‹ Deux annees de l'histoire d'orient, 1839-40Chapitre 68 sur 86 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

gouvernement des villes saintes sur la demande que la Porte avait élevée, et dont le consul de France se rendit l'interprète; le 1 6 décembre il en faisait remettre à M. Cochelet la notification officielle.

En restituant l'administration des villes saintes, il ne dissimulait ni l'embarras qu'éprouverait la Forte à les défendre contre les Wahabis, ni les frais dont elle s'imposait la charge. II savait ce que lui coûtaient la garde et l'entretien des lieux sacrés, et évaluait les dépenses de sa domination en Arabie à environ trois millions et demi de thalaris par an ( 17 à 1 8,000,000 fr.) On l'a souvent blâmé de son acharnement à conquérir cette terre de sable, à poursuivre dans la pauvreté l'indépendance errante desCabyles, et l'on s'est étonné qu'il usât des milliers de soldats sur un sol sans eau, sous lin ciel de feu, contre des ennemis insaisissables dans leur fuite, lorsque la victoire ne pouvait défrayer la guerre ni répondre de la soumission de tribus nomades. Mais les vertes oasis que ces mers de sable laissent poindre de leur sein, les zones admirablement productives se projetant sur l'aridité du désert, les développements qu'offrait au commerce le vaste littoral de la péninsule, le tribut des populations et le monopole de leurs produits,un marché ouvert aunuellemenl à soixante

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mille pèlerins, le crédit dont la possession du territoire sacré l'investissait dans tout Tlslain, tels avaient été les motifs de cette laborieuse tentation. Il osait semer et ajourner la récolte. Quel qu ait été le fruit de ses efforts, la trace n'en périra point. Non-seulement il a supprimé la domination d'une secte qui retrempait le fanatisme musulman et s'isolait de toute communion avec l'islamisme orthodoxe et la chrétienté; il a préparé ces tribus éternellement divisées à une autorité commune, attiré de force la péninsule arabique dans le mouvement de régénération de l'Orient, et propagé l'Elgyple animée d'une vie nouvelle dans les terres à sa droite et à sa gauche, l'Yémen et le Cham.

L'œuvre de sa vie porte un nom : l'Arabie. A cette époque, il y avait quatre petits corps d'armée. Kourchid-Pacha , vainqueur du Nedjd , avait poussé jusqu'au golfe Persique et aux îles Bahreïn ; sur les représentations du consul d'Angleterre, il avait.dû lui faire abandonner l'occupation de ces îles. Kutchuk Ibrahim-Pacha guerroyait dans l'Yémen et y exerçait les fonctions de- gouverneur depuis que l'imam de Sana, redoutant le voisinage des Anglais d'Aden, avait abdiqué son autorité politique en faveur du Vice-Roi. Akhmet-Pacha tenait en respect les tribus de l'Assir. Dans le Hedjaz, Sélim-Pacha

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▼enaîl de remporter une victoire sur les Bédouins de Djiudeida, entre la Mekke et H^ine.

Mais Méliémed- Ali était contraint de ramasser ses forces, et il rappela en Egypte Sélim-Pacba. Ce fut alors qu'il rendit la liberté à Mohamedibtt-Aoun. S'il ne pouvait compter sur le dévouement d*un gratid-chérif retenu quatre ans en captivité, il savait du moins que cet bomme seul était en état par son habileté et son courage de contenir les tribus des Wahabis que devait relever un premier mouvemeut de retraite de la domination égyptienne. Le chewel ia56 (4 janvier i84o), Mohamed-ibn-4oun partit du Caire, non sans espoir {)cul-<nre de profiter des événements pour asseoir à la Mekke uq pouvoir désormais inconteisté.

Obligé de recourir à toutes ses ressources, Mëhémed-Ali demanda des soldats à cette Egypte qu'il avait épuisée par de longues avanies d'hommes. U organisa k Aleiandrie une garde nationale et se proposa d'exercer au maniement des armes tous les ouvriers des fabriques, il fut question, d'établir au centre du Delta» à Mehalet<eI«Kebir,un camp de cinquante miUehommes^ situé à deux jours de marche des points les plus éloignés de la côte depuis Damiette à Test jus* qu'à la tour des Arabes à l'ouest; ce camp pour* voyait à la défense de tous les endroits menacés.

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Dix mille Bédouins, qu'il projetait de faire camper entre le Kairioum et Damanhour, auraient pu se porter en quatre heures, soit à Aboukir, soit à la tour des Arabes, les deux points les plus favorables à un débarquement, et donner le temps aux troupes régulières d'arriver sur l'ennemi .11 disait pouvoir en outre disposer de cent cinquante mille Bédouins, soit de l'Egypte, soit delà Syrie. Chaque jour il se rendait à bord des vaisseaux, passant en revue équipages turcs ou égyptiens et troupes de débarquement, présidant aux exercices qui se répétaient à bord et à terre, vivant au milieu d'eux avec la familiarité du vieux soldat qui, il y a trente ans, était venu chercher fortune en Egypte, les animant de sa parole et les remplissant d'enthousiasme pour sa personne et pour 8a cause, qui était aussi la leur. N'était-ce pas contre la chrétienté qu'une partie de l'islam était réduite à se défendre? Cette cause était celle de la religion même. La flotte turque, pendant son séjour à Alexandrie, avait changé de face; les équipages s'étaient formés, et Méhémed- Ali avait même entrepris l'éducation des officiers pour lesquels, dès leur arrivée, il avait établi une école; ces capitaines turcs, qui ne savaient ni lire ni écrire, grâce à ses soins, se trouvaient en état de tenir leur journal. Marins et soldats, tous s'étaient mis à la disposition du Vice-Roi,

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heureux de verser leur sang pour lui et de se battre contre des Francs. Ce fut dans ce moment qu'il fit adopter à tous les Turcs le costume égyptien; jusque-là les officiers seulement Tavaient pris; dès le mois de décembre, les troupes et les équipages furent complètement habillés. Il n*y avait plus qu'un même drapeau, le drapeau de l'Egypte; il n'y avait plus que des musulmans dévoués à un musulman glorieux, menacé par des giaours.

A celte époque Méhémed-Ali était fermement résolu à une lutte désespérée. Ses États n'avaient été altérés par aucun désordre, les populations de l'Asie-Mineure lui envoyaient leur soumissioii, et il se sentait assez fort pour succomber avec honneur au milieu de l'empire embrasé par ses mains. Voici ce qu'écrivait, sous la date du 1 6 janvier, l'une des personnes de sa maison : « Certain d'être déraciné par les efforts conjurés de l'Europe et de l'Angleterre, le Vice-Roi aimerait mieux encore rompre en résistant que de se maintenir, pliant comme un faible roseau. Telle est sa ferme , son inébranlable résolution , depuis que des dépêches récentes l'ont confirmé dans l'opinion que l'Angleterre persistait dans son aveugle hostilité, depuis sa dernière entrevue avec le colonel Hodges, son nouvel agent diplomatique en Égypte. « On veut me pousser à bout,

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a-t-il dit; eh bien ! j'accepte le défi; on veut la guerre, je la ferai, je la ferai à outrance, et peulétre aura-t-on lieu de se repentir de m'avoir jeté dans cette extrémité. Ma vie est déjà bien pleine, qui sait s'il ne reste pas quelque chose à y ajouter? Je n'avais plus qu'une ambition, celle de travailler vigoureusement à régulariser les travaux de ma longue carrière pourTintérêt de ma nation et celui de ma famille , et de concourir de tous mes moyens à la consolidation de l'empire aussitôt que les différends entre la métropole et Alexandrie auraient été terminés. On m'oblige à tirer le canon, que le canon décide. » Et hier, au mot de concession de territoire que prononça M. Gochelet, le Vice-Roi ouvrit sa main la^Pas ce palme, répondit-il. Certaines gens, qui ne connaissent pas le caractère de Son Altesse, appelleront peut-être cela de la forfanterie; vous savez à quoi vous en tenir et vous resterez convaincu autant que nous le sommes tous ici de la sincérité de cette énergique déclaration. »

Tandis que Méhémed-Ali se livrait au soin de ses préparatifs de guerre, les travaux de la réforme et de sourdes discordes ministérielles occupaient la Porte. Reschid, afin de se fortifier contre Halil et Khosrew, faisait entrer dans le ministère Akhmet-Fethi-Pacha, en dernier lieu ambassadeur à Paris et à Londres, homme d'un

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caractère liunorable et de mœurs douces, Vun des partisans sincères de la réforme. 11 réussissait mémeàrintroduiredanslafaniilleinipériale,

et le Sultan Âbd-ui-Medjid lui accorda en mariciij^e sa sœur, la sultane Atyë. Les noces de cette pnncesse, qui avaient dû se célébrer dès le commencement de i839f avaient été tout à coup ajournées par rinceudie du palais que le Sultan Mahmoud lui faisait bâtir à kourou-Tchesmé; llabmoud avait le respect des mauvais présages* Grâce à ce mariai^e, Ileschid espérait contrebalaucer Ualil dont le crédit au sérail faisait la principale force. Ce fut au ministère du commerce qu'Akbmet-Fethi* Pacha fut nommé. II y remplaça Saidijui fut promu au rang de capitanpacha. Bien de plus singulier que les termes du firman de sa nomination. La Porte ne se plaint pas du séjour de sa flotte à Alexandrie; elle ne voit aucuu inconvénient à ce qu'elle y prolonge sa station; c'est uniquement afin de pourvoir aux besoins de sa marine à Gonstantinople quelle donne un successeur à Akhmet-Fevzi- Pacha, dont l'absence uu peu trop prolongée laisse en souffrance cetteadministration. La Perte eut donc un amiral; Méhéroed-Ali disposait' des vaisseaux. IL accueillit avec soumission le firman qui en donnait le commandement à Saïd et en confiait la gestion à Mustapha •Paicha» et le

laissa lire en présence de tous les olficiers de la flotte. Toutefois, il trouva moyen d'éluder ce qu'une exécution rigoureuse aurait eu dliuiniliant pour Akhmet et pour lui-même. Chargé de redemander à Tex-capitan-pacha la décoration du grade et de la renvoyer, il répondit que, chacun aimant à conserver dans sa famille les signes des fonctions dont il avait été honoré, il avait permis à Âkhmet de garder la décoration, mais qu'il enverrait, si la Porte le jugeait à propos, les soixante bourses qu'il en pourrait coûter pour en faire fabriquer une autre à l'usage du nouveau grand-amiral.

Ce n'était pas avec moins d'égards que Méhémed-Ali avait précédemment accueilli Kyamil- Pacha, chargé de lui notifier le hatti-chérif. Âpres s'être plaint qu'on n'eût pensé à le lui signifier qu'au bout de quarante-cinq jours de la promulgation, il se donna le plaisir de remontrer que Constantinople n'avait point l'honneur de le devancer dans la carrière des réformes. Le rescrit impérial fut solennellement publié au Caire et dans toutes les villes de Syrie. A Alep, par une circonstance bizarre, tandis que toutes les notabilités civiles et religieuses écoutatent, dans une des salles du palais, la lecture du décret, dans l'une des cours on distribuait aux soldats égyptiens les chemises et les culottes de

rarmëe ottoiuape prise:} an cainp de Nëzib. Mél|ë|i|^-41iy daqs I4 réppnse 4Q0t ii cbargwi Kyamil-Pacha pour le grand-visir, fit soigneusement remarquer que depuis longtemps il avait institué des règiemepts spéciaux en tout ce qui CQuoeroe le respect dû à la vie ei aux propriété des sujets, que les habitants et Tarmée avaient été soustraits à l'arbitraire des juges, et que les ptinilioDs n'étaient infligées que d'après les lois. Il se félicita devoir appliquer à tout l'empire ces

réformes lunilées jusqu'alorb à ses provinces.

Dans le courant de janvier, deux mesures iru« portantes avaient témoigné de la sincérité des promesses deGul-khané; la première fut l'abolition des UtizamSy la seconde uue moditication dans la pereption du Aaratch. Le système des lltizams consistait dans la concession annuelle

aux plus oflfrantb du fermai;e des divers revenus de i'Ëtat, et avait livré l'empire à uue société dVxploitatioii entre les plus hauts fonctionnair res turcs et lessarrafsqui payaient leurs offices et cautionnaient leur solvabiiilë. L'impôt tombait sur le pauvre peuple, grevé de toutes les exigences des surenchères, de l'usure et d'une émulation de bénéfices entre les bailleurs de fonds etlescommanditaires,armé de tous les pouvoirs; le revenu légal n'entrait au trésor de l'Ëlat que comme une part de priae dans la vaste spo-»

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liation qu'un gouvernement vénalavaitautorisée, et qu'il aurait du forcément tolérer quand même il n'y aurait pas Irempé par toutes les mains de ses agents. On projeta donc d'opérer une division des autorités financières, administratives et militaires, et de charger les communautés de l'assiette et de la répartition de l'impôt. Quant au karatcb, on sait que c'est l'impôt établi sur les sujets non musulmans, en vertu du principe du rachat du sang. Les Turcs s'étaient réservé d'en affermer la perception, et l'on conçoit qu'il serait trop long d'énumérer toutes les vexations auxquelles les rayas étaient abandonnés comme un vil troupeau que les collecteurs s'ingéniaient à tondre plus d'une fois Tan. On décréta qu'à l'avenir les communautés répondraient de cet impôt au gouvernement et se chargeraient de le répartir et de le percevoir parmi leurs coreligionnaires. Les rayas rattachés à la domination protectrice de la Porte Ottomane et relevés dans leur dignité, toutes les populations de l'empire renaissant à la confiance et s'encou rageant au travail par l'espoir de jouir du moins de la dime de leurs sueurs, la terre elle-même, si longtemps avare de ses épis que dévorait une malédiction annuelle, redevenant féconde et se couvrant de générations nouvelles d'épis et d'habitants, tels devaient être les résultats de ces mesures vaine-

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ment tenite perMahmoud» si leur application éUnt fermement poursuivie» H était honorable

de recommencer la tenlative; le mal n'est pas extirpé en un jour|ii cède à des eilbrts répétés. Âo6té de ces mesures salutaires qui tendaient a rapprocher l'empire des peuples civilisés, Resdiid*Pacha eut aussi à cœur d'ioaugurer les formes desgouvernements les plusavancés;ii voulut avoir, au commencement de l'année musulmane nouvelle (4 mobarem i25G — mars i84o), une ouverture de session, ua discou rs de la couro n n e, une adresse en réponse à ce discours et la réponse même du souverain à l'adresse. Rien n'y manqua. Heureuse Turquie ! pouvait-elle douter de sa complète régénération^ après avoir ajouté au costume européen une représentation du système constitutionnel ou parlementaire*?

Peudant ce teoips rieu n'avauçait en Europe.

Au mois de janvier, l'Autriche avait renouvelé sans succès la proposition d'un congrès. Enfin, Vers la mi-février, on décida d'ouvi ir des conférences à Londres. II n'est point vrai, comme on Va prétendu^ que la France refusa d'y prendre

(l)Noiii «Tons cru devoir reprodoire aux pièces justiScaiNm cm éehantUloD^ carîmn de l'inaiiganilioii dm formes rqMnétcBtativel dans le sottvernemeDt de le mooerchie d'Ot* neo^

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