‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 11 sur 115 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sous-prrfeclure de l,ien-kon. — Quad'e baptêmes d'adultes. — Encore les tigres; le Fells Dominlcanorum. — Protestantisme au service^ du catholicisme ; épreuves et consolations. — Sous-préfei'ture de Tuon-loh. — Comment le christianisme y fut introduit. — Invitation à diner. — Qu'est-ce qu'une pagode? Dieux chinois. — Vestiges des anciens clin'tiens. — Tombeaux. — Vallée de Yon-Fou. — Six baptêmes d'adultes. — Radeau.x. — La pêche aux cormorans. — Temples et pagodes. — Hapides. — Bonze se faisant brûler vif; un charpentier qui l'imite. — La vallée des dix-sept moulins. — Les oiseaux des rizières. — Le buffle. — Le riz. — Le thé.

SOrS-PREFECTURE DE LIENMCON QUATRE BAPTÊMES d'aDULTES

Je reviens de Liea-kon, où le pi-êtfe cliinois chargé de cette chrétienté naissante m'avait invité à baptiser quelques-uns de ses catéchumènes. Partis de l'arsenal, nous avons descendu le Min en barque pendant environ deux heures. J'étais accompagné de M. Doyère, directeur de l'arsenal, et d'aimables visiteurs de Hong-Kong, M. et M""' Sculford, qui devaient être parrains et marraine.

Nous passâmes la nuit à Quan-tao. village d'un millier de familles. Vers huit heures, nous nous mettions en marche pour Licn-kon, situé à environ 10 kilomètres. Nous traversâmes d'abord de belles rizières ; puis nous eûmes à escalader une montagne et à redescendre le versant opposé. Nous étions de nouveau dans ime jolie plaine très bien cultivée, au milieu de laquelle se trouve la sous-préfecture

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de Lien-kon. Il faisait très beau temps. La couronne des montagnes qui entourent cette plaine était illuminée par un magnifique soleil, et présentait le plus gracieux tableau qu'un peintre puisse rêver.

La sous-préfecture deLien-kon est très peuplée. D'après le prêtre chinois qui en est chargé, elle n'aurait pas moins de 300.000 habitants. La ville, entourée demurailles croulantes, peut avoir de 25 à 30.000 âmes. En l'apercevant du haut de la colline, nous avions espéré trouver mieux ; irïais c'est surtout des villes chinoises qu'on peut dire :

De loin c'est quelque chose, et de près ce n'est rien.

Les maisons, presque toutes à un seul étage, sont vieilles et dégradées ; les rues sont sales, pleines de chiens éliques, d'enfants peu vêtus ou pas du tout, de mendiants débraillés qui vous poursuivent obstinément, de porcs qui vous barrent le chemin. Tout cela grouillant ensemble, pêlemêle et laissant échapper des cris, des hurlements, des plaintes, des éclats de rire, des grognements, et des odeurs! quelles odeurs! je ne dis que cela... qui offensent terriblement l'ouïe et l'odorat.

Nous allâmes tout d'abord à l'église, bien pauvre et, hélas ! dénuée des choses les plus nécessaires. Quatre catéchumènes nous attendaient : un homme d'une cinquantaine d'années et trois jeunes gens de dix-huit à vingt ans. Leur air recueilli et pieux nous fit la meilleure impression. Ils savaient bien leur catéchisme et leurs prières, qu'ils récitèrent tous avec foi et conviction.

Un ^raïul nombre de chrétiens, de catéchumènes et même de païens vinrent nous voir et assister à la cérémonie. Quelques pauvres Chinois renonçaient au culte des idoles et devenaient les membres de l'Église de Lien-kon, qui sortait de nouveau de la tombe après avoir été noyée dans le sang de ses enfants. Leurs deux parrains et leur marraine étaient chrétiens de la vieille Église de France, qui fut jadis aussi fécondée par le sang de ses martyrs, et qui maintenant envoie des missionnaires et des parrains pour baptiser les Chinois. La marraine paraissait très émue. Depuis quelques mois seulement, elle avait quitté la brillante société de Paris, et, dans une pauvre église de la Chine, elle devenait tout à coup la mère spirituelle de quatre Chinois.

Le missionnaire de Lien-kon a déjà réuni un millier de néophytes. Jadis, il y avait là une florissante chrétienté; mais les persécutions incessantes des temps passés avaient tout fait disparaître. L'église subsiste encore, hélas! changée en temple du démon. Nous allâmes la voir, et de mes yeux attristés je pus lire l'inscription suivante :

n La première année de l'empereur Yong-tchen (1723), le nommé Sou étant préfet de Lien-kon, ce temple de la religion du Maître du Ciel' fut changé en temple des cinq Sages, et concédé aux principaux habitants de la ville dont les noms suivent : Ting, Siou, etc. ; à la seconde lune 1820, il fut restauré par leurs descendants. »

Nous avions hâte de repartir. On nous conseillait de ne

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