‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 12 sur 115 · Nom de Dieu, en chinois · texte numérisé non relu

Nom de Dieu, en chinois

pas allendre le soir pour traverser la montagne ; car les tigres avaient récemment enlevé deux enfants sur le chemin, et, le matin même de ce jour, on avait aperçu un fauve rôdant dans ces parages. Nous arrivâmes à Quantao avant la nuit pour prendre notre barque et rentrer à l'arsenal.

LE <i FELIS D0MINIGA.N0RUM »

La race féline est représentée au Fo-Kicn non seulement par les chats domestiques, qui se contentent de souris, et les grands tigres, qui se permettent parfois de manger les hommes, mais aussi par des espèces intermédiaires, qui, dans les montagnes, chassent les oiseaux et les petits quadrupèdes.

Récemment, un de ces chats- tigres, pris au piège par un chrétien, fut offert au R. P. vicaire provincial des missionnaires dominicains, qui le garda quelque temps chez lui, dans une cage. Un naturaliste anglais, employé des douanes, M. La Touche, ayant manifesté le désir de l'avoir, le Père lui en fît volontiers cadeau. M. La Touche l'a emporté en Angleterre et en a fait don à son tour à la Société zoologique de Londres. On a reconnu, dans ce spécimen, une variété nouvelle, et, sur la demande du donateur, la Société l'a appelé Felis Dominicanorum, le chat des Dominicains.

Il est ainsi décrit par M. Smit, qui l'a dessiné : L'animal n'est pas d'humeur à se laisser facilement approcher; cependant, il semble avoir à peu près 3 pieds de la tête à la

naissance de la queue, qui est longue d'à peu près 20 pouces et d'une largeur uniforme. La hauteur aux épaules est au moins de 18 pouces, etc.

Le sous-directeur de l'arsenal désirait beaucoup posséder un jeune tigre. Ne pouvant se le procurer, il acheta un chat-tigre qu'on lui apporta, lui lit faire une belle cage «n fer et commença à l'étudier. Malheureusement la pauvre

FEI.IS DO.MIMCAMIRU.M 'i

bête avait laissé une patte dans le piège et la plaie ne se cicatrisait pas ; ce qui, sans doute, le rendait d'une humeur plutôt sombre. Enfin il cessa de manger et les coolies qui le soignaient comprirent qu'il était en danger de mort. Son maître était alors absent. Désolés, les serviteurs, ne connaissant pas de remède, eurent recours au devin qui prescrivit un sacrifice de grains de riz à l'esprit appelé •en chinois « le vieux tigre », Un matin, en allant voir le

malade, je fus fort étonné de trouver sa cage décorée d'un papier rouge sur lequel était l'image du c vieux tigre » et quelques poignées de riz répandues tout autour du chat agonisant. Je mis le papier rouge- dans ma poche, au grand effroi des coolies. C'est peut-être pour cela que bientôt après le pauvre animal passait de vie à trépas.

La religion catholique commença à être prêchée à Lien- Kon en juillet 1895, dans les circonstances suivantes. Depuis près de vingt ans, les protestants s'étaient établis dans cette sous-préfecture. Un certain nombre d'entre eux, âmes droites et perspicaces, étaient loin d'être satisfaits de cette religion tronquée, telle qu'elle leur était présentée par le protestantisme. Ils avaient des doutes qu'ils ne pouvaient résoudre eux-mêmes. Par une providence divine, il arriva que l'un d'eux, se trouvant à Fou-Tchéou, fil la rencontre de quelques catholiques. Il en reçut des explications qui firent la lumière dans son esprit, d'où il ressortait comme une conclusion qui s'imposait que le catholicisme est, suivant son expression, le commencement et le fondement de la vraie religion, et qu'il fallait, par conséquent, l'embrasser. Ce brave homme en causa avec plusieurs de ses amis, qui, au nombre de dix, allèrent trouver l'évèque pour lui faire part de leur détermination et lui demander un prêtre. Celui-ci, pour les éprouver, les fit attendre quelque temps; mais, comme ils vinrent plusieurs fois renouveler leur requête, il leur envoya un prêtre chinois et un catéchiste pour étudier les choses de plus près. La suite a prouvé qu'ils étaient vraiment sincères, et que si souvent le protestantisme est un obstacle au progrès du

DF,r\ ANS EN CHINE

calholicisme, il l'ut dans ce cas comme son préparateur cl son introducteur. Mais quelles cruelles épreuves la Providence réservait à ces pauvres néophytes !

« Nous étions au milieu d'eux à peine depuis dix jours, dit le P. André, que celui qui était comme le chef de ce mouvement, et qui nous avait amenés, mourut de la peste. Les parents consternés firent ses funérailles avec de grandes démonstrations de douleur, pendant que nous nous sentions bien impaissants à les consoler et à leur ûter de la tète que, si cet homme était mort, c'était pour être devenu catholique. Nous n'étions pas au bout de nos épreuves. Deux mois après, le père de ce pauvre homme perdait la vie en faisant naufrage, .\lors la désolation ne connut plus de bornes et notre position devint vraiment fort difficile au milieu de ces pauvres gens si superstitieux. Nous crûmes que les moqueries des païens et des protestants allaient leur faire abandonner tout projet d'entrer dans la religion véritable ; mais, peu à peu, les esprits se calmèrent. Le diable lui-même, bien malgré lui, sans doute, nous fournit l'occasion de nous faire connaître et de nous concilier l'esprit des païens. Deux familles avaient chacune une personne paraissant réellement possédée du démon, et qui, par ses vexations, rendait la vie insupportable aux autres membres de ces deux familles. Ils vinrent un jour me consulter et me demander ce qu'ils pourraient bien faire pour échapper à l'influence du malin. Confiant dans la bonté divine, je leur promis que le diable les laisserait en paix si, promettant sincèrement de se faire chrétiens, ils détruisaient toutes les idoles de leurs maisons et les tablettes

des ancêtres, s'ils se disposaient à apprendre la doctrine et les prières chrétiennes. De retour chez eux, ils purgèrent en eflFet leurs demeures de tous les objets superstitieux et aspergèrent toutes leurs chambres ainsi que les personnes- avec de l'eau bénite. Les injures et les horreurs que le démon proféra alors contre nous par la bouche d'un jeune homme et celle d'une femme sont telles qu'il est impossible de les rapporter; mais, enfin, le démon fut obligé de laisser ces deux familles tranquilles, à la grande admiration des païens, dont beaucoup se convertirent; ce qu'apprenant, d'autres infidèles nous amenèrent encore des gens obsédés par le démon, lesquels, par la miséricorde divine, furent soulagés de la même manière.

" Au village de Siou-Hô, non loin de Lien-Kon, bon nombre de protestants se convertirent et persévérèrent jusqu'à présent, malgré les reproches des ministres et leurs etforts pour les rappeler à eux.

" Dans une famille de catéchumènes, un tils unique tomba gravement malade ; plusieurs médecins appelés administrèrent force remèdes, mais la maladie ne fit qu'empirer. L'enfant était déjà à l'article de la mort quand on m'appela. Je trouvai tout le monde dans des lamentations inexplicables. Je les excitai de mon mieux à la confiance ■en Dieu ; je baptisai le petit moribond, que je plaçai ensuite d'une façon toute spéciale sous la protection de la très sainte Vierge Marie, santé des malades, et je promis de dire six messes pour les défunts s'il guérissait. Dieu permit en effet que l'enfant allât mieux et fût, au bout de ■quelques jours, hors de danger. Nos catéchumènes en

furent clans l'admiralion et leur foi fut grandement coniirniée ; ce fut aussi l'occasion de la conversion de plusieurs païens.

" Dans un autre village appelé Kan-tang vivait une famille d'intidèles dans laquelle il y avait douze hommes, dont un seul était catéchumène. Le diable s'était acharné contre cette famille au-delà de tout ce qu'on peut imaginer, au point que trois des femmes de ces hommes étaient mortes. Ces trois hommes se remarièrent et de nouveau le démon tourmenta leurs femmes. Un jour il était sur le point d'en suffoquer une en l'étranglant ; elle semblait près de rendre le dernier soupir au milieu des lamentations de tous les membres de la famille, dont les uns invoquaient inutilement leurs idoles, pendant que d'autres leur faisaient des offrandes et des vœux non moins inutiles. Un de nos catéchistes vint à passer devant cette maison. En entendant les cris et la clameur qui en sortaient, il entra et s'enquit de la cause de tout ce désordre. On lui montra aussitôt la malheureuse femme sur le point d'étoulfer au milieu d'atroces convulsions ; les gens de la famille n'hésitèrent pas à lui dire: <i C'est le démon qui veut la tuer, comme il a déjà tué les autres. •) Le catéchiste les exhorta à mettre leur confiance dans le Dieu véritable et à se convertir, les assurant que le démon ne peut rien sans la permission divine pour nuire à ceux qui se mettent sous la protection de leur Créateur. Pressés par une si grande tribulation, tous promirent d'être chrétiens si le démon cessait de les persécuter. Aussitôt le catéchiste les fit prier avec lui. 11 portait justement de l'eau bénite à l'endroit où il allait;

il en aspergea la pauvre iemine, qui recouvra immédiatement le calme, au grand étonnement et bonheur de tous. Cette femme est maintenant baptisée et vit en pieuse chrétienne. Cet événement fut la cause de beaucoup d'autres conversions.

» J'ai maintenant dans la sous-préfecture de Lien-Kon, dit le P. André, 120 chrétiens baptisés et plus de i .000 catéchumènes qui apprennent la doctrine et les prières. Plusieurs villages me demandent des catéchistes. Que n'ai-je les moyens de les leur fournir"? Je tourmente souvent M" l'évêque à ce sujet ; mais il me répond invariablement qu'il est à bout de ressources. »

S0US-PRÉFE5CTURE DE TUON-LOH

Juste en face de ma résidence s'ouvre la vallée de Tuonloh. La sous-préfecture de ce nom, dominée par l'inévitable tour-pagode, est à peine à 5 ou G kilomètres du Min. Un petit vapeur s'y rend tous les jours de Fou-Tchéou à la haute mer et en revient lorsque la marée redescend.

On peut aussi y aller en sampan, nom des barques chinoises, comme je fis il y a quelques jours. Tuon-loh est une ville de 30 à 35.000 habitants, située dans une région fertile s'ouvrant sur la vallée du fleuve Min. Rien de plus aisé que de s'y rendre de l'arsenal. Après avoir descendu le Min pendant 2 kilomètres, le sampan s'engage dans la rivière qui draine la vallée de Tuon-loh et, après environ trois heures de navigation facile, grâce au Hot qui seconde les rameurs, on arrive à la sous-préfecture.

J'y allais pour faire visite à un jeune prêtre chinois Petolo (Pierre) Ouon-Ngu-Sing, qui m'avait invité à voir sa chrétienté naissante.

» Ce n'est encore qu'un embryon, m'avait-il dit ; cependant faites-moi le plaisir de venir le visiter; ce sera un grand encouragement pour moi et pour mes néophytes. »

Les protestants américains avaient devancé les catholiques à Tuon-loh. Depuis un bon nombre d'années ils y ont un catéchiste, et un ministre s'y rend de temps en temps de Fou-Tchéou. Il n'y a que trois ans que l'Évangile y a été prêché par les catholiques. Voici dans quelles circonstances fut inaugurée cette mission.

Des conversions nombreuses avaient eu lieu à Fou- Ghiang, et des personnes de Tuon-loh avaient entendu dire que ceux de Fou-Ghiang étaient vraiment très heureux depuis qu'ils étaient chrétiens ; car leur prêtre, grand ami des mandarins, arrangeait à l'amiable leurs affaires les plus épineuses. Précisément, quelques habitants de Tuonloh avaient des difficultés avec l'autorité. » Ah ! se direntils, si nous pouvions avoir le bénéfice d'un secours semblable ! Et pourquoi pas ? »

Ils envoient à l'évêque une députation. et, sans lui dire un mot de la raison qui les fait agir, ils lui déclarent que bon nombre d'habitants de leur ville ont faim et soif de la doctrine de l'Évangile et lui demandent la faveur d'avoir un prêtre au milieu d'eux.

L'évêque, n'ayant pas de missionnaire à leur donner, leur envoya le P. Ouon-Ngu-Sing, alors jeune séminariste.

« L'évêque se moque de nous, dirent-ils, ce n'est pas ce blanc-bec qui sera capable de traiter nos affaires avec le mandarin. »

Le pauvre séminariste, après avoir fait quelques visites, loua une case, invita les gens à venir entendre la prédication de la doctrine catholique. Quelques-uns vinrent, en effet, mais ni les notables, ni les membres de la députation, que jamais on ne revit.

Le séminariste et quelques catéchistes parcoururent les nombreux villages des alentours ; partout ils furent bien accueillis. Jusqu'à présent peu de personnes ont été baptisées, car il faut éprouver les Chinois longtemps avant de les recevoir dans l'Église ; mais environ un millier de catéchumènes étudient la doctrine catholique avec ardeur.

Pendant les deux soirées que je passai à Tuon-loh, xme centaine de fidèles vinrent à l'instruction. Ils commencèrent par chanter leurs prières, ainsi que ie chapelet, ce qui dura une bonne heure. Je ne sais pas s'ils ont des distractions, mais les Chinois, quand ils prient, semblent tout à leur affaire. Respectueusement à genoux tout le temps, parfois le front incliné jusqu'à terr€, souvent les deux mains levées à la hauteur delà tête, les yeux fixés au ciel, ils ont un air dévotieux et presque extatique.

Ce recueillemeiil n'est pas propre aux chrétiens. J'ai vu clans leurs pagodes des bonzes chantant des prières auxquelles ils ne comprennent i)as un mot. Des étrangers passaient autour d'eux sans leur faire tourner la lêle. Les simples Chinois païens prient avec un recueillement, une allentiou. un air d'humilité de nature à confondre tant de chrétiens d'Europe si distraits et se tenant si mal dans nos églises, où cependant ils sont en présence, non pas de vains simulacres, mais du Dieu vivant.

Après la prière, le P. Ouon fît le catéchisme, régla quelques affaires; el il allait congédier tout son monde lorsque plusieurs voix s'écrièrent :

— (' Nous voulons voir le prêtre européen qui est ici.

— « Il ne sait pas assez votre langue pour vous parler; vous le verrez demain quand il dira la messe.

— « Gela ne nous suffil pas; nous voulons le voir ce soir. »

Informé de leurs désirs, je dus m'exhiber. Aussitôt exclamations, cris d'étonnement et d'admiration. J'étais examiné des pieds à la lôle ; tout leur paraissait extraordinaire en moi. Ma barbe surtout les surprenait. Jamais ils n'en avaient tant vu sur une figure humaine. Et, comme ils s'étonnaient que je n'eusse pas de queue, je leur fis dire par le prêtre quejeportais celte longue barbe comme compensation. Gela les fit beaucoup rire.

Lorsqu'ils virent que le prêtre chinois leur avait transmis ma pensée, ils me demandèrent de leur parler. Je le fis en latin que le prêtre chinois leur traduisit. Ils furent enchantés et se retirèrent en me faisant force protestations.

Le lendemain, il en vint en assez grand nombre pour assister à ma messe, après laquelle je leur prêchai encore en latin, toujours avec mon bienveillant traducteur à mes côtés.

Dans la matinée, je vis arriver treize des principaux catéchumènes, parmi lesquels se trouvaient deux lettrés. Ils se prosternèrent d'abord à la manière danoise ; l'un d'eux tenait un long papier rouge qu'il me présenta cérémonieusement. Au milieu de la feuille, je ne vis que le seul caractère chinois qui signifie offrir. Mais le papier rouge avait plusieurs plis. Sous le second, je remarquai beaucoup de caractères de différentes dimensions arrangés en lignes verticales d'une curieuse manière. Ne pouvant lire, je demandai au prêtre chinois ce que signifiait cette députationet ce qu'elle désirait. Il me répondit en souriant que les chrétiens s'étaient cotisés pour m'offrir un diner. Voici en quels termes était libellée l'invitation dans cette pièce rédigée d'après toutes les règles de la politesse chinoise :

<( Vos serviteurs, tout pécheurs qu'ils sont (suivaient treize noms), osent se présenter devant vous, inclinant leurs têtes et se prosternant en vous offrant leurs hommages et vous priant d'accepter aujourd'hui, à midi, le festin qu'ils vous ont préparé. »

A midi donc, j'allai avec le prêtre chinois chez les gens qui m'avaient invité. La table où nous prîmes place

était couverte de dix-huit plais : des poissons, des oiseaux, diverses espèces de viandes, des fruits, des pâtisseries. Il y avait de iiuoi rassasier au moins vingt affamés. Nos néophytes nous servaient avec un visible plaisir et trouvaient très drôle de me voir manger avec une fourchelle. Mon médiocre appétit sembla les contrarier ; mais ils se dédommagèrent en s'asseyant à table après nous. Ils y restèrent environ une heure ; et, quand ils se levèrent, tous les mets avaient disparu.

Dans l'après-midi je visitai la ville. Elle est entourée de murs, aujourd'hui à moitié écroulés et recouverts de ronces et de broussailles. Elle contient, me dit-on, environ sept ou huit mille familles. Elle ressemble à toutes les villes chinoises : rues étroites et tortueuses, sales et nauséabondes ; maisons à un seul étage, la plupart en bois, et qu'on dirait faites avec de vieilles caisses d'emballage, sans goût, sans symétrie. Presque toutes ont perdu leur aplomb, si jamais elles l'ont eu, et semblent rester debout en vertu de l'habitude.

A l'ouest de la ville, sur une colline d'où l'on a une bonne vue de Tuon-loh et de la vallée, se trouve le temple principal de la région. Il ressemble à la plupart des temples que j'ai vus jusqu'ici en Chine. A l'entrée, un théâtre où des comédiens viennent de temps en temps amuser le peuple, puis une cour, et au delà, dans une suite de chambres basses et mal éclairées, des niches où sont des

Boudhas etautres divinités chinoises. Les idoles de Tiionloh sont très vieilles et semblent avoir la lèpre; les extrémités des pieds et des mains, beaucoup de nez et d'oreilles se sont effrités sous l'action de l'humidité et du temps, sans compter qu'une épaisse couche de poussière et des toiles d'araignées les recouvrent depuis fort longtemps.

Il y avait là deux bonzes détachés de la bonzerie de Cou-shan; mais ils ne paraissaient guère s'occuper de leurs dieux. Ils nous regardèrent d'un œil benêt. Nous leur demandâmes les noms de leurs idoles; ils furent incapables de nous les dire et nous déclarèrent qu'ils n'avaient pas de livres, pour la bonne raison qu'ils ne savaient pas lire.

A côté de ce temple, que les Chinois appellent mino, se trouve cette tour spéciale à sept étages que l'on trouve partout en Chine et que les Européens appellent pagode, nom qu'on étend parfois aux miao, parce que, en effet, elles sont souvent bâties dans leur voisinage. Elles sont toutes du même modèle. De larges blocs de pierre de taille forment leur base dans laquelle on remarque parfois une chapelle consacrée à Boudha ou à quelque autre divinité. Les sept étages vont en se rétrécissant à mesure qu'on monte. A chaque étage, un balcon formé de dalles permet d'en faire le tour. On passe d'un étage à un autre au moyen d'un escalier qui traverse la cour en diagonale.

La pagode noire de Fou-Tchéou, la [ilus grande de celles

que j'ai visitées, remonte, d'après une inscription qu'on peut y lire, au vii° siècle de notre ère. Plusieurs statues taillées dans la masse de la tour exhibent des types manifestement indiens.

J'ai souvent demandé la signification du mol pagode sans recevoir de réponse satisfaisante. J'ai lu qu'un voyageur avait déchiffré les trois mots pé-kou-ta sur l'une d'elles. Ils signifient : « tour des ossements blanchis », ce qui semblerait indiquer que ces tours furent, au moins à leur origine, des monuments funéraires. Nous avons îa'û pagode du mot portugais jjrt^0(7rt. Les Portugais appelèrent ainsi ces monuments probablement en entendant les indigènes du Sud de la Chine les nommer pa-kô-ta, ainsi que les trois mots se prononcent à Canton.

D'après le P. Et. Brosse, partout où passèrent les descendants de Gham dans l'antiquité, ils laissèrent des pierres levées, des pyramides, des menhirs ayant plus ou moins la forme de l'impur symbole de Siva.

Cet unique monument qu'on trouve partout en Chine, appelé pagode, n'aurait-il pas été introduit par les Chamites? Sans trancher la question si les Chinois sont des Sémites ou des Ghamites', il ne semble pas téméraire de penser que, dès^l'antiquité la plus reculée, les aventureux fils de Gham abordèrent par mer aux rivages de la Chine. Si, après être descendus parl'Indus du berceau de l'humanité, ils peuplèrent la Kapicène, la Phénicie, le pays de Chanaan, l'Assyrie, l'Egypte, etc., ne peut-on pas induire

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