‹ Deux ans au Mexique [microforme]Chapitre 45 sur 46 · M AT · texte numérisé non relu

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teau de selle, 227 piastres qu’il renfermait, et mon pauvre “ Coco ” portant le tout et qui était mort bravement au champ d'honneur.

En apprenant par des espions les marches forcées que lesgénéraux de Brincourt et Mejia faisaient pour envelopper son corps d'armée, Negrete sé senlit pris

mon échange il délogea sans tambours ni trompettes, se repliant sur Monterey, enclouant les grosses pièces qu'il était forcé de teen ribre lui et abandonnant la ville de Saltillo que le colonel fit occuper immédiatement. | |

Cette fuite précipitée laissait la route libre, et il fut résolu que notre convoi de malades partirait le 4 juin au matin, sous les ordres d’un-officier d'artillerie le

commandant Bonnet. |

Les”chemins étaient magnifiques, et neuf jours après notre départ de la Vacqueria nous arrivions à San Luis de Potosi, capitale du département de ce nom, jolie petite ville, très propre et qui fait un commerce considérable d'argent. En voilà un paysage qui ferait bondir ce pauvre Gérard de Nerval, lui qui détestait ces voyageurs spéciaux qui, en passant par un pays notaient sur leur carnet des curiosités de ce genre-Ci :

— La ville est grande et bien bâtie ; les rues suffisamment aérées ; ses habitants sont actifs et industrieux ; le commerce des cuirs y fleurit particulière-

pendant la nuit qui suivit :

ma plume.

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: Que voulez-vous ? J'étais malade, blessé, et aujour. d’hui quand je veux revenir sur San Luis de Potosi c’est la seule description que je retrouve au bout de

Ê Quelques jours avant d’y arriver, un de nos blessés

tait mort à Venado, bourg situé à quelque distance e San Luis. C'était un soldat du 5e/hussard qui avait eu les deux jambes emportées par un houlet

de canon, à une légère escarmouche donnée le jour

de ma Capture, et les circonstances terribles qui entourèrent cette mort méritent une parenthèse,

Bien que de colonel eût décrété la peine capitale contre tout militaire de la colonne, surpris en flagrant délit de maraudage, l’église d’un des petits villages de la route—las Animas—avait été forcée et un ciboire d'argent enlevé.

Malgré les recherches les plus actives, le délinquant ne put être découvert, et ce sacrilége serait toujours reslé un mystère sans le boulet de Negrete.

Au milieu des terreurs et des sueurs froides de l’agonie, le malheureux cavaliér ge roulait sur son étroite couche, brisant ses bandages et demandant à grands cris qu’on lui otât le ciboire sur lequel on le #orçait de chevaucher depuis son départ de Satillo, en nous priant de vouloir bien aller le cacher à côté de celui qu'il avait enfoui sous une grande pierre, près de l’église profanée. C'était à faire dresser les

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Cheveux d'épouvante que de voir ce moribond se tordre sous le poids de son implacable vision ; et quelques heures seulement avant que le râle suprême l’eût empoigné, un sergent d’hopital lui enleva un gros clou avec la’ pointe duquel il essayait

. de se suicider.

Cette fin tragique nous rendit moroses jusqu’à San Luis; et maintenant encore, lorsque je reporte mes souvenirs vers cet épisode de ma vie militaire, je ne saurais m’y arrêter longtemps sans revoir

Peffroyable cauchemar défiler devant moi.

Que les esprits forts entassent système philosophique sur système philosophique, hypothèse sur

ypothèse, jamais il$ ne réussiront à prouver avec leurs lois du hasard que le crime n’est pas puni tôt ou tard. À

Quelle différence entre mon hussard et le spahis du régiment de ce brave et charmant Paul de Molènes, qui, l'épaule fracassée par une balle, chevauchait le regard rempli de douceur et de calme. En racontant ce triste souvenir de'sa vie de camp, cet écrivain trop tôt perdu pour les lettres, ajoutait :

—“ Dieu nous permet quelquefois d'acheter avec un peu de sang les instants d’une paix inconnue à ceux dont les veines ne se sont jamais ouvertes. Depuis que la Groix s’est levée sur le monde, tout être qui souffre, s’il supporte avec résignation sa douleur,

___sent qu'il marche dans une voie bénie. Il éprouve

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däns toute son âme un apaisement subit, un bien-être

secret et profond. Je crois qu'il reçoit la visite de celui qui n’a oublié aucune des angoisses de la chair”

Lors de mon retour de la Campagne d'Oajaca, j'avais adressé au maréchal Bazaine une demande de congé temporaire fondée sur l'impossibilité dans laquelle me mettait la maladie de cœur contractée sous l'air raréfié des hauts plateaux, de bien rem plir les pénibles exigences du service. |

Une réponse favorable m'attendait à San Luis, et j'avais la permission de m'embarquer sur le transport de guerre français l'Allier, qui devait partir de la VeraCruz vers le commencement de juillet, à

destination de Brest, et relâcher à New-York pour y faire du charbon,

Je n'avais donc pas une heure à perdre, si je voulais

arriver à temps au port d'embarquement, et malgré les douleurs que me causait encore ma blessure à peine cicatrisée, le 14 juin je disais adieu aux officiers du convoi, pour prendre la diligence de San Luis à Mexico.

Quatre jours après, j'étais de nouveau dans la cité impériale, et m'oCCupais activement à faire mes

préparatifs de départ,

Le hasard m'avait logé dans le couvent délabré de Santa Clara, À côté de l'atelier d’un artiste, M. Beaucé, installé dans l’ancienne chapelle, M.

Beaucé s’occupait alors à créer de très-beaux ta.

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bleaux qu’un pur connaisseur, un écrivain charmant,

M. Charles de Barrés à su louanger: et ils le méri, taient. | !

—“ Quoique M. Beaucé, disait-il, se soit plus spécialemement consacré à reproduire sur toile les épisodes militaires les plus intéressants de l'expédilion française au Mexique, il s’est bien gardé de dé: daigner le côté pittoresque et social des scènes qu'il traversait. La vie errante des guerilleros y est à plusieurs reprises dépeinte à grands traits ; quelquefois à peine relevée à l’aquarelle, ou esduissée au passage : mais tout ce monde, hommes, chevaux et soldaderas, se meuvent, gravitent, vivent, s’agitent ou reposent dans une si grande variété d’attitudes et avec une telle vérité d'expression, que l’on sait tout d'abord ce qu’ïis sont, où ils vont, quelle aven. ture ils méditent, et quelles ont été les vicissitudes de la journée. Ses petits tableaux de mœurs sont

traités avec la même fidélité et d’un ton entraînant.

Il y en a qui rappellent la verve de Callot, les coups de pouces de Goya et l'énergie de Salvator Rosa. Au milieu de ces souvenirs presque tous tumultueux ou sombres, on trouve çà et là des traits plaisants et gracieux. On notera dans les cartons cette idylle mélancolique et pourtant pleine de fraîcheur, d’une pauvre famille expulsée.de ses foyers et en quête d’une demeure. | PH “Le style des grandes toiles de M. Beaucé est remarquable de clarté, de chaleur ét d'action.

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Ces rares qualités sont mises en complète évidence. dans son Assaut du pénitencier. Ranger deux millé hommes en bataille, corps par corps, section par section, les représenter avec une telle netteté que le spectateur reconnait sans effort tous. les chefs de cette brillante journée, et avoir su cependant con-

centrer l'attention sur l'objectif de l'attaque de .] telle façon que les mille détails de la scène—tous ; minutieusement rendus—ne peuvent distraire l'esprit 1 de la préoccupation qu'inspire le sujet, voilà un L travail de maître. Ajouter à cela un incroyable en-

train de tous ces soldats à la besogne, beaucoup E d’air, un espace profond, de la poudre et le redoutable « aspect de la ‘forteresse criblée de coups de canop, : et vous avouerez que c’est là une des belles pages

du style militaire de l’école moderne. | ;

| “ La dernière heure du Camerone rappelle et P

consacre l'épisode le plus héroïque de la campagne. nl Tout le monde sait cette histoire, et nous ne la C répéterons pas ici. Quatre hommes de cette com- a: pagnie de la légion qui avait lutté toute la journée 0 contre 2000 guérilleros, tenaientencore au Camerone, b dans une grange délabrée. N'ayant plus de car- ‘Q touches, ils résolurent de mourir en exécutant une ‘fr dernière charge à la bayonnette. C'est cet effort - CL suprême et ce dernier acte de dévouement que QI M. Beaucé a représenté dans un tableau saisissant, “ remarquable surtout par l’expression contrastée des

assaillants et des assiégés.”

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Voilà une longue citation, mais j'aurais cru ces |

souvenirs du Mexique incomplets, si je n'avais | mené mon lecteur à la suite de M. de Barrès dans | |

l'atelier de M. Beaucé. : RES

Ù | Puisque le nom de Charles de Barrès vient se | . poser sous ma plume, arrêtons-nous un instant et | causons de ce fin gauleis, de ce bon garçon, tête |. mérovingienne, cœur large, aux idées libres et | sl ‘&randes, à la verve étourdissante. : |

Autant que je puis me le rappeler harles de |: Barrès était né à la Virginie. Venu au Mexique | je ne sais trop comment, il y avait fondé le 1er sep. | tembre 1858 l’Estafette des deux mondes, journal qu'il a rédigé pendant de. longues années avec un tact exquis et un. Courage à tout épreuve. N'est | pas journaliste qui veut au Mexique: et le moindre mot, l’allusion la plus inoffensive, peut quelquefois chatouiller désagréablement tel personnage devenu aujourd’hui juge de la cour suprême, gouverneur ou président de république, qui, hier était muletier, bedeau, aubergiste et presqu'à coup sûr bandit. Or, ;

“quand ces doux et suaves personnages se mettent en | ‘frais, ils se montrent d'une prodigalité folle. Geôles, | “Cordes, échafauds, fusillades, rien ne leur coûte : "| “on n’a qu'à tendre la main ou le cou. |

M. de Barrès a su se tirer d'affaire, tout en disant la- LS

“Vérité à ces gens 1à ; et aujourd’hui la collection en.

PEUX ANS AU MEXIQUE r

“tière de l'Estâfette, que je suis heureux de posséder (1)

reste ce qu'il y a de mieux et de plus impartial ‘à consulter pour celui qui veut écrire l’histoire de

l'intervention et de l'empire au Mexique. Dans ce : journal, Charles de Barrès s’est amusé à éparpiller -

‘des causeries, des chroniques et des études ravis

. Sañtes sur les mœurs, les coutumes, la vie du peuple

“mexicain,

Pendant mon absence, sur la proposition du colonel d'artillerie, le comte Le Carron de Fleury, et “de MM. Fonseca et Duran—celui-ci plus tard ambas-

‘sadeur de Maximilien à la cour de- Windsor— j'avais

té élu membre Correspondant de la société mexi- ‘Caine de Géographie et de Statistiques.

Deux ans plus tard, vieifli, fatigué et désilinsionné,

‘le comte Le Carron de Fleury venait, le 18 septembre

1867, mourir à l'hôtel saint Jean de New-York.

!__Amncien capitaine d'état-major dans l'armée frân-

çaise, M. de Fleury avait assisté à la prise d'Alger où, pour acte de bravoure extraordinaire il avait été fait chevalier de la Légion d'Honneur. Des raisons politiques l’engagèrent à devenir démissionnaire, et bientôt des revers de fortune le firent passer en

Amérique. 11 parcourut une grande partie des Etats. ‘Unis ;allaau Mexique, et séjourna longtemps en Cali. fornie et en Sonora où il s'occupa de travaux géo

…() Exemplaire unique appartena. RS. M. l'empereur Maximilién, acheté à Leipsio, lors de ia vente An e.

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graphiques, et publia à ses frais des cartes aujourd’hui fort rares et trèsestimées. Lors de l’arrivée du, maréchal Forey au Mexique, il était parvenu au grade de colonel du génie dans l’armée mexicaine et: d'ingénieur en chef, de l’état de Sonora. M de. Fleury donna de nouveau sa démission, pour ne pas

servir contre la France et se rallia à l'empire ; mais,

compromis après la chute de Maximilien il allait

rentrer dans sa patrie, lorsque le jour même où il. à

devait s'embarquer, il mourait à quatre heures du matin entre les bras d’un ami qui avait tenu à l'accompagner.

Le colonel de Fleury possédait à merveille le fran-

çais, l'allemand, l'anglais, l'espagnol, l'arabe, deux ‘dialectes indiens parlés au Mexique, et avait été

attaché à l'état-major du maréchal Bazaine comme interprète en chef du Corps expéditionnaire français.

Ce fut à l’une des réunions de la société mexicaine de Géographie et de Slatistiques que je fis la connaissance du célèbre commodore Maury. Lorsqu'il me fut présenté, il était entouré de MM. Newton, : Williamson et du capitaine Lane, tous officiers à bord du croiseur confédéré le Stonewall Jackson, livré par eux un mois auparavant aux autorités militaires de l’île de Cuba. |

Le commodore était l'incarnation du vieux loup de

“mer. Petit de stature, carré d'épaules, légèrement

boiteux par suite d’une chute de voiture, le premier

venu l'aurait reconnu de suite pour un jack tar,

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