INVITATION
Français, venez jeter aux échos des collines
Des accents inconnus au peuple de ces lieux ;
Laissez couler, enfants, de vos voix argentines
Les notes et lesmots — les mots — aux sons harmonieux.
Si parfois votre front de soucis se nuance.
Si vous sentez gonfler votre cœur plein d'émoi
En songeant au pays, au beau pays de France,
Venez sur ce coteau ranimer votre foi (bis).
Venez sur ce coteau! dans votre humble chapelle
Vous trouverez le calme, et la joie et la paix.
Ne l'enlendez-vous pas? le Seigneur vous appelle,
11 vous offre son cœur — son cœur — - et mille autres
Si vous êtes meurtris, si l'ennui, si la crainte [bienfaits.
Obsèdent votre esprit, votre prêtre et vos sœurs
Adouciront vos maux par leur prière sainte,
Venez donc auprès d'eux réconforter vos cœurs [bis).
Venez sur ce coteau, d'où l'on voit les navires
Qui parlent pour l'Europe ; au delà de ces mers
Suivez-les, avec eux envoyez vos sourires
Aux êtres chers laissés — laissés — au bout de l'univers.
Venez sur ce coteau confier aux nuages,
Qui volent au-delà de la cvôte du Mont.
Vos souhaits, vos baisers et vos mille messages ;
Au cher pays de Franco ils les emporteront bis).
LKS PILLES UL' MANDA lU.N
ET LEUn l'ETIIT. SEUVAXTE PERSONNAGES
Mxyv, fil/edu mandarin.
Lo-SiK, — —
Si-Y.WG, sfiroante.
MAYÉ
Viens, ma chère Si-yang-, j'ai besoin de te voir, De causer avec toi ; je ne puis concevoir Comment tu peux toujours paraître si contente, Si francliemenl joyeuse, étant une servante Tu travailles beaucoup, on le gronde souvent; Tes habits déchirés laissent passer le vent ; Et tu soufï'res du froid; on le nourrit à peine De quelques grains de riz : c'est une bonne aubaine Quand on ajoute un peu de vieux poisson ranci. Quel est donc ton secret?
Mon secret, le voici.
Maîtresse bien-aimée : aux genoux de ma mère J'ai puisé des leçons dans une humble prière, Qui me rendent léger le fardeau qui pour vous Serait insupportable ; il m'est cher, il m'est doux; 11 me fait ressemblera mou aimable Maître, A mon Seigneur Jésus, qui pour moi voulut naître.
Vivre et mourir en pauvre et dépouillé de tout. Croire en Lui, l'adorer, mais l'imiter surtout Est pour moi le bonheur, une sainte allégresse,' Que je désire tant pour ma chère maîtresse.
MAYÉ
Enfin, que dis-tu là? c'est pure déraison, A mon sens c'est folie en pleine floraison.
SI-YANG
Cette folie est sainte ; elle me rend heureuse, Vous l'avez admirée, elle est donc précieuse. Oh ! combien je voudrais qu'elle vous imprégnât De ses divins parfums, qu'elle vous enseignât A n'aimer comme moi que le Dieu véritable !
MAYÉ
Quel est ce Dieu, Si-yang, n'est-cepas une fable? Pour la fille des Hansle culte des Aïeux, Le culte de Boudha, est ce qui vaut le mieux ; Ma mère me l'a dit : une femme est parfaite Si ses pieds sont mignons, si jolie est sa tête; Aux coutumes fidèle ainsi qu'à son époux, Riche de beaux habits et de brillants bijoux, Ayant toujours du riz cl des robes de soie, Mère de nombreux fils, son orgueil et sa joie. Que peut-il lui manquer?
SI-YANG
Oli ! combien je vous plains De borner vos désirs à ces biens incertains ! Et la vie à venir ? et votre àme immortelle?
MAYÉ
Je renaîtrai peut-être et plus riche et plus belle, Animal de la terre ou poisson de la mer, Insecte au vol rapide, oiseau planant dans l'air. Que m'importe après tout? l'avenir n'est qu'un rêve.
SI-YANG
Votre doctrine impie, ô maîtresse, soulève Mon àme de dégoût; je bénis mon Sauveur, L'unique et le grand Dieu, de l'immense faveur Qu'il a daigné me faire en m'adoptant pour fille. Sa lumière m'éclaire, à mes yeux elle brille Et dirige mespas ; sa grâce habite en moi Et me rend, je le sais, la fille d'un grand Roi. Sa joie est dans mon cœur et me fait rayonnante. Voici donc mon secret ; une pauvre servante Aux riches fait envie; ils ont vu sur son front Une empreinte divine et cela les confond.
MAYÉ
Je ne puis plus, Si-yang, te cacher ma pensée, L'erreur fut l'aliment de mon àme angoissée, Je le sais, je le sens ; ah ! si tu pouvais voir Le malaise, l'ennui, l'etïroi, le désespoir
Où je me sens plongée; oui, je te porte envie. Je l'avoue aujourd'hui, misérable est ma vie, Mais quel est le remède?
SI-YANG
Il est simple et certain :
Mavé, soyez chrétienne ; et vous verrez soudain Toutes choses changer d'aspect. Kn récompense Vous aurez mon bonheur et ma sainte espérance.
MAYÉ
Je vais le demander à mon père aussitôt.
Mais consentira-t-il?... Oui, sans doute, il le faut.
LO-.SIK
El moi je veux aussi, ma sœur, être chrétienne ; Pour moi tu l'obtiendras.
MAYÉ
11 faut que je l'obtienne.
LO-SIK
J'ai vu prier Si-yang, et son front radieux
M'a dit tout son bonheur: oui, comme elle, je veux
Etre pieuse et bonne, imitant ce modèle.
Je veux aimer son Dieu, je veux prier comme elle.
Sl-YANO
Seigneur, soyez béni; puissiez-vous de ces cœurs Posséder sans retard l'amour et les ardeurs !
DEUX ANS lîN CHINE 56î>