CHAPITRE XV
Les kodjours ou faiseurs de pluie. — Comment les Obbos combattent la fièvre. — Exercices chorégraphiques de Katchîba. — Deux augures qui se regardent sans rire. — Nouvelles atrocités des trafiquants. — Ouelda tombe malade. — L'Albert -Nyanza.
3 Décembre. — Le pays des Obbos , dans lequel nous nous sommes rendus en quittant Ibrahim, est un des plus montagneux et des plus pauvres de ces régions. Borné à l'est par la haute chaîne des Madis, il présente une succession de forêts épaisses et de collines abruptes, sur lesquelles s'élèvent, pareilles à des nids d'aigles, les bourgades indigènes. Les habitants n'ont d'autres animaux domestiques que des chèvres; car la saison pluvieuse dure, dans l'Obbo, neuf à dix mois de l'année, et elle engendre par myriades les mouches meurtrières, les terribles tsetsés, qui ne permettent pas d'élever de gros bétail. En revanche, la végétation est magnifique; le sol produit sans culture des fruits excellents.
Le chef de cette tribu est un kodjour (jongleur ou musicien), d'une physionomie fort originale. Il s'attribue le pouvoir de donner ou d'ôter les maléfices, d'empêcher ou d'amener la pluie. Cette puissance surnaturelle augmente son autorité; mais aussi sa responsabilité est grande. Gare à lui si une sécheresse prolongée ou une trop grande abondance d'eau met en danger les récoltes. Plus d'une fois des kodjours ont été coupés en morceaux par les sauvages qui leur demandaient vainement un rayon de soleil. Le vieux Katchiba, ainsi se nomme le chef des Obbos, a une adresse singulière pour naviguer entre les écueils. Jamais il ne demande à l'avance de subsides à son peuple; mais la pluie a-t-elle été trop abondante , ce qui arrive souvent , le pays étant un des plus humides du monde connu ou inconnu, le rusé vieillard assemble ses sujets.
« Ne vous en prenez qu'à vous-mêmes du mal qui vous frappe, leur dit- il; c'est vous qui m'obligez à vous punir. Vous ne me donnez ni chèvres ni doura; c'est vous qui m'obligez à vous punir. »
Les sauvages, honteux et confus, se hâtent de réunir leur plus beau bétail, leur meilleure farine; les présents affluent à la demeure de Katchiba. Il observe alors le ciel avec attention : s'il y a des signes qui annoncent le retour du beau temps , il se laisse fléchir; si, au contraire, la pluie paraît devoir continuer, il trouve l'avarice de son peuple trop coupable pour la pardonner aussi vite.
Je pensais que Katchiba viendrait au-devant de moi ; car on me l'avait dépeint comme très favorablement disposé pour les hommes blancs. J'entends retentir, en effet, les nogaras; mais, au lieu du gai vieillard , c'est son fils aîné qui m'adresse les compliments d'usage.
Bien des changements sont survenus ici depuis une année; l'Obbo n'est plus le pays de la danse et des fêtes. Il y règne une morne désolation. Une tribu voisine, celle des Madis, exaspérée par les violences des trafiquants, s'est vengée sur Katchiba, leur allié. Les principales bourgades ont été mises à feu et à sang; aux ravages de la guerre s'est jointe la famine; des pluies trop prolongées ont détruit les récoltes ; les chèvres , mal nourries, manquent de lait; la misère est extrême, et, pour comble de malheur, le vieux chef a été pris de la fièvre. Je demande à être conduit dans sa hutte; car j'ai une bonne provision de quinine, et je veux essayer de le guérir.
Son fils branle la tête d'un air de doute.
« Nous avons employé tous nos talismans ; nous n'avons rien obtenu; vous ne réussirez pas davantage. Hier encore j'ai, d'après ses ordres , fait résonner le sifflet magique ; j'ai ensuite coupé une branche d'arbre, et, emplissant ma bouche d'eau, j'ai craché sur les feuilles, comme mon père me l'avait appris. Ce charme est d'ordinaire infaillible; il suffit d'agiter le rameau sur la tête du malade pour qu'il se trouve soulagé. Cependant les souffrances ont redoublé cette nuit. »
Une porte d'un pied et demi de hauteur donne accès dans la hutte du chef des Obbos ; pour y passer, je suis obligé de marcher à quatre pattes, et je me trouve dans une pièce si sombre,
que d'abord il m'est impossible de rien distinguer autour de 'moi. Une odeur acre et suffocante me saisit à la gorge; c'est un composé de sueur, de fièvre, de fumée, le tout assaisonné des parfums équivoques exhalés par plusieurs pots de mérissa ou bière indigène. Au bout de quelques minutes, mes yeux s'étant habitués aux ténèbres, je distingue une forme osseuse, presque semblable à un squelette, étendue sur une natte.
a Vous arrivez dans un triste moment, me dit Katchiba d'une voix affaiblie; les hommes blancs sont bons, mais les Turcs amènent le malheur avec eux.
— Prenez courage, je vous apporte une poudre qui vous rendra la santé. »
Les yeux du malade s'animent; il tend vers moi ses mainç décharnées.
« Où est-elle? donnez-la-moi. Les blancs sont de grands magiciens; ils ont des talismans plus puissants que les nôtres. »
J'avais préparé une dose de quinine; je la remets au fils de Katchiba.
« Faut- il aussi faire avaler le papier? demanda le jeune homme.
— Non, non; la poudre suffit.
— Quoi ! sans évocation , sans paroles magiques ! » J'essaye de lui expliquer qu'il n'y a là ni sorcellerie ni pouvoir surnaturel, mais que Dieu, le père commun des hommes, a donné à certaines plantes la bienfaisante propriété de guérir. Le sauvage ouvre des yeux étonnés; son intelligence admet les charmes et les sortilèges; elle est demeurée presque complètement étrangère à la grande pensée du souverain créateur du monde. Chose digne de réflexion I les peuples les plus dégradés, les derniers, en un mot, de l'échelle sociale, sont précisément aussi ceux qui ont le moins de notions religieuses. L'idée divine est nécessaire à la vie morale de l'homme, elle est le principe, la source de la civilisation et du progrès.
8 Décembre. — Quelques jours de traitement amènent un mieux sensible dans l'état du chef. La saison, du reste, est favorable ; car nous sommes au commencement des deux mois qui forment toute la saison sèche de l'Obbo. Tandis que dans PEllyria tout est déjà brûlé par le soleil, la nature se pare ici
d'une incroyable splendeur. Pourquoi faut-il que la méchanceté des hommes couvre de deuil un si beau pays ! Plusieurs villages ont été réduits en cendre; les autres sont décimés; la guerre continue entre les Madis et les Obbos , et les trafiquants vont venir, qui profiteront de la discorde des deux tribus pour achever leur ruine.
Cependant Katchiba ne sait comment me témoigner sa reconnaissance. Chaque fois que je rentre dans mon campement, je trouve un présent du bon vieillard : tantôt c'est un sac de farine, tantôt une couple de belles poules ; le plus souvent, une grande gourde de mérissa; il voudrait bien y joindre quelques chèvres; mais son troupeau n'est pas nombreux, et ses sujets, mis en demeure de m'en fournir, ont résolument refusé. Malgré les largesses du chef, ma table est donc approvisionnée assez pauvrement. Je n'ai que peu ou point de viande, et la chasse ne peut guère suppléer à cette lacune ; car le gros gibier se réfugie au milieu de jungles impénétrables.
Le bruit des flûtes et des cornets résonne joyeusement d'un bout à l'autre du village. Pour célébrer sa guérison et remercier son médecin , le chef a résolu de donner une fête. Quelle heureuse insouciance ont ces sauvages ! Environnés de tous les maux de la vie, ayant à redouter sans cesse la guerre et ses violences, la faim et ses horreurs, ils profitent du moindre intervalle de calme pour se réjouir. Combien notre chagrine prévoyance est moins sage que leur irréflexion !
Une centaine d'hommes se sont réunis en cercle devant ma tente; chacun d'eux tient à la main un petit tambour, et chante en s'accompagnant de cet instrument sonore un refrain guerrier d'un effet pittoresque. Katchiba, soutenu par un de ses fils, prend place au milieu du groupe bruyant. Comme il est encore trop faible pour se tenir debout, il s'assied sur une sorte de coussin formé par trois ou quatre peaux de chèvres; de là, en chef d'orchestre habile, il dirige les chœurs. Après le chant, il donne le signal de la danse; un tambour placé sur ses genoux lui sert à indiquer les différentes figures, tandis que ses pieds, impatients du repos, frétillent et s'agitent malgré lui. Ses yeux ne quittent point les exécutants, qui tournoient avec mille gestes bizarres ; son visage brille de plaisir. A la fin , il n'y tient plus. Au moment où une ronde générale termine l'exercice , il se lève
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brusquement et s'élance au milieu des danseurs. Pendant quelques minutes, il se môle au galop vertigineux; mais ses forces le trahissent. Il tombe épuisé, hors d'haleine, entre les bras d'un des sauvages. Ses femmes s'empressent autour de lui dès qu'il ouvre les yeux.
« Donnez-moi un pot de mérissa! » s'écrie-t-il.
Au coucher du soleil, Katchiba me fait une nouvelle visite, une visite d'adieu cette fois ; car je dois partir avant l'aube. Le bonhomme, qui m'a pris en affection, s'inquiète de mon exploration lointaine; il m'apporte plusieurs talismans pour me préserver des bêtes féroces et de toute mauvaise rencontre.
« Je ne vous en donne pas contre la fièvre , » ajouta-t-il modestement; vous connaissez mieux que moi les sortilèges capables de la chasser. »
Je me mets à rire. Il me faut décidément, bon gré , mal gré, passer pour un enchanteur.
« Puisque nous sommes confrères en magie, je veux vous laisser un présent qui vous aide à exercer votre art. Voici un instrument qui a des intelligences avec les nuages, et qui annonce à l'avance la pluie ou le soleil. »
Ce disant, je lui offre un baromètre, en lui indiquant la manière de le consulter.
« Vrai! répond Katchiba ravi; c'est admirable I Alors il suffit de le mettre dans telle ou telle position pour obtenir le temps que l'on veut.
— Oh! mais non. Il a le pouvoir de prédire, voilà tout; et encore, si vous ne voulez pas qu'il vous trompe, il faut vous garder d'y toucher. »
Cette explication refroidit l'enthousiasme du vieux chef.
« En ce cas, je suis plus puissant, reprend-il d'un air d'importance; je commande au tonnerre et aux éclairs. »
Cependant il réfléchit que c'est un précieux avantage , quand on se donne pour un faiseur de pluie , de connaître le moment où il en tombera. Il garde donc le baromètre, « qui lui rappellera, dit-il, le souvenir de son ami blanc. »
45 Décembre. — Au sud de l'Obbo s'étend le Faradjoke, pays riche et peuplé > dont les abondants pâturages nourrissent des troupeaux nombreux. Monté majestueusement sur un bœuf,
je traverse rapidement ce beau territoire; puis j'entre dans les
fertiles prairies du Choa.
Mais c'est en vain que je cherche les riantes bourgades échelonnées autrefois sur les pentes des montagnes. Je ne ren-
contre que des huttes désertes; car les habitants fuient à mon approche. Si, de temps à autre, je parviens à en apprivoiser un, j'entends des récits qui me font frémir. Les deux troupes rivales de Kourchid et de Debono se sont rencontrées sur ce malheureux territoire; elles ont entraîné les indigènes dans leurs querelles et se sont livré des combats dont les villages ravagés, les champs laissés en friche, attestent la violence sauvage. Le nègre qui me donne ces détails a vu son père lié à un arbre et laissé pour servir de pâture aux bêtes féroces. Sa mère et sa sœur, emmenées comme esclaves, avaient tenté de s'enfuir. Déjà elle avaient franchi à la nage la rivière Asoua,
lorsque la jeune fille eut la jambe fracassée par un coup de feu que les Turcs avaient tiré de l'autre rive. La mère essaya de la porter sur ses épaules; mais, son précieux fardeau retardant sa marche, les trafiquants ne tardèrent pas à ressaisir leur proie. Alors se passa une scène d'une cruauté inouïe : la vieille négresse fut égorgée sous les yeux de sa fille; puis on attacha la jeupe esclave sur un cheval, et on l'obligea de rapporter elle-même au campement la tête de la victime, afin que cet exemple frappât de terreur les prisonniers.
Après plusieurs jours de marche au milieu des vastes plaines coupées de marécages qui avoisinent Choa , nous traversons uné^ belle forêt, et nous arrivons en vue du Victoria-Nil, c'està-dire de cette partie du fleuve qui est comprise entre les deux grands lacs, et dont les voyageurs Speke et Grant ont les premiers constaté l'existence. La nature semble avoir accumulé en ce lieu ses beautés les plus imposantes. De vastes forêts couvrent les deux rives de leurs voûtes majestueuses; le Nil, mugissant au fond de son lit, tantôt s'élance de rochers en rochers, tantôt entoure de ses bras une île ornée de bananiers et de dattiers sauvages. Plusieurs bourgades surmontent les escarpements qui bordent le fleuve, et qui s'élèvent à cent cinquante mètres au-dessus de son niveau.
Nous sommes sur la frontière de l'Ounyoro, dont le fleuve forme en cet endroit la limite naturelle. J'envoie Mikaël avec quelques Arabes demander au roi Karamsi la permission d'entrer dans ses États. Ce prince sans doute me donnera une escorte, et je pourrai congédier les hommes d'Ibrahim, ainsi que je l'ai promis; mais la capitale de l'Ounyoro est à cinq jours de distance. Pour ne pas perdre un temps précieux, je me décide , en attendant le retour de mon messager, à suivre la rive nord du Nil jusqu'à son embouchure dans le Louta- Nzigé ou Albert -Nyanza. Une ville nommée Magungo s'élève en cet endroit : c'est là que Mikaël viendra me retrouver. J'aurai, dans l'intervalle, exploré le grand lac, vu de mes propres yeux un des deux réservoirs du Nil. Muni de l'autorisation nécessaire, je traverserai alors l'Ounyoro pour me diriger vers la source la plus reculée du fleuve égyptien , vers le Victoria- Nyanza.
Un matin le guide m'avertit que je vais voir les eaux du
fleuve « tomber en rugissant du ciel ». C'est ainsi qu'il désigne la plus haute des cataractes du Nil , celle à qui le voyageur Baker a donné le nom de Murchison, en l'honneur du président de la société géographique de Londres. Sur chaque rive se dressent de gigantesques rochers couverts d'une riche végétation ; les masses de basalte se mêlent d'une façon pittoresque aux touffes de verdure; le fleuve, resserré dans son lit de pierre , obligé de suivre un étroit passage au milieu des pics élevés qui le dominent, semble frémir de l'obstacle, puis s'élance avec un grondement terrible d'une hauteur de cent vingt pieds. La blancheur neigeuse de la cataracte contraste avec le fond sombre des roches abruptes, et d'élégants palmiers, des bananiers sauvages, ajoutent à ce tableau splendide un charme particulier.
Le lendemain, la scène change complètement. Le Nil, d'abord étroit et rapide, s'est élargi peu à peu; il offre l'aspect d'un grand lac qui semble n'avoir aucune issue; des plantes aquatiques s'entrelacent au-dessus de la masse croupissante; des miasmes morbides s'exhalent de cette espèce de marais , et nous en ressentons tous les atteintes. Je suis tellement à bout de forces, que le mouvement de ma monture me cause une extrême lassitude. Le soir je m'achemine vers un village où je compte passer la nuit. Une obscurité profonde enveloppe la campagne; mes hommes gardent un morne silence. Je me traîne péniblement au milieu des marécages qui bordent la rive, lorsqu'un gémissement étouffé se fait entendre près de moi. Je me retourne avec inquiétude ; j'ai reconnu la voix d'Ouelda. L'enfant, brisé par la fatigue, vient de s'évanouir; il serait tombé si Mikaël ne l'eût soutenu.
On le transporte à la hutte la plus voisine; bientôt il reprend connaissance ; mais ses yeux brillent du délire de la fièvre. Je m'empresse de lui donner tous les soins que me suggère ma chétive science médicale, et, vers le matin, j'ai la satisfaction de le voir sommeiller quelques heures.
Au lever du jour, nous nous remettons en marche. Ouelda se trouve beaucoup mieux, et une heureuse nouvelle achève de me rendre confiance. Nous sommas près du Louta-Nzigé; nous l'apercevrions déjà si nous montions sur les hauteurs qui, à une lieue devant nous, ferment l'horizon.
Plein d'impatience et de joie, je dis au guide de m'y conduire. Le chemin est escarpé; mais la récompense qui m'attend me rend des forces. Ces gigantesques réservoirs du Nil, que tant de voyageurs ont cherchés au péril de leur vie, je vais les contempler! Arrivé sur le sommet de la colline, je porte au loin d'avides regards. Le lac immense s'étend devant moi, pareil à une mer d'argent; au sud, il est impossible d'en découvrir les limites; à l'ouest, une chaîne bleuâtre s'élève du sein des eaux jusqu'à une hauteur de quatre mille pieds. Près de moi le Nil, large canal d'eau dormante, se perd dans PAlbert-Nyanza, pour ressortir, plein de puissance et de vie, à la pointe septentrionale du lac. Du point où je me trouve, je puis le voir couler majestueusement vers le pays des Madis , vers Gondokoro et Khartoum.
Il n'est point d'homme que les grandioses scènes de la nature laissent complètement insensible; mes Arabes eux-mêmes, tout grossiers qu'ils sont, semblent saisis d'une admiration involontaire. Pour moi, Jes yeux fixés sur l' Albert-Nyanza , je comprends l'enthousiasme de Baker lorsqu'il découvrit le lac, et je me rappelle avec attendrissement ces paroles : « J'avais espéré, prié, lutté parmi les difficultés de toute espèce; j'avais bravé la maladie, la faim et la fatigue pour atteindre cette source cachée. Lorsque le. succès semblait impossible, j'avais résolu de périr plutôt que de renoncer à mon projet. Maintenant j'étais au but, et je pouvais dire : Ma tâche est accomplie. »
L' Albert-Nyanza , d'un niveau beaucoup moins élevé que les terres voisines, entouré de rochers abrupts, borné à l'ouest et au sud-ouest par les montagnes Bleues, forme une immense citerne, dans laquelle affluent nécessairement tous les cours d'eau de cette région ; à l'est il reçoit les rivières qui jaillissent du versant occidental du Mfumbiro, chaîne située dans le Karagoué , au sud des États de Karamsi. Il n'est pas douteux que de nombreux affluents ne viennent aussi à l'ouest se jeter dans le lac. De plus, le Victoria-Nil lui apporte le tribut de la vaste mer intérieure où il prend sa source. Toutes les eaux de l'Afrique orientale convergent donc vers la même artère, vers le fleuve puissant qui, alimenté par des sources aussi abondantes, porte la vie sur un parcours de sept à huit cents lieues.
Le ciel étant parfaitement pur, je distingue aisément le bord occidental du lac. Mon guide me dit qu'en un jour les barques du pays peuvent aller d'une rive à l'autre; mais l'Albert-Nyanza s'élargit considérablement vers le sud, et les frêles canots indigènes deviennent incapables de risquer la traversée; c'est donc ici que se concentre le commerce. La ville de Magungo, située à la partie méridionale de l'embouchure du Nil , est le siège d'un important trafic.
Grâce à l'élévation de la côte, l'air est ici assez salubre. Nous nous remettrions promptement de nos fatigues si nous pouvions nous procurer des vivres en quantité suffisante; mais les environs, complètement déserts, n'offrent aucune ressource. Ouelda est encore très faible; il ne saurait se tenir debout. Cependant il m'assure, avec un pâle sourire, de sa parfaite guérison.