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se refusait obstinément à lui rendre ce service, à moins d’être payé d'avance, ce qui paraissait ne plaire que médiocrement au nouvel arrivé.
Après une demi-heure de pourparlers, la figure du propriétaire devint tout à coup humble et polie : la chaleur de la lutte disparut pour faire place à un air de soumission modeste, et je regagnais mon logement tout intrigué de ce changement à vue, lorsque : je me croisai avec M. de la Tour du Pin de Chamblg, sous-lieutenant aux chasseurs d'Afrique, qui se sauvait à toutes jambes en pouffant de rire,
‘Je l'arrètai par le bord de son spencer, et le. mystère fut expliqué, à la grande hilarité de deux locataires venus se mêler à notre groupe.
En gesticulant trop vivement, le monsieur aux portemanteaux avait laissé entrevoir aux yeux ébahis
de son interlocuteur, la boutonnière d’un deuxième
habit, lequel habit était enjolivé de la rosette d’officier de la légion d'honneur. Cela fit réfléchir fortement l’hôtelier, et il eut raison de le faire ; car il découvrait, le lendemain matin, que son hôte était M. Corta, sénateur français, détaché temporairement comme ministre des finances au Mexique, et rappelé en France. | .
On a beau dire, faire, écrire ou penser, l’habit fera toujours le moine en ce siècle de tailleurs.
Vers cette époque—au mois de septembre 1864—.,
— Orizava avait une garnison de plus de mille hommes,
PE
av | DEUX ANS; AU MEXIQUE
composée en' grande partie de soldats congédiés et de: Convalescents qui retournaient en France, joyeux d'aller humer un peu l'air natal,
Parmi les nombreux officiers qui devaient s’em- Darquer à la Vera Cruz, se trouvait le neveu d’un homme qui a laissé d'excellents. souvenirs au Canada, M. de Puisbusque, sous-lieutenant aux Chasseurs de Vincennes. Cet officier avait com-
Mencé sa carrière comme Simple {roubade, et il s’informa avec un vif intérêt de tout ce qui concernait cette jeune France, restée si profondément empreinte dans la mémoire de son parent. Un autre officier,
le baron de Briche, lieutenant-colonel aux tirailleurs algériens, me témoigna aussi beaucoup d'intérêt, et me donna plusicurs lettres de recommandafion auprès des officiers supérieurs de la légion étrangère, alors en garnison à Puebla. ;
Le docteur m'avait enfin permis de quitter la ville vêrs la fin de septembre ; mais je ne voulus pas
piôfiter de la permission avant d'avoir visité un
Heu célèbre dans l’histoire militaire du Mexique, le
Cérro-Borrego. ee :
Donc, un beau matin, MM. Royet, capitaine au
74e de ligne, Fourçoual, sous-lieutenant au 62,
‘le docteur Désnoyers de Liniers, aide-major du 4e
Zôuaves, le capitaine du génie d'Ombres et étions
ous les six occupés à grimper les flancs esctarpés dé
cetté' Montagne qui se trouve à quelq ville D
iés et de:
joyeux
it s’emu d’un is au nt aux t comil s’incernait preinte fficier, >] aux LUCOUP "ecCOmM-
: comble de malheur, un corps d'observation vint se placer sur cette montagne, et appuyé par l’armée de
__surde’bord de l’abime.
DEUX ANS AU MEXIQUE #&l
Là, le docteur se mit à nous raconter avec sa verve de zouave—il avait servi comme tel en C'imée—la . jolie comédie qui s'était déroulée sur cette colline : ce qui ne nous empècha pas, tout en l'écoutant, de faire honneur à notre déjeûner, composé d’un superbe buisson d'écrivisses sur lequel le capitaine d'Ombres avait déployé tous ses talents culinaires.
Les troupes françaises, repoussées devant le fort de Guadalupe à Puebla pr le nombre et le hasard, étaient venues se replier sur les réserves qui se trouvaient à Orizava. -
Les vivres commeñcèrent à manquer, et pour
Zaragossa qui s'avançait, menaçait de bombarder la ville. La position était-des plus critiques ) mais un soir, par un temps sombre et nuageux, un Capitaine promu de la veille, M. Diétrie et l’un de ses collègues, M: Leclère, se.dévouant avec leurs compagnies, la Tr deuxième et lä troisième du ler bataillon du 99e de ligne, vinrent demander au général de Lorencez Ja permission d’essayer de déloger l’importun.
Le général en chef, comme ces officiers de fortune, eut confiance en la bonne étoile de la France, et quelques heures après, cent quarante soldats se !. trainaientsur le ventre et rampaient silencieusement ;
Puis soudain, Diétrie f'improvise maréchal de ne :
42 DEUX-ANS AU MEXIQUE —À moiiles zouaves ] crie-t-t5 À moi les chasseurs 1”
à moi là légion! Les chasseurs au centre !'les
#Ouaves 4 gauche ! les fusiliers marins à droite! A la bayonnette, mes enfants !
Les deux compagnies se précipitent sur l'ennemi qui dormait sur les deux oreilles, et mettent vingt minutes à culbuter quatre mille hommes. Ivres de terreur, ils allaient se ‘briser la tête dans le gouffre ouvert sous leurs pieds, croyant que toute l’armée Française était à leurs trousses, Ce fait d'armes inOui rendit la sécurité à la ville, tua trois cents honimes, un général, trois colonels et deux lieutenants-colonels à l'ennemi, lui fit perdre trois Obusiers de montagne, un drapeau, trois fanions et deux cents prisonniers, valut à son auteur le grade mérité de commandant, ainsi que la rosette d'officier de la légion d'honneur, et augmenta la liste des traits d'héroïsme dont l’hisloire de cette expédition est parsemée,
Rentré en France quelque temps après, la fortune a depuis prodigué ses sourires les plus roses à M. Diétrie, et dernièrement le héros du Borrego prenait part à la brillante expédition algérienne de l'Oued- Guir, en qualité de colonel de zOuaves, |
Le 30 septembre, après un repos de vingt-deux jours, je me remettais sur la sellette de la diligence de Mexico, et bientôt au pied des Cumbres nous
$8Caladions la terre tempérée,
À part les magnifiques paysages de ces montagnes,
lon PONS, OR. Va RE SE re
chasseurs 1" entre.!’les droite! A
r l'ennemi ent vingt Ivres de le gouffre e l’armée nes inôui honimes, -colonels ontagne, sonniers, nandant, lonneur, nt l’his-
fortune es à M, prenait l'Oued-
gt-deux ligence
nous
lagnes,
la route de Puebla et de Mexico offre peu de curiosités. Bordé presque des deux côtés par de longues files de cactus, de poivriers et d’aloës, le chemin ne traverse que des villages insignifiants tels que Teca. malucan, où le chef de bataillon du 99e de ligne, M. Lefèvre, à la tête de quatre cents hommes, enleva 1,000 prisonniers et deux drapeaux à l'ennemi,
Aculcingo, Puente-Colorado, la Canada, vaste plaine
où l’armée française campa pendant quelque temps,- Palmar avec son unique rue toute bordée de palissades en ‘Cactus hauts de quinze pieds .et taillés en cierge pascal, Tecamachalco, Chalchicomula Acacingo, et enfin Amozoc, célèbre par la fabrication de ses magnifiques éperons. UE;
En voilà au moins des noms harmonieux. Ales entendre prononcer par mes camarades de route, six gros Anglais qui, si j'en crois la discussion métallurgique qu’ilseurent ensemble, devaientappartenir à quelque riche compagnie minière, je m’en-
dormis profondément, révant aux convolvulus bleus
et aux sensitives blanches que j'avais vues poindre curieusement entré les haies de la route, et pensant à cette naïve croyance des Indiens de l’'Hymalaya, qui se Âguraient que l’açoka — la sensitive — ne fleurissait que lorsqu'elle était touchée par le pied ou par le visage d’une jeune vierge.
La diligence arrive vers minuit à Puebla,
D Là, on accorde quatre heures de repos au voyageur — —
rl
#4 DEUX ANS, AU MEXIQ je
eos puis la lourde machine sè remet À rouler
de plus belle, ne donnant pas mêmé le temps à sa
victime d'examiner les traces du long siège que la
ville eut: à euDirs au commencement de l'expédition:
Pendant la matinée, on passe ron loin des deux
” célèbres montagnes, le Popocatepetl et la Dame-:
Blanche; puis on laisse dérrière soi, les bourgs du
Rio-Prieto, de Tesmelucan, et de San Martin pour
aller diner à l'excellente posada du Rio Frio, lieu célèbre sur une route célèbre par les brigandages et les crimes qui s’y commettent tous les jours.
C'est à cette hôtellerie, au fond du ravin de J uanes, que la mission belge, sous les ordres du. général.
Foury, fut attaquée le 4 mars 1866, par une bande
d’assassins. Dans ce lâche guet à pens le, ‘baron.
d'Huart, officier d'artillerie et aide-de-camp du comte dé Flandres; fut tué raide pàr une balle qui vint le frapper au milieu du front.
} Revenus de cette surprise, le général Foury et le major Haltueis— celui-ci blessé — dégainèrent et fautèrent en bas ‘de la diligence ; mais devant ces déux hommes de cœur, les vingt bandits tournèrent les talons et.s’enfuirent. | Quant à moi, je n’eus pas même la bonne fortune
de m'entendre répéter par -quélqu’un c que l'on demandait-au poète: ; j
D Em A
emet À rouler .
le temps à sa
> siège que la”
e l'expédition.
loin des deux et la Dame-:
es bourgs du
Martin pour
io Frio, lieu rigandages et jours.
in de Juanes, s du: général.
ir une bande s le ‘baron.
-de-camp du ne balle qui
} 1 Foury et le gainèrent et s devant ces is tournèrent
onne fortune ce que l'on
rie
; Les brigands t’ont-ils arrêté Sur le chemin tant redouté De Terracine !
Les as-tu vus dans les ro:éaux -Où:le buffle aux larges naseaux Dort et rumine ?
Îs se reposaient : et pour toute émotion, je n’eus que les frissons que font éprouver la température élevêe des montagnes du Rio Frio, et la vue de leurs grands sapins verts, béaux arbres—dignes d'appartenir à une forêt du Canada ou de la Norvége—qui atraient pu faire répéter à Byron ses deux vers favoris: :
Quand je vois aux sapins cet afr de cimetière, - Cela ressemble À-mes amis. :
Ure chose qui frappe l'étranger, c’est là multitude de croix plantées de côté et d'autre sur ords du chemin ; elles sont entourées de petites roches, L'usage du pays veut qu'oa .€n place une ainsi partout où quelqu'un a te exécuté ou assassiné. Le Passant fait un acte de pieuse dévotion sil y jette E une pierre en murmurant un De profundis.
Tous les chemins du Mexique sont ornés de <es . Curieux échantillons de la sûreté publique.
‘On pille ici, on vole là, on tue partout, et si quel. qu'un demeure étonné de tons ces. crimes et de ci toutes ces horreurs, c'est bien certainement le pauvre ne.
pe
arrêté au moins de
.. Séjour au Pays, ces petites émotions n'arr si souvent, car l'empzre
voies publiques par de nombreuses brigades de gen. darmerie. ous ;
En passant par San marchand de bric-à-brac —lEclaireur—et J'étais à
un livre de Gustave Aymard le feuilleter pendant que la voiture descendait à fond de train les peutes rapides
de Buenavista, lorsque mes yeux distraits tombèrent, [ sur Mexico, qui, comme une |
| Paresseuse créole, se réparait à dormir dans l'alcôve à demi-fermée. r preép
le rideau de saules que lui forment ses trois lagunes, Nous arrivions; et bientét no
” santes d’im patience, ent Cour de l'hôtel Iturbide.
s Mules, toutes frémis-