‹ Deux ans de Campagne contre le Paludisme en MacédoineChapitre 17 sur 26 · SR ES · texte numérisé non relu

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les récalcitrants de la quinine, chaque homme muni de son quart rempli d'eau recevait de l’infirmier les deux comprimés réglementaires et les avalait sous la surveillance du gradé de jour. Aussi souvent que nous le pouvions, nous assistions au rassemblement de l’une ou l'autre de ces unités, essayant dans des causeries familières de convaincre les rétifs et d'expliquer la nécessité et le but des mesures en apparence vexatoires, auxquelles ils étaient soumis. Nous n'oubliions pas de prendre en leur présence la dose prescrite, « le médecin lui aussi prend donc/la quinine ». Nous profitions de ce moment aussi pour faire selon nos très faibles ressources les distributions de vin et de victuailles en récompense aux fidèles de la quinine.

D’aucuns ont proposé, pour assurer une prise régulière de la quinine, l'institution d’un carnet de quininisation tenu au jour le jour par le sous-officier de service, signé par lui, présenté à chaque contrôle, ou encore de feuilles de contrôle de réaction de Tanret faites par les médecins, pharmaciens, officiers du corps. Il nous semble inutile de créer de nouvelles paperasses. Plus simple est la méthode de prophylaxie, mieux elle réussit auprès des soldats: le moins de réflexion, un geste automatique comme la réponse à un appel ou présenter les armes, et voilà notre quininisation assurée.

La quininisation est très facile si le soldat veut, pourquoi est-il récalcitrant : naturel frondeur, il n'est pas convaincu de l'utilité de la quinine puisque pas malade, c’est amer et à la longue c'est fatiguant, et puis, n’espère-t-il pas en l'évacuation, le rapatriement et la convalescense. Peut-on espérer vaincre ces diverses causes ? Oui : par l'éducation. du soldat; par le remplacement du comprimé d'ailleurs mal dosé, mal absorbé, par une seule dragée de 0 gr. 40 enrobée dans du sucre ou de la saccharine, la dépense supplémentaire étant compensée par le gain sur l’effrichement du friable comprimé; par la certitude qu’aural’homme

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de ne pas être évacué dès qu'il sera atteint, qui lui fera craindre la piqüre et l'accès.

Les réactions de contrôle, faciles et peu coûteuses, à l’aide du réactif de Tanret, précipitant les urines chargées de quinine en blanc opalin, qui donne pratiquement des résultats positifs de 2 à 26 beures après l’ingestion du médicament, malgré des boissons abondantes absorbées et des travaux pénibles effectués, nous ont été très utiles. Des

hommes cueillis à l’improviste, à n'importe quelle heure

de la journée, étaient souvent confondus, et exemple frappant, nous pouvions faire constater que le médecin prenait sa quinine, Un nécessaire de contrôle portatif (gobelets

rentrant les uns dans les autres, tubes à essai avec support,

flacons de Tanret compte-gouttes), nous eut permis bien des contrôles inopinés que notre outillage rudimentaire et encombrant nous rendait impossible. Les contrôles les plus imposants de la Mission ont été des plus fructueux, le pourcentage des contrôles positifs montant de 5 à 80 %. Bien souvent à distance toutefois nos fraudeurs reconnaissaient l’auto de la Mission et ingurgitant précipitamment la quinine donnaient le change une heure après, encore que le peu d’abondance du précipité ait pu faire soupçonner la supercherie.

Une meilleure répartition de la quinine par la constitution de dépôts de ce médicament près des médecins divisionnaires ou des chefs des divers secteurs de la Mission, auraient pu éviter le manque fréquent de cette substance, malgré les demandes réitérées, causant l'interruption de la quininisation. Pour l’approvisionnement en quinine, il y aurait eu lieu sans doute de simplifier les formalités et les pièces à fournir et d'en séparer l'expédition de celle très lente des médicaments ordinaires. |

Dans les deux gites d'étapes dont, nous avons été le médecin de février à décembre 1917, nous avons pu constater l'absence de mesures prises pour les petits détachements, renforts, hommes sortant de l'hôpital, permission-

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naires venant d'Italie où ils n'étaient soumis à aucune mesure préventive. Ces hommes traversaient, le plus souvent à pied, de Salonique à Monastir, les plus mauvaises régions impaludées, avec des moustiquaires en nombre insuffisant, mis en route parfois sans provision de quinine, ou, s'ils en avaient, nullement surveillés pour la prendre, par les chefs de détachement, dont à ce sujet toute l’éducation serait à faire. Le nombre élevé des accès de première invasion 15 jours après l’arrivée au corps en est le résultat. Dans les consignes de chef de détachement, l'obligation de la quinine au même titre que le bon emploi de la moustiquaire, devrait tenir une place primordiale. I y aurait lieu aussi, quitte à retarder leur départ, de grouper ces isolés en détachements bien encadrés, que des infirmiers spéciaux, toujours les mêmes, chargés de ces mesures sanitaires, acCompagneraient sous l'autorité du. chef de groupe.

Enfin dans les gîtes d'étapes, le médecin devrait, avec une provision de quinine suffisante, en pourvoir jusqu’à l'étape suivante ces isolés et être mis en possession de moyens d'action plus efficaces et immédiats qu'un rapport sur les gradés dont il constate la négligence prophylactique.

On a reproché à la quinine préventive, d'amener de l'anorexie, des troubles digestifs, des bourdonnéments d'oreille, de faciliter la bilieuse hémoglobinurique, de rendre l'hématozoaire quininorésistant. Il semble bien qu'au début il y ait quelques troubles légers qui disparaissent vite avec l’accoutumance. De plus faibles doses qui éviteraient peut-être ces accidents, inefficaces par contre, créeraient cette quininorésistance, d’ailleurs non scientifiquement démontrée, et sensibiliseraient l'organisme pour la bilieuse hémoglobinurique. Nous avons pris personnellement, pendant 2 ans, régulièrement de la quinine et n’en avons jamais été incommodé.

Plus de Tanret positifs, moins de paludisme, a-t-on dit, car si quelques uns en 1916 ont pu nier l’action de la qui-

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nine préventive, bien qu'il paraisse difficile d'admettre que la quinine qui tue l’hématozoaire quand l'infection est déclarée ne puisse le détruire avant qu'il ne pullule assez pour la manifester, on a enregistré de notables résultats cependant. | ; £ L'infection certes n’avorté pas, mais la gravité des attaques de première invasion est moindre, de même la fréquence “des rechutes, la diminution d'accès pernicieux, résultats facilement constatables par nous, par comparaison

entre les unités où la quinine-était régulièrement ou infi-

dèlement prise. La quininisation préventive suflit à elle

seule pour assurer une prophylaxie presque parfaite, admi-

nistrée à dose suffisante et aussi longtemps que durent les anophèles infectants. C’est un moyen précieux, facile à appliquer dans l'armée avec une grosse surveillance du médecin, une grande volonté du commandement. C'est le remède spécifique du réservoir de virus, déterminant le lysis du plasmodium qui disparaît du sang périphérique, mais délicat par sa surveillance, malgré tout désagréable, éphémère puisqu'il cesse avec la suspension de son application, et qui ne vaut que par ceux qui la prennent, la donnent, la surveillent. On peut lui attribuer, pour une bonne part, les résultats obtenus. PA A°9.000 cas de paludisme primaire en 1916 correspondaient 1.600 cas en 1917. \ La morbidité totale pour maladies où le paludisme tenait la plus large part, passée de : :

43 % en juillet-août 1916 à 35,9 % en juillet-août 1917.

La mortalité passée, de 1,9 % à 0,50 %.

Moustiquaire.

S'il est bon de rendre inopérante ou relativement bénigne la piqûre du moustique, il est mieux de la prévenir. C’est le but des multiples procédés de protection individuelle par

moustiquaire, de protection collective par grillage. La vie du soldat en campägne s’accommode peu malheureusement du confort et de la tranquilité que ces méthodes demandent.

Moustiquaire céphalique pour homme debout.

Sac en tulle, du sommet du casque au cou à condition de bien prendre sous le col, d'être bien obturée, assez rigide pour ne pas plaquer sur la face, elle pourrait rendre service aux plantons et sentinelles de garde la nuit; le plus souvent elle était inopérante, soit que les hommes lui objec-

tent une diminution, de la visibilité, soit que mal placée

elle les garantisse insuffisamment, soit qu’elle diminue l'aération. Il eut fallu, là aussi, en contrôler l'application au cours des rondes. La tenue des veilleurs aurait pu être complétée par des gants, assez épais pour empêcher la piqûre au travers et par un costume soigneusement fermé au cou, aux poignets, aux chevilles, tenue inapplicable par ces chaleurs suffocantes où chacun cherchait à s'affranchir de tout vêtement même indispensable, et les moustiques continuaient à piquer à travers la mince étoffe khaki ou sur la peau nue. À

Moustiquaire pour homme couché.

Seule elle a donné des résultats. Facilement acceptée d’ailleurs, car elle garantit de l’irritante piqüre et des mouches, ce grand fléau oriental. En tulle, de 1°"5 à 2"" de maille, préférable à la mousseline qui diminue trop l’aération, en gros fil solide pour résister aux accrocs multiples,

entretenue, visitée, réparée, avec autant de soin que le

masque à gaz ou le fusil, assez grânde pour garantir entièrement, ne pas être déplacée par les mouvements du dormeur et ne pas plaquer sur lui. Garnie sur le côté de bandes de toile assez larges et assez solides pour permettre de la

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border soigneusement, car on doit y être enfermé comme dans un sac, soit qu'elle soit bordée dans le lit rudimentaire, ‘adre de bois et feuillards de fer, entraînant d’ailleurs de multiples déchirures, soit que couché dans la tente, sur le sol, le soldat en rentre les bords et les maintienne avec les objets pesants de son équipement. La moustiquaire des frères SERGENT, simple rectangle de tulle de 3 m. 50 x 2 m., bordée sur les côtés d'une toile de 40°" de large, munie de cordons cousus au tulle sur 80" de long, à un mètre de distance du petit côté, cordons ayant une partie libre double de O0 m. 50, nous paraît préférable à celle de 1 m. 80 X O m. 90, munie d'un petit toit de toile rectangulaire à cadre rigide’qui était en service. Les cordons de cette mousliquaire peuvent s'attacher à la toile de tente individuelle, à la tente marabout, en rayonnant du mât central, ou sur les cadres superposés de nos abris d'étapes, pour la rangée inférieure accrochée à des pointes, pour la rangée supérieure à des montants aux quatre coins et au lit ordinaire à quatre piquets ou à des -cerceaux. Nous nous sommes livrés sous ces divers abris, à des expériences dans le but de rechercher la meilleure adaptation et cette moustiquaire plus souple, que nous avions accommodée avec des débris d’autres, nous a donné toute satisfaction. Dans les abris, les cagnas du front, elle peut, plus aisément, servir de rideau, bien tendue jusqu’à terre et bien appliquée sur les bords des ouvertures, :

Nous avons eu quelques échantillons de la tente moustiquaire. Elle nous a paru intéressante à poursuivre sur d’autrés données. Telle qu'elle fut présentée, elle est trop fragile pour être un abri solide et sûr contre les intempéries et pour résister au voisinage des baïonnettes, fusils, outils: trop longue à bien mettre en place : trop pesante parce que conçue pour l’homme seul, et cependant trop petite pour que lon puisse s’y asseoir et que l'air y circule librement. À l'arrière où il y a des moyens de transport accrus, plus grande et placée sur des murettes en terre, elle pourra être utilement employée.

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La moustiquaire pour homme couché, est, avec la quinine préventive, le moyen le plus précieux de lutte pour les armées en campagne. C'était le leit motiv des affiches de propagande « quinine et moustiquaire, moustiquaire et quinine ». Mais il y a là aussi une éducation du soldat : il faut lui apprendre l’absolue nécessité de s’abriter sous la moustiquaire, lui faire un devoir de la ménager, de l’entretenir, de la raccommoder, lui enseigner à la bien mettre en place, à la bien border; il saura vite l'adapter à ses primitives installations, et nous attirons l'attention sur l'utilité des visites nocturnes que nous faisions dans les camps, redressant les vices d'application et nous rendant mieux compte de l'efficacité de nos instructions sans cesse répétées.

Grillage.

Dans nos camps semi-permanents des gîtes d'étapes, malheureusement avec pénurie de matériel, nous avions entrepris une lutte plus efficace, sans doute, si nous avions pu la mener à bout. Mieux vaut en effet interdire l'accès du logis aux moustiques que l'accès immédiat de l’homme. Celui-ci d’ailleurs est souvent piqué le soir avant l'heure du coucher lorsqu'il se tient auprès des lumières. Excellente est cette prophylaxie qui ne demande au soldat qu’un minimum d'attention et de bonne volonté; malheureusement elle est onéreuse, délicate à bien organiser et uniquement possible dans les campements d’une certaine durée.

Nos hommes logeaient dans des maisons macédoniennes ou dans des abris de fortune, construits avec des caisses, des bidons d'essence vides, ou dans des baraquements en planches et tôles établis par le génie. Les hommes de passage logeaient sous des hangars ouverts d’un côté où se trouvaient des cadres de bois à feuillards de fer, recouverts de nattes et servant de lit.

Des sacs à terre, des sacs vides de l’intendance, des toiles d'emballage de toute sorte, mieux la mousseline garnissant

LR NA DE et

la viande frigorifiée, furent employés par nous. Autant que possible, ces toiles étaient clouées sur des cadres de bois s'adaptant aux ouvertures à protéger, tout espace entre ces

cadres et les parois des ouvertures soigneusement calfatés,

ou fixées hermétiquement sur les bords de ces baies,

portes, fenêtres ou trous d'obus qui servaient à l'entrée des hommes, de l'air et de la lumière. Certes nous étions loin

des classiques treillis métalliques à 16 filsau pouce de 25°".

Cette protection était imparfaite, inélégante, mais les mailles

étaient assez étroites sinon régulières, pour faire obstacle

à une grande partie des moustiques qui auraient trouvé à l'intérieur de ces abris d'obscurs recoins pour se réfugier le jour. Ces barrages fragiles, mais peu coûteux, étaient fré- 3 quemment surveillés, réparés ou changés. É

Dans nos baraquements, avec les trop rares mètres de treillis métallique et les moustiquaires en supplément que nous avions, nous avions garni les fenêtres, n'empêchant point les volets à glissière intérieure de masquer la lumière ; treillis ou tulle soigneusement appliqués à l'aide de large bandes de fer blanc, découpés dans les boîtes à conserve. Nous aurions bien voulu pouvoir installer aux portes ces doubles tambours qui, dans les hôpitaux excitaient notre envie; nous avons dû nous borner à égaliser le seuil des portes par une planche en formant le pas, évitant le petit | 5 marécage des jours de pluie, et àadapter une porte grillagée unique retombant par son propre poids. Des bandes ana- 570 logues de fer blanc masquaient les interstices des planches, 7 de même qu'entre la base des murs, leur sommet et le toit, Er tout espace était rigoureusement calfaté. Le moindre trou, ne la moindre fente suffisant à laisser passer les moustiques.

Un double toit de toile de tente, cloué sur le haut des cloi- e sons, complétait la protection.

Nous n'avons certes pas obtenu les résultats merveilleux = d'ORENSTEN à Gatun, de FROGANINI en Sardaigne, de Tsuzukrr à Formose qui, par ce seul procédé, ont réduit du tiers les infections palustres, mais nous avons parfaitement observé LS

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une sensible diminution de moustiques, et par là même des cas d'infection.

Pommade.

Peut-on, après avoir essayé d'interdire aux moustiques l'accès du logement et du dormeur, s'ils s'introduisent malgré tout, empêcher la piqüre ?

Certains corps gras, — les Lapons ne s’enduisaient-ils pas le corps d'huile contre les piqûres, — certaines substances odoriférantes semblent avoir celte propriété. Un grand nombre. ont été préconisés :

L’acide phénique, l’iodoforme, menthol, lavande, anis, bergamote, cannelle, xylol, thymol, tabac, giroflée, thérébentine, crésol à 5 %, kéroséne.

La pommade dont nous étions pourvus comprenait une partie de citronnelle pour six de vaseline, s'en enduire toutes les deux heures environ.

Les tubes de pommades fragiles voisinaient dans la musette avec trop de durs camarades pour se conserver longtemps, et l'application constante de cette pommade dont il eut fallu avoir de grosses provisions, en faisait un expédient temporaire utile pour préserver quelquefois dans des stationnements de nuits mains et visage.

Hygiène.

Il est enfin un moyen de protection collective d'un intérêt plus général. C’est l'hygiène militaire, souvent offensée par les conditions de la campagne et l’insouciance de tous. Le médecin de corps de troupe est plus hygiéniste que médecin, il peut souvent prévenir alors qu'il n’a que des moyens rudimentaires pour guérir.

Un proverbe toscan dit : «c’est dans la marmite qu'est le remède du paludisme ». Les indigènes, soumis à une nourriture exclusivement végétale, maïs rôti ou bouilli, hâchis

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