentes el les ^)lu$ cupides i c^i

si ce fermier n*est pas bon, il n'aura d'autre soin que son propre avantage.

« Il est donc nécessaire que désormais chaque membre de la société ottomane soit taxé pour une quotité d'impôt déterminée en raison de sa fortune et de ses facultés, et que rien au-delà ne puisse être exigé de lui. Il faut aussi que des lois spéciales fixent et limitent les dépenses de nos armées de terre et de mer.

« Bien que, comme nous l'avons dit, la défense du pays soit une chose importante, et que ce soit un devoir pour tous les habitants de fournir des soldats à cette fin, il est devenu nécessaire d'établir des lois pour régler les contingents que devra fournir chaque localité, selon les nécessités du moment, et pour réduire à quatre ou cinq ans le temps du service militaire. Car c'est à la fois faire une chose injuste et porter un coup mortel à l'agriculture et à l'industrie, que de prendre, sans égard à la population respective des lieux, dans l'un plus, dans Tautre moins d'hommes qu'ils n'en peuvent fournir ; de même que c'est réduire les soldats au désespoir, et contribuer à la dépopulation du pays, que de les retenir toute leur vie au service.

K £n résumé, sans les diverses lois dont on vient de voir la nécessité, il n'y a pour l'empire ni force, ni richesse, ni bonheur, ni tranquillité ; il doit au contraire les attendre de l'existence de ces lois nouvelles.

« C'est pourquoi désormais la cause de tout prévenu serajugée publiquement, conformément à notre loi divine, après enquête et examen, et, tant qu'un jugement régulier ne sera point intervenu, personne ne pourra, secrètement ou publiquement, faire périr une autre personne par le poison ou par tout autre supplice.

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