CHAPITRE X
Une invasion bien accueillie. — Justice sommaire. — Effroi des prisonniers europ 'ens. — Arrivée des troupes anglaises. — Un mauvais présage. •— Bataille et déroule. — Un vainqueur inexorable. — Lettre de Théodoros à sir Robert Napier. — Le négus tente de se tuer. — Sa dernière entrevue avec la reine. — Nous sommes mis en liberté. — Le jour de Pâques au camp des Anglais.
9 Avril (jeudi saint). — Toute la forteresse est mise en émoi par une grande nouvelle. L'armée anglaise vient de paraître sur le plateau de Talanta. Du lieu où je suis on n'aperçoit qu'une masse confuse; mais, de la crête du Salamgi, Théodoros mesure, avec sa longue- vue, la force du corps expéditionnaire.
Il voit d'abord se dérouler en longues files trois ou quatre régiments d'infanterie. Ce sont les meilleures troupes indigènes de Bombay, tous hommes rompus à la fatigue, éprouvés en maint combat; plusieurs centaines de sapeurs les accompagnent, armés de la hache massive qui leur a servi à frayer un passage
au milieu d'un pays semé d'obstacles. A leur suite viennent les soldats du génie et les pionniers du Pundjab, jeunes gens d'une force herculéenne et d'une habileté sans rivale pour la construction des routes. La brigade navale forme, avec ses douze bouches à feu, la principale force d'artillerie; quatre canons Armstrong, portés par des éléphants, ont été amenés aussi sur ces montagnes presque inaccessibles; deux obusiers et deux petites batteries de canons d'acier complètent cet appareil redoutable.
La cavalerie compte environ quatre cents hommes, "nombre bien faible relativement à celui des Abyssins ; mais] il suffît d'observer la précision des mouvements exécutés par cette troupe d'élite pour comprendre la supériorité que doit lui donner, au moment de l'action, sa parfaite discipline.
Théodoros demeure longtemps à contempler l'armée euro péenne; il semble qu'il n'en puisse détacher les yeux. Enfin, abaissant sa longue-vue, il se tient immobile, perdu dans un flot de pensées douloureuses. Son regard fixe, anxieux, exprime une souffrance morale profonde. Les voilà donc venus, ces ennemis lointains; ils sont là, devant lui, avec leurs engins redoutables , et il ne peut leur opposer que des armes grossières et des troupes dé'cimées par la guerre civile!
Faisant un violent effort sur lui-même, il s'arrache à sa sombre préoccupation et se tourne vers ses soldats qui semblent plongés dans la stupeur.
« Quoi donc, leur dit-il, êtes-vous des femmes pour vous livrer à l'abattement? Vous avez bravé la mort dans] mille combats, et vous êtes toujours revenus victorieux. Suivez-moi cette fois encore; nous devons triompher, car nous défendons l'honneur du pays. Notre cause est sainte. »
Des acclamations enthousiastes accueillent les paroles du négus.
« Mort aux étrangers ! hurlent les Abyssins. Montrons à ces lâches envahisseurs que nous ne les craignons pas. »
Le lendemain, vendredi saint, je me lève avant l'aube. Tout Magdala est déjà sur pied; mais ce n'est pas pour accomplir les pieux exercices de ce jour, solennel entre tous aux yeux des chrétiens. Les femmes seules vaquent à la prière; les hommes, occupés de pensées bien différentes, ne songent au Sauveur mort
une grêle de fusées qui en font périr un grand nombre. Un de ces projectiles tombe aux pieds de Théodoros.
« Plût au Ciel , dit-il d'une voix sombre , qu'il m'eût frappé à la tête ! »
Il a mesuré d'un coup d'œil l'étendue du désastre ; les pertes essuyées pendant cette journée sont irréparables. Il cesse le feu inutile de ses canons, et*se retire sur le Salamgi. Là, au milieu des ténèbres et des grondements du tonnerre, il vient recueillir les débris de son armée. Bientôt une foule en désordre se rassemble autour de lui. Le négus veut connaître les vides que la mort a faits dans les rangs de ses braves ; peut-être a-t-elle du moins épargné ses plus chers compagnons. Il appelle le fittorari Gebria, le vaillant chef d'avant-garde; Gebria ne répond point. Il appelle Balambras Biru , Gebria Meten; nouveau silence. Le désespoir s'empare de lui; il s'affaisse sur le sol, et demeure longtemps absorbé dans une rêverie morne, ne gardant à ses côtés que son fidèle serviteur Waldo Gaba.
Dans la forteresse personne n'a fermé l'œil. A minuit, des envoyés du roi viennent chercher M. Rassam et un autre Anglais, M. Flad. Que leur veut Théodoros? S'est-il laissé emporter par la violence de son caractère? Est- il en proie à un de ces accès dé rage si fréquents chez lui? Mais alors pourquoi ne pas nous demander tous? pourquoi même ne pas nous exécuter dans Magdala?
Deux heures se passent au milieu de cette pénible incertitude. Je prête l'oreille au moindre bruit; un silence profond règne partout. L'entrevue qui me cause de si vives appréhensions paraît être pacifique. Enfin les deux Anglais reparaissent. Loin de leur avoir montré de la colère, le fier négus, abattu par la mauvaise fortune, s'est humilié devant ses prisonniers; il leur a avoué que les pertes de la veille le livrent à la merci des Anglais; il leur a demandé de le réconcilier avec leurs compa- ' triotes, ajoutant qu'en cas de refus il ne lui resterait d'autre alternative que de se donner la mort ou de se réfugier dans un couvent.
Le lendemain matin , Théodoros députe vers le camp anglais trois parlementaires. Il a choisi pour cette grave mission un chef abyssin, nommé Dedjatch Alami, et deux des prisonniers de Magdala, M. Flad et le lieutenant Prideaux. Notre mise en
liberté dépend du succès de leur négociation. Puissent les envoyés revenir avec une réponse favorable I Le courage et le malheur du négus lui donnent droit au respect; d'ailleurs sir Robert Napier peut sans crainte se montrer généreux après la victoire qu'il vient de remporter. Sans doute il ne voudra pas pousser aux dernières extrémités un noble ennemi qui a respecté la vie de captifs dont il était le maître. Pourtant il doit être prévenu contre Théodoros par les rebelles qui ont facilité l'invasion anglaise; peut-être même a-t-il pris envers eux l'engagement de détruire la puissance du négus.
Midi arrive. Je n'ai aucune nouvelle.
« Les prisonniers ont pris goût à la liberté , dit Haïlo en branlant la tête; ils ne reviendront pas.
— Abandonner leurs compagnons, c'est impossible. »
En ce moment, Ouelda, tout essoufflé, accourt dans la hutte.
« Ils sont avec le négus, maître, me crie-t-il. Je m'étais caché parmi les soldats, et je les ai vus passer; mais, d'après leur figure, je ne présage rien de bon. »
Nous ne tardons pas, en effet, à savoir que la réponse de sir Robert Napier a été fort dure. Il exige que le roi relâche immédiatement tous les Européens , livre Magdala et se rende luimême à discrétion, sous la promesse fort vague d'un traitement honorable. En écoutant ces conditions rigoureuses , Théodoros pâlit ; l'indignation et la fureur se peignent dans ses yeux ; il éclate en imprécations violentes contre les barbares vainqueurs, ces Européens sans cœur ni entrailles. Enfin il s'apaise; il appelle son du fêtera (secrétaire) et lui dicte la lettre suivante :
« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, un seul Dieu dans sa trinité et dans son unité, Kassa, dont la confiance est le Christ, parle ainsi :
« peuple éthiopien ! vous fuirez donc toujours devant l'ennemi, lorsque moi-même, par le pouvoir de Dieu, je ne m'avance pas avec vous pour vous soutenir ?
« Mes partisans, qui m'aimaient, ont été saisis de frayeur; ils ont reculé devant les armes meurtrières en dépit de mes ordres. Quand vous les avez vaincus, je n'étais pas avec les fugitifs.
« La journée d'hier a rendu veuves bien des femmes , laissé \ bien des filles sans protection et des vieillards sans enfants.
Dieu vous a donné la puissance; n'abandonnez pas ces malheureux.
« J'avais dessein , si Dieu l'avait ainsi permis , de conquérir le monde entier. Ce but seul me semblait digne de l'ambition d'une grande âme. Depuis le jour de ma naissance jusqu'à présent, personne n'a été assez fort pour mettre la main sur moi. Lorsque mes soldats commençaient à faiblir dans les batailles , je les ranimais et-je rappelais la victoire. Hier les ténèbres m'en ont empêché. Vous avez passé la nuit en joie : puisse Dieu ne pas vous préparer un amer lendemain! J'avais espéré, après avoir soumis tous mes vassaux rebelles, conduire mon armée à Jérusalem et en chasser les Turcs. Maintenant l'avenir est sombre devantmoi. Un guerrier qui a bercé des hommes robustes dans ses bras comme des enfants ne souffre jamais que ses enfants se fassent un jouet de son infortune. »
Le négus a donné au lieutenant Prideaux et à M. Flad l'ordre d'attendre. Tous deux se tiennent en dehors de la tente, exposés aux rayons d'un soleil ardent. Théodoros, en proie à une agitation qui bouleverse tous ses traits , leur remet la lettre , et les charge de la porter au général anglais.
« Partez sans perdre une minute, ajoute-t-il.
— Permettez seulement que je prenne un verre d'eau, demande le lieutenant. La chaleur et la fatigne m'ont donné une grande soif.
— Non, non! s'écrie le roi; vous aurez le temps de boire au camp des Anglais. »
Après le départ des deux messagers, Théodoros quitte sa tente; il s'assied sur un rocher voisin, et reste longtemps silencieux, les bras appuyés sur ses genoux, les yeux perdus dans l'espace. Enfin ses lèvres contractées laissent échapper un soupir; il fait signe aux Abyssins qui l'entourent de se retirer à distance ; il récite une prière, s'incline trois fois , le front contre terre; puis il demande de l'eau et en boit quelques gouttes. Prenant alors un pistolet à sa ceinture, il en dirige le canon vers sa bouche. Les soldats se jettent sur lui : les uns lui arrêtent le bras, les autres le saisissent par le milieu du corps. Le coup part cependant, et la balle lui effleure l'oreille. On veut lui arracher l'arme; il résiste, se débat, roule dans la poussière. Doué d'une force prodigieuse, il se dégage des mains qui s'ef-
forcent de le retenir. Les yeux de ses serviteurs sont remplis de larmes.
« Qu'avons-nous fait , s'écrient-ils , pour que vous nous abandonniez? Que deviendrions-nous si vous n'étiez plus là? »
Le roi , touché de leurs supplications , promet de renoncer à son funeste dessein. Il demande ses principaux lieutenants , et témoigne le désir de se réconcilier avec sa femme, qu'il n'a pas vue depuis plusieurs années.
La fière Toronèche habite cependant Magdala avec son fils , le jeune prince Alumayahu, âgé de sept ans; mais elle vit fort retirée. Je l'ai aperçue deux ou trois fois , au moment où elle sortait de son palais pour se rendre à l'église : elle est petite, fort jolie, a une démarche d'une distinction parfaite. Ceux qui la connaissent ajoutent qu'elle possède une instruction remarquable et une extrême vivacité d'intelligence.
L'heure a sonné pour les deux époux d'oublier leurs torts réciproques. Toronèche, le visage couvert d'un long voile, sort de Magdala et se rend à la tente de Théodoros. Que se passe-t-il pendant cette entrevue suprême? Nul ne le sait. Sans doute le négus, prévoyant pour sa femme et son fils un sombre avenir, donne de touchants et mâles conseils, fait connaître ses volontés dernières ; car, môme s'il se résigne à vivre, l'existence misérable qu'il va mener désormais est une véritable mort.
Cette royale infortune m'émeut profondément. Quelles que soient ses fautes passées, la conduite de Théodoros a été , depuis que je suis arrivé à Magdala, celle d'une âme loyale ; il a traité les captifs européens avec modération et douceur. En ce moment même, où il semble faire si peu de cas de sa propre vie, rien n'annonce qu'il ait l'intention de se venger sur nous des refus de sir Robert Napier. Il est notre ennemi sans doute; mais c'est un ennemi qu'on plaint et qu'on respecte .
Mes réflexions sont interrompues par l'entrée d'Haïlo.
c Vous êtes libre, me dit-il; le négus a donné l'ordre d'ôter les fers à tous les prisonniers.
— On a donc traité avec les Anglais ? *
— Non. Le négus a parlé, nous obéissons. »
Sans ajouter un mot de plus , le laconique geôlier me délivre de mes chaînes. Ouelda lui aide en pleurant de joie; l'opération terminée, il danse autour de moi, bat des mains, rit, baise mes
vêtements; le pauvre enfant est hors de lui. Quant à moi, plus heureux que ma dignité ne permet de le laisser paraître , je remercie Dieu d'avoir si heureusement mis fin à ma captivité.
Haïlo est bien informé. Nul arrangement n'a été conclu entre Théodoros et le commandant des forces anglaises. Le négus vient d'avoir avec M. Rassam un long entretien, à la suite duquel il a pris la résolution de nous renvoyer tous, sans réserve, sans condition, remettant à ses ennemis le soin de reconnaître cet acte magnanime. Debout sur une crête voisine de Magdala, les bras croisés sur la poitrine, il nous regarde défiler devant lui. Pas un de nous n'a été retenu; nous nous comptons, nous y sommes tous. Voici d'abord M. Rassam, M. Gameron, M. Flad, le lieutenant Prideaux et les autres Anglais; puis M. Waldemeier avec les Allemands, qui ont si souvent éprouvé la libéralité de Théodoros ; enfin quelques Français, entre autres l'armurier Bourgaud. Les femmes et les enfants des prisonniers restent encore dans la forteresse; mais aucun de mes compagnons n'éprouve pour eux la moindre inquiétude, et cette confiance me paraît le meilleur éloge qu'on puisse faire du négus. Il a promis de les renvoyer le lendemain.
Nous sommes accueillis au camp des Anglais avec les démonstrations les plus vives; les soldats nous entourent, poussent des hourras en notre honneur, et, de notre côté, nous éprouvons une joie extrême en revoyant des visages européens. Quand ils se rencontrent sur un autre continent, tous les Occidentaux sont des compatriotes. Sans eux, d'ailleurs, je serais encore captif à Magdala; il est vrai que sans eux aussi, sans le conflit avec l'Angleterre, Théodoros n'eût point songé à inquiéter un Français.
On nous conduit à la tente du général en chef. Une conversation animée s'engage entre lui, M. Rassam et M. Gameron. Ils parlent à demi-voix, et mes oreilles, peu familières avec la langue anglaise, me permettent à peine de saisir quelques mots. Le nom de Théodoros revient souvent; sans doute le sort du malheureux roi d'Abyssinie se décide. Je crois comprendre que M. Rassam plaide en sa faveur; mais, à en juger par l'expression du visage de sir Robert Napier, ses insistances produisent peu d'effet.
Le lendemain est la fête de Pâques. Si nous étions encore
au temps de ferveur du moyen âge, ce jour ouvrirait l'âme aux pensées de miséricorde; mais des généraux, en plein xix e siècle, sont guidés par d'autres mobiles, et la douceur envers des ennemis vaincus n'est pas la vertu caractéristique des Anglais. Théodoros essaye cependant de toucher cette fibre, qu'il suppose vivante dans le cœur de tout chrétien. Dès les premières heures du jour, je vois arriver au camp les femmes et les enfants des prisonniers, avec leurs bagages et leurs tentes; le négus ne garde rien en otage; jamais abandon ne fut plus loyal et plus complet. En outre, il envoie au commandant de l'armée britannique, comme présent pascal, mille vaches et cinq cents moutons qui lui sont arrivés, trois à quatre jours auparavant, de quelques villages voisins. Une lettre accompagne ce don ; elle est conçue dans les termes les plus nobles et en même temps les plus propres à émouvoir le vainqueur :
« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, un seul Dieu, le roi des rois, Théodoros.
« Puisse cette lettre parvenir au bien-aimé serviteur de la grande reine d'Angleterre! Je vous écris sans pouvoir vous appeler par votre nom; car nos rapports sont d'hier. Je suis fâché de m'être levé contre vous, au lieu de rechercher votre amitié. Nous aurions fait ensemble de grandes choses.
« Quand j'ai vu votre manière de combattre et la discipline de votre armée, quand mon peuple a refusé d'exécuter mes ordres et de revenir sur le champ de bataille, alors j'ai été consumé de chagrin en pensant que je n'avais pu me faire obéir de mes soldats, quoique je les eusse punis, et que j'en eusse même tué plusieurs. Tandis que le feu de la jalousie brûlait en moi, Satan est venu , et m'a soufflé à l'oreille la pensée coupable d'attenter . à ma vie. J'ai réfléchi pourtant que Dieu serait irrité contre moi si je laissais mon armée sans protecteur. C'est alors que je vous ai envoyé un message, pour vous demander d'avoir soin de ceux que j'allais abandonner. J'armai ensuite mon pistolet, je le mis dans ma bouche, et je lâchai la détente : le coup ne partit point. Mon peuple se précipita sur moi, m'arracha l'arme, qui seulement alors se déchargea.
« Dieu m'ayant signifié ainsi que je ne devais pas mourir, je vous ai envoyé M. Rassam le soir même, afin que votre cœur
fût soulagé. C'est aujourd'hui Pâques : permettez-moi de vous offrir quelques vaches. Je n'ai pas répondu à la lettre dans laquelle vous me faisiez hier connaître vos conditions, parce que je croyais que nous nous rencontrerions dans le ciel seulement, et non sur la terre. J'ai aussi laissé passer la nuit sans envoyer chercher sur le champ de bataille le corps de mon ami le fittorari Gebria ; je pensais qu'après ma mort nous serions . enterrés ensemble. Puisque j'ai continué à vivre, accordez-moi de le faire ensevelir.
« Vous m'avez réclamé tous les Européens, jusqu'à M. Waldemeier, que j'aime à l'égal du frère le plus chéri. Il a été fait selon votre désir. Maintenant toute colère a cessé entre nous; vous êtes mon ami, et c'est à l'ami que je demande de ne pas me priver d'ouvriers , car j'apprécie plus que jamais les arts mécaniques. »
Sir Robert Napier laisse la lettre sans réponse. Les vaches et les moutons restent en dehors du camp , exposés à l'ardeur du soleil, sans que personne en prenne souci; le général l'a défendu. Les pauvres bêtes, privées d'eau, font entendre des cris plaintifs. Si l'on ne veut pas les accepter, pourquoi ne pas les renvoyer à Magdala? Théodoros, en les voyant de loin pressées autour des piquets , doit croire son présent agréé.
Le jour se passe sans qu'on ait expédié aucun message pour reconnaître la soumission du négus. Quelle rigueur excessive! Le malheureux prince a tout fait cependant pour désarmer le général anglais ; il est vaincu , réduit au désespoir, il demande merci; mais, comme je le pensais, sir Robert Napier a promis aux princes rebelles de ne conclure aucun traité avec Théodoros. C'est à ce prix que les chefs du Tigre, de l'Amhara, du Godjam, ont favorisé l'expédition anglaise. J'entends dire que l'assaut de la forteresse aura lieu demain. Or tous savent que Magdala ne saurait opposer une résistance sérieuse, et qu'il y aura peu de gloire à s'en emparer. D'un autre côté , on n'ignore pas davantage que Théodoros a trop de fierté sauvage pour consentir à se rendre prisonnier; on veut donc sa ruine totale.