CHAPITRE XV
respecté la dignité commune plus que lord Palmerslon ! Séduit par Tamorce offerte à son ambition, le cabinet de Saint-James n'osa pourtant pas encore heurter l'opinion et s*exposer à une rupture avec la France; il ne permit pas à lord Falmerston d'adopter les propositions russes.
Ainsi les deux grandes puissances semi-europëennes semi-asiatiques, dont les lignes rivales se prolongent de Constantinople jusqu'à la Chine, travaillaient à associer leur concurrence avérée dans le but de disloquer, contre le gré de l'Europe, un empire dont elle se sont d'avance assigné les lambeaux; toutes deux d'intelligence pour faire violence à la modération conservatrice des trois autres puissances qu'elles traitaient sur ce terrain en puissances du second ordre, et ni Tune ni l'autre ne se regardant sans rire, tout en cherchant à se surprendre, sous leur masque commun, l'intégrité de l'empire ottoman. Et au même instant leur émulation patente s'accusait en Asie. L'Angleterre, achevant de soumettre l'Afghanistan à sa majesté pensionnaire Chah-Soudja, réduisait le plus puissant des usurpateurs renversés, Dost-Mohamed^ à rester réfugié en Bokharie et parvenait à se rattacher par un traité l'indocile souverain de Herat, tandis que la mort récente de Rundjet-Sing
ouvrait le Pendjab à son ascendant indien ; suite II. 20
de triomphes qui Tanima sans doute à poursuivre une carrière active dans TOrient de la Méditerranée ! Russie, pour contrebalancer rinfluence que la Grande-Bretagne venait de conquérir, dirigeait une expédition sur lekhanat de Khiva, à Test de la mer Caspienne. Mais que des deux côtés la pointe de Tépée écrivit leur inimitié au centre de l'Â-sie, il leur restait à chacune une main de libre à se présentera Londres pour une étreinte amicale qui mystifiât la prudence de l'Europe et hâtât la ruine de l' Asie-Mineure, dut plus tard leur épée se lever Tune contre l'autre sur l'œuvre mémede leur concorde passagère ! C'était la Russie, il faut le reconnaître, qui avait l'initiative de cette tentative d'association, et l'Angleterre ne faisait que suivre en hésitant; le génie russe dominait le génie britannique, se livrait pour l'attirer, le laissait reprendre haleine et ne le lâchait point, résolu à vaincre sa résistance que la Frapce avait deux fois soutenue.
Pendant que ces négociations se poursuivaient à Londres, les affaires d'Orient, à la réouverture des Chambres, traversaient à Paris une nouvelle discussion ; grâce aux événements accomplis, la question eut reposé sur une base plus positive si l'incertitude de la solution ne l'eût toujours tenue en Tair. Tour à tour se produisirent les