CHAPITRE IV
Retour à l'Atbara. — La mouche teetsé. — Une fantasia. — L'investiture conjugale donnée à coups de bâton. — Le roi Léopard et Ismaïl- Pacha.
8 Juillet. — Trois jours de marche m'ont ramené à l'Atbara, que je me propose de traverser au plus vite, la rive orientale étant sillonnée de torrents qui la rendent impraticable pendant la saison des pluies. La vallée du fleuve a bien changé d'aspect depuis que je l'ai quittée. Couverte maintenant d'une plantureuse végétation, elle offre l'image de l'abondance : les moindres ruisseaux sont transformés en puissantes rivières, la vie déborde partout , et la campagne rafraîchie sourit au soleil , dont
elle ne redoute plus les baisers de feu. Le sol n'est pas en cet endroit uni comme dans les environs de Gozeradjup; il présente une succession de hautes terres et d'étroits ravins ; la vallée, extrêmement profonde, a plusieurs milles de large, et cette immense excavation est évidemment l'œuvre des eaux.
Combien de temps a-t-il fallu à l'action combinée des pluies et des courants pour creuser une aussi gigantesque tranchée ? C'est là que les siècles ont vu à l'œuvre le prodigieux ouvrier dont le travail a formé le delta de la basse Egypte. Les pluies torrentielles qui , chaque année , inondent les plateaux de l'Atbara, ne peuvent s'écouler que par des infiltrations souterraines; la vallée reçoit donc non seulement les courantj qui jaillissent des montagnes ; mais encore elle s'enrichit du trib t d'une foule de canaux invisibles, qui se frayent un passage à travers les couches inférieures du sol, les désagrègent peu à peu, et leur enlèvent le limon qu'ils portent au fleuve. Des éboulements considérables , dus à cette action lente et continue , se produisent chaque jour pendant la saison des pluies ; des torrents de vase descendent dans la vallée, dont les pentes friables se dissolvent et sont entraînées par les eaux. L'Atbara se charge d'une boue épaisse et fécondante qu'il verse dans le Nil. Fidèle à la mission que la nature lui a donnée, il accomplit de siècle en siècle sa tâche bienfaisante. Les Arabes l'appellent Bar el aswad (le fleuve noir), et c'est bien , en effet, le noir nourricier de l'Egypte, puisque chaque année il lui porte l'aliment précieux qui la fait vivre. Les crues périodiques du Nil, le limon fertilisateur qu'il répand sur ses bords , tout cela est l'œuvre de TAtbara.
Nous |avons, non sans peine, franchi la rivière. Nous nous avançons maintenant au milieu de plaines verdoyantes , laissées incultes pour la plupart et couvertes seulement d'épais buissons de mimosas ; mais si nos yeux trouvent plaisir à contempler la végétation renaissante , la pluie qui tombe sans interruption commence à nous rendre la marche fort difficile. Le sol détrempé, glissant, cède sous les pieds de nos montures. L'humidité amène la fièvre; plus d'une fois, en dépit des épais vêtements qui me couvrent, j'ai senti un frison menaçant parcourir mes veines.
Ce n'est pas tout encore. Achmet m'avertit que bientôt nous
aurons à redouter un péril d'un nouveau genre, la Iselsé ou serout. Cette mouche singulière, peu dangereuse pour l'homme, mortelle pour les animaux domestiques , est à peu près de la grosseur d'une guêpe, et a, comme elle, le corps couvert de raies jaunâtres. Son dard, en forme de trompe, s'enfonce dans
Chameau piqué par la mouche taelflé.
la peau; l'insecte se gonfle, et, s'il n'est pas tourmenté, il ne s'envole que gorgé de sang. La blessure produit seulement une légère démangeaison ; mais chez le bœuf, le cheval et le chameau, le mal ne tarde pas à prendre un caractère de gravité. Au bout de quelques jours , une sécrétion abondante coule des yeux et du mufle de la pauvre bête : la peau tressaille et frissonne, le dessous de la mâchoire inférieure commence à enfler,
Tanimal ne mange plus , et meurt bientôt dans un état complet d'épuisement. La chèvre seule résiste à la piqûre des tsetsés; aussi forme- 1- elle la principale richesse pastorale des peuples de l'Afrique intérieure.
C'est pendant la saison pluvieuse que ces terribles insectes exercent leurs ravages. Pour s'y soustraire, les Arabes quittent alors les régions qui en sont infestées. Toutes les tribus nomades remontent en hâte vers le nord; la plupart se réunissent dans le désert de Gozeradjup, qui , aride et inhabitable pendant les chaleurs, se couvre à cette époque de l'année d'un gazon touffu, et fournit aux bestiaux un excellent pâturage. A chaque pas je rencontre de longues files d'Arabes, enveloppés dans leurs burnous blancs, portant au poing, avec la dignité placide de leur race, la lance et le bouclier; puis viennent les femmes et les enfants, montés sur des chameaux dont les selles aux vives couleurs sont émaillées de coquillages; des milliers de chèvres et de moutons, des bêtes de somme chargées de meubles et d'ustensiles de forme bizarre, ajoutent à l'animation de la scène.
En passant près de moi, les nomades m'adressent le grave salam aleikovm (la paix soit avec vous)! Tous me regardent d'un air étonné; l'un d'eux même, plus communicatif que les autres, me demande comment je puis descendre vers le sud au plus fort de la saison des pluies. Je commence bien à regretter un peu Cassala et la maison confortable de Kotzika; mais il me répugne de retourner en arrière.
L'homme qui s'est arrêté pour me donner cet avertissement appartient à la tribu des Debaynas , dont le cheik marche à la tête de la petite troupe. Bientôt je vois la caravane s'arrêter; un Arabe monté sur un magnifique dromadaire s'avance à ma rencontre. Au respect que chacun lui témoigne, je reconnais le chef.
« J'apprends, me dit-il, que vous êtes un étranger venu de fort loin. Le temps est rude, et l'on doit assistance au voyageur. Venez au campement que nous occupons à une heure de chemin d'ici. Vous y serez reçu comme un fils chéri qui retourme après une longue absence à la demeure paternelle. Un hôte est un présent d'Allah. »
J'accepte avec reconnaissance la proposition du cheik. L'humidité m'a pénétré jusqu'aux os; plusieurs de mes hommes sont malades. Le pauvre Ouelda surtout tremble de fièvre.
Mais quels sont ces cavaliers qui , pareils à un tourbillon , s'avancent à notre rencontre? Leurs agiles montures dévorent l'espace, ils s'avancent en une seule file, tenant à la main une épée nue qu'ils font tournoyer au-dessus de leur tête. Tout à coup ils serrent les rênes et arrêtent court les chevaux qui, la bouche écumante, se dressent sur leurs jarrets. Je m'aperçois alors que, loin d'avoir des intentions hostiles, ces fils du désert viennent pour me faire honneur en exécutant une brillante fantasia. Ils se joignent à l'escorte, et nous entrons dans le campement au bruit des acclamations de la foule. Les femmes poussent des cris aigus, les tambours battent, les hommes se précipitent les uns sur les autres, en brandissant leurs glaives dans l'ardeur d'un combat simulé.
C'est au milieu de ce désordre pittoresque que je suis conduit à la tente du chef. Il me fait servir une riche collation; puis, avec la courtoisie orientale, il me presse de passer au milieu de sa tribu la saison pluvieuse.
« Je le voudrais; mais j'ai une longue route à faire; le temps , pour moi, est chose précieuse. Je veux, à l'exemple de plusieurs voyageurs de l'Occident, explorer l'Afrique orientale, puis rejoindre le Nil et le suivre jusqu'à sa source.
— Qu'Allah me protège! il n'y a qu'un Franc qui puisse concevoir de pareils projets. Vous ignorez donc que des génies malfaisants habitent ces régions lointaines? Et même, avant d'y arriver, vous trouverez la mort parmi les nègres féroces des bords du grand fleuve.
— D'autres y sont allés et en sont revenus. Je suis décidé à tenter l'aventure. Voilà pourquoi je hâte mon départ.
— Vous ne connaissez pas l'insalubrité de notre pays pendant cette saison. Les pluies le changent en un marais d'où s'exhale la fièvre; à la maladie s'ajoutent les ravages causés par les mouches ; elles ne laissent debout aucune bête de somme. Que ferez-vous en présence de tant d'obstacles?
— C'est le péril vaincu qui donne du charme au voyage. » Voyant l'inutilité de ses efforts, le cheik se borne à me demander de rester quelques jours dans sa tribu pour assister au mariage d'un de ses neveux.
Les cérémonies de ce genre ne sont pas rares chez le cheik des Debaynas ; sa famille compte de nombreux rejetons. Ses en-
fonts et ses petits-enfants ont multiplié comme les plantes du désert pendant la saison des pluies. Lui-même, quoiqu'il ait déjà plusieurs femmes , vient de profiter de la liberté que laisse la loi de Mahomet pour en prendre une nouvelle , ce qui a encore augmenté son prestige aux yeux de sa tribu ; car en Orient la richesse d'un homme se calcule d'après le nombre de ses épouses, comme chez nous d'après celui des voitures et des chevaux. La raison en est simple : pour avoir une femme, il faut l'acheter à sa famille, et la payer un prix quelquefois assez élevé.
16 Juillet. — Cependant l'époque fixée pour le mariage d'Adelan, le neveu de mon hôte, est arrivée. Les présents de fiançailles , stipulés pour l'acquisition de la belle , ont été reçus par son père; les amis des deux futurs se réunissent pour la fête nuptiale. Des décharges d'armes à feu ébranlent l'air ; tout ce que la tribu possède de pistolets et de fusils a été mis en réquisition pour ce jour de liesse. Un banquet pantagruélique est préparé; mais, avant d'y prendre place, les convives s'arrêtent devant la tente du chef, et nous assistons à une scène singulière. Les parents de la fiancée, chacun tenant à la main un courbatch , entourent le nouvel époux , qui les regarde d'un air de provocation; les femmes, vêtues de tuniques traînantes, s'assemblent en groupes. Au premier rang, nous remarquons les têtes curieuses de quelques jeunes filles; un simple rahat, vêtement fait d'une frange brune ou rouge , entoure leur taille. Les plus coquettes y ont ajouté de longs glands ornés de perles qui tombent jusqu'à la cheville. Après le mariage seulement, elles quittent ce costume pour prendre la robe flottante des matrones; du reste, ni elles ni leurs mères n'ont le visage voilé comme les Égyptiennes ou les Turques.
Des paroles de défi ont été échangées entre le jeune homme et les parents de la fiancée. Vingt bras se lèvent sur Adelan, qui, sans armes , seul contre tous , expose aux coups sa poitrine. Un frémissement d'émotion parcourt la foule des spectateurs ; mais nul ne s'avance au secours du patient. Il doit subir stoïquement l'épreuve pour montrer son courage à souffrir, et prouver qu'il est digne de celle qu'il aime. C'est en vain que le courbatch meurtrit les membres d'Adelan ; la joie du triomphe brille dans
son regard, sa tête se lève plus fière, et ses lèvres, loin de laisser échapper une plainte, demandent que l'amitié n'amollisse pas les bras des exécuteurs. Des acclamations frénétiques éclatent parmi les assistants; les femmes surtout se livrent à un enthousiasme qui approche du délire. Les tambours battent, les guitares grincent, et des chants sont improvisés en l'honneur de ce nouveau chevalier du mariage.
Je me retire néanmoins avec un sentiment de tristesse. Cette coutume des Debaynas, ce jeune homme qui se laisse flageller sans résistance, me semblent un symbole frappant du caractère de la race arabe. Que d'énergie, que de force d'âme les Orientaux ne dépensent-ils pas à supporter passivement les maux de la vie, au lieu de les combattre par d'incessants efforts! Tandis que, fidèles à la devise : « Aide-toi, le Ciel t'aidera, » les chrétiens obéissent à la volonté de Dieu , et pensent attirer son secours en luttant vaillamment contre l'infortune, l'Arabe, accablé sous le poids d'une religion fataliste, ne songe pas à réagir contre la destinée. « C'était écrit, » dit-il; et il s'enveloppe dans son burnous en courbant la tête.
On entre dans la salle du banquet. Moutons , chèvres , quartiers de bœuf, galettes de doura, rien n'effraye le formidable appétit des convives. La conversation s'anime, la gravité orientale fait place à une gaieté bruyante. Chacun a revêtu ses habits les plus splendides, et la fête se prolonge bien avant dans la nuit.
Le confluent de l'Atbara et du Settite, où j'arrive le lendemain, est un des sites les plus remarquables de l'Abyssinie ou ancienne Ethiopie. La vallée offre sur la rive occidentale une série de plateaux, de ravins, de terres éboulées qui descendent, dans une confusion pittoresque, jusqu'aux bords du fleuve. La rive orientale est, au contraire, très élevée; des rochers à pic forment une sorte de haut promontoire qui sépare les bassins des deux rivières. Là commence le territoire abyssin; mais, aussi loin que la vue peut s'étendre, on n'aperçoit que de vastes solitudes. Pourtant le pays paraît fertile; quel fléau éloigne donc les hommes de ces riches régions?
Ouelda se charge de me l'apprendre. Depuis la conquête du haut Nil par Méhémet-Ali, les Turcs exercent d'incessants ravages dans les provinces voisines; leurs razzias meurtrières
ont obligé les habitants à se replier vers les montagnes, laissant désertes les plaines que baigne l'Atbara.
48 Juillet. — La petite ville de Thomat, une des principales stations des Debaynas , s'élève à l'embouchure du Settite. J'obtiens une barque pour traverser l'Atbara; car je ne veux pas continuer à remonter le fleuve. Mon intention est de me diriger à l'est vers les montagnes d'Abyssinie. Je n'oserais les franchir, je serais sur les terres du redoutable Théodoros, et cette audace pourrait me coûter cher; mais je veux au moins visiter les provinces limitrophes, recueillir de la bouche de quelques-uns des vassaux de l'orgueilleux négus des renseignements sur son pays et sur sa personne. Chemin faisant, je rencontrerai aussi les Omrams, ces hardis chasseurs décrits avec tant de complaisance par Bruce et par Baker, et qui excitent vivement ma curiosité.
Nous longeons le Settite, où nous rencontrons quelques chétives bourgades arabes ; mais souvent nous sommes privés de cette ressource. Achmet alors fait presser la marche pour arriver avant le soir dans quelque hutte abandonnée, dont les occupants ont émigré vers le nord. Nous y séchons tant bien que mal nos vêtements trempés; car chaque jour, un peu après midi, un orage violent éclate sur nos têtes, une pluie torrentielle transforme l£ sol en une mer de boue, au milieu de laquelle nous nous traînons péniblement.
Cette contrée serait pourtant une des plus fécondes de l'Afrique orientale , si elle n'était ravagée par des luttes perpétuelles. L'Atbara, on s'en souvient, forme à l'est la limite qui sépare de l'Abyssinie les possessions de l'Egypte. En ce moment, l'inondation a étendu entre les deux pays une barrière infranchissable. Attendons seulement quelques mois, et les hostilités reprendront avec un acharnement nouveau. Le chef hardi des districts de la montagne, Oueld-Nimr, est descendu au printemps dernier dans les plaines qui avoisinent Thomat pour réclamer le tribut au nom de Théodoros; il est tombé sur une troupe d'Arabes alliés de l'Egypte, a tué un grand nombre d'hommes, et emmené une quantité considérable de troupeaux et de bœufs. Dès que la sécheresse permettra de tenir la campagne, il renouvellera sans nul doute ses attaques.
Ce Nimr, dont les incursions inquiètent sans cesse l'Egypte et l'empêchent d'étendre ses conquêtes, est le fils d'un chef qui a illustré son nom par un acte d'énergie sauvage.
Mek-Nimr, le roi Léopard, possédait en 1822 le riche territoire de Chendy, situé à l'ouest du Nil , entre Berber et Khartoum. C'était l'époque où l'armée turque, sous le commandement d'Ismaïl, l'un des fils de Méhémet-Ali, faisait la conquête du Taka. Tout cédait au prestige de ses armes; les tribus nubiennes, vaincues dans tous les combats, venaient l'une après l'autre se soumettre à son joug. Le général égyptien, enivré par le succès , rançonnait le pays avec l'insolence d'un vainqueur qui se croit au-dessus des coups de la fortune. Maître de la haute Nubie, il pénétra dans le Soudan et envahit les États de Mek-Nimr, auquel il imposa un lourd tribut. Le roi Léopard n'avait pu résister à des troupes vingt fois plus nombreuses que les siennes; il feignit de subir de bonne grâce la loi du plus fort.
« Il me faut, avait dit Ismaïl, mille de vos jeunes filles, mille bœufs, mille chameaux, mille chèvres, mille moutons, mille sacs de blé, mille charges de fourrage.
— Votre arithmétique est d'une simplicité admirable, répondit Mek-Nimr en s'inclinant; elle n'admet que le nombre mille. »
Peu de jours après, les denrées requises par le pacha étaient envoyées au camp. Les bestiaux arrivaient en longues files; la paille et le foin s'amoncelaient en hautes murailles autour du quartier général. Ismaïl se réjouissait de voir ses ordres si promptement exécutés. Cette soumission empressée n'excitait nullement sa défiance. N'était-il pas naturel que tout pliât devant le conquérant? Mais au milieu de la nuit, alors que l'armée entière était plongée dans le sommeil , des gerbes de flammes S'élancèrent vers le ciel. Le pacha, réveillé en sursaut, voulut se précipiter hors de sa tente; un cercle de feu l'enveloppait. Toute issue lui était fermée. Les Arabes n'avaient apporté cette énorme quantité de fourrage que pour alimenter l'incendie et ensevelir leur ennemi dans son triomphe. Profitant de l'épouvante et de la confusion du moment, ils se jetèrent sur les soldats dépourvus de chefs et en tuèrent un grand nombre. Le lendemain , on retira des cendres fumantes les corps d'Ismaïl , de ses femmes et de ses officiers.
Après cette vengeance, Mek-Nimr, craignant les représailles des Égyptiens, se retira dans la ville de Sofi, qui était alors florissante et peuplée. On sait ce que la conquête en a fait.
Cependant l'armée turque s'était ralliée; elle n'avait plus autour d'elle qu'une population inoffensive, que la retraite de Mek-Nimr laissait sans défense; mais il fallait immoler des victimes à la mémoire d'ismaïl. On entassa plusieurs centaines de femmes, d'enfants, de vieillards, dans un enclos entouré de paille de maïs. On y mit le feu, et les infortunés périrent comme avait péri le pacha.
Les habitants qui s'étaient soustraits à la mort par la fuite cherchèrent un asile à Sofi, près de leur ancien chef. L'armée turque vint les y poursuivre. Mek-Nimr, combattant seul au milieu de populations abattues et découragées, ne pouvait résister à la puissance de l'Egypte; il se vit forcé de passer l'Atbara et de demander protection à l'Abyssinie. Théodoros accueillit avec joie cet ennemi des Turcs dont la haine servait sa politique; il en fit le gardien de ses frontières, le bouclier qui devait protéger le cœur de l'empire. Un vaste domaine fut donné en fief à Mek-Nimr, avec Maigogoa pour capitale. Il mourut quelques années plus tard, laissant son fils Oued-Nimr héritier de sa haine et de sa bravoure.