‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 10 sur 115 · W. M. Marsliall, /es Missions chrétiennes · texte numérisé non relu

W. M. Marsliall, /es Missions chrétiennes

DEUX AXS EN CHINE fiî

un pacte avec les blancs. Je ne crois pas en eifef qu'il y ail d'exemple d'Européens mangés par le tigre. Go n'est pas, bien entendu, qu'il existe de pacte, mais ceux-ci prennent toutes sortes de précautions, ne sortent que la nuit, munis de lumières, agitant des clochettes et entourés de serviteurs chinois. Tandis que les pauvres Célestes, ne pouvant pas prendre toujours tant de précautions, sont trop souvent la proie du redoutable félin.

Une dame européenne m'a conté qu'allant une fois à Gou-lian en chaise à porteurs, avec sa petite fille dans sesbras, les coolies s'égarèrent ; la nuit la surprit au milieu du désert et des bois. De temps en temps le miaulement du tigre rompait sinistrement le silence dans le lointain. Jamais, disait-elle, elle n'avait été affolée comme en cette circonstance. Heureusement elle avait une clochette qu'elle agitait continuellement et les coolies étaient munis de deux ou trois lanternes qu'ils élevaient aussi haut que possible. Enfin elle arriva sans avoir rencontré le fauve ;. mais on devine après quelles émotions.

Autrefois les protestants avaient établi des villas d'été à Cou-tien, sur une autre montagne dans l'intérieur du Fo- Kien. L'air, parait-il, y était encore plus frais qu'à Coulian; néanmoins, ils ont été obligés d'y renoncer. Je le crois bien. Il y a quelques années, la secte des végétariens, une société secrète locale, résolut d'exterminer ces diables d'étrangers qui venaient passer l'été sur la montagne et troubler les génies protecteurs de ce pays. Ils choisirent lâchement pour l'exécution de leur projet homicide une nuit où ils savaient les hommes absents. Ils

attaquèrent donc les villas européennes, les incendièrent et massacrèrent onze pauvres femmes ou enfants. Une seule, grièvement blessée et feignant d'être morte, survécut à la catastrophe. Elle vit encore.

Quand, quelques jours plus tard, on apporta les onze cadavres horriblement mutilés à Fou-Tchéou, ce fut une émotion indicible dans la colonie européenne. Ces martyrs du protestantisme, tués en villégiature, furent ensevelis dans le cimetière anglican, au milieu d'un concours extraordinaire de peuple. On a fait venir d'Europe un bel ange en marbre blanc qui veille sur les tombes de ces pauvres victimes du fanatisme chinois.

L'Angleterre indignée protesta et demanda la punition des coupables. L'Allemagne n'avait pas encore popularisé ridée géniale de demander une concession territoriale comme compensation du sang des missionnaires. La Chine tergiversait comme toujours et prétendait ne pouvoir pas saisir les coupables ; mais une canonnière anglaise étant venue s'embosser devant Fou-Tchéou prête à bombarder le palais du vice-roi, cet argument fut compris sans retard; les malandrins furent trouvés et exécutés publiquement à Fou-Tchéou.

Les riches marchands ayant une villa à Gou-lian se sont cotisés pour former un fonds destiné à l'extermination du tigre. Chaque année, des chasses sont organisées; on creuse des fosses où l'on espère que le fauve viendra se jeter; on tend des pièges; et tout Chinois assez heureux pour s'emparer d'un tigre, mort ou vivant, reçoit une récompense d'environ 100 francs.

Sur les flancs de cette monlag-ne et sur les collines des environs, on cultive la patate douce, l'arachide et surtout le thé.

C'est à proximité de Gou-lian, au sud, que se trouve la bonzerie fameuse de Cou-Shan, dont il sera question plus loin.

Sur une colline, à une bonne lieue au nord de Fou- Tcliéou, se trouve le cimetière catholique, la montagne sainte, comme disent les chrétiens. Je l'ai visité une fois; sur un autel de pierre élevé en plein air, on lit la date de 1633. J'y ai trouvé aussi trois ou quatre tombeaux sur lesquels j'ai vu les armes de la Compagnie de Jésus. Ce sont, je pense, les tombes d'anciens missionnaires jésuites. Elles ont la forme ordinaire des tombeaux chinois et sont assez bien conservées. Malheureusement, je n'avais pas de crayon pour copier les inscriptions encore visibles.

Cette colline est toute couverte de tombes chrétiennes. 11 y en a plusieurs milliers. J"}' reconnus des tombes d'évêques, de prêtres et même, je crois, d'anciens mandarins ou lettrés chrétiens. C'est là que reposa huit mois le corps du bienheureux évêque martyr Pierre Sanz, de l'Ordre de Saint-Dominique ; mais les autorités chinoises de l'époque l'en arrachèrent pour le livrer aux flammes.

DEl'X ANS E!t CHINE.

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