II. — La sampanière chrétienne
0 ma sœur, je te plains, et du fond de mon âme
Je compatis à ta douleur.
Gomme loi j'ai soutFert, je cuis le riz, je rame,
Pourtant la joie est dans mon cœur.
J'appartiens à l'époux qu'on me donna pour guide.
J'aime, je Ijénis mon lien ; Sur mou humble sampan la pauvreté réside,
Comme elle habite dans le tien.
Pourtant je suis contente, et je chante ma joie
A tous les échos des coteaux, Pendant (|u'à mes côtés une sœur est en proie
A tant d'inexplicables maux.
Mais voici la raison de cette différence:
La foi, don, lumière de Dieu, A brillé dans mou àme; avec elle j'avance
Et ces maux m'émeuvent bien peu .
Je vois et les miens voient les choses de la terre
Gomme tu ne saurais les voir ; La charité divine et la douce prière
Sont notre force et notre espoir.
J'ai des lilles, des fils; aucune main cruelle
Menara le fil de leurs jours.
Ma couronne ici-bas, dans la vie éternelle
Ils fi'roiil mon bonheur toujours.
DEUX ANS EN CIllNK 563
L'espérance des biens que notre divin père
Réserve aux pauvres d'ici-bas Nous donne patience, empêche la colère ;
Nous ne murmurons même pas.
Ma demeure flottante est toute ma richesse, Mais c'est pour moi \)\yis ([u'un palais,
J'en ai toujours été la reine et la maîtresse, J'y goûte une suave paix.
Mon bien-aimé sampan en tous lieux me promène,
Rivières, le fleuve, la mer Sont mon bien, mon trésor, mon immense domaine
Et je suis libre comme l'air.
Je ne suis point esclave et marche avec aisance. Car mes pieds sont grands et sont beaux,
Je n'ai point estropié mes filles, leur enfance Fut exempte de cruels maux.
0 ma sœur, je te plains, et du fond de mon âme
Je compatis à ta douleur Gomme toi j'ai soulfert, je cuis le riz, je rame, Pourtant la joie est dans mon cœur.
o6-i DEUX ANS EN CHINE