‹ Deux ans au Mexique [microforme] (volume 2)Chapitre 30 sur 31 · MR ER HR UE US UN PONT VAS · texte numérisé non relu

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œuvre qui aété traduite dans presque foutes les langues.” cu |

-Lorsqué la guerre du Sud éclata, M. Maury

qui n'avait jamais caché ses sympathies, em-

brassa la cauée de la confédération et fut nommé

chef des défenses de la côte. Il se livra alors à

des études spéciales sur les tôrpilles et perfec-

tionna ce terrible engin de destruction. : Mais le cœur déjà ulcèré par la Juttè fratricide que se faisait un même peuple, le commodore Maury devait sentir son âme se côurber sous un coup

plus terrible encore. Un de ses fils füt tué : et

triste, désespéré, le pére quitta sa malheureuse patrie pour se réfugier au Mexique, où Maximilien le nomma commissaire de l’émigration, poste qu'il occupa jusqu’à la chute de l'empire.

Lorsque-tout fut fini de ce côté, M. Maury s’en vint mourir en Virginie, léguant à sa patrie le souvenir de son dévouement, de son honnêteté et de ses vertus civiques ; au monde entier sa double gloire de savant et de philanthrope.

À l’époque où je fis sa connäissance, M. Mau était depuis assez longtemps éloigné de son pays.

n apprenant mon prochain voyage aux Etats- Unis, il me demanda si je voudrais me charger de quelques missives pour sa famille restée sans nouvelles depuis son départ d'Angleterre.

J’y consentis avec plaisir ; et le lendemain il me remettait sa correspondance, ainsi que celle de ses officiers, à un dîner que M. Chaudoin, consul belge, donnait pour chômer la fête nationale de sen pays, fête qui fait battre bien des cœurs au Canada : la saint J, ean-Baptiste.

À cette réunion de famille, je serrai une dernière fois la main à bien des amis, à bien des camarades que je ne devais plus revair—beau-

coup sont morts depuis—et le 26 juin, à trois eures du matin, une voiture spéciale mise à notre disposition par le service des messageriès:

mexicaines m'’emportait du côté de:la terre

chaude, en compagnie des capitaines Boyé,’ Gauthier et de Beauquesne, du lieutenant Braun, et du sous-lieutenant Bonnin ue.

S'il est un genre de volupté qui n'a pas été analysé et bien défini par les penseurs} c’est certainement. cette sensation intime qu'éprouve toute personne séparée depuis longtemps des lieux et des cœurs chers à son souvenir, et qui tout-à-coup voit se dresser devant elle la certitude de les revoir. ,

Fatigues, ravages physiques et moraux, contrariétés, tout cela disparaît pour ne laisser place qu’à un contentement indéfinissable, dont les symptômes sont à peu près ceux de la mélancolie. De

L'âme se replie sur elle-même et devient peu expansive. On savoure avec énergie cette idée du retour au pays: la maison paternelle aÿec ses bois, ses allées sablées, ses fleurs et ses habitants repasse devant vos yeux: le tableau de la vie de famille se déroule sur vos enoux, et les voix de votre mère, de vos sœurs, % votre fiancée, vous. jettent des paroles d'amour et d'affection.

Certainement si ce jour là, un étranger s'était mis en tête de venir chercher chez nous la gaieté et l’insouciance qu'on se plaît à donner aux militaires, il n'aurait trouvé au fond de notre diligence que des figures se livrant silencieubement à ce sentiment ineffable de volupté. Pour nous, les mules étaient trop lentes, les reldis trop longs et la végétation tropicale tristement fade. et monotone devant ce rêve ravissant de la patrie

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que chaque tour de roue entraînait vers} la réadité. © j

À Cordova, nous rencontrâmes le convoi de .

troupes que l'Allier devait rapatrier: cela ne nous empêcha pas de prendre ]6 devant, et nous

assèmes la journée du 80 juin à Paso del

acho, à l'endroit où plus tard -eut lieu l’hor: rible massacre d’un peloton de neuf soldats désarmés par une centaine de guerilleros, C'était la saison du vomito dans la terre chaude, et comme nos hommes étaient pour la plupart des convalescents qu’on envoyait en France humer l'air natal, un ordre exprès nous enjoignait de ne quitter ce point que pour traverser à toute vapeur les vingt lieues de chemin de fer qui nous séparaient encore de la Vera- Cruz, et de nous embarquer immédiatement.

Cette dérnièfe soirée passée sous la véranda du capitaine Berge, de l'infanterie de marine, me donna occasion d'admirer la fidèle description que Humbolt fait d’une nuit passée dans la

- terre chaude. , 4” : “—A cette heure, les grands animaux se cachent dans les profondeurs de la f t, les oiseaux sous le feuillage des arbres ons les crevasses des rochérs ; mais si dujant cè calme apparent de la nature, on prête l’oréille à des sons presque imperceptibles, on saisit à la surface du sol et dans les couches inférieures de . l'air un bruissemént confus produit par Je mur-. ‘mure et le bourdonnement des insectes, . Tout annonce un monde de forcés organiques en mouvement. Dans chaque broussaille, dans l'écorce fendue des arbres, dans 14 terre que foüillent les hyménoptères, la vie s'agite et do fait entendre : c'est comme ure de ces inille voix que la nature adresse à l'âme pieuse ft sensible de l'Mmme.”

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Le 1° juillet, à trois heures de l'après-midi, le transbordement de nos troupes était terminé sur l'Allier ; les officiers consignés à bord, et le commandant Cuisinier: de l'Isle n'attendait plus : qu'une dépêche télégraphique pour léÿer l'ancre et voguer.

La trompette du dîner venait de sonner et nous étions attablés dans notre carré, lorsque tout à coup l’ancre-se mit à crier sous les efforts du cabestan. Les toiles se déferlèrent, et le vaisseau se penchant légèrement sur une vague, salua une dernière fois cette terre mexicaine où tous, nous avions souffert, où dormaient beau- Coup de nos souvenirs, plus d’une de nos affections, et commençant lentement le voyage du.

retour nous emporta vers la haute mer.

Un hosannah solennel retentit alors de la Corne d’artimon au mât de misaine ; nos soldats

‘entonner en chœur ce chant dont le eau et si mélancolique :

Wers les rives de France!

tdeurs de l’hélice aux vergues de la fe le refrain touchant se aisait endans le carré plus d’une larme silencieuse se cacha derrière le cliquetis des verres qui s’entrechoquaient.

Un seul mot magique avait ramené l'enthousidsme et le bonheur sur toutes ces figures hàlées par l’âpre vent des Cordillères, bistrées par les fièvres et les fatigues du métier : c'était celui de la patrie, mot sacré que Dieu a donné à - l’homme commè une première bénédiction, comme ung dernière croyance, lorsque toutes les autres se sont étiolées et sont venues mourir au contact glacial de l’égoïsme et de la méchanceté.

Le transport sur lequel nous étions ‘ramenait trente-neuf officiers et 1150 hommes de troupes.

Malgré cet encombrement le plus grand ordre régnait à bord, et le silence n’était guère troublé que par l'énorme quantité de perroquets, de perruches, -d’écureuils noirs, de gazelles et de mille autres bêtes indigènes, que chaquellmilitaire emportait en souvenir, qui à un@ille tante, qui à une sœur, qui à une mère er

Le pont ressemblait à une arche de Noé où chacun avait nn favori, un préféré.

Les uns se quetellaient à propos de leur saras, de leurs cacatoës ; les autres sur le compte d’un tamanoir ou d’un de ces microscopiques ,caniches-du Chihuahua; mais presque tous tombaient d'acco our admirer la gracieuse souplesse, la robe isa et les jarrets d'acier de ma gazelle “ Presta,” CXdeau que m'avait donné le capitaine de frégate/de l'Isle.

Pauvre Presta ! comme bien d’autres amitiés que j'ai semées derrière moi, je fus obligé de la

éguer au Parc Central de New-York, faute de moyens de transport, la compagnie du Central Vermont ne voulant pas s’en charger/ Ce fut là une triste séparation.

Presta était l’amie intime de Michko, grand

fourmilier fauve, DrODHAADS d'un nez taillé sur le modèle du cochon de saint Antoine ;: de plus il était voleur et rusé comme ce diable qui hantait jadis les sables brûlants de la Thébaïde.

Michko nous était arriv@Al'une façon assez singulière, :

Au beau Milieu de la tfre chaude, notre dilience avait été arrêtée par un baron hongrois, M. 4 Stillwasser qui, le lorgnon à l'œil, la canne

à la main, flänait de la manière la plus imper-

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