‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 62 sur 86 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

« Que ceux qui feront un acte contraire aux présentes institutions soient l'objet de la malédiction divine, et privés toi^ours de toute espèce de bonheur ! »

Certes, jamais les ombrages séculaires du sérail et les vieux murs bâtis par Mahomet II n'avaient entendu de pareils accents; tout le système despotique, sous lequel la vie, les droits, la propriété des sujets avaient été impunément frappés, s'écroulait dans Tenceinte même du palais des sultans, et la monarchie signalait les maux de Tempire, promettait d'y porter remède. C'était là un acte ayant sa grandeur et sa fécondité, c'était la continuation de l'œuvre de Mahmoud^ et rien ne prouve mieux le caractère de sa mission, la vigueur de son génie, que de voir la réforme qu'il avait ébauchée servant d'appui au trône ébranlé de son fils, comme si cet héritage eût pu seul sauver l'autre! Aussi ne peut-on s'expliquer l'omission, dans ce batti-chérif, du grand nom de Mahmoud que par le désir du ministère de réserver à Abd-ul-Medjid une auréole qui lui fût propre, et l'explication même n'atténue pas l'ingratitude de ce silence. 11 fut du moins adroit à Reschid-Pacha de faire directement émaner ce règlement nouveau du Coran et de donner à l'avenir la sanction du passé; les esprits rebelles à l'innovation l'acceptent

plus volontiers quand ils la peuvent supposer une réminiscence, et c'était avec raison que la religion allait consacrer cet acte de la réforme. Pourquoi fallut-il que ce hatti-chérif, destiné à reposer sous le manteau du Prophète, fût taillé sur le patron d'une charte? Etait-il impossible de sauver cette forme et d'épargner à Abd-ul- Medjid la physionomie d'un roi constitutionnel? Etait-ce de la part de Reschid un moyen de mieux assurer le sort de la Turquie en la faisant ressembler davantage à l'Europe? Etait-ce désir de faire quelque illusion au crédule enthousiasme de la philanthropie parlementaire? Pas n'était besoin! La simplicité des idées qu'il prenait pour base des nouvelles lois lui rattachait suffisamment toutes les sympathies éclairées, celles de la France surtout qui lui avait donné, seule entre toutes les nations de l'Europe, le spectacle de ces idées en action. Quoi qu'il en soit, en dépit des difficultés que l'état de l'empire offrait à la réalisation des réformes annoncées, ce n'était point un jeu que l'acte de Gulkhané. L'écriture et la parole ont leur puissance, et, dut le fruit ie faire attendre longtemps^ il sort inévitablement de ce sillon et de ce germe.

La lecture achevée, Reschid s'inclina devant le Sultan et alla reprendre sa place. De tous les rangs s'élancèrent des acclamations, et le hatti-

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