‹ Deux ans au Mexique [microforme] (volume 2)Chapitre 23 sur 31 · L- LE : Enfin, voilà Vincennes · texte numérisé non relu

L- LE : Enfin, voilà Vincennes

a E : ë Je saute à terre; et mes yeux tombent sur 0 | a : les épaulettes d’un officier d'artillerie assis méa | lancoliquement à la porte d’un café, et en train à . de prendre le vermôuth du matin.

s à = —Pourriez-vous m'indiquer l'endroit où loge {| ï le lieutenant Daniélou, lui dis-je en saluant ? —Daniélou! reprit-il d’un air tout étonné; s mais il est là-bas, à Saint-Mandé. Puis, hochant : * la tête :

—Depuis cinq mois, il est mort, et de la poi-

trine encore. Ah! c’est une maladie bien triste De pour un artilleur ! à Je crus que mes jambes allaient crouler sous j moi : néanmoins j'eus la force d'aller jusqu'au = |: 8 petit cimetière de Saint-Mandé faire la visite EE. 8 promise. : EE. [6 Mais pourquoi toujours parler ainsi de ceux EL ê ui ne sont plus? C’est une manie déplorable, ÿ » ont j'aurai peut-être grand'peine à me corriger ; Fe € et puisque je dois m'y essayer, mieux vaut tout * Y de suite. Je reprends donc Îe fil de mon récit, et ne vous dirai que nos douces flâneries durèrent q depuis le 22 jusqu'au 27 janvier, joui de l’arrivée à si attendue du convoi du colonel Doutrelaine. | : Alors nous reçumes l’ordre de nous tenir sur . à le qui vive, car on devait commencer à tracer la | à x ligne de circonvailation et à ouvrir la tranchée. ne Cela n'empêcha pas le statu quo de durer jusqu'au premier février. Il ne se passa rien d'ex- p traordinaire jusqu’à ce jour, si ce n'est une fausse alerte que nous eûmes pendant la nuit | 1 8 du 29 janvier, et le saisissant spectacle d’une Le l po de la ville incendiée par les troupes de D. < orfirio Diaz, pour circonscrire ainsi sa ligne de 1 a défense. D . { Par ordre du général ennemi la torche et le. D. bitume furent promenés pendant sept jours con- | Là ci sécutifs dans les quartiers de Cozula, de los - nn À el Principes, de San cisco, du Marquesado, de nn 0 la Conception, et de Gtuadeloupe. Oe ciel tout E pl embrasé, que nous apercevions tout à notreaise » |: Te du haut du beffroi de l’église deSan Felipe : ces , P coupoleset ces cléchers qui s’effondraient ; cette el mer de feu qui roulait mugissante; ces spirales d du fumée, et de temps à autre les terribles ex- id

plosions qui déchiraient l'air, tout cela nous

faisaient involontairement songer à Moscou et à son Kremlin. je

Trois mois plus tard, Maximilien reconstruisait à ses propres frais quatre-vingts de ces maisons détruites, et envoyait dix mille piastres, — dont six mille prises sur sa cassette particulière et quatre mille sur celle de l’impératrice—aux abattus ui erraient à demi-morts de faim et couverts de haillons, dans les rues de leur ville ruinée. :

Le Rrenier février, à quatre heures et un quart de l'après-midi, une estafette nous apporta à toute bride l'ordre de nous porter en avant, dans le but de PARNSE des soldats du génié qui devaient travailler à ouvrir une rampe destinée à relier l'hacienda d’Aguillera à un ravin situé au pied d'un des forts de l'ennemi,le Dominante, :

O'était là que nous devions asseoir notre camp pendant la durée du siège. an

Tandis que nous opérions ce mouvement, le 3° zouave devait faire diver8ion et attirer sur lui l'attention des assiégés, en simulant une fausse attaque sur le Panthéon, vaste édifice situé au sud de la ville, où l'ennemi avait construit de fortes batteries.

Une demi-heure après avoir reçu communication de cette dépêche, nous nous ébranlions en ligne de bataille.

Ce spectacle d'fne poignée d'hommes, s'exposant à tout moment à être anéantis sous l’ou- M rs de mitraille cs chaque seconde pouvait précipiter du haut des trois forts,sous lesquels elle marchait insouciante, tambours battants et drapeau au vent, était bien fait pour donner une idée sublime du courage qu'à su toujours déployer la France, même à ses heures les plus

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tristes et les plus poignantes. Cette intrépidité à toute épreuve étonna l'ennemi, comme plusieurs officiers brisopniers nous l'avouèrent plus Là tard. Croyant à une mystification, il se tint coi p derrière ses mortiers, pendant qu'à la faveur de l'obscurité nous parvenions à nous masser auprès du tunnel de l’aquednc, où nous restâmes embusqués l'arme au bras jusqu’à une heure du matin, prêts à ouvrir un feu de tirailleurs au moindre mouvement hostile. La rampe étant alors achevée sans accident, le commandant fit prendre le pas accéléré à son bataillon, et dis- EE parut du côté du ravin où était son poste de | 4 ‘combat, me laissant avec une compagnie sous le n commandement du capitaine Chopin, occuper ne | l'hacienda, et nous donnant la consigne de nous : À y défendre jusqu’à la dernière extrémité. ? EL D'après late même de Chopin, l'officier le Fe Dr plus flegmatiqne qu'il soit donné de rencontrer, » nous devions avoir du fort tabac pour le len- | à

demain. ou Le reste de la nuit-s'employa à créneler l'ha- D E cienda, à creuser alentour deux larges fossés, et | : t

à élever sous la poterne un terre-plein où nous

plaçâmes en batterie les deux .obusiers de monsue du lieutenant Tissier. , É usqu’à dix heures du matin, tout fut d’une 1 si tranquillité désespérante: mais au moment où ;

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nous déjeünions, le bal commença. ù Toute la journée, ce ne fut que le cri lugubre | 8

“gare à la bombe!” poussé par le lactionnaire, dl £

au milieu des déchirements des morceaux d’obus n à p

qui éclataient, du sifflement des bulets en | 2 p

. plomb qui allaient: couper les arbres du jardin : ù

. et du ronflement des pots-à-feu qu'on envoyait NN. f: sur notre forteresse improvisée, pour essayer de 4 *, 1

la réduire.en cendres.

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Malgré tout ce brouhaha impossible à décrire, et tous ces débris de fer qui semaient autour d'eux plus de bruit que “de consternation, nous n’eûmes que deux artilleurs légèrement blessés, et en fait de pertes, que la fontaine de la cour, réduite en atomes par une bombe qui vint éclater sur le ventre de son vieux Cupidon..

Cet incident: procura à Chopin l’occasion de nous raconter un léger désagrément qu'il avait éprouvé à l’assaut du Malakoff.

Un indiscret éclat d’obus s'était permis de lui pratiquer un ventilateur, au même endroit que le malheureux Cupidon, et comme nous n'avions rien de mieux à faire qu’à nous tenir sur l'éveil, nos soldats vinrent faire cercle autour du jovial causeur, et écouter ses récits avec autant d'attention que le permettaient les fréquents déplacements que nous obligeaient de faire nos terribles visiteurs. |

Le. capitaine Chopin, passé plus tard commandant du bataillon d'Afrique par suite de la promotion de M. d'Ornano au grade de lieutenant-colonel au 5° bataillon de la légion étran-

ère, représentait pour moi le type le plus parfait de l'officier français.

Insouciant dg caractère, paresseux même à

“l’occasion, au feu il était superbe d’audace et

d'intrépidité. On aurait dit qu'il y avait deux incarnations cachées sous cette enveloppe osseuse, mais souple et ES de force et de vigueur. C'était la coqueluche de sa conrpagnie ; pour l'amour de lui, ses soldats auraient fait des prodfges de bravoure et d’abnégation, car pas un n'ignorait qu'au besoin le capitaine se serait at hacher pour ses enfants, comme il les appeait.

Pendant une nuit toute entière, au plus fort

du bombardement, il ne voulut pas exposer inutilement le zéphir qui devait être de faction sur la terrasse. Il prit lui-même sa place, se. contentant desse faire apporter de temps à autre une pipe bien bourrée, et une timbale d'argent rem plie d'eau coupée de Jamaïque. ;

Cinq jours, le bombardement continua sans désemparer sur notre hacienda. en dentelant le toit comme la rosace de la cathédrale de Strasbourg. Comme l'ennemi manquait de munitions, il avait fondu les cloches de tous les villages environnants pour en confectionner des obus et des bombes d'un très beau bronze, il est vrai, : mais qui éclataient mal et donnaient un tir défectueux. Nos soldats furent donc épargnés et n'eurent à souffrir que des chiques, petits insectes du genre des aptères qui, pénètrent entre les doigts des pieds et des mains et causent des. douleurs insupportables. On ne parvenait à s'en. défaire qu’en les extrayant: avec la pointe d'un

canif, amusement d'autant plus désagréable qu'il : :

n'existait qu'un de cès instruments dans toute la compagnie. , à : «

Pendant ce temps-là, le maréchal avait ouvert la tranchée, et les travaux de siège avançaient avec ne rapidité inconcevable.

Le 4 février, nous commencions à ouvrir le feu de:nos mortiers sur la ville; notre tir, ce jour-là, fit sauter une poudrière et incendia un magasin de fourrâge. Le 5, nous passâmes la Journée à bombarder les forts, et plusieurs de. nos projectiles firent embrasure.

Une bombe, entre aûtre, de la batterie du capitaine Comeau, tapa dans une masse de sacs de terre, les dispersant en atomes et causant une telle panique parmi les artilleurs ennemis, qu'un capitaine mexicain fou de terreur enjamba les-

4 À, et

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