CHAPITRE XV
systèmes du droit et dq fait , reconnus dans MM. de Valmy et de Carné, le vaste panorama de Fantagonismeanglo-russe doctement et ingénieusement démontré par M. Mauguin, le système du partage et de l'alliance russe dévéloppé avec éclat par le duc de Noailles, enfin le plan de partage au bénéfice de toutç TEurope, soutenu avec unein variable persistapcede talent et d'inopportunité par M. de Lamartine, trop frappé de la résurrection de l'Orient pour se souvenir de la pieuse maxime : « qui tôt emsevelit trop souvent assassine. Le ministre de Tinstructiq^ publique dut encore combattre pour la doctrine politiqMe de la France et les actes du cabinet du \ % . mai avec la spirituelle éloquence de M. Villemain assouplie à la langue des affaires. Entre tous ces discours se fît remarquer le discours de M. Thiers^ On sait à quel point sa parole sagace, vive et fan^ilière rend toute question transparente si même elle ne réussit à la faire toucher; mais elle fut surtout caractéristique par la préconisation de l'alliance anglaise. Est-il indispensable de supposer que Torateur se fût choisi de l'autre côté du détroit un terrain d'opposition au cabinet du 12 mai? Pourquoi refuserait-on d'y reconnaître une patriotique habileté ? Voyant les deux nations prêtes à se tourner le dos, la France menacée de Tisolement et l'Angleterre mena-
cant de s'abandonnera une tentation russe, il se plaçait entre leurs fâcheries, attribuant avec une générosité nationale tous les torts à la France et éclairant la susceptibilité de l'Angleterre par l'exagération même des procédés blessants de son alliée, travaillant enfin de son mieux à amener une réconciliation dont chacune devait sentir le prix et donnant par procuration le baiser de paix à l'Angleterre, sans même espérer, si Ton veut, un portefeuille pour salaire de son zèle de conciliateur. Quant au cabinet du mai, il n'avait eu d'autres limites de ses ménagements pour l'Angleterre que celles de l'équité et de l'intérêt d'une pacification générale. Etait-il donc si facile d'apaiser par des explications l'intempérance de l'égoïsme britannique échauffé par l'occasion, et n'était-ce pas un devoir de lui résister quand il prétendait ne faire de la France que l'instrument de ses vues personnelles? Malheur à qui voudrait jeter légèrement aux vents une alliance qui commence à peine à porter ses fruits! Ce serait crime, si ce n'était folie. Mais toute union a ses épreuves, ses refroidissements, ses retours; toute alliance, en un mot, fait sa propre éducation, et l'Angleterre a moins besoin d'être édifiée sur des sympathies acquises que sur l'énergie des résolutions de voisine. L'attitude de la France depuis le mois
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d'aoûi avait seule modéré une ardeur qui n'était cooteoue qu*à grand'peine.
Parmi les mesures de l'Angleterre contre fié* hémed-Alî, la moins significative n'était pas Farrivëe du colonel Hodges à Alexandrie, en remplacement de M. Campbell dont le triomphe de lord Ponsonbv avait décidé le sacrifice. Le prédécesseur du consul rappelé, M. Ijarker, avait été destitué, lors de la première guerre du Sultan contre son vassal, pour avoir désigné le Ptelia d'Egypte par ces mots : tex^F^iee-Roi; pour n'avoir pas été d'avis en 183^ de faire un ex-Vice-Boi du Pacha d'£gypte» M. Campbell devait encourir le même traitement ; le colonel Hodges avait le mérite d'y être tout disposé. Récemment consul en Servie^ précédemment li avait été chargé en Angleterre du service du recrutement dans les provinces, et avait , fait pai lie de rexpéditiou des troupes anglaises volontaires en Espagne. Sur une querelle avec le général Ëvans, il était retourné à Londres, où il publia l'histoire de cette campagne , et, grâce au crédit, de son compali iole 0*Coîinelï, il avait obtenu sa nomination au consulat de Servie.
On dit qu'il eut l'art d'y embrouiller les affaires ; ce qui le recommanda peut-être à lord Ponsonby, à la famiiie duquel le rattachaient des relations de patronage. Arrivé en décembre, il
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se montra bientôt fidèle au système de son protecteur. « Croyez-vous donc, dit-il à Méhémed* Ali dans une de ses premières conférences, que, tout autant qu'il y aura un souverain à Constantinople, vous puissiez garder et faire prospérer la Syrie? Dussent toutes les puissances se mettre d'accord pour vous accorder plus que l'hérédité de l'Egypte, l'Angleterre seule se chargerait de vous faire rendre la Syrie. — Si les puissances unies viennent me forcer, répondit sèchement Méhémed-Ali, elles seront les bienvenues ; si l'Angleterre vient seule^ elle sera encore la mieux venue. Je n'attaquerai point, mais je me défendrai jusqu'au dernier souffle. * Les paroles irritantes du colonel Hodges furent à moitié désavouées, mais non pas nettement rétractées.
L'attitude du nouveau consul général de l'Angleterre et les négociations liées par M. de Brunow à Londres éclairaient Méhémed-Ali sur les intentions d'une partie de l'Europe. Trop sûr qu'il n'avait à compter sur aucun appui, n'espérant plus que dans les résultats de ses relations à Constantinople et dans les démonstrations de sonénel'gie, il retira les premières concessions qu'il avait faites à la France. Toutefois, afin de ne point ajouter aux difficultés d'un arrangement , il fit sans balancer l'abandon du