CHAPITRE XV. 30t
sur sa route. L'Àutriche lâchait riotervention ooileciive, la Rusne s'y attachait avec une ai^ denr que M. de lletternich lui-même n'avait
pas espérée. Tel était désorniais le point de départ de sa diplomatie. Que M. de Brunow eût dû repartir de Londres sans autre résultat que des explications satisfaisantes sur la Perse, du moins sa mission avait eu l'avantage d'éprouver la solidité de Talliance angio*française et de déceler dans l'Angleterre une disposition à dévier de sa ligne politique en Orient. Lord Palmerston avait écouté et répondu; M. de Brunow, le la décembre, revint à Londres continuer cette causerie amicale.
Cétait le maintien du trailé d'Uokiat -Skelessi qui avait rompu les premières négociations. La Russie avait donc à examiner ce qui lui était le plus avantageux de garder son traité ou d*en trafiquer. Cétait un papier dont les événements et la panique de TEurope avaient haussé la va* leur, et il y avait bénéfice peut*ètre à le négocier à la Bourse diplomatique de Londres, assez amoureuse de nouvelles spéculations orientales. Des avances ouvertes eussent manqué d'adresse; M. de Brunow ne procéda point selon les for^ mules diplomatiques. Il ne noliiia aucune proposition et présenta seulement copie d'une lettre, écrite de Douvres à M» de Tatischeff, par laquelle
il l'informait qu'il arrivait à Londres avec telles propositions. Ce début non-officiel avait à la fois sa réserve et sa familiarité. De son côté lord Palmerston qui, récemment marié, passait à la campagne les premiers jours de la lune de miel, accueillit M. de Brunow dans sa retraite même, tant son penchant pour la négociation russe le disposait à se départir d*une rigoureuse étiquette ! Voici ce que par cette voie indirecte M. de Brunow déclarait à lord Palmerston. La Russie, adhérant au contre-projet que ce ministre lui avait proposé lors de son premier voyage, consentait à une dérogation au privilège du traité d'Unkiar-Skelessi ; elle accordait à la France et à l'Angleterre la faculté d'introduire chacune trois vaisseaux dans une partie définie de la mer de Marmara, tandis qu'elle-même occuperait Constantinople, au cas où Ibrahim marcherait sur cette capitale. Au moyen de cette intervention collective, ce qui écartait les périls d'une application exclusive du traité du 8 juillet 1 833, la Russie accédait à l'emploi des moyens coërcitifs pour expulser Ibrahim de la Syrie. Ces propositions étaient adressées exclusivement à l'Angleterre, avec faculté de les faire agréer à la France. Le ii décembre, M. de BoutenefT donnait connaissance à la Porte des propositions dont M. de Brunow poursuivait la négociation
à LoDdres. 11 faisait habilement valoir la concesnoD que la Russie venait de faire à la paix do monde en dérogeant au traité dllnkiaf^kelessi. La concession était d'autant plus facile qu elle savait bien que la marche d'Ibrahim aurait inévitablement amené à Gonstantinople Tescadre
aiit^^lo-française ; niais la Russie ne pouvait laisser échapper cet te occasion de se parer de modération, de désintéressement et de zèle pour la Porte ottomane. Si le plan proposé réussissait, elle avait le mérile de Tinitiative; s'il échouait, elle en imputait la faute aux deux autres puissances.
C'étaient les mêmes propositions que lord Palmerston avait en dernier lieu adressées inutilement à la France. Il ne pouvait qu'être flatté de voir sa sagesse entrer dans les conseils du Czar, et déjà, grâce aux adroites insinuations de M. de firunow, il se regardait comme l'arbitre de la question. Il transmit les propositions à l'ambassadeur de France, de vive voix simplement et sans notification officielle. M. Sébastian! demanda, sans l'obtenir, communication de la copie de la lettre de M. de Brunow k M. de Tatiscbeff; lord Palmerston n'avait pas nussiou de communiquer la lettre même. 11 ne manqua pas de faire remarquer que jusqu'ici le cabinet des Toileries objectait contre l'emploi des moyens
coercitifs vis-à-vis du Pacha le danger d'une intervention russe. Or, ce danger était écarté par Fespèce de renoncement de la Russie aux droits du traité d*Unkiar-Skelessi ; de fait, ce traité était mis à néant, et la ville des sultans placée sous la protection collective de la France, de TAngleterre et de la Russie. Si celle-ci y envoie des troupes, les deux autres y enverront des flottes, sans crainte d'un conflit européen tant redouté par la France. Quelle raison pouvait-elle donc alléguer pour justifler sa non-adhésion aux propositions anglaises? La réponse du cabinet français était connue d'avance du ministre britannique. Sans doute on put lui faire observer que, d'après ces nouvelles propositions, la Russie, occupant Constantinople et tenant à dislance dans la mer de Marmara la flotte anglo-française, loin d'abroger son traité, se donnait le plaisir d'avoir l'Angleterre et la France pour témoins complaisants et auxiliaires discrets de l'application. N'eùt-ce donc pas été se couvrir d'un ridicule ineffaçable et se rendre la fable de l'Europe que défaire sentinelle, aux portes de Stamboul où la Russie serait librement entrée, ainsi que les valets oflicieux d'un maître en bonne fortune? Que l'Àngleterre décide si la France, en épargnant à l'alliance la honte de porter la livrée de la Russie en cette occasion, n'a pas